DEUXIÈME PARTIE
De l’anesthésie chirurgicale produite chez l’homme par la méthode des injections intraveineuses de chloral.
Je vais rapporter successivement toutes les observations qui ont été publiées ou communiquées aux Sociétés savantes, en conservant Uordre des dates, me réservant plus tard de les comparer, de les grouper et de formuler les conséquences qui en découlent.
Première Observation
Hôpital Saint-André. — Service de M. le professeur Oré,
Contusion violente du médius gauche suivie de tétanos. — Injection intraveineuse de chloral. — Anesthésie complète. — Extirpation de l’ongle.
Le sujet de cette observation est le malade dont j’ai communiqué l’histoire à l’Académie des sciences dans la séance du 16 février 1874. Il s’agit d’un homme qui, à la suited’une contusion violente du médius de la main gauche avec ecchymose sous-unguéale, fut pris d’accidents tétaniques, quatre jours après l’accident. Quand il se présenta dans mon service de chirurgie à l’Hôpital Saint-André de Bordeaux, la plus légère pression exercée sur ce point déterminait une exagération dans la raideur tétanique et des douleurs intolérables.
Je produisis l’anesthésie en injectant dans les veines de l’avant-bras droit une solution de 10 gx*ammes de chloral dans 10 grammes d’eau. — L’insensibilité devint telle, que je pus pratiquer l’avulsion de l’ongle en faisant glisser sous lui, d’avant en arrière, une lame de ciseau, et en arrachant chaque moitié, après l’avoir divisée. Cette opération, ordinairement si douloureuse, fut exécutée sans que le malade fit entendre la moindre plainte ou exécutât le plus léger mouvement.
Cette observation ayant été déjà publiée, je n’insisterai pas davantage. Elle souleva une objection.
On m’objecta qu’il s’agissait d’un malade dont le système nerveux était profondément exalté, et que si dans ce cas particulier l’injection intraveineuse avait pu être faite et tolérée sans accident, il était permis de douter qu’il en fût de même chez un malade se trouvant dans des conditions physiologiques.
Je répondis à cette observation par le fait suivant :
Deuxième Otmervation
Hôpital Saint-André. — Service de M. le professeur Oré.
Eéseetion partielle du calcanéum.—Anesthésie absolue produite par une injection intraveineuse de cbloral.—Cessation immédiate de l’anestbésie après l’opération, par l’application des courants électriques.
Cette observation ayant été communiquée à l’Académie des sciences par le professeur Bouillaud, dans la séance du 4 mai 1874 et publiée in extenso dans les comptes-rendus, je me contente de la résumer :
Un jeune homme de dix-huit ans, porteur d’un séquestre du calcanéum, entra dans mon service, à l’hôpital Saint-André. Le l®' mai, je procédai à l’extraction de ce séquestre. L’opération devant être longue, je résolus d’insensihiliser ce malade à l’aide d’une injection intraveineuse. 10 gr. de chloral, dissous dans 80 gr. d’eau furent injectés lentement par l’une des radiales droites. Le malade s’endormit tranquillement, sans présenter le moindre trouble dans la respiration, qui resta toujours calme et régulière. L’insensibilité étant aussi complète que possible, j’enlevai la portion d’os nécrosée. L’opération dura 25 minutes. Une fois achevée, je dirigeai un courant [dans le pneumo-gastrique gauche qui fit cesser immédiatement l’anesthésie.
Je n’hésite pas à penser que l’absence absolue de dyspnée observée chez ce malade, bien que la dose de chloral ait été la même (10 gr.), tient, d’une part, à ce que la solution, plus étendue, a mieux passé à travers les capillaires du poumon; d’autre part, à l’obstacle apporté à l’entrée de tout corps étranger dans le sang par un tamis métallique très fin que j’avais fait ajouter à ma seringue à injection.
Je dois ajouter que, tout récemment, c’est-à-dire un an après l’opération, j’ai revu ce malade qui est complètement guéri. Un examen très attentif de
]a veioe piquée m’a permis de constater que ce vaisseau est dans l’état le plus normal, qu’il n’offre de trace ni de phlébite ni de caillots.
