‹ Études cliniques de médecine militaireChapitre 14 sur 37 · TRISMUS DE DENTITION · texte numérisé non relu

TRISMUS DE DENTITION

ARTICLE; Il Trismus de dentition.

Il n'est pas d'année où je n'aie eu occasion, au moins une fois, défaire remarquer, dans mes conférences cliniques, des individus qui, au milieu d'une santé parfaite, éprouvaient subitement une contracture invincible des muscles masséters. Ces hommes n'ont pas de fièvre, vont, viennent, demandent à manger, mais ne peuvent, en raison du rapprochement et même du chevauchement des mâchoires, avaler que des aliments liquides.

Cette contracture, identique à celle du tétanos, parfaitement appréciable sous le doigt, dure de huit à quinze jours, cède peu à peu, et l'on voit alors son point de départ dans l'apparition d'une des grosses molaires de la mâchoire inférieure.

Je me souviens d'avoir ouï, pour la première fois parler de cette singulière affection, par Bégin, il y a une dixaine d'années; depms je ne l'avais vue décrite nulle part ce qui m'engageait plus vivement à en signaler les exemples que je rencontrais, lorsque parut (1) une note très-intéressante de M. le docteur Germain, de Château-Thierry note dans laquelle l'auteur donne le nom de Contracture du masseter k cet accident que, vu son point de départ, J inscris habituellement sous celui de Trismus de dentition M. Germain cherche de ce fait une explication anatom.que tres-plausible dans le voisinage qui existe entre l'implantation de la dernière grosse molaire et les insertions antérieures du muscle masséter, près de l'angle de la mâchoire; la contraction du muscle résulterait donc d'une ■rnlation directe de ses fibres lors de l'évolution de la den!

(1) Gazette hebdomadaire, 13 février 1863. Colin.

jg2 TUBE DIGESTIF ET ANNEXES.

de sagesse. Quoiqu'il en soil, ce phénomène de contracture musculaire chez l'adulte, par le fait de l'évolution d'une molaire, ne rappelle-t-il pas les troubles musculaires convulsions, contracture, propres à la première dentition.' Mais il est peu probable, d'après ce que nous venons de dire, que le mécanisme des convulsions de l'enfance entraînées par une action réflexe, puisse se prêter a l'explication de la contracture qui nous occupe, contracture toute locale, et que n'accompagne aucun des troubles généraux observés lors de l'évolution des premières dents.

Chez 3 sujets (et en tout nous en avons observé 7), le trismus était accompagné de stomatite ulcéro-membraueuse (pariétale et intermaxillaire), en sorte que les ganglions sous-maxillaires étant gonflés en môme temps, on eût pu croire que la difficulté d'écarter les mâchoires tenait tout simplement à la douleur que ce mouvement eût réveillée dans des régions devenues d une extrême sensibilité par le fait de cette inflammation.

Cette difficulté de diagnostic disparaît par l'examen a^ tenlif des masséters dont on sent parfaitement la rigid té onvulsive, par l'interrogation du malade qm nettement, comme obstacle à l'ouverture de sa bouche la présence de deux cordes roides (les deux muscles) qm lui

serrent les mâchoires. rl'îrritalion La stomatite concomitante tient-elle à 1 état d irritation de a muqueuse buccale, irritation qui accompagnerait a den lion de l'adulte comme celle de 1'enfar.t, et constituerait dès lors, chez nos soldats, comme nous l'avons dit, une des causes vulgaires de la stomatite sporadique /

L bén^nité de l'alfection indique naturellement de «.oyens tllpeutiques qui ne soient ni trop énergiq e

niTrop douloureux. Je me suis ^o^^^^:^^::^. cations huileuses avec application d une couc

les joues ; dans les cas où il y avait f f .^^i. rate de potasse était indiqué; son action a été aussi

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dente et aussi rapide que dans la storaalite ulcéro-membraneuse simple.

Un seul malade est resté à l'hôpital plus de vingt jours ; mais nous devons dire que les autres, au moment de leur sortie, ne pouvaient encore donner à leurs mâchoires qu'un degré d'écartement assez borné ; nous ne les retenions pas davantage, vu l'intégrité parfaite de leurs autres fonctions, vu la possibilité pour eux de reprendre l'usage des aliments habituels du soldat; mais, chez quelques-uns, sans doute, la guérison complète aura pu n'être que fort tardive comme chez certains malades de M. Germain qui, au bout de six mois, n'ouvraient encore qu'incomplètement la bouche.

ARTICLE III

Oreillons.

Pendant les années 1834 et 1835, j'habitais la petite ville deJoignyou se trouvaille régiment auquel j'ai appartenu en qualité d'aide-major. C'était l'époque où la guerr de Crimée nécessitait le rappel sous les drapeaux d'un nombre considérable de recrues; en quelques mois il en arrL plus de mille qui encombrèrent les casernes de cette gar'

ZTonTr,. ""''' ^ «érie d'af-

fection épidémiques; la fièvre typhoïde, la variole la

rougeo e enfin la scarlatine, sévirent successivemen s'at-

taquant d'une manière exclusive à ces jeunes soldats dont

quelques-uns payèrent coup sur coup tribut aux quatre

maladies ; H semblait qu'il existât cbez eux une imminenc

morbide mdéterminée dont toute affection régnante de

vait entraîner une manifestation. Chose remarquable h

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ne se ressentit en nen d'un voisinage en apparence s dangereux ; la vanole en particulier qui nous enleva î^ ml

litaires sur 200 malades, tous vaccinés, ne frappa aucun des habitants de la ville (1).

Pour en revenir au sujet de cet article, ce fut dans 1 intervalle de l'épidémie de rougeole à celle de scarlatme, du mois de février à la fin du mois de mars 1855, que parut l'épidémie d'oreillons la plus considérable que j'aie observée D'après les registres de mon infirmerie, plus de 75 hommes en furent attaqués; chez la plupart les parotides furent doubles ; chez presque tous il y eut métastase testiculaire, chez aucun la maladie ne dura plus de quinze iours; chez tous enfin il y eut guérison sans suppuration. Ajoutons qu'ici encore ce furent nos recrues qui subirent

l'épidémie. , ,, x a

Les conditions précédentes résument les allures générales d'une épidémie d'oreillons, cetle nouvelle affeclion commune à l'enfance et au soldat : 1» développement en hiver ; 2° coïncidence de fièvres éruplives, aveclesquelles les oreillons ont tant d'affinité.

Dans notre période d'observation au Val-de-Grâce, nous n'avons, au contraire, rencontré que des cas dissémines de cetle affection ; il nous en est entré en tout 12 environ, iamais plus d'nn par mois, excepté en février 1860 (époque où régnait la rougeole, cette maladie qui accompagne si fréquemment les oreillons), et en janvier 1863 ; dans chacun de ces mois, nous en avons eu 3 cas; les autres sont répartis irrégulièrement sur les différents mois d'hiver des années précédentes; nous n'en avons pas observé dans les périodes estivales d'aucune de ces années. Ce n'est que bien exceptionnellement, peut-être une lois

(,) Disons en passant que cette scission qui exi.te entre la population m itaire et la populalion civile, au point de vue des inHuences morb^ s. Teçut à cette même époque une eontre-épreuve remarquable ; en eue année 1854, le choléra frappa la population civ.le de J^'f ^ -^^^ ^^s^ 1 hitants, il y eut plus de 200 morts, tandis que sur nos 1,200 m.l.la.res, .1 y eut 2 cas de cholcrine et pas un seul décès.

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