‹ Etudes biographiques pour servir à l'histoire des sciencesChapitre 21 sur 23 · S6 ÉTUDES BIOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

S6 ÉTUDES BIOGRAPHIQUES

quels on comptait plus de sept cents ouvrages eu v^ssur le même sujet.

Mais une pensée plus relevée encore^ parce que^ outre son dévouement pour la science et son goût pour les lettres^ elle témoigne en même temps de la délicatesse de son âme, c'est celle qui lui inspira ces nombreuses et élégantes Notices biographiques^ consacrées à la mémoire des agronomes^ des savants, des itodustrièk de sa double patrie. C'est elle qui lui mit la plume à la main pour écrire l'éloge de Georges-Marie Raymond , de BaJbis, de BoaCj de Fiorio , ses premiers nialtres^ de f^m^^ni son traducteur et son émule en ilbéralités savantes^ de Dandûlo^ de Re$l(giuté^ de Huzard^ de MaftlQipl^ de y^ipeiga^ ses guides et ses amis. Un sentin^etit' smalogue le porta à fonder des prix pour les éloges de EoBkc, de JUûflelfiiKij^e^ongchamps^ de Benjamin DfilfiSâÊCt et de Jacquart. Ses dédicaces élles-mémies sont deà témoignages de déférence, de gratitude ou d'amitié. II dédia son Traité du mûrier à» la Société d'agriculhire de Lyon^ son Traité dû maïs ^ p«£r^*^^^^/^ TiiygiirfT nfa-Sj^n-Fî-Rok à '*• de Gasparm , et sa traduction du poème de Vida à Frankin Bonafons^ « son premier frère et soii premier ami.

L'un des symptômes les plus rassurants du progrès qu'ont fait de nos jours^ surtout en France^ la raison publique^ et l'on peut ajouter, le vrai patriotisme, c'est ce mouvement général qui porter les populations à évoquer les souvenirs de t'bistoire loebte et à rendre hûmmage aux bommes supérieurs sortis de leur sein. Jjauais>

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à aucune époque^ ce sentiment de gratitude^ de saine appréciation des services rendus à la patrie^ ne s'est manifesté avec autant de spontanéité et . d'éclat. Sur tous les points de la France^ dans les grandes villes coaune dans les plus humbles communes^ on revient avec un noble .çrgueil sur ce que les fastes de la localité présentent d'honorable. Des statues^ des monument]^ s'élèvent pour signaler les homnEies qui ont répandu quelque c^brité sur leur terre natale. Partout la foule se presse à ces solennités émouvantes où le marbre et le bronze vienoient reproduire leurs traits^ où la poésie et l'éloquence s'ap^ pliquent à rappeler leurs titres de .gloire, où tout ce qu'une province renferme d'hommes éminents et éclairés vient décerner ces honneurs, vraiment populaires, au aiérite, au savoir, au dévouement. C'est là^ je le répète» un des traits les plus heureux, les plus consolants de notre époque, car le sentiment de la reconnaissance ^st lasoqrce de tous les mouvements généreux. Gfest là ausdi le caractère du vrai patriotisme, qui tient compte surtout des bienfaits durables que le pays doit à ses enfants, et cet élan de gratitude,, aussi libre que spontané, est la rémunération )a plus digne des efforts qui en sont l'objet.

C'est presque toujours aux corps savants qu'est réservée l'initiative de,ces actes de solennelle justice. Les Académies, habile^ à disputer au temps les moindres vestiges des traditions historiques, semblent partout regarder comme leur misstion spéciale, le soin de signaler au souvenir des peuples les faits dignes de leur reconnaissance. C'est ainsi que TAcadémie dq Lyon, continuant l'œuvre des temps antiques, a plus d'une fois ouvert sa tribune au panégyrique des personnages illustres dont cette noble

