INFLUENCE DANS LE MONDE
Sommaire.—!. Étendae de Tinflaencedes Phéniciens. Le peu de monuments qu'il en reste, la plupart indéchiffrables. Menaces contre Tyr et Sidon accomplies. Garthage aussi maltraitée. Beaux restes de la grandeur de Ninive, et de celle de l'Egypte. Babylone doiayée et les dépouilles de Tyr poor les enfants de Dieu. — II. Langue phénicienne, l'hébreu poarlefond. Puissance maritime de Tyr, rappelée par des restes de monuments et célébrée par Isaîe et Ezéchiel, sert 2i la diffusion des idées orientales, de Técriturei de Palpfaabet dont Tuniformité s'étend si loin. Les récits de la Bible transformés eu mythes chei les Grecs. Voisinage et relations des Juifs et des Phéniciens ; souvent funestes aux premiers, mais salutaires aux seconds. Inscription punique de Marseille. — ill. Utilité des textes phéniciens pour éclairclr des passages de la Bible. Inscription paimyrienne : Isale LYir, 6. Variantes du Pentateuque, résultant du texte hébreu, du samaritain, delà vertioa des 70 et de celle de S. Jérôme, surtout dans les nombres. Dangers et avantages de la conjecture critique, ressemblances des sons, des lettres, etc. Exemple: 6en., XLix, 32. Autre plus important, pour des nombres, 1 Reg., Ti, 19. Signes numériques aisément altérables.
Des anciens peuples de TOrient qui ont leur place marquée dans Thistoire de la civilisation, et qui se sont illustrés par le.urs conquêtes, leur opulence, la
sagesse de leur gouvernement, la culture des lettres et des arts, il n'en est aucun que sa [position géographique, jointe à ses habitudes de navigation, de colonisation et de commerce, ait plus rapproché de nous que le peuple de Phénicie. Et cependant, il en est peu dont nous ayons plus de peine à suivre la trace, à démêler l'histoire, les institutions et les vicissitudes. Depuis un siècle que la curiosité des savants, réveillée par d'heureux essais, s'est portée avec plus d'ardeur à cette recherche, qu'a-t-elle découvert qui récompensât ses efforts î Quelques médailles semées sur les côtes et dans les îles de la Méditerranée, quelques noms d'hommes obscurs gravés sur la pierre qui recouvrait leurs cendres, quelques marbres votifs consacrés à Baal, àArtastéouà Melcarth, des sarcophages brisés et dénués d'inscriptions, des chambres sépulcrales vides, des tronçons de colonnes qui rappellent plus souvent l'art grec ou romain que l'art indigène, divers objets dont l'extrême rareté fait le principal mérite, c'est à peu près ce qui subsiste de la puissance maritime la plus étendue et la plus incontestée qui fut jadis.
J'excepte toutefois un petit nombre de monuments plus importants et bien conservés, tels que les reliefs exposés au Louvre, le beau sarcophage d'un roi de Sidon, avec une inscription de vingt-deux lignes, et la pierre découverte à Marseille en 1845, dont l'inscription, égale en étenTlue à la précédente, a sur elle l'avantage du sujet, et présente un intérêt plus général.
Ces. données imparfaites et les textes fort défectueux eux-mêmes des auteurs grecs et latins, sont les seules sources ouvertes à la critique pour reconstituer l'histoire d'un grand peuple.
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Dans cette disette de documents, les plus dignes d'intérêt sont en général les textes gravés sur la pierre ou sur le métal. Mais par un malheur qui met le comble à nos regrets, ces caractères où nous reconnaissons l'origine des nôtres, et que nos aïeux reçurent [de la Phénicie, sont à peine lisibles pour nous. De quelques centaines d'inscriptions qui se conservant dans nos musées, il en est peu, malgré leur extrême brièveté, dont le sens complet nous soit dévoilé avec certitude. Après tant d'esprit, de science et de sagacité appliqués à les déchiffrer et à les traduire, le jour ne s'est fait qu'à moitié. Tant Dieu abat, quand il lui plaît, les races les plus orgueilleuses, et se joue de leur renommée !
