ÉRCPTIO.NS DANS LES FIÈVRES
de variole grave, une simple suffusion scarlaliniforrae du derme préalablement à l'éruption des pustules.
Quant aux éruptions dans les fièvres en général, ce que j'ai dit à propos de la fièvre typhoïde me permettra dépasser plus rapidement sur celles de ces éruptions qui ont la plus grande valeur clinique.
1° Eruption lenticulaire . — Je n'ai rencontré les taches rosées, telles que les a décrites M. Louis (1), que dans la fièvre typhoïde oii elles ne sont pas constantes, et dans la tuberculisation aiguë oîi elles sont fort rares ; à l'époque oîi celte éruption avait subi dans la fièvre typhoïde les modifications que j'ai précédemment indiquées (voir page 226), je l'ai vue apparaître chez deux pneumoniques; mais le nombre et la forme acuminée des papules en font réellement alors quelque chose de complètement distinct de l'éruption rosée de M. Louis.
2° Erytheme noueux rhumatismal. — J'ai observé deux fois cette éruption, et chaque fois la réaction générale était peu considérable chez les rhumatisants; l'un n'eut que deux articulations prises, le genou et le cou-de-pied. Chez celui-ci, en revanche, les nodosités érythémateuses, situées en avant des tibias, étaient excessivement douloureuses; leur évolution ne fut pas simultanée, elles se succédèrent comme des furoncles, se terminant toujours par résolution, et l'éruption dura 15 jours en tout. Chez le second malade, il n'y eut que quatre plaques d'érythème, également à la partie antérieure des jambes, mais les douleurs furent infiniment moins vives.
3° Erysipèle. — J'ai perdu deux malades d'érysipèle spontané, tous deux atteints durant la longue période (1860- 1862), où cette afl"ection régna dans Paris; ils furent enlevés, l'un en 5 jours, l'autre en 8 par les accidents cérébraux; ni chez l'un ni chez l'autre, l'érysipèle, qui de la face avait
(I) Recherches sur la fièvre typhoïde, Paris, 1841, t. If, p. 96.
rYRi;xiES.
gagné le cuir chevelu, ne descendit plus bas que la nuque.
Dans les affections chroniques, j'ai pu apprécier la réalité de la gravité pronostique de l'apparition d'un érysipèle, môme bénin en lui-môme; chez 4 tuberculeux, chez 2 dyssentériques, cette éruption est apparue quelques jours avant la mort.
Si la mortalité est la règle dans cette seconde catégorie d'érysipèles, il est bon d'être également prémuni contre les érysipèles spontanés, généralement regardés comme des affections légères plus effrayantes que dangereuses ; les deux décès que je mentionne plus haut à ce titre n'expliquent que trop ma manière de voir.
De toutes les affections où les évacuants sont préconisés, il n'en est pas, à mon avis, où leur emploi doive être prolongé aussi longtemps que dans l'érysipèle; il est rare que je n'administre pas l'émélique durant deux ou trois jours, le remplaçant ensuite par les purgatifs salins.
Ajoutons enfin qu'au lit du malade on oublie trop souvent un précepte que donnait toujours Chomel; des médecins croient pouvoir constater l'envahissement du cuir chevelu, en y cherchant la rougeur qui, en tout autre point, signale tout d'abord l'érysipèle ; il est bon de savoir, comme l'enseignait ce savant clinicien, que le cuir chevelu ne devient pas rouge par le fait de cet envahissement; il n'y survient qu'œdème et douleur; de façon que, pour reconnaître la propagation de la maladie au cuir chevelu, il faut y appliquer la pulpe du doigt qui percevra, dès lors, l'œdème par la dépression qu'elle produira, en môme temps que cette môme manœuvre produira, de la part du malade, le second signe, la douleur.
4» Taches ombrées. —T oui le monde connaît aujourd'hui, grâce à Forget (1 ) et à M. Davasse (2), cette forme d'éruption,
(1) Traité de l'entérite folliculeuse, Paris, 1841, p. 22G.
(2) Des fièvres éphémère et synoque, Paris, 1847.
