‹ Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciencesChapitre 17 sur 23 · SPIELMANN · texte numérisé non relu

SPIELMANN

prenait l'histoire mfturelle des médicaments simples^ la description exacte des drogues^ Tindication de leur signes de pureté et celle de leurs propriétés actives^ leur analyse chimique^ Thistoire de leur découverte^ de leur introduction dans la thérapeutique et l'appréciation des formules dans lesquelles elles peuvent entrer. Malheureusement l'auteur ne s'attacha pas à une classification uniforme pour les substances simples^ ce qui jette de Tincertitude et de la disparate dans Tensemble de Touvrage. Il y joignit des principes sur Tart de formuler^ d'après Gaubyis et Gruner. En 1777. il le compléta par un nouveau fascicule^ auquel il donna le titre de Syllabus medicamentorum. Le dernier ouvrage de Spielmann est sa Pharmacopea generalis, publiée en 1783^ Tannée même de sa mort. Il s'était engagé avec un libraire de Francfort à donner une nouvelle édition de la Pharmacopée de ^tUgt- ^ première partie en était achevée^ lorsque le traité fut ' rompu. Il se décida alors à donner lui-même une Pharfnacopée générale^ fruit de ses propres recherches et de sa longue expérience. La publication fut retardée plus longtemps qu'il ne croyait^ mais l'ouvrage n'en fut pas accueilli avec moins de faveur. La première partie^ qui traite des substances médicinales^ était en effet fort complète ; la deuxième^ qui comprend les médicaments com-« posés^ rétait moins. Le plan de cette division n'est pas à l'abri de reproches : certains procédés alors nouveaux, mais importants, étaient omis, tandis que grand nombre de formules surannées en tenaient la place. Ce qu'il faut y remarquer, ce sont des généralités intéressantes sur plusieurs classes de médicaments, telles que les eaux distillées, les huiles, les essences, les extraits, etc. Les pro-

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légomènes offrent un résumé irèft-bien fait des principes

généraux de l'art pharmaceutique.

A la série de ses grands ouvrages on doit ajouter plusieurs dissertations importantes sur le lait^ la bile et Turine; sur les préparations mercurielles^ le cardamome^ le tartre^ Tacide du phosphore^ et une bonne analyse des eaux de Niederbronn^ qui ne fut effacée que par celle de Bergmann.

"Xa réputation de Spielmann s'était étendue au loin ; son nom était connu et respecté dans toute TEurope. Un grand nombre d'académies s'empressèrent de se l'atta-r cher, entre autres celles de Berlin, de Saint-Pétersbourg» de Stockholm, de Turin, enfin l'Académie des sciences et la Société royale de médecine de Paris. Plusieurs de ses ouvrages furent traduits en français, en italien, en al* lemand. Des contrées les plus éloignées, et notamment de Suède et de Russie, des princes et des grands seigneurs lui adressèrent leurs fils pour être initiés, sous sa direc* ' tion, à yetude des sciences naturelles et médicales.

Spielmann était d'un caractère sérieux, mais affable ; froid en apparence, mais au fond cordial et affectueux. Il s'animait dans la démonstration et s'y élevait parfois jusqu'à l'éloquence. C'était un esprit synthétique et généralisateur. Sou débit était vif, clair, méthodique, élégant. Il parlait avec franchise et connaissait l'art de provoquer la méditation en réduisant ses vues à des propositions générales. Ennemi de toute polémique soit écrite, soit verbale» il discutait rarement et ne répondait jamais aux critiques, dont toutefois il profitait lorsqu'il les trouvait judicieuses. Il avait au plus haut point le sentiment de la dignité du savant et son abord grave suffisait pour inspirer dans

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sa personne le respect de la science et de la vertu. L^homme privé ne démentait pas ce noble caractère. Marié deux fois et père de plusieurs enfants^ il trouva un bonheur vrai et durable au sein d'une famille dont il était vénéré et chéri : a nulle rivalité, nulle jalousie, nul chagrin ne mêla soii amertume à ses succès. Livré à des travaux qui faisaient ses délices, comblé d'honneurs au sein même de sa patrie, entouré de disciples qui Tadmiraient, jamais dit Vicq-d'Azyr, on ne courut avec plus de bonheur tous les hasards de la vie. ^ Il se reposait de ses travaux scientifiques par quelques études d'agronomie qu'il pratiquait dans une charmante campagne qu'il possédait sur les bords du Rhin. C'est là qu'il ressentit les premières atteintes de la maladie rapide qui l'enleva à la science et à ses nombreux amis, le 10 septembre 1783, à l'âge de isoixante-quatre ans. Exemple assez rare d'un savant qui, malgré sa renommée, vécut heureux, considéré, tranquille, au sein du pays où il avait pris naissance. Rien ne repose et ne console comme le tableau d^une telle existence, enfermée, à la vérité dans uncer* cle d'événements peu dramatiques, dépourvue d'agitation et, si l'on veut, de poésie, mais qui n'est pas moins digne d'intérêt et peut-être d'envie, dans notre siècle d'activité dévorante. Du moins que le spectacle des rapides progrès de l'intelligence humaine ne nous rende pas ingrats envers ceux qui les ont préparés, et ne laissons pas tomber dans l'oubli le nom deis hommes qui, dans une carrière de labeur et de modestie, ont su joindre à la culture des sciences l'exemple non moins précieux d'un caractère élevé et d'une vie honorable.