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ville fut le berceau. Guerriers, hommes d'État, artistes, savants, industriels, ont figuré tour à tour dans son brillant martyrologe, et à leurs noms est venu se joindre plas d'une fois celui d'une femme justement célèbre. Mais parmi ces noms, il en est qui resplendissent d'une gloire toute particulière ; ce sont ceux de ses philanthropes^ de ces hommes dont le dévouement eut surtout pour mobile l'ardent et saint amour de l'humanité : Alhumbert, AdaiQoH; le major Martin, Dey^érandOy C amiUp Jnr ^an^ ËTtîpnne et Benjamin Deiessert. tant d'autres dont la modestie fut assez heureuse pour se soustraire à la renommée ! Comment cette ville, où se conserve si religieusement la tradition des vertus publiques et privées, eût-elle oublié le nom de Matthieu Bonafous?... Car ce n'est plus au savant, à l'agronome, à l'écrivain que se rapporte ce qui nous reste à dire de lui, c'est à l'homme de bien, au philosophe ingénieux, qui sut résoudre ce problème difficile d'économie sociale : répandre, avec une médiocre fortune, le plus de bienfaits possibles sur les classes qui le méritent le mieux.

On ne trouve guère que dans les civilisations modernes, les exemples d'une vertu presque inconnue aux temps antiques : la bienfaisance, ou plutôt la charité. Les grands et sublimes dévouements qui éclatèrent dans les civilisations qui ont précédé l'ère chrétienne n'ont rien de commun avec les mouvements de commisération, fondés sur Tamour de l'humanité et sur le sentiment religieux. Ce secret instinct des âmes généreuses, si conforme d'ailleurs avec la loi divine, se manifeste sous diverses formes, mais il n'est pas toujours réglé par une saine appréciation des maux qu'il voudrait soulager et des besoins quil

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est appelé à satisfaire. Pour M. Bonafous^ il devint Tobjet d'une étude sérieuse et, par suite, d'une sorte de système, dont il poursuivit toute sa vie le développement et les applications. A peine ftgé de vingt-un ans, il y préludait en fondant à Turin, avec ses seules ressources personnelles, une institution gratuite pour Téducation des enfants des familles indigentes. Deux années après, dans un opuscule intitulé : Riflessioni filosofico-morali, il émettait quelques-unes de ses vues particulières sur Tart d'exercer la bienfaisance. Cet écrit, le premier qui soit sorti de sa plume, était à la fois un témoignage des saines études qui avaient occupé son adolescence, et des mouvements de sympathique bienveillance qui déjà s'agitaient dans sa jeune âme.

Son frère atné partageait ces nobles penchants, et plus d'une fois ils associèrent leurs efforts pour atteindre le même but. Frankin Bonafous avait moins de goût que Matthieu pour la culture des sciences, mais plus d'aptitude pour le commerce. Les deux frères s'entendirent pour suivre chacun la voie qui lui souriait davantage. L'atné résida à Lyon, où il dirigeait les affaires communes, laissant à Matthieu, le plus souvent fixé à Turin, plus de loisir pour se livrer à ses savantes recherches. C'est alors que celui-ci s'appliqua d'une manière plus spéciale aux études agronomiques et qu'il accepta les fonctions de directeur du jardin expérimental de la Croisette. Quelques années plus tard, il se fit recevoir docteur en médecine, non avec la pensée de se livrer à la pratique de cet art, mais pour acquérir le droit de répandre sur les malheureux des secours et des conseils, au nom et avec Tautorité de la science, a Si cet art ne fut jamais une profession

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pour Bonafous^ il fut du moins, entre ses mains, un moyen de plus de servir rhuroanité; il le prouva en mitte circonstances et^ notamment» en propageant la vaccâoe dans les États sardes, à Taide dçs mères elles-mêmes qu'il initia à la pratique de cette salutaire opération ; difficile entreprise qui fut couronnée du suecès ]e plus complet (i). » Ce titre d'ailleurs se rattachait au système général qu'il avait en vue : il avait remarqué que Fétade de la médecine réunit tout Tensemble desi conmâsfianees physiques et naturelles, et que. ses applieatiMs ttenoeûi Tun des premiers rangs parmi les bienfaits que ilaimaftHe peut attendre des lumières de la science.