• On n’a pas oublié toutes les attaques, toutes les objections que la publication de ce fait a soulevées dans le sein de la Société de chirurgie et de l’Académie de médecine, contre la méthode de l’anesthésie par les injections intraveineuses de chloral et contre l’auteur de cette méthode.
Ces attaques auraient pu m’arrêter, m’empêcher même de poursuivre mes recherches, si je n’avais pas été soutenu par cette conviction profonde que tous les faits d’expérimentation, bien observés chez les animaux^ sont légitimement applicables à Vhomme.
N’est-ce pas cette même conviction qui a dicté à M. le professeur Vulpian les lignes suivantes ;
< Etant donnés les merveilleux résultats physiologiques de l’introduction » directe du chloral dans le torrent circulatoire, on devait être amené à » mer thérapeutiquement de ce procédé. On était, par ce moyen, absolu- » ment sûr, je ne dis pas de guérir le tétanos, mais de faire disparaître les » accidents convulsifs. M. Oré, le premier, proposa cette méthode et en fit » l’application. » — (Progrès médical, p. 198; 1874).
Mais une autre circonstance se produisit qui vint encourager mes efforts et qui aurait dissipé toute défaillance, si j’avais été susceptible d’en éprouver.
Le 15 mai, un professeur de l’Université de Gand, que je ne connaissais pas alors, mais qui, on le comprendra sans peine en lisant ce travail, est devenu l’un de mes meilleurs amis, le professeur Deneffe, m’écrivit :
« Depuis plusieurs années je suis avec un vif intérêt vos travaux sur » les injections intraveineuses et je les ai vulgarisées par mon enseigne- » ment.
» Je viens de lire dans la Gazette des hôpitaux (12 mai) la note que » M. Bouillaud a présentée en votre nom à l’Académie des sciences ; Résec- » tion partielle du calanéum, etc.
» Décidé à vous suivre dans cette voie, je me permets de m’adresser à
» VOUS pour vous prier de vouloir bien me faire envoyer par votre fabri- * cant l’instrument dont vous vous servez pour faire vos injections. Vous » me pardonnerez, je l’espère, si je m’empresse de vous adresser quelques » questions à propos d’une opération si neuve, etc., etc. *
Je m’empressai de répondre à toutes les questions qui me furent posées par mon confrère de Gand, et de lui envoyer la seringue dont je me sers.
L’opération devait avoir lieu le 31 mai. M. Deneffe fut obligé de l’ajourner, le malade ayant été pris deux jours avant d’un état bilieux grave, accompagné de frissons et de vomissements : elle ne put être faite que le 4 juin.
Troisième Observation
Clinique de la ville. — MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter.
Anesthésie par injection intraveineuse de chloral — Ablation d’un cancer du rectum.
Cette observation ayant été comme la précédente, communiquée à l’Académie des sciences et de médecine par M. le professeur Bouillaud, et imprimée dans les comptes-rendus et dans les bulletins, je me contente encore de la résumer :
Au mois de mai 1871, avec l’aide de MM. les D”» De Lorge et Blondé, les professeurs Deneffe et Van Wetter enlevèrent à M. de W..., alors âgé de cinquante-quatre ans, une partie de son rectum devenu cancéreux. Pendant plus de trois ans, le malade put se livrer à tous ses travaux, sans être incommodé par la terrible maladie dont il était atteint. Mais, depuis quelque temps, l’ampoule rectale s’emplissait de bourgeons cancéreux, des hémorrhagies légères, mais fréquentes, une suppuration fétide, des douleui’s souvent intenses, des rétentions de matières fécales, des trajets fistuleux dans l’épaisseur de la fesse gauche, — telles étaient les complications qui minaient la santé de M. de W... et menaçaient de l’emporter à bref délai. C’est alors qu’il se décida à consulter de nouveau ces éminents confrères et qu’il les supplia de venir à son secours et de le débarrasser une fois encore de son cancer.
