‹ Études critiquesChapitre 10 sur 74 · V. Au dernier moment d'Aubigné introduit une leçon nouvelle · texte numérisé non relu

V. Au dernier moment d'Aubigné introduit une leçon nouvelle

Exemple, v. 192 :

AT : Vos fausses lois ont eu des faux et jeunes rois. B : Vos fausses lois ont fait,,.

Ce cas se présente quatorze fois*.

Notre hypothèse serait contredite si une faute grave de l'édition princeps, corrigée dans le manuscrit, reparaissait dans Fédition B. Nous pourrions, il est vrai, interpréter de tels cas comme de simples oublis, et cette explication serait recevable, sous condition de n'être que très rarement invoquée. En fait, nous n'avons pas eu besoin d'y recourir, même une seule fois, et nos cent ou cent dix variantes se sont distribuées sans peine sous les cinq rubriques qu'admettait notre hypothèse.

Au contraire, pour fonder cette hypothèse, et de façon définitive, il faudrait qu'une faute grave du manuscrit — un non-sens, une faute de français, — étrangère à l'édition princeps^ ait été introduite,

784, 003, 914^ 1058, 1080, 1088, 1211, 1230, 1293, 1313, 1343% 1344. Il est souvent malaisé de distinguer s'il y a retour volontaire au texte primitif ou simple oubli dans le travail de collation : mais il importe peu à notre thèse que ce départ soit strictement établi.

1. Aux vers 68, 192, 223, 246, 306, 381, 513, 556, 585, 617, 802, 1074, 1125, 1258.

non par le copiste, mais par d'Aubigné lui-même, dans le manuscrit; et que celte faute, il Fait amendée dans l'édition B. C'est, croyons-nous, le cas de ce passage :

France, puisque tu perds tes membres en la sorte,

Appreste le suaire et te conte pour morte :

Ton pouls foible, inégal, le trouble de ton œil

Ne demande plus rien qu'un funeste cercueil.

Que si tu vis encor, c'est la mourante vie

Que le malade vit en extrême agonie,

Lors que les sens sont morts, quand il est au rumeau,

Et que d'un bout de plume on l'abeche avec l'eau.

Que si tu peux encor dévorer la viandCy

Ton chef mange tes bras, c'est une faim trop grande....

Ce vers de A :

Que si tu peux encor dévorer la viande...

est remplacé en T par :

Si tu peux allouvi dévorer la viande...

en B par :

Si en louve tu peux dévorer la viande...

Que s'esl-il passé ici ? Pour rendre son vers plus énergique, d'Aubigné a voulu y introduire ce beau mot allouvi, qui est un de ses mots favoris*, — et c'est la leçon du manuscrit. Au dernier moment, il s'est aperçu qn'allouvi au masculin faisait une faute de français, puisque son discours s'adresse à la France : c'est pourquoi il a corrigé Si en louve

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