‹ Études critiques et exégétiques sur les Perses d'EschyleChapitre 8 sur 21 · ATOZZA · texte numérisé non relu

ATOZZA

-Ὁ- ΠῚ ς / ταῦτω δὴ λιποῦσ᾽ ἱκάνω χρυσεοστόλμους δόμους καὶ τὸ Δαρείου TE κὠμὸν κοινὸν εὐνωστήριον.

καί με καρδίων οἰμύσσει φροντίς" ἐς δ᾽ ὑμάς ἐὼώ 100 μῦϑεν, οὐδαμῶς ἐμαυτῆς οὖσ᾽ ddéiuavros Φίλοι, \ ’ rm / LI , ΄ Ν μὴ μέγας πλοῦτος κονίσας οὐδως civroéÿn ποδὶ ὄλβον, ὃν Δωρεῖος ἤρεν οὐκ ἄνευ ϑεῶν τινὸς.

-“ -“ / CRE 2 ᾽ \ ταῦτώ μοι διπλῆ μέριμν ἀφραστός ἐστιν ἐν φρεσὶ, 1 2 ἊΝ 2 “» / μήτε χρημώτων ἀνάνδοων πλήϑος ἐν τιμῇ σέβειν, 10 12; NA) 7ὔ ! mn “ἶ / / μήτ᾽ ὠχρημάτοισι λώμπειν Φῶς ὅσον σϑένος πάρα. » »“" (4 4} ὁ νᾶ ᾽ \ OC [nd ἔστι ya πλοῦτος γ᾽ dueuDne, ὠμφὶ δ᾽ ὀφϑωλμοὶς Φόβος"

4 \ de ζ A) / , Op γὙῶρ ὁομῶν νομίζω δεσπότου πωρουσίιῶν.

Les interprétations et les paraphrases proposées sur ce discours d’Atossa ne me paraissent pas en

avoir levé toutes les difficultés, et avoir reproduit, dans leur unité, la pensée et le sentiment de la reine. La plupart des commentateurs font dire à Atossa, dans les vers 162-163, «je crains que notre grande richesse, prenant tout à coup le vol (κονίσως οὗδας, celeriter aufugiens), ne renverse en fuyant l'édifice de prospérités (ὄλβον, la haute position que notre famille occupe, la paisible possession des honneurs suprêmes) que Darius a élevé non sans l'assistance de quelqu'un des dieux. Les images employées dans la phrase grecque supposeraient un renversement subit et violent de cette fortune, en sorte que nous serions entraînés à entendre, dans la seconde partie de ce discours commençant par la transition ταῦτα, où la reine formule ses appréhensions, les deux vers 165-6 μῆτε.... μήτ᾽ dans ce sens, le premier, qu’une richesse, si grande soit-elle, qui n’est pas soutenue ou défendue par une armée, ne commande plus le respect des peuples, et peut, par conséquent, devenir la proie du premier audacieux qui voudra La saisir (x. 752-3, δέδοικα, μὴ πολὺς πλούτου πόνος οὑμὸς εἰνθρωποις γένηται τοῦ φϑάσαντος οἱρπωγή), et le second, qu'une fois dépourvus de richesses, des souverains ne Jouissent plus d'un prestige proportionné à la puissance dont ils sont revêtus, οὐ verront bientôt s'écrouler leur trône (ὄλβον). Mais qui ne voit que cette interprétation déborde le texte, de toute la partie rendue

en caractères italiques? D'ailleurs on voit par le vers 167 :

ἔστι Vap πλοῦτός γ᾽ ὠμεμφὴς, ὠμφὶ δ᾽ ὀφϑαλμοῖς Φόβος

que ce n’est pas dans l’appréhension de perdre instantanément ses richesses que se concentrent les craintes d’Atossa.

Schütz traduit les deux vers 162-3 : « metuo, amici, ne magna 1118 opulentia nostra, celeriter festinans , pede proruat felicitatem ; » puis 1] ajoute : « opulentia autem festinans dicitur pro celeriter crescente. » Cette addition prouve l'embarras où 1] s’est trouvé, et ne se prête à aucune orgamisation du contexte. Cet embarras se trahit plus bas, quand, abordant l'interprétation des vers suivants: ταῦτα μοι διπλὴ péau .... sqq. il s’exprime en ces termes : « Horum verborum sensus quidem facilis et planus (?), at structura impeditior est. » J’avoue que je ne comprends pas mieux le némiæ opes de Hermann, ni l’'enchaînement des idées qu'il propose dans sa paraphrase : « metuo, inquit, ne nimiæ opes rapido pede proruant felicitatem non sine dus a Dario partam. Unde gemina mihi certa est sententia, neque opum sine viris magnitudinem multi facere, neque carenti opibus affulgere tantum lucis quantum ei roboris est