C’est dans ces circonstances que M. Deneffe m’écrivit. Je lui fournis tous les renseignements les plus précis sur la méthode opératoire, en même temps que je lui envoyai un instrument semblable à celui dont je me sers.
Le 4 juin 18,.., accompagnés de MM. les D” Souqué, chef de clinique chirurgicale de TUniversité, Leboucq, chef des travaux anatomiques et De Lorge, chirurgien distingué de la ville, les professem’s Deneffe et Van Wetter se rendirent auprès de M. de W... ; on sait le reste. En 40 minutes, 8 gr. de chloral furent injectés (10 gr. chloral eau 30 gr.) par l’une des veines radiales — « Pendant 2 heures et un quart, disent » MM. Deneffe et Van Wetter, le patient resta plongé dans une anesthésie » absolue; c'est le cas ou jamais de dire : Perinde ae cadaver. —Aucun acci- » dent, aucune contrariété ne vint enrayer la marche de l’opération. Nous » ne pouvoqs assez insister sur son caractère de simplicité et de faci- » lité.»
L’anesthésie, absolue pendant 2 heures, s’est prolongée, en s’amoindrissant peu à peu, pendant 2 jours. Pendant 2 jours, le patient a été enlevé à toute souffrance et partant soustrait aux moindres dangers du choc chirurgical.
Dix jours, ajoute M. Deneffe, se sont écoulés depuis l’opération, aucun accident ne s’est produit ; l’innocuité de l’injection intraveineuse de chloral peut donc être affirmée avec d’autant plus de certitude que le patient qui a subi cette opération se trouve dans des conditions de santé fort déplorables. La puissance anesthésique de cette injection dépasse celle de tous les agents employés jusqu’à ce jour. Jamais nous ne nous sommes trouvés devant une insensibilité aussi profonde que celle que produit l’injection intraveineuse de chloral. Sa durée, qui comprend plusieurs heures, sera d’un précieux secours dans les longues opérations, telles que l’ovariotomie, l’extirpation de certaines tumeurs, les fistules vésico-vaginales.
Les trois observations précédentes sont déjà connues, mais il m’était impossible de ne pas les rappeler en les résumant dans un travail qui doit renfermerl’histoire complète des faits dans lesquels lès injections de chloral ont été ejnployées pour produire l’anesthésie chirurgicale.
Qaatrième Oliserration
Hôpital Saint-André. — Service de M. le professeur Oré.
Cancer de la tunique vaginale. — Injection intraveineuse de chloral. — Anesthésie complète pendant deux heures — Ablation de la tumeur — Tétanos le
onzième jour. — Nécropsie.
Au mois d’août 1873, un homme de quarante ans entra dans mon service (salle 10) à l’hôpital Saint-André. Il était porteur d’une tumeur du testicule gauche.
L’ablation ayant été décidée, le malade fut soumis aux inhalations de chloroforme qui produisirent les phénomènes les plus inquiétants du côté de la respiration, pendant toute la durée de leur emploi. Cette action se continua longtemps encore après l’opération, car ce n’est guère que le quatrième ou cinquième jour que le malade revint à son état normal.
Un an après, il rentrait de nouveau dans mon service, portant dans la même région une nouvelle tumeur qui s’était développée dans l’épaisseur de la vaginale.
Le 5 août, en présence des élèves qui, un an auparavant, avaient été témoins des accidents produits chez ce malade, par l’emploi du chloroforme, je fis par la saphène interne gauche, à l’aide de mon appareil à transfusion, une injection de chloral (12 gr. chloral, 120 gr. eau) en sept minutes. L’insensibilité la plus absolue fut obtenue, qui se maintint depuis neuf heures du matin jusqu’à midi. L’opération dura trois quarts d’heure. Pendant tout ce temps, le malade ressemblait à un cadavre qui respire et chez lequel la circulation continue.