La menace du Seigneur s'est accomplie contre Sidon. // s'est glorifié au milieu d'elle, il a exécuté sur elle ses juge* ments, afin que tous sussent quHl est le maître. Ezech., XXVIII, 22. // s'est armé contre Tyr, il a soulevé contre elle despeuples nombreux, comme la mer soulève ses flots ; peu content d'en abattre les murailles, d'en renverser les tours, il en a fait rouler le bois et la pierre au fond des eaux, il en a balayé la poussière, et poli le rocher comme une glace: Les pécheurs y font sécher leurs filets. Ibid., xxvi, v. 3, 12 et 14. Des hommes dignes de foi ont consigné et publié dans leurs notes de voyages * ce littéral et merveilleux accord des divins oracles avec ce qu'ils voyaient de leurs yeux, et le dernier visiteur qui a remué ce sol, aidé de l'argent et des soldats de la France, ajoute, sans y penser, à leur autorité le poids de son témoignage aussi imprévu qu'involontaire.
1 Voyez les voyages de Bruce, de Volney, ot surtout de Shaw, cités par Keith : Preuve de la religion chrétienne, tirée de Vaccom^ plissement littéral des prophéties, etc., dans les Démonstr, ivang, de Uigne, t. XVI.
Quelque généreux, éa effet, qu'ait été le concours du gouvernement à cette exploration, et quelques nobles efiforts qui se soient combinés pour en atteindre le but, le fruit n'est pas tel qu'on s'en flattait. Plus on louera l'habileté avec laquelle ont été dirigées les recherches (et j'en laisse le jugement à d'autres plus compétents) ^ plus aussi nous aurons droit de dire que les résultats en sont mesquins, sans proportion avec l'attente du public, et surtout décourageants pour l'avenir. Oui, s'il est vrai que la science ait dit son dernier mot sur cette contrée, le mot est triste pour elle, puisqu'il la condamne non-seulement à ignorer aujourd'hui, mais à ignorer toujours *.
J'ajoute, pour achever le tableau de cette désolation, qu'elle s'est étendue du tronc aux branches , de la racine de l'arbre jusqu'à ses extrêmes rameaux, du cœur de la Phénicie à ses colonies les plus florissantes. Que reste-t-il de Carthage, la nouvelle Tyr, la rivale de Rome, et la patrie d'Annibal? Il y a trente-quatre ans que les Français ont mis le pied sur le sol africain. Qu'ont-ils découvert qui fît revivre cette civilisation perdue ? On dirait que la malédiction de Noé a poursuivi Ghanaan au delà des mers, qu'elle s'est attachée à son cadavre, et que ses membres épars sur toutes les plages ont été condamnés à demeurer partout sans sépulture.
* On lit dans la Description de V Arabie, de Niebuhr, 1. 1, p. 137 de la traduction française, ces mots dignes d'attention : « J'entendis assurer par un Maronite du mont Liban qu'on trouvait autour et au dessus du mont Kisrvân (Kesrouan) des ruines de grottes antiques, d'édifices, de forteresses, le tout chargé d'inscriptions très-anciennes, et entièrement inconnues. » J'ignore ce que les voyageurs plus modernes ont fait pour éclaircir co point.
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D'autres empires, en effet, ont porté comme celui de Chanaanle poids de Tanathème, Les prophètes ont vu la foudre tomber sur Ninive, et ont été épouvantés de sa ruine. Et pourtant, quand Ninive disparut de la surface du globe, il resta quelque chose d'elle dans son tombeau. Plusieurs de ses palais ensevelis sous des amas de décombres s'y sont conservés en partie, et ses monuments exhumés de nos jours ont dépassé par l'admiration qu'ils inspirent les espérances les plus audacieuses.
C'est que Dieu avait à venger sa parole accusée d'exagération et de mensonge. On ne niera plus désormais que Ninive n'ait été la grande ville aux dimensions démesurées indiquées dans le livre de Jonas, et cet aveu a été arraché à la science par les découvertes les plus récentes.