(h. e. non æque eum felicem esse ut potens est). » {

UT

Cest de l'interprétation des vers 109- que doit sortir la synthèse de ce discours: κονίσαι oùdæs ne signifie pas prendre le vol pour s'enfuir, comme l’entendent tous les interprètes, mais s'élancer avec les ailes de l'ambition pour saisir une proie, pour faire une nouvelle conquête : la personnification de la richesse, indiquée par le datif ποδὶ, est ici mise pour le détenteur, le propriétaire actuel de ces immenses ressources matérielles conquises par Darius. Atossa aurait désiré, comme femme et comme mère, que son fils Xerxès, laissant reposer sur la base où Darius l'avait établi, l'édifice de la félicité de sa famille, se fût contenté de jouir paisiblement des biens (πλοῦτος) et du rang suprême (6λ(βος) qui lui avaient été transmis. Elle interprète elle-même sa pensée, lorsqu’aux vers 754-9 elle exprime, en présence de Darius, son indignation à l'endroit des conseillers pervers qui ont excité cette folle ambition dans l’âme de son fils :

/ 4; ξ A / ; ε \ \ 1 / Srovoios Ξέρξης᾽ λέγουσι δ᾽, ὡς συ μὲν μέγαν τέκνοις

“ , ΄ "à > “ \ Re à 4 € πλοῦτον ἐκτήσω ξυν αἰχμῇ, τὸν δ᾽ ἀνανδρίας ὕπο ᾽ ᾽ {5 7 8 ΩΝ » ἡὰ » / ἐνδὸν αἰχμάζειν, πατρῶον δ᾽ ὄλβον οὐδὲν αὐξάνειν.

ΩΣ ϑῳ , \ = » , ͵ / “ rois ἐξ ὠνδοῶν ὀνείδη πολλάκις κλύων κακῶν

Ces vers sont, en effet, une véritable interprétation de notre passage: ils présentent le même rapport

entre πλοῦτος et ὄλβος, et le dernier vers est la périphrase du xoireæ οὔδας du v. 162. C’est encore la même pensée que Darius exprime dans les conseils qu'il donne aux Perses, afin qu’un pareil désastre ne se renouvelle pas à l'avenir, v. 826-8 :

᾿μέμνησϑ᾽ ᾿Αϑηνῶν EAAGDOS τε, μηδὲ τις ὑπερφρονήσας τὸν παρόντω δωίμονω

Ces vers donnent, à peu près sous la même image, absolument la même idée que les deux vers que nous interprétons.

Le vers intermédiaire : ταῦτά μοι διπλῆ μέοιμν ἀφραστὸς ἐστιν ἐν Φρεσίν, présente des difficultés. Porson, dans sa préface ἃ l’Hécube d'Euripide, p. XLvIn, ἃ déjà signalé l'absence de césure après la deuxième dipodie, laquelle est de règle dans le tétram. troch. catal. Dindorf cite, en Justification de notre vers, le vers 1402 (1388, édit. Erfurt-Herm.) :

Mais cet exemple unique, dans un vers où le rhythme est d’ailleurs interrompu par un changement de personnage, n'est peut-être pas suffisant pour justifier une exception sans exemple dans Eschyle. Quoi qu'il en soit, c’est moins le défaut métrique que le sens

même de ἀῴραστος qui ἃ rendu la leçon suspecte. Comment Atossa peut-elle donner à son inquiétude l'épithète de ὠφραστος, indicible, demande Hartung, quand elle l'énonce clairement et la définit dans les deux vers suivants? Schütz traduit μέριμν᾽ ἄφραστος par infanda cura «sicut infandum dolorem dixit Virgilius pro #mmenso.» Ce sens n’est pas intolérable, en soi; mais je conserve des doutes sur la parfaite convenance de cette épithète dans le contexte. Je laisse à Hartung (q. v.) la responsabilité de sa leçon διπλῆς μερίμνης Doarus, tirée d’une glose d’Hesychius au mot φραστύς, et qu'il croit relative à notre passage. Hermann lit : δυπλῆ μέριμνα Φραστός ἐστιν ἐν Φρεσίν. Soit! moyennant qu’on puisse donner ἃ Φραστός un autre sens que son certa dans sa traduction gemina mihi certa est sententit. Διπλῆ μέριμνω ne peut se traduire par gemina sententia qu'autant que lesprit est partagé et incertain entre deux pensées diverses et exclusives l’une de l’autre, ou que ces pensées sont l’une et l’autre l’objet d’une inquiétude : aussi la périphrase latine dans laquelle 1] est entraîné par le certa sententia (vide supra) « neque.. multi facere (le sujet de cet infinitif pris dans mihi), neque affulgere. . . » ne peut-elle se soutenir,