Je dois signaler comme particularité importante de l’opération, h ligature en masse du cordon dont l’extrémité sectionnée lors de la première opération s’était confondue avec la tumeur de la vaginale.
A midi, la sensibilité commença à reparaître, mais le malade resta plongé dans un sommeil calme qui se prolongea jusqu’au lendemain.
Le lendemain, toute trace de l’injection avait disparue, et les phénomènes consécutifs à l’opération ayant été annihilés par le sommeil chloralique, le malade se trouvait dans l’état le plus normal.
Ni phlébite^ ni caillots, ni hématurie.
Le dixième jour, j’exerçai quelques tractions sur la ligature en masse. Le malade ressentit à la suite de cette manœuvre des douleurs extrêmement aiguës. Des accidents tétaniques se montrèrent presque aussitôt ; ils suivirent une marche si rapide que le malade succomba le lendemain.
L’examen de la veine saphène interne piquée pour l’injection, fut fait devant M. le baron Larrey etM. Lecomte, médecin principal de l’hôpital militaire, qui me faisaient l’honneur d’assister, ce jour-là, à ma visite.
Ces habiles chirurgiens ont constaté que la paroi interne de la saphène piquée, n’offrait pas la moindre altération et que le sang y était absolument liquide.
Cherchant à me rendre compte des circonstances qui avaient pu amener le développement du tétanos chez un malade, qui, pendant les dix premiers jours, semblait marcher à une guérison rapide, M. Larrey me rappela que son père avait vu souvent cette complication terrible se montrer à la suite de la castration, lorsqu’au lieu de lier séparément certains éléments du cordon, on avait eu recours à la ligature en masse.
On verra plus loin que, chez un autre malade qui a subi la même opération, j’ai dû me féliciter d’avoir suivi les conseils qui me furent donnés dans cette circonstance.
Cinquième Obiservation
Clinique de la ville. — MM. leg professeurs Deneffe et Van Wetter.
Tumeur cancéreuse du sein droit.—Injection intraveineuse de chloral. — Anesthésie. — Extirpation. — Kécidive.
Le samedi 8 août, avec l’aide de MM. les Van Steenberge, d’Hautem^ Saint-LievinetDooreman,d’Oordeghem,nous opérâmes d’un cancer du sein droit, Sophie Van H..., de Scheldewindeke, âgée de quarante-six ans.
A 3 heures 45 m. de l’après-midi, Sophie se coucha- sur la table d’opération, la poitrine et le ventre découverts, afin que le jeu de la respiration pût
être facilement suivi. Tous les cordons et rubans qui pouvaient exercer une certaine compression furent dénoués. A 3 h. 47 m. le trocart capillaire enveloppé de sa canule d’or est plongé dans la veine médiane basilique gauche. Quand nous pensons être dans la veine, nous retirons le trocart, le sang jaillit aussitôt sur la canule, la bande circulaire placée au dessus du coude, est enlevée et la seringue chargée d’une solution de chloral au tiers (10 gr. de chloral pour 30 gr. d’eau) est adaptée à la canule et l’injection commence aussitôt.
A 3 h. 48 m. 50 cent, de chloral ont pénétré.
A 3 h. 49 m. 1 gr.
A 3 h. 50 m. 15 s. 2 gr.
A 3 h. 50 m.- 48 s. 2 gr. 50 cent.
Rien de particulier ne se produit dans l’état de la patiente. Nous lui demandons; Que ressentez-vous? Il me semble, répond-elle, que je vais m’évanouir. Au même instant M. Van Steenberge, qui tenait le pouls, nous dit : Tout va bien, pouls régulier, normal. L’expression de la figure de la malade était bonne. Nous poursuivons l’injection.
A 3 h. 51 m. 3 gr.
A 3 h. 52 m. 50 s. 3 gr. 50 cent.
Nous demandons à la femme : Que sentez-vous? Elle répond par un bredouillement inintelligible.
A 3 h. 53 m. 58 s. 4 gr.