L'Egypte à son tour, mère des superstitions et de l'idolâtrie, entendit la menace de Jéhovah et sentit la pesanteur de son bras. Ses colonnes et ses blocs énormes ont été renversés dans la poussière. Mais quelle magnificence encore et quelle majesté dans les débris de ses temples et de ses pylônes, dans ses pyramides et ses obélisques I En voyant la riche décoration de ses hypogées, la fraîcheur inaltérable de ses peintures, et la prodigieuse multiplicité de ses légendes à écriture monumentale, on se rappelle involontairement un de ces morts illustres dont parle Job, et qui veillent, superbes encore, sur leur mausolée. Une fois de plus le Seigneur a voulu justifier sa parole, et l'Egypte en se survivant à elle-même . nous offre dans la comparaison d'innombrables détails de moeurs, d'institutions, d'histoire politique, civile et naturelle, un des arguments les plus fermes et les moins suspects de l'authenticité des livres de Moïse.
Reste Babylone, l'image de la confusion, de la réprobation finale et de Tenfer; elle seule a été effacée de la même sorte que Tyr, et, comme celle-ci, balayée, selon l'étrange expression d'un prophète, par le balai de la suprême désolation.
Il fallait constater d'abord cette grande catastrophe, et en rappeler la cause aux yeux inattentifs qui la voient sans en être émus. Mais, du reste, on saisirait mal ma pensée, si l'on me soupçonnait de vouloir jeter le dédain ou le plus léger discrédit sur ce genre d'études, et insulter à ceux qui s'en occupent. Ah! je leur dirais plutôt ' qu'ils font très-bien d'écouter ces voix muettes dont il ne reste plus qu'un faible écho, que les ruines les plus silencieuses sont aussi les plus éloquentes, que sur le rocher désert où fut Tyr, comme sur la plaine marécageuse de Babylone, l'âme se recueille et comprend mieux l'exclamation d'un grand orateur devaht un grand cercueil : Dieu seul est grand !
Il y a d'ailleurs dans l'oracle d'Isaïe contre Tyr un dernier trait qui doit s'accomplir comme tous les autres. Il était prédit que ses richesses, quête gains amassés par son négoce n^entreraient point dans ses trésors, mais qu'ils seraient consacrés au Seigneur; que les enfants de Dieu se rassasieraient de sa table, et qu'ils se revêtiraient de ses dépouilles. (Isaïe, xxiii, 18.)
Saint Jérôme a reconnu l'accomplissement de ce passage dans la prospérité relative de la ville chrétienne bâtie sur les ruines de l'antique cité : tous les Pères ont d'ailleurs découvert sous les noms de Tyr et de ses lointaines colonies, des îles et de Tharsis, un sens énigmatique, un emblème des nations appelées des quatre vents du ciel à la connaissance de l'Évangile. Je souscris volontiers à ces explications, et Dieu me
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garde d'en rien rabattre I Mais elles ne contredisent en rien ma pensée, et je persiste à croire que les chrétiens doivent s'enrichir encore des dépouilles de Tyr, et les faire servir à l'ornement du sanctuaire.
Ce serait déjà quelque chose que de connattre sa langue, sa grammaire et son alphabet. C'est par la langue, en effet, qu'on pénètre plus avant dans la familiarité d'un peuple, qu'on s'instruit de ses idées, de ses préjugés, des mobiles les plus puissants et les plus secrets de ses entreprises. On s'initie sans effort aux actes les plus ordinaires de sa vie religieuse et civile. Or, ce premier pas est fait. Il est démontré que la même langue se parlait en Judée et sur toute la côte de Phénicie. A peine quelques divergences de dialecte, de grammaire et d'orthographe se remarquent-elles entre l'idiome de ces deux pays. L'alphabet aussi nous est connu, malgré les incertitudes inévitables causées par l'inhabilité des graveurs, ou par les modifications profondes qui résultent de la différence des provinces et des siècles. Grâce à cet instrument puissant, nous conversons avec la postérité de Chanaan. Nous l'interrogeons ; et si brèves que soient ses réponses, presque monosyllabiques , nous y devinons beaucoup plus qu'elles n'expriment. Des mots jetés comme au hasard prennent de l'importance quand on les rapproche Tes uns des autres, et s'éclairent mutuellement d'une vive lumière. Si pauvres que soient nos moyens d'investigations, ils nous donnent vue sur l'intérieur des temples, sur les lieux de sépulture, sur les autels; ils nous