Quelles que soient les idées théoriques que VL Bona* fous avait adoptées pour raccpmpHssemeiii de ses giéoi^ reux desseins, il est facile d'en suivre la trace et la dépendance en jetant les yeux sur l'ensemble de ses ac^. Il n'en est aucun qui ne se rattache à ce grand pHndpe : Travailler aux progrès de lascienoe, pour la faiie scarvir au développement moral et physique de l'humanité. Mais un pareil programme étant trop vaste pcmr un honamç limité à ses propres ressources, il dut le restreindre au perfectionnement de sa science de prédilection, et au soulagement de la classe qui l'intéressait le plus : celle des agriculteurs.

Quant aux moyens, il les multiplia autant que son activité et sa fortune lui en donnèrent le pouvoir. Or, le moyen le plus efficace, le plus propre à exciter les autres au travail, c'est sans doute de travailler soi-même. L'exemple est à coup sûr le meilleur des préceptes, et ce

(I) Paroles de M. ^Fraisse. DfscoUrs sur la tombe' de Matthieu Bonafoug.

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fut celui qu'il prodigua avec le moins de réserve. Nous avons dit quels efforts il consacra à Tamélioration de di* verses branches d'agriculture^ mais surtout de la produo* tion sérigène. Nous Tavons vu perfectionner la culture du mûrier^ établir des magnaneries modèles, propager par ses écrits les meilleures inéthodes, expérimenter à ses frais,, lutter avec désintéressement et constance contre Tapathie des cultivateurs, réussir enfin à relever cette belle industrie, l'une des sources les plus précieuses de notre richesse nationale. Mais il avait senti que ses propres travaux ne pouvaient sui&e pour imprimer à la science Timpulsioa rq>ide qu'il avait en vue, et* il cher* cha d'autres moyens df y, pourvoir dans son inépuisable libéralité. •

Rien n'est ingénieux dans ses ressources comme le cœur animé de l'ardente passion du bien et de l'utile ; mais quelque habile que l'on soit dans l'art de multiplier les bienfaits, la duréie de. la vie est trop courte pour satisfaire complètement un si noble besoin. Soutenir le travailleur par des encouragements et des saeours^ exciljer 3on activité par l'exemple, l'éclairer à l'aide des saines doctrines, fonder des prix, distribuer des récompenses, c'est avoir fait beaucoup pour le présent, mais presque rien encore pour l^avenir. Après avoir provoqué l'essor du génie, ne faut-il pas le soutenir dans sa marche et lui mé^ nager de nouveaux succès ? M. Bonafous l'avait compris, et aussitôt il ouvrit des écoles, il forma des collections, des bibliothèques^, il pourvut à l'éducation de quelques jeunes gens appliqués et capables, il fonda des institu» iions en faveur de la science et de l'industrie. Enfin, il voulut aussi honorer dans le passé le savoir et le travail.

.1M éniDBS BlOGRAPRIOCm.

et il appela des honneurs publics sur les hommes qni avaient bien mérité de la science et leur pays ; il recueillît leurs titres^ il écrivit leur histoire, et prononça lui-même leur panégyrique au pied des monuments qu'il leur avait fait élever.

