La copie est, en effet, d'une dizaine de mains
2. Quand il cite VEntretien pourtant, c'est simplement d'après l'édition des Mémoires imprimée en 1736. Il y a bien çà et là des divergences entre le texte des extraits donnés par Sainte- Beuve et le texte de 1736 : mais ce sont de ces retouches pieuses que Sainte-Beuve aimait à faire en ses citations, selon un procédé constant chez lui, et dont il a fait quelque part la théorie, très recevable d'ailleurs.
ayant appartenu à Sainte-Beuve a été achetée par la Bibliothèque protestante de la rue des Saints-Pères. Le manuscrit des Mémoires de Fontaine auquel Sainte-Beuve a fait allusion s'y trouve conservé. C'est un fort volume de 600 pages, d'une très belle écriture, intitulé : Recueil de plusieurs vies très édifiantes faites par M. F... A la première page, sur un feuillet de garde, on lit ce nom : Bose Angélique Simon; à la dernière, cette note de la main de Sainte-Beuve : « Ce manuscrit ne s'étend que jusqu'à la portion des Mémoires (de Fontaine) imprimés en.... [?] du t. II, p. 260, 1. 9, et n'embrasse par conséquent que les trois quarts environ de la totalité de ces Mémoires. Mais il renferme des différences de texte qui le rendent curieux et montrent quel a été le genre de corrections qu'y a apportées l'éditeur, M. Tronchai. Ces variantes, d'ordinaire peu importantes, prennent surtout de l'intérêt dans le récit de la conversation de Pascal avec M. de Sacy, p. 427-440. On y voit très au net combien le fond est bien de Pascal, mais combien la rédaction et la diction ont été retouchées. »
D. En 1727, le P. Desmolets, bibliothécaire de l'Oratoire, donna, d'après les Afémoires de Fontaine encore inédits, l'édition princeps de VEnireiien dans sa Continuation des Mémoires de littérature et d'histoire (t. V, partie II).
T. Enfin, en 1736, Tronchai, ancien ami de Fontaine, procura la première édition de ses Mémoires.
Il s'agit d'établir les rapports de filiation de ces sept textes. Il apparaît d'abord qu'aucun d'eux n'est copié directement sur aucun des six autres. Pour alléger la discussion, nous épargnons au lecteur la démonstration facile de cette assertion, que chacun pourra vérifier au premier examen des variantes communiquées plus loin au pied du texte. Et nous nous attacherons tout de suite à montrer :
Que tous nos textes remontent a un même original,
0, déjà fautif.
Voici les principales observations qui peuvent l'établir.
1® Ligne 228. [Montaigne demande] « si Vâme sait ce que c'est que matière, et si elle peut discerner »... quoi? On peut voir à l'appareil critique les cinq leçons offertes par les sept copistes ou éditeurs : toutes cinq sont absurdes; le texte ne pourra être atteint que par conjecture.
2® Ligne 488. [Ainsi ces deux états... conduisent nécessairement à l'un de ces deux vices d'orgueil
OU de paresse où sont infailliblement tous les hommes avant la grâce, puisque, s'ils ne demeurent dans leurs désordres par lâcheté, ils en sortent par vanité], BMFJD : tant il est vrai ce que vous venez de me dire de saint Augustin et que je trouve d'une grande étendue; car en e/fel on leur rend hommage en bien des manières; — T : ainsi ils sont toujours esclaves des esprits de malice^ à qui^ comme le remarque saint Augustin^ on sacrifie en bien des manières; — G arrête la phrase après vanité.
A qui, selon BMFJD, rend-on hommage en bien des manières? A quoi se rapporte ce leur 2 N'est-ce pas aux vicesl demande M. Ch. Adam. Il ne se rapporte à rien, dit plus justement Havet. En outre, quel est ce propos d'une grande étendue que vient de tenir M. de Saci? Dans ses allusions antérieures à saint Augustin, rien ne se réfère à notre passage. Ce sont des difficultés que T a bien senties : il s'en est tiré par un remaniement ingénieux * ; mais sa glose suppose évidemment le texte BMFJD. G a trouvé plus simple de supprimer toute la phrase. — Donc, en 0, il devait manquer quelque chose (qui peut-être n'a jamais été rédigé) des propos de M. de Saci; et au passage qui nous occupe il devait y avoir une lacune en 0, sans doute après étendue. En tout cas il semble assuré que toutes nos copies procèdent ici d'un même texte incomplet.