XIV
comme une apparition pour répandre une terreur panique dans la cavalerie perse, en sa qualité de Taraxippos ? Nous le trouvons consacré à ce titre sur lIsthme, dans ce passage de Pausanias VI, ch. 20, $9: ἐστι δὲ καὶ ἐν Ισϑμῷ Ταράξιππος Γλαῦκος ὁ Σισύ- Φου. Comparez ὃ 8 sur le Taraxippos de la lice d’'Olympie. Le seul passage du Ποτνιεύς dont on puisse
tirer l’idée d’un carnage, que l’on peut rapporter, si .
l'on veut, à la défaite de la cavalerie des Perses, qui constituait en effet l'élite de l’armée de Mardonius, est le fragment de deux vers (le 38e de l'édition de Herm., p. 319) :
ἐῷ ὥρματος yo ὥρμα La νεκρῷ νεκρός, ἵπποι δ᾽ ἐφ᾽ ἵπποις ἦσαν ἐμπεφυρμένοι.
Le savant Welcker, die aeschyl. Tril. |. ο., a dépensé beaucoup de science et de sagacité pour établir que la pièce qui terminait la trilogie était, non celle qui doit son nom au célèbre cavalier de Potnie, mais au Γλαῦκος révrios, | et que cette tragédie avait pour objet la victoire d'Himéra, remportée par Théron et Hiéron sur les Carthaginois le jour même où fut livrée la bataille de Salamine. (Hérod. VIT, 166.) Les maigres fragments qui nous sont restés de cette dernière pièce (édit. de Herm. 26-36, p. 317-318) fournissent quelques traces des pérégrinations du pêcheur d’Anthé-
1 Sur les Glaucus, v. la dissertation de Hermann, de Aeschyli Glaucis. Opusc. II, p. 59.
done, qui parcourait chaque année les mers en récitant ses prophéties, que les navigateurs recueillaient avec soin. (Pausanias IX, 22, 6.) Quelques-uns de ces fragments, les 33e, 34e et 35e, ont permis à l’imagination de suivre la trace d’une natation du dieu, parti d'Anthédone en Béotie, tournant l’Eubée, non loin du promontoire où s’était livrée la bataille d’Artémisium, pour entrer enfin dans les eaux du fleuve Himéras, dont il gravit le rivage escarpé pour arriver à la ville d'Himéra. L'autorité de Welcker ἃ entraîné lassentiment du plus grand nombre;'! d’ailleurs la mention éclatante de la bataille de Platée, faite par Darius dans le passage ci-dessus rappelé, pouvait suffire à la rigueur.
Cependant plusieurs savants, bien qualifiés, doutent encore, vu la nature de quelques-uns des fragments, : que le Glaucos Pontios ait été autre chose qu’un drame satyrique.
Au fond, l’idée de cette construction trilogique semble avoir été inspirée, moins par l'examen des fragments et des autres témoignages, que par la première Pythique de Pindare, v. 136-155 (71-80), qui met la bataille d'Himéra en parallèle avec celles de Salamine et de Platée, comme ayant consommé l’œuvre de laf-
Ἢ Comp. Ouf. Müller, Geschichte der griechisch. Litter. Ch. XXIII, p. 86. G. Bernhardy, Grundriss der griech. Lit ter, Zweiter Theil, p.719 sq., avec plus de réserves critiques.
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franchissement de l’Hellas, en arrêtant du côté de l'Ouest les invasions et le débordement des Barbares comme Athènes et Sparte l'avaient fait à lOrient. Mais, autant cette conception a de grandeur et de poésie dans le chef-d'œuvre de Pindare, célébrant une victoire d'Hiéron, en Sicile, à la cour de ce prince, autant elle me paraît susciter d’objections, transportée sur la scène athénienne, en donnant à la bataille d'Himéra une importance si grande, d'autant plus considérable que cette pièce devait donner le.dénouement de la trilogie.
Si nous n'avions conservé de l'Orestée que la pièce des Choëphores, et d’aussi minces fragments, de l’Agamemnon et des Euménides, que ceux qui nous sont restés du Phinée et du Glaucus, qui aurait saisi, qui aurait même soupçonné l’idée qui avait présidé à la composition de cette trilogie? Dans tous les cas, si le lien historique était celui qui reliait ensemble les trois actes du grand drame trilogique, nous ne pouvons rien tirer de cette reconstruction, qui intéresse la eritique ou même l'interprétation des Perses d'Eschyle.
Dans un sens général, le sujet des Perses, pris dans la pièce elle-même, est la bataille de Salamine. Mas en quoi consiste l’action qui doit se développer dans le drame ? Il n’y a pas à proprement parler d'action dans le sens où l'entend la tragédie moderne. La vic-
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toire des Grecs est déjà consommée, quand s’ouvre le drame d'Eschyle. Même il n’y a pas de lutte entre les personnages qui figurent, simultanément ou successivement, sur la scène; ils sont tous animés des mêmes sentiments, et l’action qu'ils exercent les uns sur les autres, comme sur le peuple lui-même, n’est que le contre-coup des émotions qu'ils éprouvent au récit des événements.
On voit qu'il n'importe pas d’une manière absolue que l’action se passe sur la scène plutôt que d’être l’objet d’un récit d’un événement passé.
Une tragédie d'Eschyle a toujours ce caractère, de placer les événements humains sous la lumière et sous l’action d’une puissance supérieure, qu’on ἃ improprement appelée la fatalité, et qui n’est autre chose que ’accomplissement irrésistible des lois d’un monde supersensible, et l’effet de la composition du poëte est toujours de réconcilier les choses de la terre et les choses du ciel, en mettant d'accord, dans la conscience, la sagesse humaine avec l’action divine.
Peu de compositions m'ont paru plus remarquables, au point de vue de l'expression idéale, dans les galeries de l'Italie, que les quelques tableaux des grands maîtres qui présentent, par une disposition tant critiquée, au point de vue de l’art de la peinture, deux plans, comme deux tableaux superposés. Ainsi, dans la Transfiquration de Raphaël, qui remplit de sa lu-