Jean-Baptiste Van Hons^ naquit à Bruxelles, le il novembre 1765. Son père était receveur du grand b^inage de cette ville. Il avait appris un peu de latin dans un collège de la Campine, et il entra de bonne heure comme élève dans une pharmacie.

A rftge de vingt ans, il avait déjà publié un ouvrage sous le titre d'Essai sur les principes de la chimie anti^ phlogistique ; deux ans plus tard, il se présenta aux examens de la maîtrise. Il paraissait encore si jeune, que le chef de la corporation des pharmaciens^ étonné quil osât se soumettre aux épreuves, lui fit observer qu'au lieu d'une inscription pour les examens, c'était probablement son entrée en apprentissage qu'il venait solliciter.

La vivacité du tempérament et de l'esprit du jeune chimiste devait l'amener à prendre une part active au mouvement révolutionnaire qui se préparait. Van Mous se jeta dans le parti vonkiste avec une ardeur qui faillit lui devenir fatale. Il fut incarcéré comme fauteur des sociétés secrètes et coupable du crime de lèse-nation. Le procureur général insistait pour réduire l'affaire aux formes les plus simples et les plus expéditives. L'accusé

demandait une défense qu'on persistait à lui refuser; cependant sa jeunesse pariait en sa faveur^ et malgré Tirritation de l'autorité contre son partie il échappa à ce premier danger.

La bataille de Jemmapes ayant ouvert la Belgique aux armées françaises, on organisa une assemblée de représentants du peuple^ dont Yan Mons^ à peine âgé de vingtsept ans, fut appelé à faire partie; mais tout en subissant rinfluence de la fièvre révolutionnaire, il ne s'associa en aucune façon aux excès de cette époque. Sa correspondance prouve au contraire qu'il n'usa de son crédit qu'en faveur de ses compatriotes persécutés, et plusieurs traits honorables témoignent de la bonté de son cœur, comme de la générosité de ses sentiments.

' Après ]a réunion de la Belgique à la France, les relations de Yan Hons avec les savants de Paris, s'étendirent et se multiplièrent. Le représentant Roberjot, envoyé à Bruxelles, le prit en affection, et l'engagea à faire des recherches sur les mines de la Belgique. Peu de mois après il le chargeait de préparer la réorganisation de l'enseignement dans les départements réunis, et Yan Mons était récompensé de cette honorable mission par le titre d'associé de l'Institut. Au mois d'avril 1797, il fut nommé professeur de chimie et de physique expérimentale à l'école centrale de Bruxelles, alors chef-lieu du département de la Dyle.

Ce fut à la même époque que sur l'invitation pressante

de Fiau322s;,..MSt^ Yauajftelin et

ftieur, il commença à prendre part à^îa rédaction des Annales de chimie. Yan Mons était pour la Société des annales une acquisition précieuse, parce que, très-versé

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dans les langues étrangères^ il pouvait servir d'intermédiaire scientifique entre l'Angleterre, T Allemagne^ la France et lltalie. D fournissait à ce savant recueil les mémoires qu'il traduisait des Annales de Creli, des journaux anglais, italiens et hollandais. L'abondance des matériaux qu'il recueillait ainsi devint telle que, n'ayant pu décider les rédacteurs des Annales à publier chaque mois un cahier supplémentaire, il résolut de fonder luimême un journal sci^tifique à Bruxelles, recueil qu'il continua plusieurs années sous le titre de Journal de chimie et de physique, et qui fut longtemps comme le dépôt central des progrès de la sdence dans les diverses contrées de l'Europe. C'est dans un des numéros de ce recueil que l'on trouve ce passage d'une lettre de Bru^ gnatelli à Van Mons, remarquable en ce qu'il précéda de bien des années la fondation du nouvel art de dorer par la voie humide : « J'ai dernièrement doré d'une manière a parfaite, écrivait Brugnatelli, deux grandes médailles a d argent, en les faisant communiquer, à l'aide d'un fil a d'acier, avec le p61e négatif d'une pile de Volta, et en a les tenant l'une après l'autre, plongées dans de l'antia moniure d'or nouvellement préparé et bien saturé. »

La multiplicité de ses occupations força bientôt Van Hons à renoncer à l'exercice de la pharmacie. En 1807, il s'était fait recevoir docteur en médecine à la faculté de Paris. Presqu'en même temps, l'université de Helmstadt lui offrit spontanément le même titre. Van Mons avait été l'un des fondateurs de la Société de médecine, de chirurgie et pharmacie de Bruxelles, dont il fut longtemps le secrétaire générai, et dont les actes contiennent plusieurs mémoires qu'il publia isolément.

Van Hons avait manifesté dès ses plus jeunes années le goût le plus vif pour Fagronomie^ et notamment pour la culture des fruits. Â Tâge de quinze ans il semait (ians le jardin de son père des fleurs et des arbrisseaux dans le dessein d'en suivre le développement et d'en étudier les générations successives. Il avait dès lors jeté les bases d'une théorie^ et arrêté le plan d'expériences qu'il devait suivre^ et qu'il suivit en elSet pendant tout le cours de sa vie, pour en constater la réalité. Plus tard^ il plantait de ses mains une vaste pépinière^ qui fut pour lui la source d'immenses jouissances^ mais aussi^ comme nous Talions voir^ de bien cruels chagrins.

