Qui se réfère à la ligne 336 de notre texte
28 éTUI)ES CRITIQUES
S*» Ligne 495. [L'un (Épictète) connaissant le devoir de rhomme et ignorant son impuissance, se perd dans la présomption, et l'autre (Montaigne), connaissant l'impuissance et non le devoir, s'abat dans la lâcheté; d'où il semble que] MJB : puisque Vun est la vérité^ Vautre V erreur^ F : puisque l'un a la vérité, Vautre Verreur^ DG : puisque Vun conduit à la vérité^ Vautre à Verreur, T supprime [l'on formeroit en les alliant une morale parfaite.]
Les trois textes transmis sont inintelligibles. Pour Pascal, aucune des deux doctrines n'est la vérité, et si l'une d'elles était la vérité, ou avait la vérité, ou y conduisait^ à quoi servirait de l'allier à l'autre, qui est l'erreur, ou a Terreur, ou y conduit? Havet, qui adopte la leçon MJB, la commente ainsi : « L'un est la vérité, Vautre Verreur signifie que l'un établit qu'il y a une vérité, et l'autre qu'il n'y a qu'erreur* ». Mais cette explication est grammaticalement arbitraire, et si même on l'accepte, le sens n'y gagne rien ; car si le système de Montaigne établit qu'il n'y a qu'erreur, il établit, selon Pascal, une fausseté; il faut le rejeter et on n'aurait que faire de l'allier au système d'Épictète.
1. Guyau adopte la leçon DG et l'explique pareillement : « puisque Tun conduit à cette proposition : il y a une vérité, Fautre à cette proposition : il n'y a qu'erreur ». Cette explication soulève les mêmes difficultés que celle de Havet.
M. Ch. Adam supprime tout le passage qu'il appelle « une glose maladroite ». Comment sait-il si c'est une glose? Que ce soit une glose ou non, le texte inacceptable appartenait à l'original commun de tous nos textes, et c'est pour l'instant tout ce qu'il importe d'établir.
Ces remarques (on pourrait y adjoindre le cas de la ligne 237) concourent à montrer que nos sept textes procèdent d'un texte unique déjà fautif : d'où il suit que l'on aura toujours le droit de proposer des conjectures pour restaurer le texte de VEntretien, môme aux endroits où toute la tradition est concordante. Rien n'empêche d'ailleurs que cette source unique fût l'original des Mémoires de Fontaine, « ce précieux manuscrit que M. Fontaine laissa en mourant à son hôte et à son hôtesse ». Il y a dans VEnlretien des marques manifestes de rédaction incomplète (cf. notamment ligne 357 et ligne 376), qui remontent sans doute à l'autographe même de Pascal. De plus, nous ignorons si Fontaine avait préparé son manuscrit pour l'impression : un manuscrit d'auteur n'est pas nécessairement autographe, ni nécessairement correct.
Que les textes D, G forment une même famille.
Voici les passages où Tédition du P. Desmolets (D) et le manuscrit publié par M. Gazier (G) apparaissent unis par la communauté de Terreur.
1° Ligne 264. [Il est impossible de définir le mot être^ puisqu'il faudrait] « se servir cFabord de ce mot-là même, DG : en disant : Cest être ; — M : en disant : C est; — FJB : en disant : Cest, etc.; — T : en disant : c^est telle ou telle chose, »
Il est constant que DG disent une sottise*. On entrevoit comment elle a pu se produire. donnait : Cesty etc., leçon maintenue en FJB, réduite à Cest par M, développée en Cest telle ou telle chose par T. Mais le modèle commun de DG, voyant cet etc., l'a lu être.
