‹ Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciencesChapitre 16 sur 23 · J. R. SPIELMANN · texte numérisé non relu

J. R. SPIELMANN

Jacques-Reinbold Spielmann naquit à Strasbourg le 31 mars 1722. Il appartenait à une des plus anciennes et des plus honorables familles bourgeoises de cette ville. La profession de pharmacien était^ chez les Spielmann^ comme une tradition de famille^ et son père désira lui voir suivre la même carrière. D'heureuses dispositions et un goût très-vif pour les sciences lui inspirèrent d'abord quelque éloignement pour Texercice pratique de la pharmacie ; toutefois^ il en étudia les éléments dans Tofficine paternelle^ tout en s'adonnant^ sous les habiles professeurs que réunissait l'université de Strasbourg^ à Tétude de la philosophie^ des langues anciennes et modernes^ ainsi que des diverses branches des sciences médicales. En 174K)^ il visita quelques villes d'Allemagne; il séjourna pendant une année à Nuremberg^ où les études pharmaceutiques jouissaient alors d'une grande réputation. Il s'arrêta ensuite à Heidelberg, Francfort, Leipzig, et se fixa quelque temps à Berlin, où déjà fiorissait une école de médecine célèbre. Ludolf y professait la botanique et la matière médicale, PoU la chimie, Sproegel et Budœus Tanatomie, Fritsch l'histoire naturelle. Il s'y lia surtout

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avec Margraft^ qui avait fait ses premières études dans la pharmacie de son père. En ilÂ% il se rendit à Freyberg pour y étudier la minéralogie et la métallurgie sous le célèbre Henkel. Enfin il vint à Paris^ où il eut occasion de connaitreGeofiroy^ les ^^"^ iBUiPl', d^Olivet et J^yâuimur. Là se terminèrent ses voyages ; son père venait de mourir^ sa famille le rappelait ; il se hâta de revenir à Strasbourg.

Pourvu de connaissances étendues et variées^ le jeune Spielmann pouvait choisir entre les diverses professions médicales. U crut devoir se borner provisoirement à la pratique de la pharmacie et il se fit admettre au collège de pharmacie de sa ville natale. Hais bientôt^ s'en remettant aux soins d'un proviseur pour la gestion de son officine^ il s'adonna avec ardeur aux études scientifiques. La chimie^ l'histoire naturelle^ la botanique surtout devinrent l'objet spécial de son application.

Spielmann n'avait encore que vingt-trois ans lorsqu'il épousa la fille d'un praticien distingué^ Jean-Jacques Sachs, professeur de clinique, ce qui lui fournit l'occasion de tourner ses idées vers la pratique médicale. Il ne tarda pas à se présenter comme candidat au doctorat. Sa thèse avait pour sujet une question de chimie, et pour titre : De principio salino, Spielmann s'y déclarait en faveur de la doctrine de Stahl et s'efforçait de soutenir le système du chimiste allemand sur les parties élémentaires des substances salines, sur leur constitution, sur l'universalité de l'acide vitriolique. A cette époque, et malgré les récents travaux de Rouelle , la théorie des sels n'avait pas encore pris dans la science son rang définitif. Bien que les bases de l'argumentation de Spielmann manquassent

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d'un solide fondement^ cet écrit n'en était pas moins remarquable par les qualités générales des travaux de ce savant : la maturité de l'étude^ la netteté des idées^ le tour de Texpression et la logique.

Il ne faut pas trop nous récrier sur le vague et même la fausseté des vues des chimistes du xviir $iècle. Pouvait^ on arriver de plein saut de Tobscurité à la lumière ? Les idées de ^cchgf et de ^tahl sur la terre, le flegme et le principe salin, n'étaient-elles pas les échelons nécessaires qui devaient nous conduire^ après bien des tâtonnements, à des théories plus exactes ? Depuis N. ^egy^, rf^raji et

^mery^ jusqu'à Geoffroy, RsufiU^ ^f^mifir ^^ ' - ^'firiî*^ii> combien d'hommes d'un mérite réel crurent à ces explications ? Plus on étudie l'histoire des sciences, moms on a de dédain pour des erreurs qui passèrent longtemps pour des vérités, moins on a de confiance dans ce que nous croyons aujourd'hui des vérités, et qui peut-être sera bientôt des erreurs. La révolution chimique de la fin du xvui^ siècle à été sévère pour les travaux de ceux qui l'ont préparée, quand elle ne les a pas fait tourner à. son profit, sans en révéler la source. C'est le sort des maté* riaux isolés, destinés à servir de fondements à une grande théorie, fleuve immense qui détruit jusqu'au nom de tous les affluents qui ont servi à le former et à le grossira

