‹ Études critiques et exégétiques sur les Perses d'EschyleChapitre 6 sur 21 · ONE LE · texte numérisé non relu

ONE LE

représentation des Perses sur la scène athénienne, cette composition est peut-être une preuve de plus, qu'un sujet pris dans la vie contemporaine, où les sympathies et les antipathies politiques et nationales sont nécessairement éveillées, ne peut, sans susciter de graves objections, faire l’objet d’une tragédie.

La victoire de Salamine, comme sujet de tragédie à porter sur la scène d'Athènes, présentait une difficulté presque insurmontable. Il est évident qu’il ne pouvait produire l'impression de la terreur et de la pitié. Homère a bien pu intéresser les Grecs aux malheurs de la famille de Priam; mais le pathétique de la situation de la famille royale de Suze et de la nation plongée dans le deuil ne pouvait être pris bien au sérieux par le peuple athénien. Il fallait bien se venger un peu de la peur qu’on avait éprouvée. Le plan imaginé par le poëte donnait incontestablement à la pièce le caractère régulier d’une tragédie. L’explication des catastrophes humaines par l’aveuglement des esprits, qui ont méconnu la volonté divine, est un lieu commun dans la tragédie grecque. Il était très-ingénieux de tirer du désastre de Salamine les leçons que les fautes commises inspiraient aux personnages qui figurent successivement sur la scène comme les représentants de la conscience de la nation. Le poëte était ici dans son droit, et c’est bien là l’idée qui a présidé à l'organisation de son plan : mais l'idée présentée

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sous cette forme n’exprime qu'indirectement celle qui a inspiré l’œuvre elle-même. La naïve admiration des personnages du chœur pour la supériorité d’'intelligence et de valeur des Athéniens (v. 230 sqq.), l’enthousiasme dont sont pénétrés les récits du messager, la réprobation prononcée sur le choix du champ de bataille et sur l'emploi de la marine (les βώριδες, premier Stasimon, Str. et Antist. α΄, p. 70-77), la sagesse toute grecque avec laquelle le roi Darius signale la folle ambition et limpiété de son fils, la profonde conviction avec laquelle Xerxès lui-même prononce son mea culpa dans la scène finale, tous ces cris qui sont, pour ceux qui les entendent, l'expression indirecte d’un triomphe, enfin l'affectation avec laquelle est répété, dans chaque circonstance critique, le conseil : « Souviens-toi, souvenez-vous des Athéniens et de la Grèce» (v. 279 sqq.; sur le sens de ces vers, voyez p. 42 et v. 826) dans lequel 1] est bien difficile de ne pas voir une parodie du fameux décroræ, μέμνεο τῶν ᾿Αϑηναίων (Hérod. V, 105), toutes ces manifestations font passer sur cette scène de Suze un souffle qui vient de la Grèce, et nous imposent la réponse suivante à la première question posée ci-dessus, p. XI : le sujet des Perses est, au fond, une glorification de la ville de Pallas, une exaltation de la marine athénienne et du service qu'elle a rendu à la Grèce. Cette idée est la même que la fière déclaration que Thémistocle, qui

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avait choisi ce glorieux champ de bataille, adresse aux Athéniens le lendemain du jour où fut livrée la bataille de Salamine : εὕρημω εὑρήκωμεν ἡμέως τε αὐτοὺς καὶ τὴν Ἑλλώδω, νέφος τοσοῦτο ἀνθρώπων ἀνωσώμενοι. .. Hérod. VIII, 109, «nous avons eu le bonheur de trouver le moyen de nous sauver, nous et la Grèce

avec nous, en dissipant cette effroyable nuée de Barbares.»

Neuchâtel, 5 mai 1868.

Ν Pour procéder à l'étude du premier chant du RP ο Chœur faisant son entrée dans l'orchestre (parodos), EE je me oppre d’abord, dans ce premier extrait, à |

Dr a, sauf à revenir sur mes pas pour dé-

| gager l'idée générale qui préside au plan de ce mor-

- ceau, et dont l'intelligence me semble nécessaire à la ne

4 solution de plusieurs difficultés qu’il présente.

