‹ Études cliniques de médecine militaireChapitre 13 sur 37 · MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES · texte numérisé non relu

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

ARTICLE 1'' Stomatite ulcéro-membraneuse.

Il n'est entré dans mes salles, durant toute cette période d'observation, que M malades atteints de stomatite; cette affeclion est du reste habituellement assez légère pour que l'on ne puisse, du chiffre des hommes envoyés aux hôpitaux pour ce motf, faire le total des sujets frappés de stomatite dans la garnison ; la plupart sont traités aux infirmeries régimenlaires.

Nous pouvons seulement, d'après cette considération que les U malades sont à peu près également répartis sur tout le temps de notre observation, conclure que l'affection ne s'est jamais élevée, comme fréquence, h la hauteur d'une épidémie.

Il y a sur nos relevés, plusieurs mois durant lesquels nous n'en avons pas reçu un seul cas; mais ces mois appartiennent indifféremment, telle année à la saison chaude (ainsi juin, juillet 1860), telle autre année à la saison froide janvier, mars 1861); pour tous les autres mois pendant lesquels nous en avons observé, le nombre des cas est en moyenne à peu près le même, soit en été, soit en hiver.

Nous n'avons jamais non plus observé de recrudescence de la stomatite, au point de vue de sa fréquence, aux épo-

STOMATITE ULCÉUO-MEMBftANEUSE.

ques où augmentait dans nos salles le nombre des fièvres typhoïdes.

Jamais enfin nous n'avons remarqué qu'elle se manifestât, dans notre service, sur les voisins d'un individu qui en était lui-môme atteint.

Ces trois conditions sur lesquelles j'insiste, indépendance de tout rapport avec les saisons, de toute connexité avec la fièvre typhoïde, de toute propagation par voisinage, ces trois conditions sont Irès-intéressantes, parce qu'elles n'existent pas lorsque la stomatite ulcéro-membraneuse devient épidémique; dans ce dernier cas, elle semble liée étroitement à la saison chaude; elle existe parallèlement d'ordinaire à une épidémie de fièvre typhoïde; quand un homme atteint pénètre dans une salle d'hôpital, il est rare qu'il n'y propage pas sa maladie.

Ces différences, si considérables au premier abord, dans une môme affection, suivant qu'elle est sporadique ou épidémique, ne sont pas extrêmement rares ; nous y reviendrons à propos des fièvres éruplives.

La garnison de Paris, comme celle d'autres grandes villes militaires, présente donc, à toute époque, des cas de stomatite ulcéro-membraneuse, cas disséminés, véritables jalons qui, durant des périodes de temps plus ou moins considérables, séparent les explosions épidémiques de cette maladie. De plus, ces cas isolés semblent se développer sous une infiuence palhogénique différente de celle qui régit les épidémies de stomatite; tandis que, dans ce dernier cas, ce sont des conditions générales, chaleur, humidité, encombrement, constitution médicale (caractérisée par la prédominance de la fièvre typhoïde), qui présidentau développement de l'aflection de la bouche, l'éliologie, dans les périodes non épidémiques , semble se réduire aux conditions purement locales des parties qui vont ôtre atteintes • ICI, les abus de condiments épicés, de tabac, la malpropreté habituelle des gencives, mais surtout les caries den-

taires, et, comme nous le verrons dans l'article suivant, l'évolution de la dernière grosse molaire, en sont fréquemment les causes déterminantes.

Pour se rapporter à une étiologie aussi restreinte, les symptômes de la maladie n'en sont pas moins marqués; nous avons observé, dans ces formes sporadiques, nonseulement les ulcérations de la sertissure des gencives, mais les ulcérations les plus étendues de la la face interne des joues (pariétales de M. Bergeron), de l'angle de réunion des deux mâchoires (intermaxillaires du même auteur) ; nous ne voudrions, du reste, en rien, essayer la description d'une maladie dont tous les traits ont été si exactement décrits dans le travail de noire distingué confrère , M. Bergeron (1).

La seule critique que nous nous permettions de lui adresser est celle d'une tendance, un peu trop marquée peut-être, à reconnaître à la plupart des cas de stomatite une période d'invasion constituée par des troubles généraux; la lièvre ne nous a jamais paru en rapport qu'avec l'étendue des symptômes locaux, érytbème, ulcérations (pariétales surtout) et gonflement ganglionnaire. Elle ressemble beaucoup plus par conséquent à la fièvre des inflammations, fièvre habituellement limitée à l'intensité de celles-ci, qu'à celle des pyrexies, dont, au reste, on peut admettre, sans l'exagérer, un certain degré de ressemblance avec la stomatite ulcéro-membraneuse.

Ce que nous ne devons pas oublier, c'est que nous sommes redevables à M. Bergeron de la guérison rapide de tous nos malades par l'emploi de la médication si simple et si facile qu'il a préconisée, le chlorate de potasse.

(1) De la stomatite ulcéreuse des soldats et de son identité avec la stomatite des enfants. Paris, 1859. {Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie militaire.)

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