‹ Études bouddhiquesChapitre 4 sur 81 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

* Avaddnaçataha, fol. 84 b.

’ Avadânaçataka , fol. 34 b.

‘ Ibid. 85 a et 86 b.

^ Ibid. 86 b.

‘ ("est cette considération qui m'a déterminé à traduire le mot

L’idée simple de ce sûtra, fondée sur la distinction sévère de la vertu et du vice et sur le rôle libérateur de Çâkyamuni, nous permet encore, à défaut de preuves directes, de le considérer comme un des discours authentiques du Buddha. 1^’exorde nous le présente, il est vrai, comme une de ses recommandations dernières, tandis que, d’après l'Avadânaçataka, ce serait un enseignement répété plusieurs fois pendant le cours de sa vie ; mais les deux données peuvent très-bien se concilier, car il n’est pas douteux que Çakyamuni a souvent répété les mêmes discours. Celui-ci nous paraît avoir tous les caractères d’un enseignement original, et le précepte du Cbatur Dbarmaka qui y fait allusion |)eut être considéré comme un indice de l’antiquité relative de ce sûtra.

Le troisième précepte contient deux termes, l’un certain et facile à expliquer, [bzôd-pa), «la

patience; » l’autre obscur et d’une lecture douteuse, [clês-pa] ou [ngés-pa). Le premier de ces

termes est connu pour correspondre au sanscrit xânti. La patience est la troisième des cinq vertus ou perfections appelées Pâramitâ , exposées dans le sûtra du Kandjur intitulé Pmcha-pâramitâ nirdêça, et qui sont la libéralité, la moralité, la patience, \'hé-

sévanam du titre de notre sûtra par « culte, » et non par « fréquentation.» S’il s’agit d’un guide spirituel , c’est le mot « fréquentation » qu’il convient d'adopter ; mais s’il s’agit du Buddha lui-même, le mot 0 culte» est préférable.

roïsme , la méditation L’énuméra tiou des Pàramità paraît avoir passé par plusieurs phases; car on en compte tantôt cinq, tantôt six, tantôt dix. Elle est commune au bouddhisme du Sud et au bouddhisme du Nord , ce qui lui assure une haute antiquité. Cependant l’école du Grand Véhicule paraît lui avoir attribué un rôle particulièrement important , et , selon M. Vassilief^, il les a substituées (sans doute au point de vue de l’efficacité dans la vie l'eligieuse) aux quatre vérités du Petit Véhicule, et aux douze Nidâna de l’école intermédiaire des Pratyékabuddhas. Noti’e texte fait-il ici allusion à cette théorie du Mahâyâna? Fait-il même seulement allusion à l’énumération des Pàramità? Je ne le pense pas; car si telle avait été l’intention de l’auteur du sùtra, pourquoi citerait il précisément la troisième de ces vertus ? Poui’(|uoi n’aurait-il pas nommé la première ou les deux premières, dont la seule mention aurait servi à rappeler toutes les autres? On peut donc croire que la patience est citée ici pour elle- même, à cause de sa valeur propre, comme une vertu essentiellement bouddhique ; c’est en effet une de celles que le Buddha a dû préconiser avec le plus d’insistance. Puisque la xânti apparaît dans notre texte en dehors du système et même de l’énumération des Pàramità, nous avons une raison .suffisante d’en inférer

* Bkah-hgyur, section Mdô , vol. XV, fol. 1-121. — Burnouf a traité la question des Pdramilâ dans un des mémoires qui accompagnent le Lotus de la bonne loi, p. 544 et suiv. ( App. VII.)

- Le lioiidiUsme , eic. I, p. i23.

qu’il peut être antérieur même à l’invention de cette liste des vertus bouddhiques.

Ce qui achève de prouver que rien ne rattache ce passage de notre texte è la série des Pâramitâ, c’est que le terme qui accompagne la xanti dans le Chatur Dharmaka n’est point le nom d’une Pâramitâ. La quatrième de ces perfections est l’héroïsme [vîrya], en tibétain ( brtsôn-ltg rus) , et noire

sûtra nous fournit un terme tout différent. C’est déjà beaucoup que cette différence, on pourrait même dire que c’est tout, et qu’elle tranche la question. Cependant, si le terme de notre texte était un synonyme du nom de la quatrième Pâramitâ, il y aurait au moins findice d’un rapprochement auquel il serait juste d’avoir égard. La difficulté dans cette question est de préciser le sens du mot employé dans notre texte. Pour le nom de la quatrième Pâramitâ, la valeur en est bien connue, il désigne l’effort, l’application, un certain déploiement d’énergie ; mais le mot de notre texte présente plus de difficultés : d’abord on ne sait s’il est écrit par un

ou un Ces deux lettres sont souvent substituées fune à l’autre, à dessein ou par erreur. Le texte du Kandjur paraît avoir un mais le k donne un sens plus satisfaisant. a {dês-pa) signifie «brave,

noble, chaste» (d’après Schmidt et Csoma). Le dictionnaire tibétain-sanscrit donne des significations différentes ou contraires : «voluptueux, plaisir, mi-

séricordieux , qui a une touffe de cheveux au sommet de la tête,» et offre d’ailleurs des lectures corrompues. Il ne paraît pas que nous puissions tirer parti de ce mot. La lecture [ngês-pa),

