II
M« Renan s'arrête .à cette version : ut sim tuihi m me^ morioMy etc. JlliAivest à ses yeux ^ un de ces pronoms » pléonastiques, comme il y en a tant en syriaque «t » en hébreu. » Décidément Thabile épigraphiste a du goàt pour les pléonasmes. Pour moi, Je n'en comaais pas qui ressemble à celui-ci, et ceux qu'il allègsue à l'appui en diffèrent essentiellement.
S'il est vrai, comme j'ai essayé de l'ëtablir dans la première partie, que l'affixe de la troisième personne s'indique souvent par % ''^dS répond à la forme hébraïbue miinS, et l'on arrive à traduire : ut sit koc miU in
memoriam st nùËf^n èontaiL
Ligne septième. J'adopte volontiers Finterprétation ingénieuse du savant professeur d'hébreu de la Sorbonne; selon lui, mus les pieds ou som les pas éuseleil^ est une expression poétique pour indiquer tous les lieux éclairés de ses rayons, et placés sous son orbite.
IP Inscription d'Oum-eî-Awamid. — Elle se traduit sans difl&culté :
« Au roi Astartéj dieu soleil;
» Vœu qu'a fait AMesmoun, pour ses fils. »
Aux passages d'anciens auteurs déjà cités sur le dieu Lunus, j'ajouterai celui d'JElius Spa.rtianus, dans la Vie de Caracalla, c. 7. Et quoniam Dei Lum fedmus mentionem, sciendum doctissimis quibusque memoriœ traditum^ atque ita nunc quoque à Carrenis prwcipue haberi, ut qui Lunam fœmineo ndmineo ac sexu putaverit nuncupandam^ is addictus mulieribus semper inserviat : at vero qwi maremdeum esse crediderit is dominetur uxori^ neque nllas mnliebres pa-
tiatur insidias. Unie quamvis Grœci vel jEgyptii eo génère qm fœminam hominemy etiam Lunam deum dicant^ mystice fa* men deum dicunt *.
Ceci explique comment on a pu donner à Astarté les titres de roi et de dieu, mais ne rend pas suffisamment compte de l'expression « dieu solaire » ou plutôt « dieu soleil. y> Une inscription palmyrénienne bilingue conservée à Rome, au musée Gapitolin, jette plus de jour sur la question. On y yoit le nom de Jarchi "^ny
(lunaris), rendu dans le texte grec par H>.ioSo)po; [donum solis), et par conséquent l'identification du soleil et du dieuLunus. Cette inscription est une dédicace à Aglibol et à Malachbol (ou Malachbel) dont les figures sont sculptées au-dessus, avec les traits et le costume virils. L'un des deux personnages est armé, a le front ceint d'une couronne radiée, et le, visage comme çncadré dans les deux pointes d'un croissant dont la base se cache derrière ses épaules. A ce signe on reconnaît le dieu Lunus, et les rayons de sa couronne sont apparemment une allusion au soleil avec lequel il est ainsi confondu.
On sait combien, dans les derniers temps, l'usage des figures panthées se répandit, avec la doctrine du panthéisme, qui tendait à réunir et fondre en un seul être toutes les forces de la nature.
Les derniers mots ^J3 Ssr « pour son fils » ou « pour ses fils » (nous avons vu que cette forme pouvait servir ^u pluriel comme au singulier) offrent un nouvel exemple du ^ destiné a marquer la troisième personne. Le verbe « a voué » placé devant, ne permet pas de finir la phrase par un pronom de la première. Je puis
^ On peut consulter la note de Gasaub^n sur ce passage.
d'ailleurs invoquer l'analogie des inscriptions palmyréniennes, en langue syriaque, où la confusion des pronoms n'est pas possible. Celle que j'ai déjà citée nous montre Héliodore faisant une dédicace à ses dieux « pour son salut, celui de sa femme et de ses enfants : uiuàp (ywTYipiaç aÙToGI )cat t^ç <JU(i.êiou xal tôv Texvwv. Les pronoms restent constamment à la troisième personne ; et il en est de même dans le texte syriaque correspondant.
