‹ Études critiques et exégétiques sur les Perses d'EschyleChapitre 5 sur 21 · NUIT · texte numérisé non relu

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naît : cependant la reine veut réaliser son intention d'adresser ses supplications aux Dieux, en se plaçant sous la protection de leurs autels, et elle reviendra au tombeau en apportant de sa demeure les offrandes destinées à la Terre et aux Dieux mânes, suivant le conseil qu’elle avait reçu des vieillards, avant l’arrivée de la fatale nouvelle :

Pendant cette absence de la reine, occupée de ces soins dans son palais, le Chœur exécute son premier Stasimon. C’est un tableau de la désolation où le funeste message ἃ plongé la capitale et toutes les villes de Empire; c'est la réalisation des appréhensions qui s'étaient développées dans le premier Chœur, et la démonstration de la faute du souverain, rapportée à laveuglement insensé qui l’a induit à confier le sort de son royaume à la marine ;" enfin le développement des conséquences de la faute, qui a ébranlé dans ses fondements la domination de la race des Perses sur l'Asie.

Pendant que la reine, de retour sur la scène, verse sur le tertre du tombeau les libations qu’elle vient offrir aux puissances infernales et aux Mânes de son époux, le Chœur procède à l'évocation de l'Ombre de

! Ci-dessous p. 62-81, entre autres, str. et antist. αἱ p.70-77, ? Str. et antist. β΄ et y, p. 77-81.

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Darius, dans un chant qui fait l’objet du second Séasimon, v. 636-681 (p. 95-108). |

L'épisode de Ombre de Darius, qui apparaît sur son tombeau au terme du Sfasimon, vient répandre une nouvelle lumière sur la nature, les causes et les conséquences du désastre, et sanctionner par l'autorité de l'expérience et de la sagesse divine du bon roi toutes les appréhensions, toutes les craintes, toutes les sinistres interprétations qui se sont fait jour dans les scènes qui précèdent. Les révélations qu'il entend de la bouche d’Atossa éveillent en lui le souvenir d’anciens oracles relatifs aux destinées de l'Empire, dont la conduite de son fils ἃ précipité l’accomplissement ; « car 1] n’est pas dans la nature des oracles de ne s’accomplir qu’en partie et, quand un mortel court à sa perte, un Dieu le pousse sur la pente de sa ruine. » Les dieux avaient mis une barrière infranchissable entre l'Europe et l'Asie ; mais, dans sa démence son fils ἃ cru qu'il pourrait enchainer le dieu dont les eaux coulent entre les deux continents pour les séparer à jamais, et se rendre maître de Neptune lui-même. Il ἃ osé franchir la hmite que les dieux avaient assignée aux conquêtes des dominateurs de l'Asie, à qui la Moïra avait interdit les entreprises maritimes. Enfin son impiété s'était signalée par le renversement des autels, l'incendie des temples et la destruction des statues des dieux et de leurs sanctuaires. Aussi faudra-t-il épuiser toutes les ri-

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gueurs de la destinée; car «vos maux n’ont fait que commencer; il faut qu'ils grandissent encore jusqu’à la hauteur de la vengeance divine, qui ne sera satisfaite que quand la lance dorienne aura inondé de flots de sang la terre des Platéens,' et je crains bien que tous ces trésors que j'ai amassés par le labeur d’une longue vie ne deviennent la proie du premier ambitieux qui voudra s’en emparer » (v. 792-3). La consultation de Darius se termine par le conseil qu'il donne aux Perses de renoncer, à l'avenir, s'ils veulent voir encore des jours heureux, à entreprendre aucune expédition contre la Grèce, eussent-1ls une armée plus considérable encore à faire marcher pour envahir ce pays, v. 788 sqq. Les sentiments qui naissent de cet épisode s'expriment d’une manière éclatante dans le troisième Séasimon, v. 854-885, ci-dessous p.153 sqq., qui oppose aux misères du présent le tableau de la grandeur et des prospérités de l’empire, qui se sont évanouies dans la fatale journée de Salamine.* Restait enfin la tâche de convertir Xerxès lui-même aux mêmes sentiments. C’est l’objet et le résultat de la complainte finale qui termine la pièce, et qui est le dernier cri de la conscience publique/dans la bouche

IV. 818 sqq. Sur le sens de ce passage, v. ci-dessous, p. 139 sqq.

? Le poëte pouvait passer sous silence le souvenir de Marathon et de l'expédition de Scythie, où Darius perdit la vie, sans qu’on lui fasse un grief de ses omissions.

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du malheureux monarque, dont les lamentations alternent et se confondent avec celles du Chœur.

Si l'on prend l’idée de la pièce dans le plan, ainsi esquissé dans ses principaux traits, on voit que tout le mouvement dramatique s'accomplit et se consomme dans le domaine de la conscience nationale. Depuis les appréhensions et les pressentiments qui s’émeuvent dans le premier Chœur, jusqu’au cri de la conscience de Xerxès lui-même, le sentiment des fautes commises s’éclaire d’une lumière de plus en plus vive, et s’exprime par des accents de plus en plus éclatants. Mais est-ce bien là le premier et le dernier mot de la pensée du poëte ? Ou bien y a-t-1l un plan supérieur où cette pensée s'illumine d’une lumière plus sereme? Ilya ici une distinction à faire entre la forme et le fond. Ce que le poëte veut tirer de la conscience nationale, ce n’est pas seulement l’aveu ou même le repentir des torts qu’elle ἃ à se reprocher à l'endroit des dieux et des hommes, c’est aussi et surtout la reconnaissance de la supériorité et de la valeur invincible du peuple athénien, et la proclamation de la gloire dont il s’est couvert à la journée de Salamine. Si le poëte avait

besoin, au point de vue de l’art tragique, d'un bill

d'indemnité, 1l lui était assuré et surabondamment accordé par le sentiment national satisfait; cependant, malgré l'immense assentiment qui a dû accueillir la

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