Tous ces moyens, M. Bonafous les employa avec une suite, une constance qui, loin de se ralentir, sembla tonjours s'accrottre. Chaque année de sa vie fut marquée par plusieurs actes de cette nature. Son nom retentissait dans toutes les Académies, et ces Compagnies s'empressaient d'admettre dans leur sein, non-seulement le généreux Mécène qui confiait à leur jugement le soin de décerner aux plus dignes les couronnes qu'il leur offrait, mais le savant qui ne cessait d'enrichir leurs annales et de joindre ses efforts personnels à ceux qu'il provoquait de toutes parts, yingt concours ouverts par sa libéralité (E), un nombre infini de publications dues à sa plume infatigable, une correspondance scientifique étendue, des voyages entrepris chaque année dans la vue de ses études agronomiques, des recherches originales d'une valeur, d'une utilité incontestables^ tels sont les titres qui lui ouvrirent les portes de près de cent académies, à la tête desquelles figurent l'Institut de France, les Sociétés d'agriculture de Paris et de Turin, la'cadémie de Lyon, les Instituts de Naples, de Venise, les corps savants les plus célèbres de la France, de l'Allemagne, de la Suisse et de l'Italie. Et qui ne se serait empressé d'accueillir un ami, un protecteur si ardent du progrès intellectuel ? Quels savants de profession secondent ce progrès d'une manière plus efficace que ces hommes rares et j^écieux, qui sans chercher dans les sciences des moyens de gloire ou de

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fortune, les aiment, les cultivent, les encouragent, avec un zèle aussi pur que désintéressé ? Ce sont eux qui fondent * les institutions savantes, qui provoquent les découvertes, qui subventionnent les, inventeurs, qui publient ces beaux ouvrages, effroi de la spéculation, et qui composent Télite de ce public éclairé sur lequel s^établit le niveau scientifique d'une nation. Le mérite d'un savant se mesure-t-il donc uniquement sur le nombre et Téclat de ses découvertes ? — « Qu'a-t-il inventé », demande la multitude ? — Il a fait mieux que découvrir, pourrait-on souvent répondre ; il a propagé des vérités utiles qui, sans lui, fussent restées ignorées ou sans emploi ; il a provoqué des recherches et il les a récompensées; il a secondé, par son exemple comme par ses largesses, le mouvement progressif du savoir humain. Un pareil résultat ne vaut-il pas mieux que telle découverte douteuse dont la subite apparition luit parfois d'un éclat éphémère, pour retomber ensuite dans une complète obscurité ? Découvrir, d'ailleurs, n'est pas toujours le fruit d'un eflbrt du génie ou des prévisions de la science. Le trait de lumière que le hasard apporte inopinément à une intelligence hardie, fût peut-être resté stérile, si quelque savant modeste mais persévérant, ou seulement un homme de pratique n'avait eu le mérite d'en comprendre la portée et d'en faire une heureuse application.

L'application ! n'est-ce pas là en effet le but extrême, définitif, des conceptions du génie et de la science ? Le progrès de la civilisation ne repose-t-îl pas sur la double base des développements de l'intelligence et de ceux du bien public? Mais, pour atteindre ce dernier point, il faut quelque chose de plus que de ^imagination et du savoir :

.^94 ÉTODM BHMRAFBIQm.

il faut encore aiaier les hommes, apprécier leun et se sentir prét^ pour les servir^ à plus d'un grand sacrifice. Une ftme vraiment généreuse n'a pas besoîii d'aToir connu le malhejir pour y compatir. M. Bouafous, né daas une position en quelque sorte privilégiée, n'y vit d'autre privilège que celui de pouvoir être utile. Son idée donv* nante était l'amélioration progressive de la dondiiion des cultivateurs. Convaincu que c'e^t par l'état de l'agricolture que l'on peut juger partout de la prospéritégéoésaie^ aucun perfectionnement ne s'accomplit^ pendant un quart de siècle, dans les sciences ou les institvtions agricolesi, qu'il n'y ait pris la plus large part. Dfms son empressement à encourager, à récompenser la travail, sa li^ridUé dépassa plus d'une fois Ijft limite de ses veasourcea. Ses propres recherches l'antpfitnaieut soiitvwt>^^4épfi9»es considérables; « toujours prêt à prodiguer «90e argent pour enseigner aux. autres à ^peigner te leui^i » il aup* pléait à rinsufpsanoe de sa fortune par quelques priva* tions et par l'économie. Partout enfin, comiae on l'a dit de Parmentier, son mettre et son modèle, partout eà il fallait rendre de grands services,, partout oi l'on se réunissait pour faire le bien, il accourait: le pramer, eU'on pouvait compter sur ses talents, aur sa fortune et ;sur ses efibrts personnels.