Je ne cite que pour mémoire la conjecture de Reïsig et de Wellauer « mlouves Φρακτὸς ἐν Φρεσίν, CUrA in pectore inclusa et infixa. » Heureux celui qui trou-

vera le mot propre! En attendant je m’accommode de φΦραστός, et je vais en tenter l'interprétation, en demandant au contexte le sens qui est ici requis. Atossa ἃ compris par son songe, d’une manière générale, qu’elle est menacée dans la haute position qu’elle occupe. Dans cette appréhension générale et encore indéterminée ταῦτα, deux facteurs lui semblent indispensables pour la conservation de la félicité que sa maison doit au roi Darius, la conservation du souverain et la conservation des richesses. Cettecrainte générale se formule àäonc dans son esprit (φρωστός ἐστιν ἐν Φρεσίν, est susceptible de s’exprimer en deux alternatives, en deux appréhensions ?, comprises dans les deux considérations suivantes: la première, que les peuples n'ont pas de vénération, σέβειν (τινα) ὃ, pour une grande fortune quand elle

1 Explicable comme dans la locution καὶ ταῦτα, comme quod dans ce passage d'Horace, Epist. I, 7, 94 :

Quod te per Genium dextramque deosque Penates Obsecro et obtestor, vitæ me redde priori.

Ibique Orelli « der: » dans cet état des choses.

? Ou plutôt : une double appréhension occupe péniblement mon esprit. Sur le sens de qui est l'objet d'une appréhension dans l'esprit, bedenklich, qui donne à penser, dont le mot Φραστός 681, peut-être susceptible, il n’est pas hors de propos de rendre attenuif au sens de φράζεσθαι, s'inquiéter de quelque chose, se le tenir pour dit, appréhender [ainsi Qex&to—=cave), secum reputare. Choeph., 104, 586. Suppl., 420, 421, prévoir, pressentir : χειμῶνος Φράξεσθαι. Arat. 744. (V. Passow.)

3 Heims., die ind. Uebert., p. A1, corrige σέβειν par μένειν,

n'est pas représentée par un maître, la seconde, que sans richesses les souverains n’ont pas un prestige proportionné à la grandeur de leur puissance. Or (mineure d’un syllogisme) de ces deux alternatives, la perte du souverain et la perte des richesses, la seconde ne lui est pas applicable; c’est donc sur la première que se fixent définitivement ses appréhensions. On voit que ces paroles d’Atossa ne sont qu’un raisonnement par lequel elle cherche l'interprétation de son songe.

Je traduis ὠνώνδοων sine viro et non sine viris, sine exercitu. J'aurais d’ailleurs des doutes sur la parfaite propriété de l’épithète, si l’on entendait χρήματα ayaydoa dans le sens de χοήματω ἄνευ εἰγδοῶν. La privation d’un maître constitue un état des richesses et peut s’exprimer par une épithète, mais il n’en est pas de même des richesses que l’on possède seules et sans avoir une armée pour les défendre. On peut se représenter, si l’on veut, le souverain à la tête de son armée, mais 11] faudra toujours passer par le sens personnel de cette épithète. D'ailleurs, quand la reine fait, au vers 167, ἔστι yao...., l'application de la double sentence μήτε... μήτ᾽... à sa situation personnelle, il est évident que le mot ὀφϑαλμοῖς exprime la même idée, et sous la même image, que devait exprimer l’épithète ὠνώνδρων au vers 165. Quant au mot ὀφιϑωλμοῖὶς, je suis bien décidé à le prendre au

sens figuré’ (quand je devrais le corriger en ὀφ- JaAu®, Ce que je ne crois pas indispensable), comme le prouve sa reprise par ὄμμα dans le vers suivant. Le yo du vers 167 s'explique par une sorte de réticence semblable à celle du γάρ qui introduit une idée analogue, par laquelle Atossa termine le récit de son songe, vers 210-9135, et que Hermann a parfaitement interprété : εὖ yo ἴστε... . κοιρωνεῖ Oovéc.