ÉROPTIONS DANS LES FIÈTRES. 2 3:5
dite taches ombrées, taches bleues, taches bleuâtres, taches d'encre lavées. Celle dernière expression a le mérite de représenter au mieux le caractère apparent de ces lâches qui ?ont irrégulières comme forme, comme dimension, quelquefois longues deO^O-iàO^OS, quelquefois petites comme un grain de millet, qui jamais ne font saillie sous la peau, et ne disparaissent pas à la pression; leur siège le plus fréquent, d'après les auteurs, est l'abdomen; je les ai rencontrées presque aussi souvent à la face antérieure des cuisses.
Leur fréquente coïncidence avec des maladies légères m'aura, sans doute empêché de noter toujours cette éruption, quia cependant été 11 fois reconnue dans mes salles ; l'époque de sa plus grande fréquence fut l'hiver 1861-1862,' pendant lequel j'ai pu en signaler plusieurs cas dans mes conférences. m!.; îi- Les 11 cas notés de cette éruption appartiennent : 1° A la fièvre typhoïde, 5 fois : sur. ces 5 cas, il y eut 2 décès, et 1 malade guéri après l'élimination d'une eschare au sacrum ;
2° A la pneumonie 2 fois ; chaque fois guérison; 3° A l'embarras gastrique fébrile, 3 fois; 4» Une fois enfin à une diarrhée simple/ sans mouvement léhrile. , , ,
Ainsi l'on pourrait, d'après ce résumé, supposer que les conditions d'heureux pronostic attachées à cette éruption liennenl à ce qu'elle se.manifeste dans beaucoup de maladies inégales en gravité, d'où mortalité peu élevée sur les ^^ujets eu général qui la présentent; tandis que, dans la fièvre typhoïde en particulier, elle- paraîtrait, contrairement à 1 opinion de Forgel, signaler plutôt les cas graves. Tirer cette dernière conclusion d'un si petit nombre de faits serait un déplorable abus de la statistique; je dirai seulement que dans un mémoire intéressant (1),
(1) Voir Ga3e//e/ieWowzafto>e, 1863, p. 733.
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M. Délioux de Siivignac apporte lui-même un conlingenl d'observations d'où il résulte que, dans la fièvre typhoïde, les taches bleues ne sont nullement exclusives aux cas heureux.
5° Purpura. — Je n'ai jamais observé au Val- de-Grâce que celte forme de purpura dont Forget a dit qu'elle diflérait du scorbut en ce que rien, dans son développement, ne semble indiquer le vice des conditions hygiéniques où se trouvait le malade; je n'en ai vu que 5 cas, dont 3 pendant le même mois, et toujours chez des sujets robustes; un seul avait éprouvé au début de la courbature avec fièvre, et chez lui l'éruption pétéchiale était limitée aux membres inférieurs; chez les trois autres, l'éruption, généralisée à tout le tronc et aux membres, constituait toute la maladie, et, au bout de 5 ou 6 jours, ne laissait plus que des traces jaunes presque imperceptibles.
6° Pétéchies. — A part les cas précédents, la seule affection aiguë où j'aie rencontré des taches pétéchiales durant cette longue période, est la rougeole dont l'éruption, à son déclin, présente fréquemment, comme l'a indiqué M, Michel Lévy dans l'histoire de l'épidémie de Metz, des suffusions sanguines sous-épidermiques donnant à la peau un aspect violacé ; c'est ce que nous offraient la plupart de nos convalescents en 1860.
De ces pétéchies, je rapprocherai enfin les arborisations ecchymotiques que j'ai signalées plus haut déjà comme propres à la dyssenterie et à l'entérite tuberculeuse ; cette éruption, d'un pronostic fatal, est généralement limitée à l'épigastre, s'étend parfois à la face antérieure du thorax, et coïncide avec une excavation considérable de l'abdomen, comme si la tension de la peau, attirée vers la colonne vertébrale, produisait mécaniquement l'ecchymose par rupture des petits vaisseaux.
7° Sudamina, herpès. — Les sudaraina, dont j'ai indiqué déjà la valeur diagnostique et pronostique dans la fièvre