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les vers, et je m'étonne que personne ne s'en soit occupé jusqu'ici. Ce travail serait facile au moyen de communications verbales avec des Maronites instruits. Il me souvient qu'un prêtre du Liban voulut bien lire devant moi quelques vers sur le mètre de S. Éphrem et y ajouter quelques mots d'explication, trop courts, mais qui m' ont persuadé qu'il y a là une question à éclaircir. Nul ne s'étonne de voir supprimer ou ajouter des voyelles brèves et non accentuées, mais la même licence se comprend moins dès qu'il s'agit de voyelles invariables, comme doit l'être la première daPakel, ou de syllabes accentuées.
J'arrive à la traduction. Un écrivain contemporain qui avait déjà donné quelques essais de traduction de textes syriaques, parle de cet idiome « comme d'une langue plate, claire, prolixe, sans harmonie *. » A s'en tenir à ce portrait, on pourrait croire qu'il n'y a pas grand mérite à faire passer des textes pareils en une autre langue. Mais gardons-nous de prendre trop à la lettre cette appréciation du critique moderne. Assurément le style de S. Éphrem n'est ni plat, ni prolixe, ni sans harmonie. « Ceux, dit un célèbre orientaliste, le R. P. Zingerle (traducteur aussi exact qu'élégant des plus beaux chants de S. Éphrem), qui connaissent ces poésies, savent tout ce qu'il y a d'injustice dans. Eichhorn, quand il refuse à la poésie syriaque l'élévation, la grâce, la noblesse... Je le répète, ni lui ni Herder n'ont connu la poésie syriaque *. » Ce jugement sera sans appel. Si pour l'usage des commençants on imprime dans les chrestomathies des récits d'un style
< M. Renan, Histoire des langues sémitiques, p. 249 de la !'• édit.. 2 Das syrische Fest. Brevier, Willingen, 1846. Praif., p. v.
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facile et simple, la simplicité n'est pas de la platitude, et la littérature d'un peuple a d'ailleurs d'autres spécimens à produire que ces textes élémentaires. Quant à la clarté, elle est dans une certaine mesure l'apanage de tous les bons écrivains, et surtout des orateurs ou poètes populaires qui exercent une grande influence sur les masses. S. Éphrem était compris, sans un grand effort, de ses compatriotes et contemporains. Mais cette clarté n'est pas égale pour nous, étrangers que nous sommes aux allusions, aux métaphores et aux mille particularités qui animaient l'existence de ce peuple. Les fragments eux-mêmes, traduits par M. Renan, bien que prosaïques, ne prouveront pas à la postérité qu'il y ait toujours vu bien clair. J'estime donc qu'il n'y a pas un petit mérite à exécuter une traduction, • telle qu'est celle de M. Bickell, généralement fidèle. On y sent l'homme qui s'est familiarisé, de longue main, avec le style de son auteur. Je ne veux pas relever quelques inexactitudes, telles qu'il en échappe aux hommes les plus capables. Je me suis permis quelquefois de m'écarter de lui dans les citations que j'ai faites, mais rarement sur des points de quelque importance.
Je voudrais accorder les mêmes éloges à sa latinité. Mais je suis obligé ici à quelque réserve. Assurément l'auteur sait le latin, et il en fait preuve. Les fautes qui lui échappent ne sont que des fautes d'inadvertance. Mais leur répétition fait juger qu'il n'a pas acquis de la langue cette longue habitude qui dirige par instinct celui qui parle, et supplée la réflexion. Il n'a pas cette oreille chatouilleuse que blesse au vif la rencontre d'un mot barbare ou d'une faute de grammaire.
Louons-le pourtant d'avoir adopté la langue de l'Église, et rendu service aux théologiens de tous les
pays, qui ne sont pas obligés de connaître sa langue maternelle. Je me tiens assuré qu'il ne s'offensera pas de mes critiques, et j'en ai pour garant le ton de parfaite modestie avec lequel il parle de lui-même et de son œuvre dans sa courte préface. Puisse-t-il nous donner souvent des travaux aussi utiles, aussi bien conçus et exécutés que celui dont j'ai essayé de rendre compte!
COMPTE RENDU d'UN OUVRAGE INTITULÉ : SALOMONIS EPISGOPI BASSORENSIS UBER APIS, SYRIAGUM ARABIGUMQUE TEXTUM LA- TINE YERTIT, NOTIS ILLUSTRAVIT D. J. M. SGHŒNFELDER BAM- BERG^, 1866, IN-8, 100 PAGES.