« La seconde alternative ne nous est pas applicable, car notre richesse ne laisse rien à désirer, mais je crains pour les yeux de ce corps (pour ce qui en fait le lustre et la sécurité), car l'œil d'une maison c'est, à mon sens, la présence du maître. » Dans le sentiment d’Atossa, si Xerxès est sauvé, la maison royale conservera les deux facteurs indispensables de sa prospérité.

Les quatre premiers vers s’harmonisent parfaitement avec ce contexte : « Telles sont aussi les appréhensions qui me font sortir de ma riche demeure, et quitter l'appartement nuptial que j αἱ partagé avec Darius. Moi aussi une inquiétude me serre Le cœur, et je vous en ferai la confidence, n'étant nullement sans crainte sur moi-même, sur mon propre sort.» Je ne pense pas que personne reproduise l'étrange interprétation que Schütz donne de ce génitif ἐμαυτῆς

1 V, les commentateurs, entre autres Blomfield.

CL. dr ἐμαυτῆς: etiamsi illud somnium non accessisset, se tamen suopte ingenio satis timidam esse ostendit. » La sollicitude du chœur s'était portée sur Xerxès (v. 156-7); celle d’Atossa se porte aussi sur elle-même.

οὔ σε βουλόμεσϑι, μῆτερ, oùr ἄγαν Φοβεῖν λόγοις

ra δ᾽ ὠγώϑ᾽ ἐκτελῆ γενέσϑαι σοί τε καὶ τέκνοις σέϑεν

ἐσϑλώ σοι πέμπειν τέκνῳ τε γῆς ἔνερϑεν ἐς Das,

τἄμπαλιν δὲ τῶνδε γαίω κάτοχα pavoour das σκότῳ.

εὖ δὲ πανταχῇ τελεῖν cos τῶνδε κοίνομεν πέρι. ATOZZA

\ \ / ᾽ - LE CE Si: !

παιδὶ HI δόμοις ἐμοισι την εκυρωώσωας Dar.

EX

Au vers 216, le passage du singulier τι au pluriel τῶνδ᾽ est une de ces ressources qui tiennent au caractère esthétique de la syntaxe grecque. Les traits menaçants du songe d’Atossa étaient trop manifestes pour que le Chœur, malgré sa bonne volonté, pût les dissimuler ; mais le singulier est un moyen de ménager la sensibilité de la reine, en atténuant l’expression dans le tour εἴ τε qui permet à l'imagination de se détourner de la vue de maux certains: dans la phrase suivante, où 1l s’agit de détourner ces funestes présages, il importait de laisser à l'intervention des dieux toute son efficacité, et toute l'étendue dans laquelle elle devait s'exercer.

Hermann ἃ reproduit, dans ce vers, la variante λαβεῖν. Je reprends, avec la plupart des éditeurs, la leçon du Mediceus, τελεῖν : les mauvais présages, pour être détournés, exigent l'intervention directe, l’action efficace des dieux, tandis que, pour ce qu'ils annoncent d’heureux, 1l suffit qu'ils les laissent s’accomplir, ἐκτελή γενέσθαι.

Au vers 917, Heimsoeth, die ind. Ueberl., p. 7, a rendu vraisemblable sa correction de τέκνοις en τέκνῳ, qu'il a d'ailleurs trouvé dans un manuscrit de Vienne, avec l'interprétation τῷ Ξέρξῃ. Cependant ce pluriel τέκνοις peut très-bien, au milieu de ces quatre terminatifs, qui expriment toutes les classes qui sont intéressées à la prospérité de l'empire, représenter /@

famille. Nous avons, dans la pièce, au moins une mention des autres fils de Darius, au vers 718 : τίς δ' ἐμῶν ἐκεῖσε παίδων ἐστρωτηλάτει; Φρώσον. Aux vers 221 et 226, le texte semble requérir une désignation plus personnelle.

Au commencement du vers, Hermann, pour éviter la solution en trois brèves du premier trochée, hit rdyaS ἐκτ. γεν.» i. 6. quo libi bona eventum habeant ; mais le contexte requiert la présence de δέ, Heimsoeth, 1. c., lit xedvæ δ᾽, en observant que cette expression ne se rapporte plus spécialement à ce qu'Atossa ἃ vu dans son songe, mais qu’elle ἃ un caractère plus général. Mais je crois qu'il se méprend, et que l’article est ici indispensable. Que signifie, en effet, le τώδε du vers 219? Je ne pense pas que le contenu de ce τώδε doive être pris dans le ἐσθλά σοι πέμπειν du vers 221 considéré comme une espèce d’apposition de r4de, ni qu'il soit une désignation vague des vœux de la reine et du chœur. Je pense que rade est une reprise de l’idée τοὶ δ᾽ ὠγώϑ᾽. S'il y avait quelque chose d’heureux dans l’augure donné à Atossa, 1] était confondu dans des traits qu'il était impossible d'interpréter autrement que d’une manière menaçante. Ge que le chœur demande de Darius, c’est d'opérer, par l'envoi d’un nouveau songe, la distinction entre les deux éléments de Faugure ; de communiquer, sous une forme favorable, ἐσθλά,