ANTISTROPHE αἱ

Πολυάνδρου δ᾽ ᾿Ασίας Jovριος ἄρχων ἐπὶ πᾶσαν LIGA ποιμνωνόριον Θ εἴ-

Fe ον ἐλαύνει διχόϑεν, πε- ᾿ ζονόμοις ἐκ τε θαλάσσης

σογόνου γενεῶς ἰσόθεος φώς. [Em

Je suis tenté de lire, au vers 77, πεζονόμους, en supprimant toute ponctuation jusqu’après ϑαλάώσσης, où je place une virgule. Gette leçon, que Schütz ἃ déjà proposée, sans toutefois l’introduire dans son texte, en donnant à cet adjectif le sens passif « qui pedestris pascitur, pedestris », n’a pas fait fortune, car elle ne figure dans aucune édition subséquente. δ᾽ ἃvoue que πεζονόμους ἐκ τε ϑαλάσσης, Considéré comme simple apposition de ποιμιωνόριον, pris dans le sens de exercitum, ἃ je ne sais quelle simplicité prosaïique qui ἃ pu blesser le tact critique de nos grands éditeurs. Mais c'est précisément ce sens donné à ποιμιωνόριον Et à son épithète Θεῖον, evercitum immensum, qui m'est suspect, malgré les Scoliastes et l'autorité d’Eustathe (ad Iliad., B., p. 219) citée par tous les interprètes : τὸ δὲ ποιμὴν λαῶν, ταὐτὸν ὃν τῷ ἀνδρῶν ποιμάνωρ, συνθέτως Αἰσχύλος εἴρηκε, καὶ τὸ τοιοῦτον ποίμνιον ποιμωνόριον. Schneider et, d’une manière plus affirmative, Hartung ont contesté, avec raison, la forme régulière de ce mot pris dans le sens concret, soit qu’on le dérive de ποιμάνωρ (v. 240), soit qu'on le dérive directement de ποιμαίνειν; mais le premier s'est égaré en supposant qu'il pouvait être pris pour un nominatif dans le sens de général en chef (abstrait pour concret), le second est allé, dans son aversion pour cette forme, jusqu'à transformer ποιμνανόριον EN ποίμνων ὠνέρων. D'autre part, l'expli-

cation de πεζονόμοις ἔκ TE Θαλάσσης = πεζὴ τε καὶ ἐκ Θαλάσσης νέμουσι --- πεζονόμοις ϑωλωσσονόμοις τε, et l'emploi même de la préposition εκ dans cette locution me paraissent fort contestables. Je prends donc ποιμωνόριον dans le sens abstrait de commandement en chef, généralat, eomme accusatf de l'effet immédiat (émperium imperare, ductum ducere, ἐλωύγειν ἔλασιν), Ce qui réconcilie pleinement l'adjectif Θεῖον avec son substantif, et je lis πεζονόμους ἔκ τε ϑαλάόσσης, accusatif transitif, que je considère moins comme directement objet de ἐλωύνει que comme une sorte d’apposition de l’objet direct. Cet objet est une notion plus générale, qui se tire naturellement du contexte : le verbe ἐλαύνει, qui, au besoin, pourrait s’employer dans le sens intransitif, a son objet, lance toute la population de l'Asie, implicitement renfermé dans la périphrase du sujet πολυάνδοου ᾿Ασίας Sroupis ἄρχων. Dans la locution ἔκ τε ϑωλώσσης, dépendant, comme πεζονόμους, de εἐλωύνε; διχόϑεν, lance par terre et par mer, la préposition ἃ une propriété incontestable, le sujet du prédicat étant Xerxès. Enfin cette organisation de la strophe me paraît répondre mieux à celle de la pensée, où la personne de Xerxès, reproduite à la fin, comme elle la domine dès le commencement, ἃ une prépondérance sur celle des généraux, qui se traduit aussi par la place qu'elle occupe dans la strophe. Je propose donc de lire :

ἄ ÉTUDES SUR LES PERSES D’ESCHYLE,

Πολυώνδοου δ᾽ ᾿Ασίας Θούριος ἀρχων - Ν "“ / / 2 » / ἐπὶ πᾶσαν χϑόνω ποιμωνόριον ϑεῖον ἐλαύνει / ” / διχόθεν πεζονόμους ἐκ τε ϑαλάσσας, γ -»Ὕ LA .ἃ οχυροισι πεποιδδὼς

στυφελοὶς ἐφέταις, χρουσογόνου γενεᾶς ἰσόϑεος Duc.

