‹ Etudes contemporainesChapitre 15 sur 28 · ODE A LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

ODE A LA LIBERTÉ

c( Dites combien je bénis, combien j'adore le génie de la divine liberté, vous qui êtes libres, vous que Dieu afaits pour être libres, nuages qui sans route etsans contrainte voyagez dans Téther : dites-le, flots de l'Océan, qui n'êtes soumis qu'aux lois éternelles ! forêts dont les branches solennelles s'abaissent en cadence sous le vent qui les ploie et donnent aux nuits de si profondes harmonies !

«Vous m'avez vu souvent me plonger avec délices dans ces obscurités où le bûcheron ne pénètre pas. Le clair de lune me guidait; je marchais sur la mousse ; j'étais perdu pour le monde tumultueux^ et les bruits du désert et ses formes sauvages m'inspiraient tour à tour. Oh 1 dites-le bien, vous qui m'ofl'riez la liberté qui

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manque au monde, — si c'était du fond de mon cœur que je l'adorais, la liberté sublime!

c( Mon cœur tressaillit, vous le savez, il tressaillit d'une sainte espérance, mêlée de crainte^ lorsque la France endormie se leva comme un géant, secoua ses membres fatigués, frappa du pied la terre et dit : ce Je suis libre 1 » Son serment fit trembler l'air, la terre et les flots; et mes accents de reconnaissance et de joie éclatèrent sans crainte, sans scrupule, quoique des esclaves m'entourassent.

c( Et lorsque dans un mauvais jour, les monarques marchèrent pour écraser ce noble peuple qui venait de rompre le charme séculaire, lorsque la Grande-Bretagne se joignit à eux, je baissai la tête et pleurai. C'était mon île natale : là étaient mes amitiés, là s'étaient passées mes jeunes années; tous mes plus doux sentiments s'attachaient à elle et versaient une lumière magique sur ces vallons, sur ces collines : cependant ma voix ne faiblit pas. Ce fut aux tyrans que je lançai l'anathème, à eux que j'annonçai la honte d'une défaite assurée. Ce fut la délivrance de la France que j'appelai de tous mes vœux !

« Oui, disais-je alors, je le sais, le cri du blasphème et de la rage retentissent, dissonance affreuse au milieu de cette harmonie de liberté. Oui; la ronde démoniaque de toutes ces passions frénétiques est plus horrible que la ronde du sabbat. Mais bientôt, me disais-je, ces fantômes de la nuit vont fuir; ces orages qu' nous cachent l'aurore vont se dissiper. Oui, bientôt la sagesse répandra ses enseignements dans i a cabane du pauvre ! sous l'humble toit de l'homme qui gémit ! Écoute, ô mon âme ! toi qui n'espères qu'en tremblant ; écoute :

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