La thèse de Spielmann eut un très-grand succès; elle appelait naturellement son auteur au professorat. 11 fut^ en effet, nommé professeur extraordinaire de l'université et se trouva dès lors dans sa véritable sphère, car il possédait toutes les qualités qui constituent le professeur. Son exposition se distinguait par la clarté, la méthode, surtout par l'amour sincère de la véritél II réunissait des qualités

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précieuses pour renseignement : sa voix était sonore^ son accent persuasif^ sa diction naturelle et parfois élo^ quente. Il aimait ses élèves et en était chéri. II fit successivement^ en sa qualité de professeur extraordinaire, un cours de physiologie d'après QgjilgtkUn cours de matière médicale et de météorologie d'après Ludwi^: il exposa les institutions de Boerba^ye , enfin il professa la chimie suivant ses propres idées et d'après un plan entièrement neuf. Stes cours étaient fort suivis. Les jeunes médecins de toutes les parties de l'Allemagne venaient l'entendre, et l'université de Strasbourg reçut de son enseignement le plus grand éclat.

Ici se présente une phase singulière de la vie de Spielmann. En 1754, il fut appelé à professer la philosophie, et, deux ans après, il fut désigné pour occuper la chaire de poésie grecque et latine. Cette singularité s'explique par lesstatuts de l'ancienne université deStrasbourg. Les riches canonicats de Saint-Thomas formaient l'apanage d'un nombre limité de professeurs ordinaires choisis dans toutes les facultés. Pour parvenir à ce poste très-ambitionné, il n'était pas rare de voir des candidats briguer des chaires peu en rapport avec leurs études spéciales, Spielmaun échappait à cette sorte de bizarrerie par une érudition et une aptitude très^variées ; il sut tirer un habile parti de sa nouvelle position, sans que l'enseignement de la médecine y perdît rien. Son premier cours eut pour objet la philosophie médicale. Il ouvrit ses leçons Ae poésie par un discours sur ce sujet : Medicis pemecessariam esse veterum poetarum lectionem ; il y expliqua l'ouvrage de Lucrèce : De natura rerum, il y joignit des généralités sur l'agroriomie, puisées dans le poème d'Hésiode : les

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Trawoix et le$ Jawn, dans les Géùrgiques, et s'appliqua à montrer combien Homère et Virgile, tout grands poètes qu'ils étaient, se plaisaient à l'étude sérieuse des choses naturelles.

Spielmann fut enfin promu en 1759, à la chaire qu'il ambitionnait et qu'il méritait depuis si longtemps. Bien qu'il ne fût étranger à aucune branche des sciences médicales, il fut nommé professeur ordinaire de médecine, chargé de l'enseignement de la chimie, de la botanique et de la matière médicale. C'est à partir de cette époque qu'il publia ses ouvrages les plus importants. En 1763 parurent ses Instùutiones chemiœ, qui étaient le résumé de son cours de chimie. II en donna une deuxième édition en 1777 : celle-ci fut traduite en français par Cade t et enrichie de notes par Spielmann. L'année suivante il publia sa Matière médicale, dont la seconde édition, augmentée, parut en 1776 et fut traduite en allemand.

Cependant l'enseignement de la botanique ne le préoccupait pas moins que celui de la chimie. Il agrandit le jardin botanique de Strasbourg ; il y fit élever plusieurs constructions et l'enrichit d'un grand nombre de plantes rares ou exotiques. Dès Tannée 1766, il avait publié une dissertion sur les Végétaux vénéneux de l'Alsace. Dix ans après, il donna un travail botanique plus important sous le titre de Prodomus florœ argentoratensts.

En 1774, parurent les Institutiones materiœ medicœ (1). A l'époque où cet ouvrage fut publié, il était le plus complet qui existât sur cette matière, et il fut adopté dans plusieurs universités comme ouvrage classique. Il com«

(1) Ce livre fut traduit en allemand par son fils J.-J. Spielmann, médecin à Strasbourg.

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