« L'impétueux souverain de la populeuse Asie envahit avec une puissance divine, avec une étendue de commandement dont jamais mortel n’a été revêtu, toute terre, îles, presqu’iles, continent de l'Europe (ou de la Grèce), par deux côtés à la fois, par terre el par mer... »

ANTISTROPHE β΄ 88-93

/ » » G \ ! ΕΣ = δόκιμος δ᾽ οὔτις ὑποστας μεγώλῳ ρεύμωτι ᾧωτων » EX 7 37 LA -" ͵ ς ἐχύροις ἐρκεσιν εἰργεῖιν ὡμώχιον HUUA ϑαλάσσας

Cette antistrophe ne présente aucune trace d’altération; mais aucune des interprétations qui en ont été données ne me paraît résister à un examen sévère. Schütz : «neque quisquam idoneus, qui valeat, obntens, firmo aggere, opposita militum mole, ènexpugnabilem maris fluctum, exercitum Persarum, cujus

vim et impetum sustinere nemo potest, propulsare. » Le prédicat idoneus, qui traduit la scolie χρήσιμος, est mieux rendu par le «deo probatus de Hermann, qui ἃ en outre satisfait, jusqu’à un certain point, à la forme de l’aoriste participe ὑποστῶς par sa périphrase sa id on se recipiat (receperit) dans son interprétation : «nemo adeo probatus est, ut, si id in se recipiat, magna multitudine virorum ut valido munimento arcere possit invictum maris fluctum ; » mais le datif instrumental (ablatif) ῥεύματι, avec son apposition ἕρκεσιν, est décidément intolérable, et présente une image inconciliable avec celle de κῦμα ϑαλάσσας. Que pourrait signifier la prétention d'arrêter les flots de la mer par le courant d’un fleuve ? Tout le sens de ce passage repose sur l'opposition entre les idées de ῥεῦμω et de ϑώλασσω. La construction est évidemment : οὔτις δόκιμος (ὥστε) éioyew, nemo adeo probatus est.... ut arceat. On pourrait, à la vérité, entendre la phrase dans ce sens : nemo adeo probatus est, ut, 51 susceperit (in se receperit) opponere se magno virorum torrenti, valeat....; mais je ne crois pas au sens général, donné à δόκιμος, de α quo aliquid expectandum est (le χρήσιμος du Scoliaste); et, dans le sens de adeo probatus, 1 ἃ besoim d’un complément, qu'il faut chercher dans ὑποστάς : le participe aoriste ὑποστάς, accompagné de son datif μεγάλῳ ῥεύμωτι φωτῶν, est un déterminatil de δόκιμος:

Qu n'est personne qui, pour avoir résisté à un torrent (à un grand courant) d'hommes, ait mis sa force | à l'épreuve au point de pouvoir, par des diques assez fortes, repousser l'irrésistible envahissement de toute une mer.» On peut arrêter un torrent, comme aux Thermopyles, à Marathon !, même un grand torrent ; mais une mer qui fait invasion sur tout l’espace à la fois (ἐπὶ πῶσαν χϑόνω, v. 75), c'est impossible.

Cette image d’un déluge submergeant la Grèce répond à la strophe, et surtout à l’antistrophe αἱ ; c’est l’idée de la première partie du Chœur, arrivée à sa plus haute expression. Ce premier Chœur (πάροδος) se divise, en effet, en deux parties bien distinctes. Le chœur, qui constitue, comme nous dirions, un conseil de régence en l'absence de Xerxès, énonce, en faisant son entrée, les motifs qui l’amènent à la Résidence, dans un discours, en séries anapestiques, adressé par le choregos à ses collègues les choreutai, qu'il conduit. « Oui, nous sommes (we), entre les Perses qui sont partis pour la terre de l'Hellas, ceux que l’on appelle les Fidèles, καὶ (idque). . .. C’est un | glorieux ministère, que nous devons à la dignité que nous donne notre âge ; mais (δὲ, v. 8) quelle responsabilité, que d’inquiétudes nous impose cette tâche!