Nous interrogeons la malade, elle ne répond plus, elle n’entend plus, elle gît là immobile comme un cadavre. L’insensibilité est complète sur toute la surface du corps, mais le globe oculaire perçoit encore très légèrement.
A 3 h. 54 m. 49 s., nous sommes à 4 gr. 50 cent.
Les globes oculaires sont insensibles, l’opération commence immédiatement.
Tout le sein, le grand pectoral et des ganglions axillaires sont emportés, une hémorrhagie grave que nous devons arrêter par la cautérisation au fer rouge plusieurs fois répétée vient enrayer la marche de l’opération.
Il était 5 heures quand la malade complètement pansée fut remise au lit.
La manœuvre opératoire avait duré une heure à peu près. Pendant les quinze premières minutes l’anesthésie fut complète, on opérait comme sur un cadavre, mais après survinrent des plaintes et des mouvements réflexes. Le sommeil restait pourtant très profond et il se continua jusque vers 7 heures. A partir de ce moment, la patiente se réveillait de temps en temps pour demander à boire, sa soif paraissait très vive ; la malade ne reconnaissait personne, à peine avait-elle'bu qu’elle retombait dans un sommeil de plomb.
Cette situation se prolongea jusque vers 3 heures du matin; à ce moment, l’opérée reprit possession d’elle-même.
La sensibilité se réveilla peu à peu, mais ce ne fut que le dimanche dans l’après-midi, c’est-à-dire à peu près 24 heures après l’opération, qu’elle fut complète ; dès ce moment, la malade ressentit et accusa des douleurs dans la vaste plaie que l’opération avait produite.
La première urine expulsée par la malade était limpide. MM. Van Steenberge et Dooreman n’y découvrirent aucune trace de sang.
Pendant toute la durée de l’injection et pendant l’opération, la respiration et la circulation restèrent physiologiques, seulement le pouls avait faibli.
Pas la moindre trace d’irritation ne se produisit du côté de la veine piquée. Ni phlébite, ni caillots.
Ainsi donc, en 8 minutes, une injection de 4 gr. 50 cent, de chloral, produit une anesthésie absolue qui a duré 15 minutes, puis la sensibilité s’est peu à peu réveillée, mais 24 heures se sont écoulées avant que la patiente n’ait senti qu’elle avait une plaie.
Le sommeil s’est prolongé pendant 11 heures. — MM. Deneffe et Van Wetter espéraient la guérison de cette opérée, malheureusement Une lettre de M. le docteur Van Steenberge leur apprit que le cancer avait récidivé et marchait qvec une effrayante rapidité.
Sixième Observation
Clinique de la ville . — MM. les professeurs Deneffe et Van VlTetter.
Tumeur cancéreuse du sein droit. — Anesthésie par injection intraveineuse de chloral.
Madame veuve G., âgée de soixante-onze ans, est atteinte depuis plusieurs mois d’un cancer qui envahit la région externe du sein droit. Inquiète
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des douleurs lancinantes qu’elle ressent en ce point, elle nous demande une opération radicale, et le samedi 5 septembre, accompagné de nos honorables amis, MM. les docteurs Bouqué, chef de cbnique chirurgicale, Leboucq, chef des travaux anatomiques, et de Lorge, nous nous rendîmes chez elle.
A 5 heures Ib minutes de l’après-midi, madame G... se plaça sur la table d’opération. Une bande circulaire est serrée au-dessus du coude droit. Nous aurions souhaité ponctionner une des grosses veines du bras, mais notre patiente est si chargée de graisse qu’il nous fut impossible de les distinguer, et force nous fut de plonger le trocart dans une des médianes, à trois travers de doigt au-dessus du poignet. La veine était bien petite, à peine plus large que le trocart, elle était très superficielle, mais tout marcha bien, malgré ces conditions que nous avions un moment crues défavorables.
Il était 5 heures 18 minutes quand le trocart fut retiré, un jet de sang qui s’écoula par la canule, nous montra que nous étio-ns bien dans la veine ; la bande circulaire est enlevée et la seringue, armée de la pièce intermédiaire, est appliquée sur la canule. Le pouls est à 25 au quart. L’injection commence aussitôt.