Après les événements de 1815^ le roi Guillaume ayant rétabli l'Académie des sciences et belles lettres de Bruxelles^ Van Mons fut compris dans la première nomi* nation. L'organisation des universités suivit depuis celle de l'Académie royale des sciences^ et l'on confia à l'illustre ami de Lavoisi erg de \fl|ta^ de BrugQjtejyii^ de Berthollet l a chaire de chimie et d'agronomie à l'université de Louvain.

. Ce fut à cette époque qu'il perdit presqu'en même temps son épouse et le plus jeune de ses quatre fils. Quelques années après^ un édit royal venait le priver de cette magnifique pépinière^ objet de ses constantes études^ et qui renfermait alors plus de 80^000 pieds d'arbres fruitiers, sous prétexte que le terrain en avait été jugé propre à des constructions.

Obligé d'enlever ses plantations dans l'espace de deux mois et au fort de l'hiver, il put à peine sauver la vingtième partie, à l'aide des greffes qu'il se hftta de cueillir; le reste fut vendu ou donné.

â76 ÉTUDES BIOGRAPHIQUES.

Cette catastrophe affligea vivement le savant agronome^ mais sans le décourager. Il résolut de transporter à Louvain les débris de sa pépinière et d'y continuer ses semis et ses expériences^ mais il n'était pas au bout de ses tribulations. Là encore Futilité publique fut le prétexte d'une nouvelle dévastation de ses jardins. Au moment des préparatifs du siège d'Anvers^ l'autorité militaire fit détruire sa pépinière pour faire place à des fours et à des magasins de vivres. La philosophie de VgaJllffîS. ^^ ^^^ point encore abattue de ce second coup. Il loua un nouveau terrain, et recommença ses expériences; il fut encore une fois obligé de céder la place à une fabrique de gaz d'éclairage. Décidément l'industrie et le bien public ne pouvaient s'accommoder avec les recherches agronomiques de l'illustre vieillard; mais déjà il avait recueilli des données assez nombreuses pour appuyer sa théorie pomologique, et pour la développer dans une série d'articles qui parurent dans les Annales générales des sciences physiques, recueil qu'il avait fondé avec le concours de MM. Drapiez et Borv de Saint -Vin cenL

Cette théorie peut se résumer dans les termes suivants : a En semant les premières graines d'une nouvelle variété Q d'arbres fruitiers, on doit en obtenir des arbres nécesa sairement variables dans leurs graines , car ils ne a peuvent plus échapper à cette condition, mais moins « disposés à retourner à l'état sauvage que ceux provenus <x de graines d'une ancienne variété; et, comme ce qui a tend vers l'état sauvage, a moins de chance de se troua ver parfait, selon nos goûts, que ce qui reste dans le a plein champ de la variation, c'est dans les semis des (( premières graines des plus nouvelles variétés d'arbres

a fruitiers^ que Ton doit espérer de trouver les fruits les a plus parfaits selon nos goûts, o Cette théorie était formulée dans la tête de Van Hons dès l'âge de vingt ans. C'est pour en confirmer la valeur qu'il fonda ses diverses pépinières et qu'il suivit pendant tout le cours de sa vie les expériences qu'il avait primitivement imaginées. Ces expériences^ d'ailleurs, le confirmèrent pleinement dans ses prévisions. Voici en quels termes M. Poiteau s 'exprimait dans les Annales de la Société d'horticulture de Paris au sujet de cette théorie.

a Aujourd'hui^ dit ce savant horticulteur^ j'appelle le principe de ces moyens: Théorie Van Mons; mon but est d'en indiquer l'origine^ de la développer^ de l'appuyer par des raisonnements, par des faits^ de tâcher d'en démontrer la solidité, de la faire admettre parmi nous, et de la présenter comme l'une des plus savantes et des plus utiles découvertes que le génie et le raisonnement aient faites vers la fin du dix-huitième siècle ! » Du reste la Société d'agriculture de la Seine avait depuis longtemps reconnu le mérite de ses découvertes, et dans une séance solennelle, sous la présidence du ministre de l'intérieur, lui avait décerné une médaille d'or, pour reconnaître, selon les termes du rapport, le zèle et le succès avec lesquels il s'était occupé de la multiplication des variétés d'arbres fruitiers.

A l'époque où Van Hons entra dans la carrière des sciences, la chimie préludait à la réforme célèbre à laquelle Lavoisier imposa son nom. Le jeune chimiste belge entreprit de la propager dans son pays, et apporta à cette mission le zèle le plus ardent. Les retardataires de toutes les nations cherchaient encore à combattre les

±1^ ISTUOSS BIOGIUPHIQUISS.

théories si lumineuses du savant chimiste français. Yan Mons crut de son devoir de la défendre et choisit son poste dans les rangs les plus avancés.

Il s'attacha particulièrement à repousser les attaques de deux chimistes allemands^ GreQ, et Westrumb . qui^ en s'appuyant sur des faits mal observés^ niaient l'exactitude d'une expérience fondamentale de Lavoisier.