1 On peut voir aux vers 243 : ὥστε Δαρείου... el 468-470 : mingoiv δὲ παῖς ἐμὸς. ..., que cette allusion n'est pas étrangère

aux pensées du chœur,

PREMIER CHŒUR. PARODOS. 41-158. γ

Mon cœur, par une impulsion intérieure (ἔσωθεν, qui, sans être provoquée par aucune nouvelle, ou par auun fait ou circonstance extérieure, est irrésistible), que je ne puis bannir, s’agite de noirs pressentiments sur le retour du roi et de son armée, et redemande à grands cris (βαὔζει, clamat) notre jeune souverain, dont le sceptre pèse d’un poids trop lourd dans mes mains séniles (si lon ne veut pas prendre νέον ἄνδρα pour νέους ἀνόρως, où le supprimer avec Hermaun ‘). Car toute la population valide de l'Asie est partie, et nous sommes sans nouvelles! »... Suit une sorte de dénombrement de cette immense armée, dans la personne de ses principaux chefs. Il se termine par un résumé (60-65), et en même temps par l'expression des appréhensions et de limpatience que cette absence prolongée fait naître dans tous les cœurs: « Toute la terre d'Asie, qui les a nourris, exhale ses cuisants regrets: les parents ( τοκέες d’.... Herm. d’après le Scoliaste) et les épouses, comptant les jours (ἡμερολεγδὸν, adverbe construit avec rvou.), sont saisis d'effroi en voyant (τρομέοντωι, sensu prægnanti) se prolonger cette absence. »

De la situation ainsi exposée dans l'introduction, naissent deux sentiments contraires, qui s'expriment

1 On voit que j'ai conservé le texte traditionnel, en attendant une restauration préférable à celle de Heimsoeth, Die ind. Uebert., p. TA : κεντὸν (dissyll.) à ἄνδρα βαύξειν, ou même à celle de Meineke : ᾧγωκ᾽" ἐνεὸν δ᾽ ἄνδρα βαύξειν.

dans les deux parties de la Parodos. Le premier est un sentiment de confiance, que le chœur s’efforce de puiser dans la contemplation de la puissance et de la valeur irrésistibles de cette armée et de ses chefs, strophe et antistrophe αἰ et β΄. Ces deux strophes me paraissent devoir être mises successivement, chacune avec son antistrophe, dans la bouche d’un demi- Chœur; le sentiment et la pensée de la strophe β' répondent au sentiment de la strophe α΄, par une amplfication qui arrive, comme je l'ai dit, à sa plus haute expression dans l’antistrophe β΄.

Le morceau d'ensemble (ἐπωδοός), v. 94-109 :

δολόμητιν δ᾽ drarav Sov τίς ἀνὴρ ϑγωτὸς ἀλύξει ; τίς ὁ κραιπνῶ ποδὶ πηδη-

donne la transition à la seconde partie du Chœur. Cette partie sera plus étendue que la première : le sentiment qui sy développe est le sentiment qui doit être prédominant. Il s'élève dans l’âme des vieillards des appréhensions inspirées par des considérations d’un autre ordre. Quelle que soit la puissance

d'un mortel, quand il s’aveugle sur la volonté de la Moïra, ses appareils les plus formidables, ses premiers succès mêmes, ne sont qu’un piége où Elle lattire et dont aucune puissance humaine ne saurait le faire sortir. « Certes, voilà des motifs de nous rassurer ; mais (δ᾽, v. 94) quel mortel échappera aux embüûüches d’un dieu? quel est l’homme assez agile pour sauter hors du piége ? »

Le vers 97 est encore à guérir. Je n’aime guère le ἀγώσσων rnuares, qui est maître (κρωτῶν, SCol.) d'un saut heureux; mais aucune combinaison avec la leçon ὠνώσσων n'a abouti: ni l’énallage de Brunck et Blomfield, κρωιπνῷ ποδὶ πηδήμωτος eurerous pour κραιπνοὺ ποδὸς πηδήματι εὐπετεῖ, Ni le genitivus qualitatis, πηδήμωτος dépendant de ποδὶ, ni la cheville πήδημω τόδ᾽ de Emperius, ni le ru ἅλις εὐπετῶς de Hermann, ni le ϑηρήματος (filet) εὐπηγοὺς de Heimsoeth, die Wiederh., p. 366 sqq., ni, enfin, le πηδήmaros εὐπετής de Hartung, bien que son explication du génitif dépendant du sens de ἔμπειρος ou de εὖ εἰδώς, qu'il introduit dans εὐπετής, Soit encore ce que lon ἃ proposé de plus tolérable jusqu'ici.