CS ϑ νῷ

ce qu'il contenait d’heureux, et de retenir dans les ténèbres de la terre, rapraæ)w ν. 229, ce qu'il annonçait de menaçant. Je prends donc ἐσιϑλώ, non dans le sens d’un substantif, mais comme adjectif que Je construis prædicativè avec πέμπειν. Si les dieux mànes n'ont pas d'action providentielle à exercer sur les événements qui se passent sur la terre, ils peuvent envoyer des présages heureux, comme, d'autre part, les présages ont une sorte d'action sur les événements qu'ils annoncent pour les accomplir. L'action directement providentielle est attribuée aux dieux d’en haut, ϑεούς, v. 215-918.

Quant à l’adverbe πρευμενῶς du v. 219, la construction ne permet pas de le rapporter, avec Hermann, à πέμπειν. La forme adjective πρευμενή (acc. masc. prædicativè) rendrait la construction moins imdigeste, sans être pleinement satisfaisante, surtout dans linterprétation que j'ai donnée de ἐσθλά. L'adverbe ne peut se construire qu'avec αἰτοῦ, et dans un sens que comporte la répétition de ce mot au vers 223: «adresse avec des témoignages d'affection cette prière à ton époux.» Dans le second passage, il est évident que l'idée en est reprise par le εὐγους γ᾽ du vers 295. « Dans tous les cas, c’est avec bienveillance que, le premier interprétant ce songe, tu en as fixé le sens pour mon fils et pour ma maison. » Κυροῦν; lun facere ; τήνδε Darw, cette interprétation ; « tu en as

sanctionné le sens par une interprétation bienveillante. »

XOrPGe

OTOTOTOI, Φίλων αἰντιστ. β'.

LA / ! »" ολίδονα coudre πολυβαφή ΄ ! / κατϑανόντω λέγεις Φέρεσϑαι

Les Scoliastes s’'évertuent à expliquer le vers 279, en définissant διπλώκεσσι, l'un, « ταῖς δύο πλαξὶ τῆς θαλάσσης τε καὶ γῆς,» οἱ πλαγκτοῖς, S'il faut s’en rapporter à la pénétration et ἃ l’érudition de Hermann, par une réminiscence du vers d'Euripide, Hee. V. 29, πολλοῖς διαύλοις κυμώτων Φορουμένας. € ὡς ἂν εἰποί τις διαύλοις. τὰ Yep κύματα ἐκχεῖται καὶ ὑποverre », l'autre, « διπλαὶς durais Σαλαμῖνος καὶ τῆς γῆς. le rivage de Salamine et celui du continent ». Dans un cas comme dans l’autre, la substantification de la forme adjective διπιλαίκεσσι, pour signifier due πλάώκεσσι, ne s'expliquerait qu'autant qu’elle serait légitimée par Pépithète elle-même, αὖ effectu. (Comp. v.491, πρῶνα κοινὸν, effet de l’épithète ὠμφίζευκτον : Cidessus, p. 19 x f.) I faudrait prendre πλαγκτοῖς, dans le premier cas, au sens simultanément actif et passif,

actif par rapport à la surface de la mer, et passif par rapport au rivage de Salamine; dans le second cas, au sens passif : 1) πλάκεσσι (errabundo, τῷ πλάζεσ- Sa) διπλώκεσσι fuctis : Tu veux dire que les corps de nos amis, agités par les flots, après avoir péri submergés (joignez, avec Pauw, πολυβαφή narIaveyræ, ayant fini par périr à force d’être plongés), sont portés, ballottés, dans le premier cas, de la mer à la grève et de la grève à la mer, dans le second cas, d'un rivage à l'autre, tantôt sur une plage, tantôt sur une autre, dans un flux et un reflux continuel. Ce dernier sens serait le plus vraisemblable; car 1l est évident que le chœur répond au dernier trimètre de l’angelos, v. 268,

On pourrait encore citer le vers 416 : ὠκταὶ δὲ νεκρῶν χοιράδες τ᾿ ἐπλήϑυον. L'horreur de la situation, sur laquelle le chœur se lamente, consisterait essentellement en ce que ces malheureux ne trouvent pas même un lieu de repos stable après la mort. Mais cette interprétation manque de naturel et de simplicité.