Ce rapprochement a pour nous un double intérêt ; car, outre qu'il détermine la valeur de l'affixe, il établit le sens de la préposition Sv. Le premier traducteur qui l'avait bien rendu d'abord, s'en repent aujourd'hui, et, disciple trop docile d'un docteur d'au delà du Rhin, sur sa seule autorité, quand, à vrai dire, rien ne prouve qu'il ait raison, abandonnant le sens le plus ordinaire de la particule, il adopte volontiers la nouvelle nuance proposée par le savant épigraphiste allemand, (Journ. Asiat., nov.déc. 1863, p. 528.) Cette nuance ressemble à la première comme le rouge au blanc. L'offrande était faite « pour mon fils, » maintenant c'est « avec mes fils. » Mais nous avons été habitués à ce langage. Ce qui est plus nouveau, c'est cet excès de déférence, inexplicable, même à l'égard d'un érudit allemand et israélite. Vv signifie « sur » et jamais « avec, » excepté dans les phrases où le sens , sinon l'usage de la langue, permettrait de substituer Tune de ces prépositions à l'autre, ce qui a lieu quand il s'agit d'addition, d'accumulation : on dira, par exemple : « égorger la mère sur les enfants, » ou « avec les enfants. » Ici le père étant le sujet principal eût pu dire tout au plus : « moi et mes enfants sur moi (ou) avec moi, » et encore cet hébreu serait, à peine passable.
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J'axîhève ma taohe avec la douloureuse perspective d'éloigner pour longtemps un ami des jours anciens que mes bras ouverts ne se sont point lassés d'attendre, mais avec la conscience d'accomplir un devoir. Je ne prétends nullement disputer au collaborateur actif du Journal Asiatiquey au membre de l'Académie des inscriptions, le rang, qu'il occupe dans l'opinion des vrais savants, capables d'apprécier ses mérites et ses travers. L'épi graphie phénicienne est une science encore brute, où l'on peut se tromper sans déshonneur, et je ne me flatte pas d'avoir échappé moi-même à toutes les inexactitudes. Plusieurs de celles que j'ai relevées dans M. Renan lui sont communes avec de célèbres professeurs d'outre-Rhin, dont la science, quelle qu'elle soit, ne suiEt pas à me les faire accepter pour guides. La France n'est pas placée si bas dans mon estime qu'elle doive graviter comme un satellite autour de ce soleil nuageux. J'honore l'Allemagne, et je rends hommage au sérieux de ses recherches dans les sciences historiques et philologiques, quand elles ne sont pas gâtées par l'esprit de système. Mais là comme ailleurs , j'applique ma devise chérie : « Eprouvez tout, gardez ce qui est bon. » Ce que j'estime et que j'aime incomparablement, c'est l'Église mère des enfants de Dieu, et seule nourrice véritable de toutes les nations civilisées. Il est donc de mon devoir d'avertir tant d'hommes sincères et honorables
qui flottent incertains entre la cité de Dieu et la synagogue de Satan; imprudents qu'une objection séduit^ qu'une affirmation entraîne, qu'un peut-être ébranle, et pour qui l'éclat d'une réputation surfaite est l'astre polaire qui les dirige. Je voudrais leur faire bien comprendre tout ce qu'il y a d'incomplet, de défectueux, d'erroné, et souvent de bizarre dans une science du passé qui s'isole du grand faisceau de la tradition. Le dernier manœuvre phénicien, s'il revenait sur la terre, en remontrerait aux plus experts dans le déchififrement et l'interprétation des textes de son pays. Il trouverait dans le milieu où il s'est mû, dans cet échange journalier d'idées ôt de rapports qui forment la tradition vivante, des avantages et des ressources que les plus profondes recherches ne suppléeront jamais qu'imparfaitement. Mais ici il n'y a pas de la faute des savants contemporains. Ce n'est pas à eux qu'on peut reprocher l'interruption violente et prolongée d'une transmission dont ils s'efforcent de renouer la chaîne. Ils font revivre des souvenirs effacés; ils rendent la parole à des pierres muettes, Tharmonie à une lyre brisée. Un demi- succès mérite bien quelque indulgence.