2° Ligne 279. DG : [Montaigne examine... la géométrie] « dont il montre Vincertitude dans les axiomes
1. Cf. ce passage de V Esprit géométrique : c J'en sais qui ont défini la lumière de cette sorte : la lumière est un mouvement luminaire des corps lumineux... On ne peut entreprendre de définir Vêtre sans tomber dans cette absurdité : car pour définir VétrCy il faudrait dire c^est, et c'est ainsi employer le mot défini dans sa définition. » — Qui dirait : (^est être tomberait une seconde fois, mais à plaisir cette seconde fois, dans « cette absurdité ».
et dans les termes qu'elle ne définit point, comme de centre, de mouvement, etc. »
Mais la géométrie définit aisément le centre^ qui est, comme chacun sait, le point également distant de tous les points d'une circonférence ou dune sphère. Un géomètre comme Pascal n'aurait pu s'y tromper. Il n'a pu parler ici que de notions premières : la leçon étendue, donnée par les autres textes à la place de centre, est la bonne, et DG sont associés par cette bévue commune.
3° Ligne 340. M. de Saci parle, selon DG, de « ces personnes qu'on appelle docteurs^ plongés dans Vivresse, mais qui ont le cœur vide de la vérité, »
Les mots de la science, donnés par TMFJB après ivresse, sont nécessaires.
4® Ligne 380. [ « Je ne puis voir sans joie dans Montaigne...] cette révolte si sanglante de Vhomme contre Vhomme, qui, de la société avec Dieu, où il s'élevait par les maximes de sa faible [sotte M) raison, le précipite dans la nature des bêtes. »
C'est là le texte excellent de TMFJB. A quoi s'opposent la leçon mauvaise de D : où il s'élevait par les maximes, se précipite, et celle de G : où il s'élevait par les maximes des faibles, il le précipite
dans la nature des bêtes par celles des prétendus esprits forts.
Je m'étonne que M. L. Brunschvicg, dont le commentaire de Pascal est d'une si merveilleuse et si constante sagacité, trouve la leçon de G « intéressante ».
Serait-il digne de Pascal d'opposer les stoïciens « esprits faibles » aux sceptiques « esprits forts » ? Cette antithèse qui force les mots ne ressemblet-elle pas à « ces fausses fenêtres que Ton fait pour la symétrie »? Il y a apparence que G et D remontent à un même manuscrit, qui avait fautivement transcrit la leçon TMJFB : par quelque accident le mot raison en avait disparu; faible était resté, sans doute écrit en surcharge, dans un contexte devenu inintelligible : D a négligé faible; G s'est ingénié, par une glose arbitraire, à lui rendre quelque ifeens.
5** Ligne 536 : « S'ils (les stoïciens) se plaisent à voir l'infirmité de la nature, leur idée n'égale plus celle de la véritable faiblesse du péché (TMFJB) — leurs idées n'égalent plus celles..,, » (DG).
Pascal emploie ici idée au sens primitif et bien connu d'image. « La représentation que les stoïciens se font de l'infirmité de la nature n'égale plus la représentation qu'on doit se faire de la véritable faiblesse du péché. » Le singulier s'impose.
Si Ton néglige cette dernière faute comme peu probante (car deux copistes étrangers Tun à l'autre peuvent aisément substituer un pluriel à un singulier), il reste du moins quatre fautes communes à D et à G, qui les groupent fortement en une famille que nous appellerons v.
Passons à Texamen des cinq autres textes.
Peut-on déterminer les rapports qu'ils soutiennent entre eux ?
Que les cinq autres textes, F, J, T, B, M forment UNE SECONDE FAMILLE, A L'iNTÉRIEUR DE LAQUELLE ILS SE DISTRIBUENT EN SOUS-FAMlLLES.
a. Intime parenté de F, J, T.