Hermann s'applique à justifier la traduction : 10) errabundis diploidibus. « Nidetur Aeschylus πλαγκτοὺς δίπλωκας amplas Persarum vestes dicere, quæ in mari nantibus mortuis late expansæ huc illuc fere-

bantur. » Cette image est étrange, et d’un pittoresque dont l'interprétation (λέγεις) des vers 267-8 n’a que faire.

Stanley traduit: super errabundas tabulas, et Schütz : in errabundis navibus, scil. fractis et submersis; mais ni l’un ni l’autre ne justifient leur interprétation. Entendent-ils διπλάκεσσι, planche sur planche, formant une espèce de radeau ? ou double surface d’une planche, d’un débris de navire, faisant surface sur la surface de la mer, l’une et l’autre mobiles, πλωγκτοῖς, ballottées par les vents ?

Toutes ces tentatives impuissantes nous amènent à la nécessité d’une correction du texte. Hartung corrige: πλάγκτ' ἐν σπιλάδεσσιν, sur les récifs, avec une correction métrique correspondante dans la strophe. Avant lui, Halm (dans un programme d’un Gymnase de Munich de 1835?) avait. proposé la con- Jecture: πλαγκτοῖς ὠμφὶ πλάκεσσι, inter disjecta navium tigna. Je propose, à mon tour, avec quelque confiance :

TAayurois ἐν πλαωκίδεσσι.

Le mot πλακίς n'est connu que par une glose d'Hesychius: « κλινίδιον κατεσκευασμένον ἐξ ἀνθῶν, τῇ ἑορτῇ τῶν Παναϑηναίων. » Mais la glose elle-même, relative à un sens tout spécial de πλωκίς, suppose un sens plus commun et plus général de ce mot. La forme diminutive de πλακίδες me paraît s'appliquer

parfaitement au sens de planches, bancs de rameurs, débris de navires fracassés (ἐρείπιω, v. 490. Comp. v. 405, surtout 415 ναυαγίων.... et 420 ὠγαῖσι...).

Ce sens s’harmonise du reste très-bien avec le contexte. Le Chœur ἃ compris par les dernières paroles de l’angelos (v. 267-8 cités ci-dessus), que la destruction de l’armée perse a eu lieu dans une bataille navale. Le mot λέγεις, ἔν veux dire, tu entends, suppose que l’ant. (β΄ est une interprétation pathétique des deux vers précédents : ainsi donc nous devons nous représenter les corps de nos malheureux amis...

Dans les deux vers suivants 273-4 :

AIT. οὐδὲν ya ἤρκει τόξω, πᾶς δ᾽ ὠπώλλυτο

l’'angelos confirme et explique les idées de la str. et de l’ant. β΄ : οὐδὲν ἤρκει τόξω correspond à μώταν τὰ πολέω βέλεα... οἱ δωμασϑεὶς ναΐοισιν ἐμβολαῖς confirme l’idée exprimée dans l’antistrophe. Comp. V. ἀθά- ἥρξε δ᾽ ἐμβολῆς...., 410-410 αὐτοὶ δ᾽ ὑφ᾽ αὑτῶν. .., 419-499 τοὶ δ᾽ ὥστε ϑύγνους...

J'ai suivi le texte traditionnel, quoique le second vers de cette antistr. ne corresponde pas parfaitement au vers correspondant de la strophe, ayant une brève de trop. Dindorf, 5° édit., lit πολύδονω cœuaS ἁλιβαφη, et, dans la strophe, τοὺ πολλὰ βέλεα raumy. Heimsoeth, qui lisait dans la strophe, die Wiederherst., p. 56, τὼ monta βέλεω παμμιγῆ;

conserve, dans l’antistrophe, le παμβαφῆ que j'ai interprété ci-dessus, et lit : éAidove μέλεω παμβαφή. Die ind. Uebert., p. 33.