Ce fut alors que Van Mons publia ses a Observations nouvelles sur la prétendue propriété du gaz azote d'entretenir la combustion. » C'est à cette circonstance et à l'ardeur qu'il mit à propager les doctrines de la chimie moderne qu'il dut ses relations avec les plus célèbres chimistes de l'époque^ le titre d'associé de l'Institut de France et son admission à la plupart des Sociétés savantes de l'Europe. Mais comme il arrive trop souvent aux hommes qui^ dans leur jeunesse^ ont déployé le plus de zèle pour la propagation des théories nouvelles^ Yan Mons se refusa plus tard à reconnaître les faits qui por^tent quelque atteinte à la doctrine de Lavoisier. C'est ainsi qu'il ne voulut jamais admettre l'explication du développement de la chaleur par l'action des forces électro-chi^ miques^ et que plusieurs de ses derniers écrits eurent pour objet de protester contre des théories admises au-^ jourd'hui sans contestation par tous les chimistes.

En physique^ Van Mons s'attacha à la théorie de Franklin et à l'hypothèse d'un seul fluide électrique. Il déve* loppa cette opinion dans l'ouvrage auquel il donne le titre de : Principes d'électricité. Il se déclara aussi le partisan du système delà nature hétérogène des divers rayons du spectre solaire. On trouve dans le troisième volume des actes de la Société de médecine de Bruxelles^ son Hé^

moire sur les orages, et les effets qu'ils produisent sur rhomme et sur les animaux. La météorologie devait en effet rintéresser à la fois^ comme médecin et comme horticulteur; aussi est-ce la branche de la physique à laquelle il s'appliqua avec le plus de succès et de persévérance. Il est le premier qui ait attribué aux brouillards une cause de nature électrique^ opinion reproduite et soutenue depuis par plusieurs physiciens^ avec de véritables chances de probabilité.

Malgré les succès qu'il avait obtenus dans la carrière des hautes sciences^ Van Mons n'avait pas oublié que la pharmacie avait été son point de départ. Dès Tannée 1800^ il avait cherché à mettre plus d'ordre et de simplicité dans la masse des formules qui composent l'arsenal pharmaceutique du dix-huitième siècle^ et qui appartenaient aux dispensaires de tous les âges et de toutes les nations. La Pharmacopée manuelle fut le premier résultat de ce travail; il s'attacha surtout à y introduire les théories chimiques modernes, et à faire concorder la nouvelle nomenclature de cette science avec les dénominations vieillies de l'école précédente. Cet ouvrage eut un véritable succès. La traduction allemande en fut réimprimée jusqu'à trois fois;' on y remarque la distinction toute nouvelle entre les baumes ou substances résineuses qui contiennent de l'acide benzojque ou cinnamique^ et les résines proprement dites qui n'en contiennent pas.

Il donna, en 4817, une nouvelle édition de la Pharmacopée de Swediaur, enrichie de notes et d'additions. A la même époque, il fut l'un des huit commissaires chargés de la rédaction de la Pharmacopée belge; mais n'ayant pas toujours réussi à faire adopter les améliorations qu'il

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avait proposées^ il se résohtt à publier une seconde édition de sa Pharmacopée manuelle, dans laquelle il inséra toutes ks modiBcations qu'il n'avait pu faire admettre dans le Code pharmaceutique de i6\6, ainsi que les meUleures formules tirées des pharmacopées des autres na« tions.

Vers 1^7^ Van Mons publia en latin le Conspecfus mixtionum ehimicarum; deux ans plus tard le Materiœ medico-pharmaceuticœ compendium; enfin^ii concourat à la seconde édition de la Pharmacopée nationale de Belgique et Tenrichit des fruits de sa longue et habile expérience.

L'université de Louvain ayant été supprimée en 1830^ Vân Mons^ fut nommé professeur à Gand; mais son ftge avancé^ ses habitudes et l'impossibilité de transporter encore une fois ses riches pépinières ne lui permirent pas d'accepter ces nouvelles fonctions. Le roi Léopold^ appréciant tous les titres de ce vétéran de la science^ le nomma professeur émérite^ lui accorda le maximum de la pension de retraite et la décoration de son ordre. Hais^ dès lors^ Van Hons s'était résigné à vivre dans un isolement presque absolu. Enfermé avec ses livres, livré tout entier à ses chères études, il ne recevait guère que les visites de ses proches parents ou de ses amis les plus intimes. En 4837, après la mort du second de ses fils, son isolement et sa retraite devinrent presque exclusifs, bien qu*i1 continuât à s'occuper de la science et à en suivre les progrès avec un intérêt qui ne se ralentit jamais.

Un mois avant sa mort, il voulut revenir à Bruxelles, pour se rapprocher des deux fils qui lui restaient, mais il retourna subitement à Louvain, où il mourut le 6septem-

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bre i842. Selon ses désirs^ son corps fut transporté à Bruxelles et enfermé dans la tombe qui peu d'années auparavant avait reçu son second fils.

