‹ Études critiquesChapitre 17 sur 74 · G manque pour ce passage · texte numérisé non relu

G manque pour ce passage

originale, MFJ une leçon fautive, T une leçon réparée à partir de la leçon fautive *.

Que T A PARFOIS exploité D.

Rien n'est plus assuré que la situation tout inférieure et dépendante de T dans la famille x. Cantonné dans cette famille, on le voit pourtant se séparer d'elle en plusieurs lieux pour reproduire les leçons, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, de D, texte de Tautre famille.

T s'accorde contre x avec D pour donner :

Ligne 51 : se rencontrait, au lieu de le rencontrait.

Ligne 187 : cette multitude de lois, au lieu de cette multitude.

Ligne 228 : corps (cf. la note au bas du texte de V Entretien).

Ligne 239 : et qui peut décider, au lieu de et qui peuvent décider.

Ligne 443 : grands défenseurs au lieu d'illustres

défenseurs.

1. En critique rigoureuse, on pourrait nous dénier le droit de nous servir de ce passage pour notre classement. Car la série peut aussi bien être inverse : T donnerait la leçon primitive, MFJ la leçon erronée, DG la leçon corrigée. Mais Tanalogie des deux cas précédents, où la série ne peut être retournée, contraint à accepter Tinterpré talion ci-dessus proposée.

Ligne 507 : chassant tout ce qui est faux au lieu de sachant ^

Ligne 561 : la proie des démons au lieu de l'objet des démons.

Comment expliquer ces concordances? Que T ait spontanément corrigé ces fautes grossières se rencontrait, et qui peut décider, rien de plus admissible et, de fait, elles ont pareillement disparu de F. Mais il est plus difficile de croire qu'il ait retrouvé de lui-même chassant, et vraiment inconcevable, s'il n'a pas connu D, qu'il concorde avec D pour les leçons erronées grands, proie.

L'explication est ici, nous semble- t-il : D n'est autre, comme on sait, que le P. Desmolets, premier éditeur de ï Entretien en 1728; T est Tronchai, qui, huit ans plus tard, en 1736, a publié les Mémoires de Fontaine. Il faut admettre que Tronchai a connu la publication du P. Desmolets, qu'il a confronté sur épreuves son texte à celui de l'édition antérieure, et qu'il a pris à celle-ci quelques leçons. Cette hypothèse, vraisemblable en soi, est indémontrable; ce qui lui confère de la force, c'est qu'il semble impossible d'en imaginer une autre quelconque.

Nous admettrons donc une influence partielle de D sur T.

1. Selon notre classement des mss., la faute sachant était déjà en G.

Nous voilà au terme de ce classement. Nous pouvons Texprimer par cette figure.

Contre-épreuve.

Nous pouvons nous être trompé. Pour confirmer notre classement ou l'infirmer, nous avons la ressource efficace d'une contre-épreuve. Nous avons cru devoir nous arrêter à la combinaison M-B-JFT contre DG. Mais une trentaine d'autres étaient théoriquement possibles. Si notre classement est faux, il est certain que, lorsque nous en viendrons à disposer les variantes au bas du texte

de VEntretierij plusieurs de ces groupements se formeront. S'il est exact, au contraire, il est remarquable que seuls les groupements prévus par notre hypothèse se produiront en fait. Jamais, par exemple, un groupe MD ne pourra se former contre un groupe BFJTG, ni pour donner la bonne leçon, car BFJTG auraient alors une faute en commun et formeraient une famille, ni pour en donner une mauvaise, car MD auraient alors une faute en commun et formeraient une famille.

Il y a vingt-sept combinaisons, théoriquement possil^les, mais proscrites par notre hypothèse : treize groupements binaires, MG, MD, MT, MF, MJ, MB, BD, BG, JG, JD, TG, FD, FG, dont aucun ne doit se former, môme pour donner la bonne leçon, contre le groupement correspondant des cinq autres textes ; quatorze groupements ternaires, BDG, JDG, FDG, BJD, BJG, BFD, BFG, MBD, MBG, MTG, MJG, MJD, MFD, MFG, dont aucun ne doit se former, même pour donner la bonne leçon, contre le groupement quaternaire correspondant.