Je m'incline devant la sagacité de Hermann, qui construit la strophe + ainsi qu'il suit :

” >» © Ὁ“ / εϑεσαν, œiai, στρώτου φϑαρέντος. ‘

quoique je regrette l’accusatif neutre πάντα, qu'il ἃ transformé en πάντω pour identifier l’antispaste du vers de sa strophe avec celui qui lui correspond dans son antistrophe, et le datif Πέοσαις qui rend plus naturel le δαίοις, miseris (nobis ou Persis) dans l’antistrophe. D'autre part, l'introduction de 9e comme sujet de ἔϑεσαν est très-commode; car πάντα ἔϑεσαν, avec Πέρσαι pour sujet, rendu par omnia pessime

1 Sur les tentatives de restauration de Heimsoeth, v. ipsum, die Wiederh., 371-6. Teuffel me communique la leçon de L. Schiller (Erlanger Progr., 1850) pour le 89 vers :

qu'il modifie légèrement en :

PREMIER ÉPISODE. VERS 154-596. Ai

gesserunt, pour ἐπρώξων, est inadmissible ; le chœur ne songe pas ici à critiquer les dispositions prises par les Perses pour livrer cette bataille. Seulement, je m'étonne que le grand Critique n'ait pas été choqué de ce génitif absolu στρωτοῦ φϑαρέντος, et, sans considérer sa restauration comme définitive, je me borne à effacer la virgule que toutes les éditions placent après l’interjection æiær, et je lis :

Je lis les deux vers intermédiaires, 279-80, avec Hermann :

ΑΓΓΕΛΟΣ ὥ πλεῖστον y oc ὄνομω Σωλωμῖνος κλύειν᾽

prenant ὡς, non comme une exclamation, mais dans le sens de num. Στένω μεμνημένος répond à ἔχϑος κλύειν: ὁ Salamine, nom odieux à entendre ! maudite Athènes, je ne puis prononcer lon nom sans gémir. Ton nom ne peut se présenter à ma mémoire sans me faire gémir.

Dans l’antistrophe γί:

cruyvai y ᾿Αϑήνωι δαΐοις *

"ns 7, / μεμνησϑαί τοι πῶώρα..ι

À Sur cette virgule, que j'ajoute, voyez ma paraphrase. ῦ

Je lis στυγνωί γ᾽ avec le Med., Brunck, Schütz, ΒΙ., Herm., car 11 est évident que le Chœur répond à la pensée de langelos, plutôt qu'il ne continue l'idée de la strophe + : «oui, odieuse est Athènes aux malheureux (Perses), et nous avons des raisons toujours présentes (πώρω) de nous souvenir de ce nom odieux ( μεμνησϑαι répond au μεμνημένος de l’angelos, ce qui facilite la sous-entente du régime de linfinitif), car.... Je m’arrête pour demander aux commentateurs ce que signifie μάταν. Le sens de immerilo, sine causa (Abresch) est absurde : celui de frustra, nullo effectu (Schütz), sans que tant de sang répandu nous ait valu une conquête, est d'autant plus inadmissible que le sujet de ἔκτισαν est Athènes, et que ce sens ne se comprendrait que si la phrase était tournée au passif. Je ne trouve guère plus satisfaisant le sens donné par Donner, «voll blinder Wuth, » d’après le Dictionnaire de Passow : « b).thærichter, eitler Weise, emere : μώτην νοσεῖν, am Wahnsinn kranken.» Sauf meilleur avis, j'incline à prendre εὖνις dans le sens de ἐυνέτις, épouse (Soph. Trachin. 563. Eurip. 1ph. A. 397, 807. Or.999. L'Etym. Mag. mentionne même ὁ εὖνις, l'époux, v. Passow), et non dans celui de orbus, «nempe liberis parentibusve » (Schütz), que lui donnent tous les interprètes (μεμο-

νωμένος, Etym. M.), et à construire μάταν εὐνιδας, frustra conjuges. Finalement, pourquoi pas? Dans lhomérique ἡγήτορες ἠδὲ μέδοντες, la conjonction ἠδὲ n'unit-elle pas deux synonymes? D'ailleurs les deux notions ne sont pas identiques; la première, waray εὐγιδως, qui ὦ en vain formé les nœuds de l'hyménée, qui avait en vain trouvé un époux, exprime la rupture des liens du mariage; la seconde, ἀνάνδρους, l'état de fait du veuvage. Schütz, dans l'intérêt d’une autre interprétation du mot eus, constate, par la citation de plusieurs passages, ce sens spécial de ἄνανδοος: € éyaydbos notat in universum wulierem sine viro, sive matrimonio fuerit juncta, sive non.» Je n’ai pas besoin d’ajouter, en terminant, que je m’accommode très-bien de la conjecture de Bœckh (mentionnée par Herm.) intervertissant les deux premiers mots du dernier vers.