L'âme expansivCi affectueuse de M. Bonaféus ne s'm^ nonçait nullement par ses dehors. Calme et froid en apparence, bien que ces manières fussent affables, 9p{»!lait un cœur chaud, sympathique et bienveillant, Sou>açtivité était remarquable, inoes^nte. Si Ifoo se dernande oàen • était la source, ce n'était point dans ce qui lait ordiB»« rement l'objet de l'ambition des hommes, car il n'avait

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rien à désirersous le rapport de la fortune et de la considé^tion. Ceux qui Tout cru animé d'un secret penchant pour les.hooneurs et ia vaine gloive^ Tont mal jugé. Ils ont ignoré qu'iU n'accepta point du rcH Charles- Albert le tîtffe de bacon> qu'ilrofusa deux fois les fonctions de député aux états de Sacdaigne^ enfin que par son mérite^ sa position socMe^ et lesantéeédents de sa famille^il avait naturdlemèot droit de prétendre aux :eaipk)is les plus iHâlants^ con^ne aux dignités les plus- élevées. Sans doute il ne fut pas insensible à des marques d'estime publique et de considéraition iqm ajoutent parfois à l'autorité des services et à4a|valeQr)des bienfaits que l^on répand; mais il attachait trop de|>rix à soff )repos^et à son indépendance pour rechereber l'édat (tes hautes fonctions^ et il n'accepta que les titres auxquels il avait de justes droits^ surtout lorsqu'ils lui donnèrent l'occasion d'être utile et de faire le bien.

Et lors.méme qu'il n'eût fait que céder en cela aux usages^ aux préjugés peut^tre4ii'pffys qu'il habitait^ qui oserait taxer de faiblesse nne leopdescendatice qui peut amener de si beaux résultats? Trop heureux quand les travers inhérents à notre nature tournent en définitive au ptoBX réel de l'humanité !

Oùdoncchei:cber la sourcode cette activité mfatigable^ si ce n'est dans son zèle sincère pour la science et surtout dans cette bonté native> dans ces mouvements de bienveillance et de générosité dont la crainte d'offenser la modestie de sa mémoire nous permet à peine de repro* duiie quelques traits 1 Ne sera-ce pas fake une sorte de violence à la.disctétioii dont il sut entoura tant d'actions généreuses, que de rappeler ce qu'il fit pour l'éducation

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du fils d'un grand chimiste dont il avait été Pami ; pour rétablissement de sa filleule; pour le peintm Uecco, qu'il fit élever jusqu'à Tige de dix-huit ans et qu'il envoya ensuite à Rome poursuivre ses études artistiques; pour lUie jeune fille dont il fournit la dot à son admission dans un couvent d'Ivrée ; pour le tils d'un employé de ses messageries qu'il fit élever au collège de Chambéry ; enfia pour M. Félix AMgat et pour son frère^ qu'il combla de ses bienfaits et qu'il avait en quelque sorte adoptés coiiUDe ses fils?

A l'une des séances de la Société d'encouragemeat^ le descendant d'un savant illustre^ d'origine anglaise, ayant obtenu de cette compagnie une demi-bourse pour entrer dans une école spéciale, écrivit que, sa position ne lui permettant pas de payer l'excédent, il se voyait dans la nécessité de refuser cette faveur. — «Je ferai le reste, » dit aussitôt H. Bonafous, dont la voix fut à peine entendue du président. Et en annonçant à la mère du candidat cette résolution, il écrivait ces mots : Je vous prie, M aa dame, de dire à votre fils que ce qu'il peut faire qui a me soit le plus agréable, c'est de transmettre un jour à a un jeune homme de son choix l'instruction solide qu'il a aura puisée à l'école des arts et métiers, d Hàtous-nous de dire que ce vœu touchant a été religieusement accompli.