Φιλόφρων γῶὰρ maparaives (Sie) 98 βροτὸν εἰς ἄρκυας ἄτας. (Hartung) la leçon σαίνουσω παράγει des manuscrits paraissant être une explication de πωρασαίνει, et le τὸ πρῶτον

1 Cf. Soph. Phil., 860. οὐ χερός, οὐ ποδὸς, οὐ τινος ἄρχων" ῷ

re CT

une restriction de l'interprète tirée du contexte : «car par des faveurs elle (ὠπώτω Sec) attire le mortel dans les filets de son aveuglement, »

τὸν ὠλύξαντω φυγεῖν. (Her)

Le rapprochement de βροτὸν et de ϑνατὸν, dans

deux vers subséquents, peut laisser quelque scrupule sur cette organisation de l’épode; mais ce ne sont que les deux éléments du ὠνὴρ ϑνητός (ὧν) du vers 95: Booro reproduit la notion générale de ἀνήρ, et ϑνατὸν (ὄντα) est le mortel dans sa faiblesse, en opposition à la toute-puissance d’un dieu.

STROPHE y 103-107 Θεόϑεν yoo κάτα Μοὶρ᾽ ἐκράτησεν τὸ παλαιόν, ἐπέσκηψε δὲ Πέρσαις πολέμους πυργολαΐκτους

le / ! , 3 { T£ HAOVOUS, πολεὼῶν τ ὠἀνωστώσεις.

ANTISTROPHE y

euaSoy δ᾽ εὐρυπόροιο ϑαλάσσας

2 ] { TOACLIVOUEVAG πνευματι λάβρῳ

/ ! / TT UVOI λεπτοδομοις σεί-

La strophe +, avec son antistrophe, n’est qu’un développement de la sentence énoncée dans l’épode, une application de cétte sentence aux dispensations de la Moïra relativement à la puissance des Perses (strophe), et une application à la témérité (πίσυνοι. . v. 111-119) avec laquelle ces dispensations ont été méconnues (antistrophe). « Car, par la volonté des dieux, c’est une destinée qui a eu force dès les temps anciens, qui ἃ imposé aux Perses la nécessité de n'entreprendre (de ne conduire) que des guerres (qui détruisent les tours) où l’on procède par le siége des forteresses, où la cavalerie s’enivre de carnage dans le tumulte des batailles, et où l’on ravage les villes; » en un mot, des expéditions qui se font par: terre.

« Mais ils ont appris à affronter du regard le spectacle d’une mer immense..., se confiant à la force de minces câbles et à des machines construites pour faire passer tout un peuple. »

STROPHE d’

Dom ὠμύσσεται Φόβῳ,

où περσικοῦ στρωτεύμωτος τοῦδε μὴ πόλις πύϑηται, κέναν-

ANTISTROPHE d'

ὀῶ, TOUT ἔπος γυνωικοπ΄λήϑὴς ὅμιλος ὠπύων, βυσσίνοις δ᾽

« Voilà pourquoi mon âme, enveloppée de sombres pressentiments, est en proie à une frayeur poignante (est déchirée par la crainte que « μὴ »).»

Si l’on place 62 en dehors du mètre et de la pensée, comme le font la plupart des éditions, en l’enfermant entre deux virgules, où chercher le contenu

1 Exclamation écrite de cette manière dans le Mediceus dès le vers 568.

substanciel (objet direct) du verbe πύϑηται 8 ne puis admettre la construction du Scoliaste B, qui cherche un régime à πύϑηται dans κένανδοον (ὃν) μέγ᾽ ἄστυ Σουσίδος : « μή τις ( ἑτέρω) τῶν πασῶν πόλεων πύϑητωι τὸ Σοῦσω ἀνδρῶν ἔρημα γενόμενω; le chœur craint que les villes de l'empire n’apprennent l’une après l’autre que la domination des Perses est désarmée, et qu'il ne s’ensuive un renversement de leur empire : τουτέστι μὴ γένοιτό ποτε ὠφανισϑήναι τὴν τῶν Περσῶν ὠρχήν᾽ εἰ γαρ ἔσται τοῦτο, τὸ Κισσίων πόλισμα εξ ἐναντίου ϑρήνον ἐγείρει (ἐγερεῖ), κ. τ. À. » Cette idée, qui trouvera sa place plus tard, 587 564. τοὶ δ᾽ dvd γᾶν Ασίαν δὴν οὐκ ἔτι περσονομοῦνται. .., est ici prématurée.