Vers 324 τοιῶνδε γ᾽ ὠρχῶν νῦν ὑπεμνήσιϑην πέρι.

La plupart des instruments critiques, M. Par. A. BF. K. L. P. Guelf. Vitemb. Lips. Cantab. 1. 2. Ox. Mosc. portent τοιῶνδ᾽ ὠρχόντων νῦν, sans l’iambe de rigueur dans la première dipodie. Brunck, suivi

EN EP TC mm

par Schütz, sacrifiant le νῦν, et sans souci de la césure, lit: τοιῶνδέ γ᾽ ἀρχόντων ὑπεμ. Hermann, considérant ὠρχόντων comine le produit d’une interprétation, confirme la conjecture de Canter, τοιῶνδέ γ᾽ ἀρχῶν, tout en avouant que ce mot homérique ne se trouve pas ailleurs dans les Tragiques. Heimsoeth, die ind. Ueberl., p. 34, propose τοσόνδ᾽ ἐπαρχόντων. Mais le rapport de ce vers avec le suivant :

πολλῶν παρόντων δ᾽ GAY ἀπαγγέλλω κακώ est plus favorable à l’idée d’un neutre pour τοιῶνδε qu'à celle d’un masculin, et, quoique quelques-uns des chefs aient été mentionnés avec éloge, l'idée capitale du morceau est moins de signaler leur valeur que de décrire la manière dont ils ont péri. Est-ce peut-être ce sentiment qui a dicté à Dindorf (5e édit.) sa leçon : τοιῶνδε τῶνδε ? Quoi qu'il en soit, cette leçon est trop éloignée de celles des manuscrits, et je reviens à la conjecture de Turnèbe :

C’est celle qui fait le moins de violence au texte de la tradition, puisqu'elle ne consiste que dans la suppression d’une lettre (x) dont lintrusion dans le texte primitif en avait faussé la mesure. C'est aussi, ce me semble, la plus favorable au sens du contexte : τοιῶνδ᾽ ἄρ᾽ ὄντων... .ΞΞ-Ξ- τοιάδ᾽ ap ἐστιν ὧν ὑπεμνήσϑην πέρι. « telles sont (avec le ἄρω pathétique) les ἐγ δέος βοὺnes dont le souvenir se présente maintenant à ma Ὁ

Por a:

mémoire. Mais de tant de maux je n'ai pu reproduire que la moindre partie. »

» \ ’ 5 , / / aTap DoaToy μοι τοῦτ ἀνωστρεψας πώλιν,

Plusieurs éditeurs, ne sachant que faire de ce δέ, ont adopté la correction πόσον τι de Turnèbe. Heimsoeth, die ind. Ueberl., p. 2%, corrige πόσον τὸ. Hermann réfute, avec raison, l'opinion des grammairiens qui, d'après Grégoire de Corinthe, prétendent que de se prend pour dy chez les Attiques : 1l explique cette particule par analogie avec l'emploi de y, qui, après les formules par lesquelles on annonce que lon va dire quelque chose, introduit le récit ou l’observation attendue, comme si la formule ne précédait pas. Get usage est, comme on sait, très-ordinaire; cependant je ne pense pas qu'il s'applique jamais à la particule δὲ, sans une intention particulière d'exprimer une forte opposition ou une relation mentale à l’idée qui a précédé la formule. Dans notre passage, Atossa, qui vient de constater la grandeur et lignominie de la défaite des Perses, éprouve le besoin de s’en rendre

compte, et se demande comment un pareil événement a pu arriver. Get événement est, dans son sentiment, en contradiction avec la faiblesse présumée de la marine des Grecs, et elle ne peut pas prononcer sa question πόσον Amos... sans la mettre, comme elle l’est dans sa conscience, en opposition avec le résultat qui lui paraît inexplicable. Le δὲ est un pléonasme énergique de dræo, et, à cetitre, si l’on veut, comme yo, il ne tient pas compte de la formule. « Maintenant (àræo, nunc vero) dis-moi ceci : tu m'as fait connaître l'issue de cette expédition (mentalement reproduit par de), mais je ne m'explique pas quelle marine avaient les Grecs pour oser...» Nous exprimerions le même rapport en français par la conjonction ef. « Dis-moi maintenant ceci : et quelle marine avaient..... synonyme de quelle marine avaient donc les Grecs. ...» Sans doute dy satisferait également au sentiment et à la pensée : l’une et l’autre particule expriment le même rapport, δή sous forme plutôt pathétique, et δέ sous forme simplement logique.

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