A 5 h. 19 m., 1 gr. de chloral injecté. Pouls 25.
A 5 h. 19 m. 30 s., 1.50 gr. Pouls 25.
A 5 h. 20 m., 2 gr. Pouls 25.
A 5 h. 20 m. 30 s., 2.50 gr. Pouls 23.
A 5 h. 21 m., 3 gr. Pouls 24.
A 5 h. 21 m. 30 s., 3.50 gr. La malade baille. Pouls 24.
A 5 h. 22 m., 4 gr. Bâillement prolongé; réponsesembarrassées. Pouls 24.
A 5 h. 22 m. 30 s., 4.50 gr. Pouls 24.
A5 h. 23m., 5 gr. Les yeux sont fermés, bâillements; la patiente ne répond plus aux questions. Pouls 25.
A 5 h. 23 m. 30 s., 5.50 gr. Pouls 24.
A 5 h. 24 m., 5.75 gr. Pouls 24.
A ce moment l’anesthésie est complète, les globes oculaires sont insensibles, le sommeil est profond. L’injection avait duré 6 minutes.
A 5 h. 27 m. l’opération commence, nous combinons l’emploi de l’écraseur à celui du bistouri.
A 5 h. 50 m., les points de suture sont placés. A 6 h. le pansement est terminé et la malade est remise au lit.
L’anesthésie avait été absolue, et l’opération se pratiqua tout entière au milieu d'une insensibilité et d'un calme pareils à celui d'un cadavre.
Vers 5 h. 50 m., la patiente percevait quelque'sensation quand on passait et fermait les points de sutures. Sensation très vague assurément.
Vers 6 h. la sensibilité était revenue et la vieille dame sortie spontanément du sommeil chloralique, commençait à reconnaître les personnes qui l’entouraient.
La malade dormit paisiblement pendant toute la nuit, l’urine qu’elle rendit après l’opération était limpide.
La veine piquée ne fut le siège d’aucune irritatiou. Ni phlébite, ni caillots.
Les suites de notre opération furent aussi heureuses que possible et amenèrent la guérison de notre vieille malade.
Septième Observation
Clinique de la ville — MM. les professeurs Deneffe et Van Wetter.
Tumeursadinoïdes du sein gauche.— Anesthésie par injection intraveineuse de chloral.
Mademoiselle M..., âgée de vingt et un ans, porte depuis une année, à la partie externe du sein gauche, deux petites tumeurs dures, isolées l’une de l’autre, ayant dans leur ensemble le volume d’un petit œuf de poule. Nous les considérons comme des sarcomes adénoïdes, l’examen microscopique fait par M. le D' Leboucq, nous a fait connaître leur véritable nature. Cette jeune demoiselle, désirant être débarrassée d’une affection qui l’inquiète, nous nous rendons chez elle, le vendredi 11 septembre, accompagnés de nos amis MM. les D" de Lorge, Bouqué et Leboucq.
Nous tenons à remercier publiquement ces honorables confrères qui ont désiré partager avec nous la responsabilité de tentatives qui nous auraient été cruellement reprochées à tous, si le succès le plus complet ne les avaient couronnées, à Gand comme à Bordeaux.
A 4 h. 57 m. de relevée la demoiselle se couche sur la table d’opération,
une bande circulaire est 27 au quart.
aerrée au-dessus du coude droit, le pouls bat à
A 4 h. 59 m., ponction de la médiane céphalicpie, un jet de sang s’échappe par la canule dès que le trocart est retiré, nous sommes donc bien dans la veine. La bande est enlevée ; la seringue, armée de sa pièce intermédiaire et remplie d’une solution de chloral au quart, est articulée avec la canule restée dans la veine et l’injection commence.
A 5 h., injection de 0.50 centigr. de chloral. Pouls 27.
1 gr. Pouls 24.