Van Mous était doué des plus heureuses qualités physiques; il pouvait passer pour un des plus beaux hommes de son époque* Sa taille élevée^ sa physionomie spirituelle et franche^ ses yeux noirs pleins de feu^ le rendaient vraiment remarquable. Lui-même prenait soin de faire valoir ces avantages naturels par une mise toujours recherchée. Ses qualités personnelles n'étaient pas moins éminentes. Sa bienveillance et sa générosité étaient à toute épreuve. Son élocution^ bien que facile et originale^ manquait parfois, , dans la chaire^ de méthode et de lucidité. Sa conversation était piquante^ parce que indépendamment des connaissances profondes et variées qui en formaient le fonds principal^ il y ajoutait volontiers les ornements d'une imagination riche et féconde. Ses écrits se ressentaient un peu de ce défaut de méthode rigoureuse ^ indispensable dans renoncé des théories scientifiques. Il péchait par une abondance qui^ lorsqu'elle manque tout à fait^ offre l'inconvénient contraire, et ne rend pas moins obscures des démonstrations dont le premier mérite devrait être la précision et la clarté.

Van Monsse maria deux fois. Il eut le chagrin de perdre sa femme et la fille qu'il en avait eue, peu de temps après son mariage. La seconde^ qui lui fut enlevée par un accident aussi déplorable qu'imprévu, lui avait donné quatre fils. Le second d'entre eux, médecin d'une grande espérance^ mourut du typhus en 1837. Il en laissa deux autres, dont l'un. est colonel d'artillerie dans l'armée belge, et le second conseiller à la cour d'appel de Bruxelles.

yactivitéde Van Hons était inépuisable; il possédait surtout la faculté assez rare de faire marcher de front des études et des occupations fort diverses. Au moment où Torage révolutionnaire grondait encore^ il venait faire^ dans la Société de médecine de Bruxelles^ de paisibles lectures sur la matière colorante végétale^ sur la nature du parenchyme des plantes, ou Taction de la lumière sur les corps organiques» On le voyait passer avec la plus grande facilité des affaires publiques à celles de la science* L'intérieur de sa maison, sous ce rapport, était vraiment digne de Tattention de Tobservateur : on le voyait rece* voir dans la même chambre ses amis et ses malades, mêler des causeries scientifiques à des consultations médicales, et y joindre souvent les discussions de la politique la plus ardue et la plus élevée. Cette activité, sans être notablement altérée par l'âge, finit par s'étendre à un

moins grand nombre d'objets. La chimie, la physique, la pharmacie, l'horticulture, furent les points sur lesquels elle parut se concentrer vers la fin de sa vie. Carrière

étendue, honorablement remplie, digne en tous points d'exciter l'émulation et les respects des générations appelées à recueillir les fruits de tant de zèle, de recherches et de talent (1).

(1) Voici la liste fdes ouvrages publiés par Van Mous : I. Entai sur principes de la chimie antiphlogittique^ in-8, Bruxelles, 1785. ^ H. Pharmacopée manuelle > Bruxelles, an IX (1800). — III. Centwra commenUtrii à Wieglebo nuper editi de vaporis in aerem convereione, Bruxelles, an IX, in-4. — Journal de chimie et de physique, Bruxelles, an IX, X et XI (1800 à 1802). — V. Principes d^ileetricité ou con/ir' motion de la théorie électrique de Franklin. Bruxelles, an IX (1802)^ — VI. Synonymie des nomenclatures chimiques modemet, traduit de de ritalien de Brugnatelli. 1802, in-8. — VII. Théorie de la eombus-^

Iton. In-8.Bn]xelles, 1802. — yilU Lettre èBneholx tur la fomuUion de$ métaux en général, et en particulier ceux de Davy, ou Etiai de ré^ forme générale de la théorie chimique, in-8. Bruxelles, 1810. — IX. Principe» élémentairee de chimie philoiophiqt^ avec dee appliea' tione généralee de la doctrine des proportions déterminées, Bruxelles, 181 8, un vol. in>12. — X. Annale» générale» de» »cience» phy»iques, par MM. Bory de Saint-Vincent, Drapiez et Van Mons. Bruxelles, 1819. — XI. Pharmacopée ueuelle, théorique et pratique, Louvain, 1821 , 1822, un vol. in-8. — XII. Conepeetu» mixtionum ehimiearum, 1 vol. in-l2. Louvain, 1827. — XIII. Materiœ medico-pAarmoceuttccB cornpendium, 1829. Louvain, 1 vol. in-8. — XIV. Abrégé de chimie à VvMoge de» leçons, Louvain, 1831 à 1835, 5 vol. in-12. — XV. Arbre» fruitier» et leur culture. Louvain, 1835-1836, 2 vol. in- 12. — XVI. La chimie des Éther». Louvain, 1837, un vol. in- 19 (il devait y en avoir trois). — ■ XVII. Sur le» troi» nouveaux corp» chimique», les métallofluore», l^iodine et VhuUe détonante de Dulong. — XVIII. Philoeo* phie chimique ou vérité» fondamentale» de la chimie moderne, par Foureroy; nouvelle édition augmentée de notes et d'axiomes, etc. Bruxelles, an 111(1794), 1 vol. in>8. — XIX. Préface et addition aux éUmetit» de philoeophie chimique de Vavy, 1813-16, 2 vol. in-8* Bruxelles* — XX. Pharmaeopeia mediei pratiei univereali», etc., par Swediaur, avec notes et additions. Bruxelles, 3 voL in-8, 1817.' — XXI. Fait» et vue» détaché», en rapport avec le différend »ur certain» point» ds théorie chimique, etc. 2 vol. in-8 inachevés.