Sommaire. — I. Salomon èvêque nestorien de Bassora vers le commencement da XIII* siècle. Assemani le fait connaître et indique ses ouvrages. Le précédent est le plus connu. Le double texte de cette traduction passé de la bibliothèque de M. Qaatremère dans celle du roi de Bavière. Objet du livre : histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament continuée jasqu'à l'auteur par le catalogue des évèques nestoriens dits les catholiquet. Sur 60 chapitres un seul,le52«, touche k l'histoire profane. Les autres mêlent le dogme à la chronique, traductions apocryphes, prophétie de Zoroastre sur la personne de J.-G., apocryphe de ce genre déjà au ii« siècle. Jonas, fils de la veuve de Sarepta. Quelques passages maitraduitS) autres inexactitadcs qui ont pu venir des textes. Style delà traduction généralement clair et facile, présomption en faveur de l'exactitude, ce qui a manqué k l'auteur.
Salomon, dont le nom se lit en tête de ce petit traité, gouvernait l'Église nestorienne de Bassora, sur les bords de TEuphrate, vers le commencement duxiiie siècle. Assemani l'a fait connaître par une notice historique, et par des extraits de ses ouvrages, dans sa bibliothèque orientale, t. III, P. i, p. 309 et suiv. Celui de ses écrits qui semble avoir eu le plus de lecteurs est le « livre de l'abeille » ou Spicilége, dont nous avons à parler. La traduction latine, éditée par M, Schœnfelder, a été faite par lui sur un manuscrit syriaque et arabe, qui a passé de la bibliothèque de M. Quatremère dans celle du roi de Bavière.
Le livre n'est guère autre chose qu'un abrégé chro-
nologique de rAncien et du Nouveau Testament, continué jusqu'au temps de l'auteur par un simple catalogue des évêques que les Nestoriens honorent du titre de catholiques ou primats. Le dogme se mêle pourtant à la chronique, soit dans le récit de la création, soit surtout dans l'exposé qui termine le livre des événements attendus pour la fin des siècles ; sur les 60 chapitres dont se compose l'ouvrage, un seul (le 52°) porte un coup d'œil rétrospectif sur l'histoire profane. Il indique avec une exactitude plus ou moins approximative la série des rois de Perse depuis Darius jusqu'à Alexandre, des Ptolémées, des empereurs romains jusqu'à Constantin, et enfin des monarques Sassanides depuis Saporll, contemporain de Constantin, jusqu'à la conquête mahométane.
Il y a peu de renseignements nouveaux et vraiment utiles à recueillir de cet écrit, après les extraits déjà publiés par Assemani. On y pourra chercher un certain nombre de traditions apocryphes, et plusieurs opinions théologiques de peu de valeur quand elles ne sont pas manifestement contraires à l'enseignement de toutes les sociétés chrétiennes.
Si Ton est curieux de savoir combien il y eut de bergers à la crèche, combien de roismages vinrent à Bethléem, les noms de chacun d'eux et la distinction de leurs offrandes, ou encore de connaître les noms des soixante-dix disciples dont parle l'évangile de saint Luc au ch. X, on trouvera ici ces particularités et d'autres semblables dont se repaît la crédulité Qaïve des chrétiens dégénérés de l'Orient.
Entre autres choses merveilleuses, on y lira la prophétie de Zoroastre sur la personne de Jésus-Christ. Dès le II® siècle un apocryphe de ce genre circulait par-
mi les chrétiens. Mais ici l'invention est poussée jusqu'à l'extravagance. Non-seulement l'antique législateur de la Bactriane aurait copié le récit évangélique ou le symbole des apôtres, mais il aurait aussi déclaré son identité personnelle avec ce Christ futur qu'il annonçait de loin.
Ce n'est pas que la plupart de ces fictions historiques tiennent à un système de duplicité réfléchie. Le plus souvent les traditions se sont altérées à Finsu même de ceux qui les ont rendues méconnaissables. J'en tire un exemple du « livre de l'abeille. » On sait que Jonas a toujours été pour les chrétiens l'emblème le plus cér lèbre de la résurrection ; et l'on sait aussi pour quel motif. Mais outre ce motif principal, il en est un autre moins connu, qui dérive d'une opinion fort répandue parmi les chrétiens des premiers temps. Jonas était, suivant eux, cet enfant de la veuve de Sarepta que le prophète Elie ressuscita pour récompenser sa généreuse hospitalité. Ce fait est raconté dans la « Vie des prophètes y> du pseudo-Dorothée, comme dans celle qui portele nom de saint Épiphane. La substance de ces notices sur les divers prophètes de Jacob est reproduite dans « l'abeille ». Mais Élie n'y joue plus aucun rôle dans l'histoire de Jonas. Égaré par un texte fautif ou qu'il entendait mal, Salomon met sur le compte de Jonas même plusieuVs faits qui appartiennent au célèbre solitaire du Carmel. Il en résulte une confusion si étrange qu'on se prend à douter si la méprise n'est pas en partie le fait du traducteur.