Un de ses amis, savant respectable, avait réuni une bibliothèque, la plus complète qui eût été formée sur les sciences agricoles, et qui, à sa mort, dut être vendue. H. Bonafous entendit son petit-fils exprimer le regret de ne pouvoir conserver au moins une collection biographique importante, relative aux membres de Tlnstitut, dont

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SOU grand-père avait fait partie. An jour de la vente^ Matthieu Bonafous se fit adjuger ce bel ouvrage pour une somme considérable^ et le lendemain il l^adressa à son jeuifê ami, en le priant de Taccepter comme un témoignage de Tafiection qui Tavait uni à son aïeul.

Ajoutons ici un tableau touchant dont nous devons les détails à un témoin oculaire, et qui se rattache au dernier séjour qu'il fit à Lyon. M. Bonafous faisait dans cette ville une pension à la veuve d^un conducteur, longtemps atta* ché à sa maison de Messageries. Cette femme était devenue aveugle; il alla lui porter quelques secours, et, en entrant chez elle, il dit qu^il venait de la part d'un de ses amisde Turin. — Un ami ! dit la pauvre aveugle ; je n^i à Turin qu'un protecteur ! — a II n'a le droit de protéger personne, reprit M. Bonafous, nmis son amitié est acquise à tous les malheureux. » Et déjà, au son de sa voix, la pauvre femme l'avait reconnu, s'était jetée à ses genoux, et baignait de ses pleurs la main de son généreux ami.

H. Bonafous appartenait en quelque sorte à une double patrie. Bien que la plus grande partie de son existence se soit écoulée loin de sa ville natale, son cosur ne l'oublia jamais, et les corps savants de cette cité glorieuse ne cessèrent à aucune époque de recevoir de lui d'éclatants témoignages de déférence et de dévouement. Dix concours, dont fournit les sujets et les prix, furent confiés au jugement de l'Académie et de la Société d'agriculture de Ljon, auxquelles il fit en même temps hommage de ses principales productions, comme de toutes les recherches

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qu'il entreprit en vue de la belle industrie lyonnaise. 11 n'oublia pas davantage son pays adoptif, le Piémont^ qui lui doit rimportation des chèvres du Thibet^ la culture de la betterave^ les concours sur la culture du chanvre, sur rinstruction primaire^ sur Tassainissement des rizières^ et de nombreuses institutions d'instruction publique ou de bienfaisance. Ce qu'il fit pour une autre contrée à laquelle il n'appartenait à aucun titre^ peut donner la mesure de ses sentiments expansifs^ et révéler, pour ainsi dire^ une nouvelle face de cette âme pleine d'élévation^ comme de sympathie généreuse.

Dans ses fréquents voyages de Lyon à Turin, M. Bonafous avait eu souvent l'occasion d'observer les grandes cultures ainsi que les industries principales des deux pays^ et telle était l'origine première de ses nombreux travaux sur la soie, le mûrier, le maïs, le riz et la vigne. Entre ces deux contrées si riches et si fécondes^ il avait aussi remarqué, en la traversant, une pauvre région des Alpes, déshéritée en quelque sorte des bienfaits de la nature, la Maurienne, au climat rigoureux et insalubre^ où une végétation rabougrie et de chétives récoltes nourrissent à peine une population souffreteuse et misérable. Ses yeux attendris s'étaient souvent arrêtés sur ces tristes vallées ; son cœur s'en était ému, et quelques souvenirs de famille étaient venus se joindre à ce mouvement spontané d'intérêt etde compassion. (F).