On trouve en outre dans les Mémoires de PAcadémie royale de Bruxelles, les travaux suivants : l» Mémoire »ur la réduction de» alcali» en métaux, tomeiii, mai 1823. 2» Mémoire »ur quelque» erreur» concernant la nature du chlore, et surplueieur» nouvelle» propriété» de Vadde muriatique, tome m, novembre 1823. Z<»Qudque» particularité» concernant le» brouillard» de différente» nature», tome iv, avril 1827. 4° Mémoire »ur une particularité dan» la manière dont »e font le» cornbinaisons par le pyrophore, tome xi, juillet 1835. 5» Mémoire sur VeffUacité de» métaux compacte» et poli» dan» la eon»truction di» pyrophores, tome xi, juillet 1835.

LABARRAQUE

Antoine-Germain Labarraque naquit le 29 mai iTH, dans la petite ville d'Oloron (Basses-Pyrénées) (4). Enlevé prématurément à ses études par les exigences du service militaire^ il fit partie des grenadiers de la Tour-d'Auvergne, et une action d'éclat lui mérita une promotion sur le champ de bataille. Tandis qu'il tenait garnison sur les frontières d'Espagne^ à Saint-Jean-de-Luz, pour utiliser ses loisirs, il remplit les fonctions d'élève dans une pharmacie tenue par de respectables demoiselles chez lesquelles il était logé. Par suite de ces connaissances rapidement acquises, et dans la disette de sujets propres au service des hôpitaux, il fut désigné , à peine âgé de vingt ans, comme pharmacien, et même pharmacien en chef d'un hôpital espagnol, celui de Berra. L'excès du travail, les privations, l'insalubrité lui firent contracter le typhus , maladie pendant laquelle , disait-il,

(I) Sa ville natale, heureuse de son illustration, a fait placer sur la maison où naquit Labarraque, une plaque de marbre où sont rappelées la date de sa naissance et celle de sa mort avec ces mots : « En 1 79S, la Tour d'Auvergne le distinguait sur le champ c de bataille. En 1825, TAcadémie des sciences de l'Institut de France « couronnait ses travaux sur les chlorures. »

LABARRAQUB^ 28 S

on lui fit avaler plus de médicaments qu'il n'en avait encore préparé. Sa jeunesse et sa robuste constitution le firent heureusement résister à la maladie comme aux remèdes. Â peine convalescent^ il fut licencié et évacué sur la France. Au moment où il traversait Saint-Jean-de-Luz, il s'élança de la charrette dans laquelle on le transportait^ pour venir tomber évanoui dans l'officine où il avait été reçu et traité avec tant de bonté. Il y retrouva les mêmes soins et la même affection. Le souvenir s'en était si bien conservé dans son âme^ qu'il n'en parlait jamais que les larmes aux yeux^ et qu'à plus de soixante-dix ans il voulut aller revoir les lieux où il avait contracté de si douces obligations. Il y retrouva^ non plus les demoiselles Mouhaut^ mais leur parent et leur successeur^ à qui ces excellentes personnes avaient imposé la condition de conserver intacte la chambre qu'avait habitée Labarraque^ leur enfant d'adoption.

Cependant; il avait pris goût à la pharmacie^et devenu libre^ il alla à Montpellier pour y puiser les éléments de cette profession. Il y suivit les cours de Chaptal. A h fin de son noviciat, il vint à Paris^ où il entra chez Bfijetiopd Pelletier^ membre de l'Institut^ qui lui permit de suivre les leçons de Yaugaelin. Reçu pharmacien en 1805 et établi dans la capitale^ il lut à la Sodété de pharmacie un travail sur la dissolution du phosphorey et à la Société de médecine un Mémoire sur les éleetuaires, qui lui ouvrirent les portes de ces deux compagnies.

Lorsque Labarraque était élève dans la maison Pelletier, il y fit la connaissance du célèbre Çûjyjsart, qui le prit en amitié et voulait l'attacher à la maison de TEmpereur. Une circonstance singulière fit avorter ce projet.

Une nuit que Gor^sai^ était venu faire préparer par son élève de confiance une potion destinée au Premier Consul, et dans laquelle devait entrer du suc de citron^ il fallut pour cela éveiller un épicier du voisinage y ce qui causa un retard, pendant lequel Gorvisart manifesta la plus grande impatience. Labarraque essaya de le calmer en lui disant que quelques minutes de plus n'em* pécheraient pas le médicament d'opérer son effet. — Mais, malheureux, s'écria Gorvisart, tu ne sais donc pas que si je ne suis pas à quatre heures du matin près du Premier Consul avec la potion, il me la jettera à la figure. — Que dites-vous ? reprit Labarraque. S11 en est ainsi, je ne puis pas être son pharmacien, car s'il me faisait un pareil outrage, je l'étranglerais.... Paroles qui, assurément, sentent d'une lieue le jeune homme et le méridional, mais qui témoignent aussi dans Labarraque d'un honorable sentiment de sa dignité.