Hermann a reproduit cette construction, tout en faisant dépendre περσικοῦ στρατεύματος de κένωνδρον (κενόν) : « ne civitas (cives) audiat urbem Susidis hoc Persarum exercitu orbatam. » Ge sens tout hellénique de πόλις (l'État), et ce rapport de πόλις (nominatif) à ἄστυ (accusatif) sont peu naturels, et ne donnent pas un sens satisfaisant. Cette interprétation ne satisfait qu'imparfaitement au sens de κένανδρον ; car, comme Schütz le fait remarquer, la ville de Suze est déjà présentement (v. 12-13, 60 sqq.), et dès le départ de l’armée, κένωνδρον, qu'il faudrait prendre dans le sens, un peu forcé ici, de dépourvue pour toujours de sa population mâle; et quelle serait enfin

la propriété de l'épithète μέγα ? Si l’on persistait à isoler l’exclamation, soit en laissant 6& extra metrum et sententiam, et en faisant dépendre le génitif περσικοῦ στρατεύματος de φόβῳ (Brunck), soit en construisant ὀῶ περσ. στρωτ., il faudrait, pour trouver un complément à πύϑητωι, supposer une altération très-ancienne, antérieure au Scoliaste, et organisée par les métriciens, à qui l’on devrait peut-être le τοῦδε, où plutôt encore le πόλις, qui cacherait un τι (sensu graviore aliquid, gravius quid), comme semblerait le requérir le μὴ» ou même se serait substitué à πάϑος (v. vers 253).

Mais l'étude comparative de la strophe et de l’antistrophe, dont le parallélisme est remarquable, me ramène au sentiment de Schütz, qui voit dans l’exclamation elle-même 54 περσικοῦ στρατεύμωτος le complément direct du verbe σύϑηται. Je n’ai pas de doutes sur la construction de l’antistrophe : ὠντίδουπον ἔσσετῶι ὀῶ --- ἀντιδουπήσει (ἀντηχήσει, Scol.) ὀῶ, à la condition que ce cri ait reçu une valeur substancielle, ou soit devenu l'expression d’une idée (un ἔπος) dans la strophe par le complément περσ. aroær. Le nominatif γυνωικοπληϑὴς ὅμιλος est une apposition explicative de πόλισμω (il n'existe pas, à proprement parler, de nominatifs absolus), absolument comme κένανδοον μέγ᾽ ἄστυ Σουσίδος est une apposition de

Je ne me dissimule pas les objections que soulève cette interprétation, appliquée à la strophe. Dans la construction φόβῳ. ... μὴ «par la crainte qu’on ne reçoive la nouvelle de la destruction de l’armée perse (heu Persarum exercitum ! audiat civitas, Schütz)», la forme de l’objet, la nouvelle, empruntée au discours direct, soit aux paroles qui sortiront de la bouche d’un messager attendu, a pu paraître trop artificielle; et le τοῦδε, qui, du reste, est une pierre d’achoppement dans toutes les interprétations données de ce passage, intolérable si on le prend dans la bouche du messager attendu, semble avoir toujours quelque chose de parasite dans son rapport avec στρατεύματος, déjà déterminé par l'adjectif περσικοῦ.

Ces objections ne me paraissent pas insurmontables. Schütz corrige τοῦδε en τοῦτο, qu'il considère comme reproduisant l’exclamation 62, de la même manière que τοῦτ᾽ ἔπος dans l’antistrophe; mais cette tournure, qui se justifie dans l’antistrophe, où l’exclamation est accompagnée de son prédicat, a, dans la strophe, un caractère si artificiel qu’elle risquerait de faire sombrer toute l'interprétation. La difficulté me paraît singulièrement atténuée si l’on prend στρώ- Teumaros dans le sens, non de exercitus avec tous les interprètes, mais dans celui de expeditiomis', et

1 Comme au vers 759 : τήνδε κέλευθον καὶ στοοίτευμο, où l’article exprime d’ailleurs la même idée de blâme que notre τοῦδε.