J'ai peine à le croire quandje réfléchis que M. Schœnfelder a eu, pour se guider, un double texte, l'original syriaque et la version arabe mise en regard. Il faut pourtant convenir que malgré ce secours sa version est
défectueuse en plus d'un point. Si dans sa préface, Tévêque de Bassora oppose la douceur du miel que l'abeille porte dans sa bouche à la fadeur de la cire qu'elle porte dans ses pattes, dans le texte latin le reproche d'insipidité est adressé non plus à la cire, mais à l'abeille. Dans la même page, le mot |f ^ -^ ^ pesiqdta est traduit par « plantes». Ce mot désigne les « versets »de là Bible, et rien de plus. Beaucoup d'autres mots cités comme celui-ci au bas des pages, sont donnés à tort pour des mots nouveaux ou rares, et aussi mal traduits que celui-ci. C'est de la cire au lieu de miel.
Sans sortir de la préface, j'y remarque une autre phrase tout à fait inintelligible : Si mel inveneris, quantum potes, comede:satiaberis forte de eo^ et prophetabiSf hoc est y ne perscruteris divina verba. Pour obtenir un proverbe qui condamne une recherche trop curieuse de la paFole de Dieu, il faut revenir au verset de la Bible que je crois reconnaître sous ce travestissement. On lit dans les Prov. XXV, 16 : « Avez-vous trouvé du miel, mangez en modérément, de peur que la satiété ne provoque le vomissement. »
Mais ces mots sont tirés de la Bible, et dans le livre que j'examine, la citation est donnée pour un emprunt fait à Théodore deMopsueste. Si j'avais le texte sous les yeux, peut-être pourrais-je expliquer ce malentendu. J'en laisse le soin au traducteur.
Je pourrais, en poursuivant cet examen?- signaler dans le corps du livre bien d'autres phrases suspectes. Comment se persuader que le premier regard d'Adam sur Eve, quand il sortit de son sommeil extatique, ait été un regard de haine et de tristesse ? Cum odio et non sine dolore, p. 17.
Quel sens donner à cette phrase de la p. 23 : Cibi tena^
citatem halitûs acceperunt ? Je conjecture que le verbe est au futur, et qu'il faudrait traduire : ne cibi halitu [vel saliva) corrumperetur.
A la p. 24, Noé laisse envoler la colombe pour la seconde fois (et non une autre colombe). Cette colombe rapporte un rameau d'olivier dans son bec/Lisez of^ûJi^ au lieu de of)i<uiio.
A la p. 28, les Gadmonéens sont placés « entre les fils d'Ésaù et sa famille, et les fils de Lot sont marqués comme descendants de Cham. » Cela n'est pas admissible. En m' aidant des deux mots syriaques reproduits au bas de la page par l'éditeur, j'entrevois ce sens : <( les Cadmonéens habitaient entre les descendants « d'Ésaù et le pays des jBmim, qui devint l'héritage des » enfants de Lot. »
Je ne veux point continuer cette critique de détails. Je me borne à signaler encore quelques noms d'hommes et de lieux qui sont rendus méconnaissables, sans qu'il m'appartienne de décider si la faute en doit être imputée à l'auteur ou au traducteur. A la p. 18, le nom d'^den est donné à la Géhenne. A la p. 52, le chêne au sujet duquel Osée prophétise est sans aucun doute celui de Regel, près duquel on plaçait la sépulture d'isaïe. Ce chêne n'était pas à Silo, mais près de la fontaine de Siloë, comme on lit en effet dans les bons manuscrits grecs. A la p. 52, le nom du père de Joiias et celui de sa patrie sont étrangement défigurés. Son père s'appelait Amathi, et non pas Mathieu. — Adée, Tapôtrè d'Édesse, était de Panéas, et non de Phenis, comme on lit p. 79.
Je ne voudrais pourtant pas que l'on jugeât de la traduction tout entière, 'd'après les erreurs assez nombreuses que je viens de relever. La traduction est d'un
style généralement clair et facile, ce qui est au moins une présomption en faveur de son exactitude. Mais ce qui a manqué à M. Schœnfelder, c'est ce genre d'érudition spéciale qui éclaircit les textes par les nombreux points de comparaison qui se présentent d'eux-mêmes à un esprit exercé dans ces matières.