Labarraque ne s'était distingué jusqtte*là que comme un pharmacien instruit et honorable, lorsqu'en 1820, le programme des prix proposés par la Société d'encoura* gement pour l'industrie nationale, le plaça tout à coup sur un nouveau théâtre. Le programme portait cette question : a Trouver un procédé chimique ou mécanique pour en-

< lever la membrane muqueuse des intestins traités dans

< les boyauderies, sans employer la macération, et s'opa posant à la putréfaction. Décrire la manière de préparer « les boyaux par insuf^ation. »

Il fallait un véritable courage pour entreprendre les expériences qu'exigeait la solution d'un pareil problème. Ce courage ne manqua pas à notre collègue. Il alla étudier dans des ateliers infects les détails de l'art du boyau-

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dier^il se livra lui-même à ce travail rempli de dégoûts ; il essaya un certain nombre de réactifs et^ par une suite de raisonnements ingénieux^ il fut conduit à remploi de Teau de Javelle^ qui lui parut remplir assez bien son objet. Il fit part de ces premiers résultats à ^4^i'£^î' cotfft^ qui avait soulevé la question dans le sein du conseil de salubrité et qui Texcita à poursuivre ses recherches. Labarraque le lui promit ; mais il hésitait encore^ lorsque Cadet vint à mourir. Notre confrère regarda dès lors son honneur comme engagé dans une promesse que la mort rendait irrévocable^ et il se livra au travail avec une acti<^ vité^ une ardeur qui ne se ralentit pas un instant. En moins de quarante jours, les expériences furent terminées, le mémoire fut écrit et remis à la commission. .

Labarraque obtint le prix; et, sans se réserver le secret de sa découverte, il en publia aussitôt les détails sans au* cune restriction, bien qu'il n'y fût pas obligé par les con* ditions du programme. L'année suivante (1^23), l'Académie des sciences lui accorda le prix Montyon pour l'assainissement des arts insalubres. Plus tard, en 1826, l'Académie de Marseille lui décerna une médaille pour l'application des chlorures à l'hygiène et à la thérapeutique. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1827, élu successivement membre du conseil de salubrité et de l'A-^ cadémie de médecine, un grand nombre de Sociétés savantes étrangères s'empressèrent également de l'admettre dans leur sein. Ajoutons.qu'il ne tarda pas à trouver dans sa découverte, devenue une nouvelle industrie, la source d'une honorable fortune, et d'une considération personnelle à laquelle il n'attachait pas moins de prix.

On le voit; la société n'est pas aussi ingrate qu'on le

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prodame saus cesse. Elle tient assez de compte à ceux qui 86 dévouent pour elle^ de leurs efiforts, de leurs succès, et leur accorde assez largement ce qui fait rambition bien légitime de tout homme de cœur et d'intelligence. Mais c'est que les conséquences de la découverte de Labarraque ne s'étaient pas bornées à la solution du problème proposé par la Société d'encouragement. Les applications de ses chlorures se multipliaient chaque jour. Après la désinfection des ateliers de boyauderie^ ils avaient servi à l'assainissement des halles^ des abattoirs^ des amphithéâtres anatomiques. On en avait fait usage avec succès dans les hôpitaux^ les lazarets^ les prisons^ les infirmeries de la marine^ dans les magnaneries^ lesétables^ dans une foule d'ateliers insalubres. L'assainissement d'un égout venait d'épargner à la ville de Paris une dépense évaluée à un demi-million; celle des équipages militaires avait sauvé des sommes considérables à radministi*ation delà guerre. Les chlorures rendaient les plus grands services dans l'exhumation des cadavres^ les recherches de médecine légale^ les embaumements^ les solennités funéraires; enfin^ lors de la première invasion du choléra^ ils avaient rendu presque populaires les mesures relatives à l'assainissement des habitations^ et fait faire à l'hygiène publique ainsi qu'à l'hygiène privée^ un pas important désormais acquis à la science comme à la société. C'est surtout la poursuite infatigable de ces résultats qui caractérise la découverte de Labarraque. Notre confrère en efiTet, ne s'est jamais posé comme l'inventeur du chlore^ ni des chlorures. Les propriétés désinfectantes du chlore gazeux avaient été mises en lumière par Guyton-Morveau, celles des chlorures, comme décolo-

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rantSy avaient été l'objet des trayaax de B^hollet^ Teau de Javelle était un produit placé dans toutes les mains. Laharraque n'a pas imaginé davantage leurcomposition^ leur fabrication^ leur théorie. Aussi^ s'il fallait défendre sa modestie bien réelle contre des insinuations plus d^une fois émises avec peu de bienveillance^ il nous suffoait de transcrire le paragraphe suivant de son premier mémoire : VArt du boyaudier (p. 71).

a Pour donner un intérêt chimique à cette note^ dit-il^ « on devrait faire encore plusieurs expériences^ entre « autres celle de déterminer si^ dans le moment où la « putréfaction se détruit^ il se forme une combinaison, a quelle est la nature du ou des gaz qui se dégagent, etc. ? « mais il y aurait de la témérité à moi, qui peut-étro n'ai a jamais possédé assez d'aptitude pour me livrer avec « succès à des recherches, et qui, depuis quinze ans me a suis presque uniquement occupé d'une partie de la <x chimie qui ne demande que la rigoureuse exactitude « des procédés reconnus bons, pour en faire l'application « à Fart de guérir; il y aurait de la témérité, dis-je, à me a livrer à des travaux sur un sujet qui a été étudié par les « premiers chimistes de l'Europe. Si même je me suis per^ a mis quelques détails, on ne doit l'attribuer qu'au désir a naturel à tout homme de se rendre compte, autant que a ses facultés le lui permettent, des faits qu'il observe, c en se les expliquant d'une manière satisfaisante pour a lui, et en attendant que les habiles en fixent la «théorie.»