τοῦδε, non dans le sens de {am magni (nous sommes d’ailleurs trop éloignés du dénombrement de cette armée), mais dans celui de infelicis, insanæ : le τοῦδε reproduit la notion développée dans la strophe et antistrophe γ᾽ : περσικὸν στρώτευμω τόδε signifie donc une expédition conduite contre toutes les traditions de la stratégie perse. Quant à la forme exclamative de l'objet 6% περσικοῦ στρατεύματος τοῦδε, qui sépare Φόβω de μὴ, n'est-elle pas suffisamment justifiée par le mouvement pathétique du morceau, et par le fait même qu’elle est empruntée au discours direct! ? Cette construction est une grande hardiesse entre les hardiesses de la syntaxe lyrique; mais elle n’est certes pas indigne du πνεῦμα ποιητικόν d'Eschyle. C’est dans cette strophe que le sentiment d'inquiétude et de crainte, qui fait l’objet de la seconde partie du Chœur, arrive à son paroxysme. Le chœur se livre entièrement à ses sombres appréhensions, et déjà son ima-

L'Il est vrai que τοῦδε est pris dans la conscience du chœur, plutôt qu’il ne sortira de la bouche d’un messager ; mais la posilion de ce complément περσικοῦ στρατεύματος entre ôx , 4m Οὐ de ox prononcé sur cette malheureuse expédition et σύϑηται (sensu prægnanti, οἰκούσῃ, « πύϑηται καὶ οἰκούση, » Schol. A.) n'entende retentir comme nouvelle, pour toute nouvelle, justifie pleinement l'emploi de ce pronom. Cette construetion nous présente, en quelque sorte, un intermédiaire entre un eri sorti spontanément du cœur des vieillards, et les exelamations

par lesquelles le messager résumera, à son entrée sur la scène, v. 248 sqq., la nouvelle qu'il apporte.

dE

gination les voit réalisées et lui trace le tableau de la désolation universelle et des démonstrations excessives de la douleur (#uliebris doloris) que va présenter la Perse, quand la nouvelle attendue éclatera en un eri de désespoir au milieu de Suze, dont l'immense enceinte ne renferme plus qu’un peuple de femmes (κένωνδοον), et que ce cri se répétera de ville en ville dans toute l'étendue de l'empire. « Nous sommes sans nouvelles de notre armée; mais je crains bien que ce ne soit en un cri de douleur et de désespoir sur cette malheureuse expédition que n'éclate la nouvelle attendue ; et déjà je me représente l'immense tableau de désolation et les démonstrations énormes de la douleur que présentera cette cité qui n’est plus peuplée que de femmes. »

Πόλις est la ville de Suze, considérée comme capitale de l'empire, comme siége du gouvernement, et, à ce titre, comme la ville où doit éclater la première nouvelle : l’apposition ὥστυ présente cette même ville comme théâtre de la scène tragique qui s'ouvrira à l'arrivée de l'Angelos. L'expression γυναωικοπληϑὴς ὅμιλος, dans l’antistrophe, est évidemment une reproduction du κένανδρον ἄστυ de la strophe ; ce sont deux formes de la même idée, et cette répétition se justifie par cela même que cette idée est l’idée principale, comme le prouve la strophe finale, στρ. et ὠντιστ. €’,

qui, placée sous la conjonction γάρ, n’en est qu’un développement.

Le passage du sub}. aor. au futur de Pindicatif ἔσσεται, S'explique suffisamment parce qu'il s’agit d’un fait qui aura certainement lieu, comme une conséquence inévitable, si la première crainte se réalise.

Je constate, sans attacher à cette observation plus d'importance qu’elle n’en mérite, que l’exclamation 6& (περσικὸν ϑοήνημω, Scol. A), qui ne nous est connue que par les Perses d’'Eschyle, est, dans tous les autres passages où elle se trouve, v. 568, 579, 580, 584, un cri de deuil, une exclamation sur un malheur consommé.

Enfin, je ne pense pas que l’antispaste ὀᾷ περσι, qui donne au vers 110 la forme pathétique d’une dochmie suivie d’une dipodie iambique

gâte rien à la strophe.

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