Or il est loisible à chacun de constater à l'appareil critique que la majeure partie de ces groupes, illégitimes si notre hypothèse vaut, ne se produisent jamais. Et il nous reste à montrer qu'aux cas où les autres semblent se produire, ou bien ce n'est qu'une fausse apparence, ou bien leur formation s'explique par la rencontre toute fortuite de deux copistes étrangers l'un à l'autre.

Écartons d'abord quatre passages, auxquels convient une même explication autorisée par notre classement.

Ligne 58 : « S'il voyait M. Hamouy il V entretenait de la médecine ; s'il voyait le chirurgien du lieu^ il le questionnait sur la médecine », disent DM; BFJT : « sur la chirurgie », G manque.

Nous savons qu'O était fautif : il est donc permis de supposer que la bourde était en O; elle s'est reproduite de manuscrit en manuscrit dans Tune et l'autre famille, jusqu'au jour où un copiste, celui d'y, l'a aperçue et amendée : d'où BFJT.

Ligne 214. La faute toutes fois mises à part était en O; DM l'ont passivement transcrite; FJT l'ont aggravée : tout fait mis à part; G et B l'ont corrigée indépendamment l'un de l'autre : toute foi.

De même à la ligne 146. La faute « ce doute remporte soi-même » est en MFJDB contre TG :

s'emporte. Supposons-la en 0. N'était-elle pas assez facile à corriger pour que deux reviseurs aient pu le faire, chacun de son côté? Si on l'admet, la même explication vaudra pour la ligne 243 (intérieurement^ BDJG contre MT).

Le passage que voici * ne fait guère plus de difficulté :

Ligne 231. [Montaigne demande] « si Vâme sait ce que c'est que matière,.., comment elle peut raisonner y si elle est matérielle; et comment peut-elle être unie à un corps particulier^ si elle est spirituelle? quand at-elle commencé d'être? avec le corps, ou devant ? si elle finit avec lui, ou non,». » (FBDM); J manque.

Cette saute brusque du style indirect au style direct a disparu de TG : comment elle peut être unie... Mais en T elle reparaît avec la phrase suivante {Quand a-t-elle...?); seul G remanie jusqu'au bout {quand elle a). G a donc obéi à un instinct de grammairien puriste et remanié volontairement. T

1. Faut-il discuter les rencontres dont voici le relevé? Il se forme ces groupes anormaux : TG : les devoirs (contre le devoir), l. 112; — TG sont donc (contre donc sont), l. 127; — DMB il voudrait (contre il vaudrait), L 179; — DM toute flottante et chancelante (contre toute fl. et toute ch.), 1. 205 ; DM et y pénètre {contre il pénètre), 1. 221 ; — GM ces mouvements (contre ses m.), 1. 405 ; — JD de deux natures (contre des deuxn.), 1. 520; FD il s'entretenait contre il Vent., 1. 57; — VG le moyen contre les moyens, 1. 118; — FDG proposition contre supposition, 1. 148. — En tous ces cas, il s'agit d'une lettre prise pour une autre, ou d'une lettre ajoutée, ou d'un mot omis, ou d'un mot transposé^ sans que jamais le sens se trouve sensiblement modifié. On est en présence de ces menus accidents que peuvent subir des copistes étrangers les uns aux autres. — A la ligne 549, le cas est un peu différent : QuoiquHl voyait bien, disent FJMB. 11 est concevable que deux reviseurs, T et D, opérant tous deux aux alentours de 1730, aient écarté indépendamment l'un de l'autre un trait de syntaxe relégué dans l'archaïsme depuis un demi-siècle.

a subi inconsciemment la suggestion de la ligne

précédente où il lisait déjà les mots « comment elle

peut raisonner ». La coïncidence partielle de T et de G s'explique donc, ici et là, par des causes

diverses : elle n'est qu'apparente.

Considérons le cas de la ligne 587. FJDB :

(( Epictèie peut être très nuisible à ceux qui ne sont pas persuadés de la corruption de la plus parfaite justice qui n'est pas de la foi, »

C'est une leçon excellente (cf. le vers de Marot : Je suis de Dieu par son fils Jésus-Christ). Mais on conçoit qu'elle ait semblé étrange à deux reviseurs, d'ailleurs indépendants l'un de l'autre, T et M, qui en ont donné l'équivalent le plus courant : qui ne vient pa^ de la foi.

Nous n'avons pas observé d'autres difficultés que celles que nous venons de discuter. 11 semble donc que la contre-épreuve confirme notre classement.

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