Mais ce qui lui appartient bien réellement, c'est l'idée de l'application des chlorures à la désinfection des matières animales, c'est leur substitution à l'emploi du chlore

as

S90 inJDIS 8I06KAPHIQUES.

gazenx dans une multitade de circonstances où Taction de ce gaz ne pouvait pas atteindre les causes d'infection; c'est la pensée que les chlorures liquides^ en cédant leur alcali aux matières grasses^ laisseraient dégager le chlore à l'état massant et d'une manière continue, enfin, c'est surtout la persév^ance, le courage, l'abnégation qu'il mît à propager ses convictions, en multipliant les expériences. Quel que soit l'amour des hommes pour la nouveauté, on sait les efforts qu'exige le triomphe d'une vérité nouvelle, lors même qu'elle porte tous les caractères d^un bienfait public. On ne saurait dire tout que ce Labarraque eut à faire pour rendre bien évidents les résultats de sa découverte et pour en populariser les applications. Souvent obligé d'opérer de ses propres mains, de surmonter d'horribles dégoûts, de s'exposer à des dangers réels, il etrt encore à' lutter contrôla prévention, la routine, le mauvais vouloir et même la mauvaise foi. Le rapport de flobigu^ la Société d'encouragement, rappelle ce fait remai^labie qu'après la désinfection complète d'une boyauderie, les ouvriers se plaignirent qu'on avait empoisonné leur atelier, parce qu'il restait dans l'atmosphère queues traces de chlore qui n'étaient pas même sensibles à l'odorat des experts.

Dans le cours de ses premières recherches, M. Labarraque avait remarqué un fait qui jusqu'alors avaitéchappé aux anatomistes : c'est que les intestins des carnivores ont une membrane péritonéale très^paisse et la muqueuse mince, tandis que chez les herbivores, la membrane extaoïe est milice comme une pelure d'oignon et l'intérieure trèfr^paisse. Il attribua cette différence^ la nature des aliments qui, pour les herbivores, étant plus

durs^ obligent les intestins à se contracter plus violemment et plus longtemps^ tandis que chez les carnivores^ ils sont d'une assimilation plus facile.

Etienne Geoffroy l^ainlrgyâÎK^ a fsii remarquer Timportance de cette découverte anatomique dont il laisse tout rbonneur à Labarraque; elle suffisait assurément pour rendre incontestable son talent d'observation.

Outre Y Art du boyaudier, qui parut en 1822^ M. Lal^arraque a publié en 1823^ une brochure intitulée : De l'emploi des chlorurée de sodium et de chaux; une Note sur une asphyxie produite par les émanations d'une fosse d'aisance (1825) ; une Note sur la préparation des chlorures désinfectants. (1826); enfin plusieurs Rapports igné-sentes au conseil de salubrité de Paris^ entre autres^ sur Texhumation des cadavres d^sés en juillet 1820^ dans les caveaux de l'église Saint-Eustache^

Labarraque avait un caractère généreux , plein de bienveillance^ un cœur afiFectueux^ une âme sincère et expansive. Il était d^un commerce aimable; d'un abord franc et ouvert. Quel que soit le succès personnel que ses travaux lui méritèrent^ on peut affirmer qu'il fut encore plus fier de leurs résultats immenses en faveur de la salubrité publique. Sa découverte lui avait valu de hautes relations et de précieuses amitiés, a Honneur à a vos chlorures ! lui écrivait, de Syrie, l'éloquent Paa riset, allant essayer l'emploi de ses produits contre «la peste d'Orient. Si je vous représentais en hié- « roglyphe, je vous mettrais à la main la clef de vie... d Je vous assure que mes amis et moi ne respirons que <x le bien; j'ai Tftme nette et blanche de tout autre sena timent. Dans ma jeunesse, quand j'allais à la bataille.

29i Annm BHNaAnoQois.

« j'avais Platon dans mon sac : l'Apologie, le Oiton, le « Phédon. A soixante ans, je les ai dans les plis de mon c œnrean. Ces compagnons platonisent comme moi ; c je plalonise en tous aimant, car vous ne songez qu'à c bien mériter des hommes. Itenan voie et me ama, »

Parvenu à un âge enccnre peu avancé, Labarraque vit sans trop d'amertume sa santé, ses forces s'affaiblir, sa vie déclin» ins^isiblement, puis s'éteindre. 11 est mort le 9 décembre 1850, à la campagne, entouré de sa famille et de quelques amis ; heureux de se voir survivre dans un fils, déjà en possession d'un rang distingué parmi les médecins de la capitale, et dans wa gendre, M. Lecanu, aussi docteur en médecine, agr^é de h Faculté et l'un des professeurs les plus éminents de l'École supérieure de pharmacie de Paris.

Que peut ambitionner de mieux un homme de Inenf II faut aimer les hommes pour leur conquérir, par tant de labeur, quelques utiles vérités; il faut en être aimé et respecté quand on a eu le bonheur d'y réussir; c'est un hommage qui ne manquera jamais à bi mémoire de notre collègue et de notre ami.

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