Matthieu Bonafous se prit d'affection pour ce malheureux pays, et conçut la pensée de venir en aide à ses pauvres habitants. Fidèle aux principes qu'il regardait comme les plus propres à améliorer la condition des classes populaires, il voulut rappeler la vie sur cette froide contrée.

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l^assainir^ peut-être même la rendre fertile^ et il s'adressa au travail et à Tinstruction pour obtenir ces heureux résultats. Secondé dans ses efforts par un respectable habitant de cette ville^ M. le docteur Motard, il établit à Saini-Jeande-Maurienne un jardin expérimental d'acclimatation^ afin d'étudier les végétaux qui réussiraient le mieux dans cette sorte de Sibérie alpestre ; il réunit dans un vaste enclos un nombre considérable de végétaux alimentaires^ de plants de vigne et d'arbres fruitiers. On y distribua gratuitement aux cultivateurs des plants^ des boutures, des greffes^ des semences^ et aux malades des plantes médi^ cinales. En même temps, il dota la ville d'une bibliothèque publique qu'il composa des livrés les plus capables de servir à Tinstruction des bons habitants de cette vallée. Il y répandit le bienfait de la vaccine, il fonda dans les envir(U)s l'établissement des eaux thermales d'Échaillon, destiné à y attirer un grand concours d'étrangers; enfin, il se proposait d'ouvrir à Saint-Jean une salle d'asile, de décorer sa cathédrale et d'y établir une manufacture. Cette petite ville de deux mille cinq cents âmes avait donné naissance à un savant médecin, le docteur Fodéré, devenu l'un des professeurs éminents de la Faculté de médecine de Strasbourg* Matthieu Bonafous, sur l'idée que lui en suggéra M^ yée, aujourd'hui professeur de botanique à la faculté de la même ville, résolut d'élever un monument à la mémoire de cet homme célèbre* Il y contribua le premier de la manière la plus libérale, et, lors de l'inauguration de la statue, délégué par l'Académie royale de médecine de Paris, il y prononça lui-même l'éloge du savant savoisien^ Tant d'actes généreux avaient fait de Matthieu Bonafovs

comme le bienfaiteur de la Maurienne. Les électeurs de cette province^ ne sachant comment loi témoigner leur reconnaissance^ le nommèrent deux fois leur député à la Chambre législative de Sardaigne. Matthieu Bonafous réfusa cet honneur^ dans la crainte d'engager son indépendance et d'être forcé d'interrompre la suite de ses travaux. Ils voulurent du moins^ dans leur naïve gratitude^ lui décerner un titre honorifique qu'il ne pût pas décliner : ils lui offrirent celui de citoyen de Saint-Jean-de- Maurienne^ et Matthieu Bonafous l'accepta solennellement avec reconnaissance^ comme s'il lui avait été offert parla cité la plus célèbre et la plus opulente.

M. Bonafous était d'une complexion vigoureuse et robuste. Ses traits^ sans être réguliers^ portaient l'empreinte de la douceur et de la bienveillance ; son humeur était égale^ enjouée ; sa conversation était pleine de charmes^ parce qu'elle reflétait l'aménité expansive d'une belle âme^ un goût littéraire exercé etun esprit plein de distinction. Il y mêlait volontiers quelques plaisanteries fines^ mais inofiEensives^. qui la rendaient piquante; elle était surtout variée et instructive^ parce qu'il avait beaucoup voyagé^ appris et observé. Enfin^ son caractère élevé rendait son commerce d'une sûreté parfaite^ et son cœur droite honnête^ inaccessible à l'envie^ se montrait toujours ouvert à l'indulgence^ comme aux sentiments les plus délicats,

Tel fut Matthieu Bonafous; ainsi vécut le sage^ l'homme de bien^ le savant^ qui semblait avoir emprunté à Charles Bonnet^ cet autre philosophe de Genève^ son admirable devise : Connaître et aimer. Carrière laborieuse, exemplaire» tioblèment reihplie, comme il l'a dit lui-même de

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