‹ Études bouddhiquesChapitre 79 sur 81 · PROPAGATION DE LA NOUVELLE · texte numérisé non relu

PROPAGATION DE LA NOUVELLE

Quand Çâkyamuni eut fait tourner la roue de la loi , les dieux qui habitent les différents étages des cieux, depuis l’humble terre jusqu’au ciel de Brahmâ, se transmirent cette réjouissante nouvelle, de bouche en bouche, par un système télégraphique analogue à celui qu’employaient les Gaulois h Ce curieux épisode nous donne la liste des différents génies qui occupent les régions supérieures^. Nous ne reproduirons pas cette liste; nous dirons seulement qu’elle est identique dans les trois textes, identique

‘ Cæsar, De Bello Gallico, Vit, i.

’ Le même épisode revient deux fois dans le Lalitavistara : 1° lorsque Çâkyamuni prend un linceul pour se couvrir (p. 256); — 2° lorsqu’il se décide à prêcher la loi (p. SyS).

aussi à celle du Maliâvyutpatti. Il y a toutefois deux différences. Entre les «dieux de la terre» (bhaumâ), que le texte pâli met au premier rang, c’est-à-dire à l’étage le plus bas, et «ceux des quatre grands rois» (catur-mahârâjikâ ), qu’il met au second, — le Maliâvyutpatti intercale « les habitants de l’atmosphère » (antarîxa-vâsinas). Cette même catégorie se retrouve dans les textes tibétains du Dh. c. qui les appelle d’un nom un peu différent, nam mkhala Ycjya-va^ «errant dans le ciel, » tandis que le Mabâvyutpatli dit var-man-la gnas-pa et le Lalitavistara var-snan-gi llia-rnams, p. aSS du texte), le nom sanskrit étant antarixâ dévâ (édit, de la Bibl. ind. p. 332). Une autre différence est celle-ci ; dans les textes tibétains , les génies des deux étages les plus bas , ceux que nous venons de citer, et les génies terrestres, qui leur sont inférieurs, sont qualifiés de gnod-sbyin , nom qui est la traduction ordinaire de yaxa; aux génies des régions supérieures seuls est appliquée la qualification de llia « dieu; » dans le Mahâvastu et dans le texte pâli, l’expression déva est constamment employée, et le Dh. c. pr. tibétain la traduit par llia. L’avant-dernière classe , celle des paranirmitavaçavariinas, estomise dans le Mahâvastu ; mais cela peut tenir à une simple négligence de copiste. Au fond, les divergences qui existent entre les textes sont minimes; elles laissent toutefois supposer quelques dissentiments sur la constitution du ciel imagi-

' lSIc. vyôma-cârina . (?)■

naire des Bouddhistes^. \Jais pourquoi nos textes ne comprennent-ils que la partie inférieure de ce ciel? nous n’y trouvons, en effet, que ce que le Mahâvyutpatti appelle «la région du désir, » plus le premier dhyâna (ou division inférieure) de «la région de la forme. » Cette division comprend trois étages, placés sous la dépendance des Brahmâs, mais que nos textes seml3lent embrasser sous une seule dénomination : des autres divisions de la région de la forme et de la « région sans forme , » il n’est pas dit un seul mot. Pourquoi donc la grande nouvelle a-t-elle été seulement portée jusqu’au ciel de Brabmâ, comme au point le plus élevé? Pourquoi ne s’est-elle pas propagée jusqu’aux plus extrêmes limites du monde? Serait-ce que ces régions supérieures étant purement bouddhiques, il n’a pas pai’u nécessaire d’en faire mention, tandis que l’on a regardé comme indispensa'nle de montrer le plus grand dieu du brahmanisme, le suprême Brahma, averti et réjoui de la proclamation des quatre vérités sublimes? ou bien cela viendrait-il de ce que cet échafaudage supérieur des divisions de la « région de la forme » et de la « région sans forme » est postérieur à la rédaction de nos textes? J’inclinerais vers cette dernière opinion, et je serais porté à croh'e que les

‘ M. Kœppen, dans ta liste qu’il donne (Die Religion des Buddha, p. 260), commence par les quatre grands rois, omettant les «dieux terrestres» du texte pâli, et les'odieux de l’atmosphère» des textes tibétains; M. Max Müller fait de même ( Buddliaghoskas parables, XXXIII).

étages des deux, se terminant au ciel de Brahmâ dans le Petit Véhicule , ont été surélevés dans le grand

Si maintenant nous regardons aux termes de la dépêche transmise de la terre au ciel , nous voyons quelle est partout conçue à peu près dans les mêmes termes; les textes tibétains et le Mahâvastu, tellement semblables sur ce point que le texte traduit dans le Kandjour devait à peine différer, dans ce passage, du Mahâvastu, ajoutent seulement ces deux pensées qui ne se retrouvent pas dans le pâli : i " que le Buddha a agi uniquement pour le bien des êtres; 2° que la tribu des dieux s’accroît, et que celle des Asuras (ennemis des dieux) diminue : idée spécialement brahmanique, mais quelque peu empreinte de Mazdéisme, dont l’introduction dans le texte pourrait être postérieure et tenir à une influence zoroastrienne qu’expliquerait la domination des rois indo-scythes, en particulier celle de Kaniska, zélé propagateur du Bouddhisme, et dont le pouvoir s’étendait également sur l’Inde , foyer du Brahmanisme, et sur la Bactriane, foyer du Mazdéisme

* Dans te Lalitavistara (p. 2 56), on ajoute tes Akanislhas ptacés au sommet de ta «région de ta forme,» ayant encore, par conséquent, au-dessus d’eux un assez grand nombre d’étages, et séparés des Brahma kâyikas , teurs inférieurs, par une douzaine d’intermédiaires, auxquets te Laiitavistara ne fait aucune altusion.

^ Le même trait se retrouve dans l’épisode du Lalitavistara relatif au parti pris par te Buddha de prêcher la loi (p. SyS). Les termes sont les mêmes , si ce n’est que pour abinvardhisjanti « s’accroîtront , » le Lalitavistara lit : paripûnam gamisjanü «iront dans la plénitude. » Les deux textes tibétains (Dh. c. et Lalitavistara) emploient le même

Il est à remarquer que, par suite des coupures propres aux textes tibétains, ces réjouissances dans le ciel s’appliquent uniquement à l’évolution duodécimale; cela résulte, d’ailleurs, de la phrase que les dieux se répètent, et qui, nous l’avons déjà dit, est, à très-peu de chose près, la même dans le Kandjour et le Mahâvastu. Le texte pâli n’est pas aussi explicite; par l’ordonnance du récit, comme par les expressions qu’il emploie, il étend à la prédication tout entière, sans la restreindre à telle ou telle des parties composantes, la manifestation qu’il décrit.

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