Origine
Cette douleur, d’où vient-elle? Nos textes paraissent non pas lui assigner une double origine, mais distinguer dans ce qui en est l’origine deux choses : 1 “la soit de renaître , c’est-à-dire de recommencer indéfiniment l’existence que la mort semblesuspendre; 2° le penchant inconsidéré à goûter actuellement le plaisir. La seconde dérive de la première, et les textes tibétains, en particulier, paraissent exprimer cette dépendance par une construction grammaticale qui fait dépendre du mot «soif» tout le reste de la phrase. Ainsi , la soif est la source de la douleur, et cette soif n’est autre chose que le désir ardent de jouir, l’aspiration immodérée à f existence : c’est ce fjue le pâli exprime en ajoutant ces trois termes, cjui ne se retrouvent pas ailleurs, et sont un véritable commentaire : « la soif des désirs, — la soif de f existence, — la soif d’agrandir l’existence» (kâmabhava-vihhava tahnâ). Les deux mots hhava et vibhava ont donné lieu, dans la traduction tibétaine, à une singulièi’e méprise. Après avoir rendu hbava par ’khor-va «l’existence, le cercle (de la transmi-
gration, du sansâra), » on a traduit vi-hhava, en prenant vi dans le sens privatif qu’il a souven!, par ’khor-va dan-bral-va «privation, absence de transmigration , » ce qui est un non-sens. Il est aisé de voir que vibhava n’est point ici le contraire , le privatif, de bhava; il en est plutôt l’augmentatif, c’est-à-dire que vi doit avoir le sens de «élargissement, dilatation,» qui lui convient très-bien; en sorte que vibhava ne peut désigner que «l’extension de l’existence, une existence plus large, plus vaste.»