Mais que penser de ceux qui, de gaîté de cœur, en des études plus difficiles à beaucoup d'égards, plus complexes et infiniment plus graves par leurs conséquences, rompent brusquement avec l'enseignement traditionnel qui les enveloppe comme l'air, et font le vide autour d'eux pour tout tirer de leur propre fonds î
S'il y a un livre dont la clef n'ait été confiée qu'à la tradition, c'est la Bible. Et ici la tradition philologique ne suffit pas, si elle ne s'allie intimement à la tradition
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dogmatiqxïe. Qaand le grand Chrysostome tenait suspendu à ses lèvres l'auditoire le plus poli qui fût alors^ dans les célèbres métropoles d'Antiôche et de Constan-
tinople, quand il captivait sous le cliarme de sa parole les flots mêlés de fidèles et de païens qui «e pressaient autour de sa chaire, on Tentendait s^écrier de temps en temps : « Norunt initiati ; les initiés me comprennent.» Ainsi pour la pleine intelligence du plus clair et du plus limpide des orateurs chrétiens, il fallait quelque chose de plus que la science du grec. Il fallait l'initiation et les instructions particulières qui se donnaient aux seuls néophytes à l'époque de leur baptême. Et l'on se persuadera qa^une connaissance médiocre de la langue hébraïque suffit à Fintelligence de l'Ancien Testament, des oracles de ses prophètes, et de ses poésies pleines de mystère? Non, non, qu^on le sache bien. On fera de lourdes chutes ; on donnera dans des contre-sens que Bossuet n'admirerait plus; on étonnera un moment les simples par la hardiesse et la nouveauté de ses assertions. Mais eux-mêmes ne tarderont pas à revenir de leur étourdissement. Ils discerneront le feux sous l'artifice des périodes. Ces scènes disparates violemment encadrées ensemble ne leur inspireront que le dégoût ; et ils riront de ces contorsions trop semblables à celles du père du mensonge.
Pour comble d'infortune, en; cessant de contempler la vérité, qui seule esl belle, on perdra le goût de la beauté même. On sera faux dans l'art, comme on Test dans l'histoire. On essayera du drame, et on glissera dans la caricature. On essayera de la poésie épique, et on ne saura pas peindre un caractère. N'est pas créateur qui veut. On peut être heureux Sans quelques détails, sans réussir dans les grandes compositions. Le
Jésus du nouvel Évangile est formé de pièces de rapport si discordantes qu'il ne saurait vivre. Car pour se conserver en vie, il faut au corps humain, un centre d'organisme, et il n'y en a pas ici. Ce que j'y entrevois pourtant de plus saillant, c'est un caractère bon, aimable, tant que rien ne le contrarie ; mais faible, passionné, irascible et mobile comme celui des femmes et des enfants. Loin que cet homme pût réformer le genre humain, il n'aurait pas abattu une idole à Athènes, encore moins à Rome. Vous placez le secret de sa force, non dans une supériorité de raison qui lui manque, mais dans le sentiment, dans le charme indéfinissable de son regard, de son ton, de son geste, de sa figure. Il fallait donc qu'il changeât le monde avant de mourir ou qu'il y renonçât pour toujours. Car comment voulez-vous qu'il ait communiqué à ses disciples ce qu'il y a de plus personnel et de plus incommunicable î
On nous menace pourtant d'un nouveau chant prêt à paraître, et qui sera le couronnement du premier. Tant pis pour le poëte. Car, ou le rôle personnel de Jésus recommencera après sa mort, par la conquête de l'univers, et ce sera un démenti donné au premier volume où l'on a pris grand soin de nous dire qu'il était fini, et de sceller la pierre de son sépulcre ; ou bien ce rôle personnel ne paraîtra plus, et cette magnifique conquête de l'univers qui ne se montre pas même en germe dans sa biographie, à laquelle rien ne nous a préparés, sinon des mots vides et des phrases sonores, pas une institution sérieuse, ni dogme, ni culte, ni sacerdoce, sera l'œuvre des disciples et non du maître. Elle sera peu*-être l'œuvre de saint Paul, qui ne fut pas même le disciple de Jésus vivant sur la terre, mais
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pendant un temps son ardent persécuteur. Ce sera encore un démenti donné au premier volume, et l'auteur nous épargnera la peine de prendre la plume pour le réfuter.
L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a.
SECTION DEUXIÈME