avec les significations de «vrai, certain, cfl'ectif, » fournies par les dictionnaires, et surtout celles de «bonne conduite, ferme, bien discipliné,» que donne le dictionnaire tibétain-sanscrit, est plus satisfaisante. Ce terme se rencontre cinq fois dans les titres des ouvrages du Kandjur (je ne parle pas des cas où, sous forme d’adverbe, il rend la préposition sanscrite ni] : — Rgyucl, XXI, Ix , et XXII, 2 ; il n’y a pas de titre sanscrit et Csoma le rend par « réel. » — Mdô, XVI, 3 ; il répond au sanscrit niyala «certain, obligatoire. » — Mdô, IX, 3, et XXVI, 1 4; il est chaque fois précédé de l’adverbe rnam par, et rend le sanscrit rûufc/iaya avec le sens de «décision, détermination» (décision de se reposer, détermination du sens). Les mots niyata et niçchaya sont du reste donnés par le dictionnaire tibétain-sanscrit. En somme, ce mot paraît désigner moins f activité et l’énergie qu’une sorte d’obstination qui résiste à tous les obstacles, ou une force d’inertie cjui résiste à tousles entraînements. Il désignerait par conséquent une qualité tenant plus de la patience [xânli] que de l’héroïsme [vîrya). Je le considère donc dans notre texte comme un commentaire, un explicatif du mot xânti, et je le traduis par « fermeté. » Cette manière de l’entendre répond bien au génie de la langue tibétaine, qui aime les doublements et associe vo-

lontiers, pour exprimer une seule idée, deux mois synonymes. C’esl ainsi que le mot sanscrit vîryn luimême est rendu par deux mots tibétains synonymes brtsôn-hgrns.

Avant de quitter ce sujet, je dois rappeler que M. Vassilief parle de la xânti ^ comme d’un des états supérieurs auxquels mène la méditation des quatre vérités. Mais cette théorie, qui doit appartenir à un Mahâyânisme avancé, ne paraît pas pouvoir être l’objet d’une allusion quelconque dans notre sûtra, lequel appartient, selon toutes les apparences, au Mabâyanisme primitif, si même une rédaction antérieure, dont il nous semble reconnaître la trace, ne le reporte pas dans le Hînayâna. Le précepte que nous venons d’étudier me paraît porter la marque d’une haute antiquité ; nous allons voir que le quatrième et dernier nous transporte également dans les temps du bouddhisme primitif.

Ce précepte recommande de ne pas abandonner ce que le texte tibétain appelle Le

premier terme et le terme essentiel de cette expression, dgôn-pa, nous est connu ; le dictionnaire Mahâvyutpalti le donne dans la liste des « douze qualités des adhérents^;» le septième terme de cette liste est en elfet dgôn-pa-pa, répondant au mot sanscrit aranyaka « qui séjourne dans la forêt. »

' Le Boiuldisme , etc. I, p. i4o.

^ BuJdhistische Triijhjlle, 32 b. — Introd. à l'histoire du Buddhisme indien, p. 3o5 cl stiiv.

D(jôn-pa-la signifie donc «dans la forêt.» Quant à la deuxième partie de l’expression, gnaspa, elle semble répondre à la terminaison ka du mot aranyaka. Elle a , du reste , un sens bien connu , celui de «séjourner.» Seulement on peut traduire «celui qui séjourne» ou «l’action de séjourner.» Il n’est pas douteux que c’est la dernière acception qu’il faut prendre, et que notre précepte recommande de ne pas abandonner le séjour dans la forêt, c’est-à-dire de pratiquer cette retraite qui, enlevant l’homme au commerce de ses semblables et le faisant rentrer en lui-même, est l’idéal des théories qui poursuivent le renoncement absolu et la séparation complète d’avec tout ce qui constitue la vie sociale. L’habitation dans la forêt durant une certaine partie de l’année était imposée au moine bouddhiste-, cette obligation est reconnue dans le Patimôkkba, et le 29® article du chapitre intitulé nisaggiya pachittya dhanwiâ, dans lequel sont exposées les fautes punies de la confiscation, prévoit le cas où l’habitation dans la forêt est difficile et dangereuse L II serait trop long d’insister sur ce point particulier qui nous entraînerait à étudier tout l’ensemble du régime auquel étaient soumis lesBhixus. Ce qu’il in)porte de noter, c’est que la pratique dont il s’agit ici, et qui figure peut-être le genre de vie tout entier des membres de l’association bouddhique, date des origines mêmes du bouddhisme;

' Journal asiatique de Londres, vol. XX, p. 44o (Translation of tlie Buddliist rilual).

la liste du Mahâvyutpalli que nous avons citée et où notre terme se retrouve existe aussi dans la littérature pâlie. Ici encore nous sommes en présence d’une des premières institutions bouddhiques, d’une pratique connue et préconisée dans le Hînayâna, et qui ne porte nullement l’empreinte du Mahâyâna.

En terminant l’examen des quatre préceptes de notre sûtra , il n’ost pas inutile de dire sommairement ce qu’ils sont devenus dans le Chatuskha Nirahâra. Aucun des préceptes du premier Cliatur Dharmaka ne se retrouve dans ce dernier ouvrage; mais ceux du deuxième y sont ou formellement reproduits ou rappelés d’une manière assez précise. Ainsi le précepte de ne pas abandonner l’esprit de Bôdhi y est répété trois fois', et, deux fois, il l’est dans les termes mêmes du Cbatur Dharmaka. La patience est citée une seule fois^, et encore s’agit-il de la patience envers les êtres faibles, ce qui restreint l’application de celte vertu recommandée dans notre sûtra d’une manière générale. Nous avons déjà parlé d’une sentence du Chatuskha Nirahâra sur le Kalyâna-mitra ; il y en a une autre qui prescrit de songer à l’ami de la vertu , en représentant cette sorte de préoccupation comme supérieure à l’absence de tout sentiment décoléré envers le chef de la communauté, bien que plus difficile à acquérir

‘ XIII, i; — XXI, i; — XXXI, 1.

Page 1