Il apparaît d'abord que F, J et T forment un groupe étroit :
1® Ligne 91. DMGB (en négligeant des variantes qui ne nous intéressent pas pour l'instant) donnent : « Souvenez-vous que vous,... jouez le personnage d'une comédiey tel qu'il plaît au maître de vous le donner. S'il vous le donne courte jouez-le court; sHl voits le donne long^ jouez-le long ; s'il veut que vous contrefaisiez le gueux, vous le devez faire avec
toute la naïveté qui vous sera possible ; ainsi du reste. C'est votre fait de jouer le personnage qui vous est donné; mais de le choisir ^ c'est le fait d'un autre, »
C'est nécessairement le texte original, car c'est une simple citation d'Épictète, d'après Dom Goulu ', qui traduit ainsi : « Souvenez-vous que vous jouez ici le personnage d'une comédie, tel qu'il plaît au maître le vous donner. S'il vous le donne court, jouez-le court; si long, long; s'il veut que vous contrefassiez le gueux, vous le devez faire avec toute la naïveté qu'il vous sera possible. C'est votre fait de jouer bien le personnage qui vous est donné ; mais de le choisir , c'est le fait d'un autre'. »
Or T réduit ainsi ce passage : tel qu'il plaît au maître de vous le donner. Soyez sur le théâtre autant de temps qu'il lui plaît : paraissez-y riche ou pauvre selon qu'il l'a ordonné. C'est votre fait,,, y etc.
Comment s'explique cette leçon? C'est F et J qui nous en rendront compte. On lit dans ces deux manuscrits cette phrase dérisoire : tel qu'il plaît au
1. Je dois à M. Fortunat Strowski cette indication que Pascal lisait Épictète non pas, comme je Tai dit ailleurs, dans la traduction de G. du Vair, mais dans celle de Dom Goulu (Les Propos d'Épictète,., translatés du grec en français par Fr. J. D. S. F. Paris, 1609). Dom Goulu a d'ailleurs exploité G. du Vair.
2. Pour le dire en passant, s'il n'était pas acquis déjà que les leçons isolées de G n'ont pas d'authenticité, on verrait que la longue variante oiTerte ici par ce manuscrit, ne se trouvant pas chez dom Goulu, n'est qu'un texte remanié.
maître de vous le donner long^ jouez long (ces deux derniers mots manquent en J); s'il veut que vous contrefaisiez le gueux ^ vous le devez faire avec toute la naïveté qui vous sera possible; ainsi du reste. C'est votre fait,,., etc.
T n'a dû disposer que de ce texte désespéré. Il a tâché de lui rendre un sens. Pieusement, et non sans adresse, il a interprété les mots long, gueux; long lui a suggéré la première de ses deux phrases [soyez sur le théâtre autant de temps qu'il lui plaît), gueux la seconde (paraissez-y riche ou pauvre, selon quil Va ordonné).
2° Ligne 199. « Il lui est entièrement égal de Vemporter ou non dans la dispute, » disent DMGB.
Mais T : « /Z lui est également bon de.., » Pourquoi cette variante? Pourquoi un copiste aurait-il songé à remplacer entièrement égal par également bon, ou inversement? Consultons F et J : « il lui est également égal de.,, », disent ces deux manuscrits. C'est cette bourde que T a voulu écarter.
3° Ligne 214. « Les hommes, dépouillés volontaire-' ment de toute révélation et abandonnés à leurs lumières naturelles, tout fait mis à part.,. » disent F, J et T. — Corrigez avec les autres textes : toute foi.
4° Ligne 444. On pourra lire à l'appareil critique tout un long développement, isolé en T. « Développement intéressant », dit M. Brunschvicg, qui le recueille précieusement en note. Il Test sans doute, mais pour qui est curieux de la langue philosophique de Tronchai, non de Pascal. C'est Tronchai qui Ta composé, non pour son plaisir, mais pour réparer un texte inintelligible, et F et J sont ici inintelligibles.
5° Ligne 504. [Montaigne et Épictète] « ne peuvent s'unir à cause de leurs oppositions », disent DMGB. Mais FJT : « à cause de leurs opinions » .
Il serait fastidieux d'analyser ainsi jusqu'au bout toutes les fautes communes à F, J et T : elles sont trop. Celles que nous avons relevées suffisent surabondamment à prouver que J forme avec T et avec F un groupe qui sera désigné par la lettre z*.
1 . Dans rintérieur de ce groupe, JF forment un sous-groupe, w (voir les variantes aux lignes 89, 193, 200, 209, 215, 245, 309, 397, 529.)
b. Parenté non moins étroite du groupe z =