ENT
mière éblouissante une des salles du Vatican, le drame | mystérieux qui s’'accomplit dans une sphère superterrestre, au sommet de la montagne, a pour témoins, dans un plan inférieur, avec les Apôtres qui attendent le retour de leur Maître, un groupe de personnes qui amènent au Sauveur le jeune possédé pour obtenir sa guérison. L'expression sympathique des Apôtres, leur geste qui élève les regards de la malheureuse famille vers la scène qui se passe au sommet de la montagne, le geste énergique du possédé lui-même, et ses cris qui appellent le céleste médecin à son secours, pour le délivrer du démon qui l’obsède, indiquent assez que le spectacle de la Transfiguration n’est accessible qu'aux yeux de la foi.
L'idée est plus transparente encore dans la splendide toile du Guerchin, sa sainte Pétronille, qui se voit dans la galerie du Capitole. Le tableau représente, dans le plan inférieur, le champ du repos. Les fossoyeurs viennent de creuser une fosse où des religieux et divers personnages sont occupés à faire descendre la sainte, dont la dépouille mortelle apparaît encore à fleur. de terre. Cependant les yeux s'élèvent au plan supérieur du tableau, où se passe aussi une sorte de Transfiguration : la sainte est reçue par son Seigneur qui lui tend la main pour l’introduire dans le chœur des anges. La scène est bien la même, dans les deux plans. Ce qui nous apparaît, sur la terre, comme une
ΞΟ ΧΙ CR re
" descente de la personne corruptible dans la poudre
du tombeau, est une entrée de la personne incorruptible dans la gloire céleste.
Telle est aussi l’idée que nous devons nous faire d’une tragédie d'Eschyle, qui présente toujours deux scènes parallèles, l’une divine, l’autre humaine, l’une idéale, l’autre historique. La première ἃ pour organe la langue lyrique, les chants du Chœur, qui suivent les mouvements de l’action divine, de Sfasimon en Stasimon. La seconde s'exprime dans le dialogue des personnages qui paraissent sur la scène. Les péripéties
de l’action humaine, illuminées d’en haut, marchent
vers un dénouement qui apparaît de plus en plus inévitable.
Dans la pièce des Perses, le mouvement s’émeut dans l'âme des vieillards qui composent le Chœur, et c'est aussi le vrai milieu où se développera et se consommera l’action, toute intérieure et toute idéale de ce drame. L'analyse de ce premier Chœur fait l’objet de la première de ces Etudes, p. 1-22. Ce sont des grands de l'Empire, qu'Hérodote, VIT, 59, place sous la présidence du sage Artabane, oncle paternel de Xerxès, à qui le roi ἃ confié, pendant son absence, ’administration de son royaume, et que leur âge et leur expérience qualifient pour être l’organe de la conscience éclairée de la nation. (Comparez, ci-dessous, p. 70.) A leur entrée le Coryphée, dans une allocution
ER 'e QU
adressée à ses collègues, qui tient lieu de Prologue 3 dans cette tragédie, résume la situation de l'Empire et expose la grave circonstance qui les appelle à tenir conseil au palais de la Résidence. Depuis que le formidable appareil de guerre, qu’on avait vu partir de Suze avec une orgueilleuse confiance pour envahir la Grèce, a passé le détroit qui sépare les deux continents, les semaines, les mois se sont écoulés et l’on n’a reçu aucune nouvelle de l’armée et de son chef. Dans l'intervalle de cette longue absence, les esprits ont eu le temps de se recueillir et de se demander si l’entreprise de Xerxès n’était pas téméraire et contraire à la volonté divine. (Str. et Antis. y ci-dessous, p. 10-11.) Les regrets excités par l'éloignement de la population valide tout entière s'expriment, enfin, avec une anxiété (ci-dessous Str. et Antis. δ΄, p.19) et avec des pressentiments prophétiques, qui rappellent les Chœurs de l'Agamemnon .
Le chœur se mettait en marche pour franchir l’espace qui le séparait de l'entrée de la Résidence, quand Atossa, sortant du palais, accompagnée d’un cortége royal, l’arrête dans l'Orchestre. La reine, en proie aux mêmes inquiétudes, est sortie pour se rendre au tombeau de son époux, qui paraît s'élever entre le palais et la place de l'Orchestre, dans l'espérance de trouver quelque soulagement à ses inquiétudes. La situation rappelle celle qui a déterminé l’arrivée du chœur dans
- ΧΙ ANR
Ses Choëphores. Rattachant le commencement de son discours aux appréhensions par lesquelles le chœur termine la salutation qu'il lui adresse, la reine expose à ses conseillers que « souvent ses nuits sont agitées par des visions sinistres, depuis que son fils est parti pour asservir le pays des Ioniens; mais que jamais elle n’a été tourmentée de visions aussi claires que celles qui se sont offertes à elle dans le songe de la nuit passée. »
Quelque menaçants que paraissent les augures don-
nés par ce songe, où son époux défunt, le roi Darius, lui est apparu gémissant sur le sort de son fils, ainsi que les présages qui se sont montrés dans les sacrifices qu’elle a offerts, à son réveil, sur l'autel des Dieux qui peuvent détourner les sinistres augures (bios ärorvoros, Apollo averruncus), v. 175-214, le chœur, entrant dans les préoccupations intimes d’Atossa, sur le sort de son fils Xerxès, relève le courage de la reine, en lui faisant observer que les présages n’annoncent pas nécessairement ce qu’elle appréhende comme le dernier des malheurs : «et, puisque tu dis que tu as vu ton époux Darius dans la vision nocturne, suppliele de t’envoyer, sous des traits favorables, ce que les présages annoncent d’heureux, en retenant dans les ténèbres de la terre les signes qui sont défavorables. » Cette consultation de Darius aura une autre applica-
1 Sur le sens de ce passage v. ci-dessous p. 32-35.
ΣΧ. er
tion quand, plus tard, la vérité sera connue sur les … faits accomplis : en attendant, elle signale la scène de l'apparition de l'Ombre de Darius comme le point culminant de la composition dramatique.
Le songe d’Atossa a été comme l'éclair qui a déchiré la sombre nuée qui enveloppait l'esprit des vieillards, ' et les coups de tonnerre ne tardent pas à se faire entendre à l’arrivée de l'Angelos, dont la voix éclate en ces mots : «0 villes qui couvrez la terre d’Asie, ὃ terre de la Perse, à palais où sont amassées d'immenses richesses, toute cette prospérité est anéantie ; Xerxès a survécu, mais la fleur de la nation a été moissonnée d’un seul coup. Il est cruel d’être le premier à annoncer une si terrible nouvelle, mais il faut bien déployer toute l'étendue de notre infortune, à Perses, l’armée des Barbares a péri tout entière.» Puis se déroule dans un récit épique, qui remplit le premier épisode, v. 248-509, le tableau de la calamité de Salamine, terminé par le massacre de Psyttalée, où a été anéantie l'élite des Perses, tous ceux qui, par leur valeur et par leur naissance, étaient les soutiens du trône de Xerxès; enfin celui des épreuves par lesquelles les restes de l’armée, conduite par le roi, ont été successivement anéantis.
Le songe s’est accompli, et il n'existe plus de mystère ni d'incertitude sur les révélations qu'il conte-
! Sir, δ΄ ci-dessous p. 12.