RÉSULTATS ET CONCLUSION
On le voit, les conditions critiques de notre texte ne sont pas des plus favorables : d'abord, nous n'atteignons qu'un archétype fautif, sans doute parce que ni Pascal ni Fontaine n'avaient entière-
ment arrêté leur rédaction; en outre, ce manuscrit primitif lui-même, nous ne le restaurerons pas toujours en toute assurance, puisque nos six textes se répartissent en deux familles seulement, et qu'il y aura incertitude aussi souvent que l'une s'opposera à l'autre. En fait, le dommage est minime : cette opposition d'à? à u ne se manifeste qu'en une vingtaine de passages, et, pour une dizaine an moins, les raisons de préférer x k v ou u à a?, sont évidentes. Hormis une dizaine de leçons, nous avons donc l'assurance de restituer l'archétype : nous ne serons plus tentés d'attribuer à Pascal tel des « embellissements » deTronchai; inversement, nous avons retrouvé les titres d'authenticité des passages où M. de Saci apparaît si finement en son rôle de « Socrate chrétien » : le manuscrit publié par M. Gazier les a supprimés vainement; nous savons maintenant que, ce manuscrit n'étant qu'un dérivé des Mémoires de Fontaine, et rien qu'un membre d'une famille connue par ailleurs, ses remaniements isolés sont dépourvus d'autorité. Nous n'aurons plus qu'à appliquer docilement les règles que nous impose notre classement des manuscrits pour que spontanément le texte original s'établisse : le seul balancement des divers groupes de manuscrits doit restaurer partout la bonne leçon, tandis que les mauvaises s'élimineront d'ellesmêmes, comme des scories désormais inutiles.
Le texte obtenu par ces procédés diffère-t-il sen-
siblement de celui de Havet? Non certes. Après avoir erré d'une tradition à Fautre et donné des éditions variées de V Entretien^ Havet, guidé par un instinct juste, avait fini par s'arrêter à la version du P. Desmolets qu'il combinait, pour les passages évidemment corrompus, avec le manuscrit de la bibliothèque Mazarine. Comme il se vérifie que ces deux textes D et M sont les représentants les meilleurs de l'une et de l'aiilre famille, Havet a donc fixé à l'ordinaire le texte vrai. Après lui Guyau, puis M. Ch. Adam (de qui M. Brunschvicga reproduit l'édition) ont poussé plus avant ce travail éclectique et retrouvé en quelques lieux, plus heureusement que Havet, la bonne leçon. Comparaison faite, le texte que nous proposons ne diffère qu'en 78 lieux de la dernière édition de Havet, qu'en 92 lieux de l'édition de M. Ch. Adam, et le plus souvent il ne s'agit que de variantes menues et de pure diction.
Etait-ce la peine? dira-t-on, et si par empirisme et par voie de tâtonnements MM. Havet et Ch.
Adam sont parvenus à restaurer un texte presque conforme au texte critique, à quoi bon ce déploiement de philologie? — Cet effort vaudrait, ne fût-ce que pour attester à chacun le goût, la justesse d'intuition et de discernement montrés en l'occurrence par Havet et par M. Ch. Adam.
Mais, quand bien même notre texte serait d'un bout à l'autre identique au leur, il en différerait essentiellement par ce caractère , qui est son
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propre : si notre classement des manuscrits est le vrai, notre texte est le vrai; si notre classement des manuscrits est faux, notre texte porte avec lui de quoi manifester au premier venant sa fragilité. Jusqu'ici les pascalisants les plus autorisés étaient en droit de se demander, comme faisait M. G. Miehaut : « Que nous offre-t-on à lire, sous le nom de Pascal? N'est-ce pas tantôt du Desmolels et tantôtdu Havet,ou du Tronchai, ou du Ch. Adam? » S'ils doutent de notre texte, s'ils sont tentés de reprendre au capui mortuum des variantes telle leçon par nous rejetée, il ne dépend plus de leur arbitraire de l'introduire isolée dans le texte de Pascal : le sort de cette leçon est lié au sort de toutes les autres. Est-elle authentique, il faut que d'autres le soient aussi, il faut que notre classement soit chimérique : ils auront vite fait d'en reconnaître le vice et de le bouleverser; ce n'est plus une leçon qui agrée à leur fantaisie qu'ils auront repêchée au fatras des variantes, c'est une autre construction qu'ils auront dressée, c'est le texte tout entier qui sera fondé sur des bases nouvelles. Si, au contraire, notre classement résiste aux critiques ultérieures — et le nombre des combinaisons pratiquemment possibles n'excède pas deux ou trois, — le texte obtenu sera véritablement le texte ne varietur, entendez qu'il ne pourra varier que dans les limites déterminées par la critique et sous les conditions prévues et précisées par elle.
Entretien de Pascal avec M. de Saci sur Epictète et Montaigne.
M. Pascal vint aussi en ce temps-là demeurer à Port- Royal des Champs. Je ne m'arrête point à dire qui était cet homme, que non seulement toute la France, mais toute l'Europe a admiré. Son esprit toujours vif, tou- 5 jours agissant, était d'une étendue, d'une élévation, d'une fermeté, d'une pénétration et d'une netteté au delà de ce qu'on peut croire. II n'y avait point d'homme hahile dans les mathématiques qui ne lui cédât : témoin l'histoire de la roulette fameuse, qui était alors l'entre- 10 tien de tous les savants. On sait qu'il semblait animer le cuivre et donner de l'esprit à l'airain. Il faisait que de petites roues sans raison, où étaient sur chacune les dix premiers chiffres, rendaient raison aux personnes raisonnables, et il faisait en quelque sorte parler les mais chines muettes, pour résoudre en jouant les diflicultés des nombres qui arrêtaient les plus savants : ce qui lui coûta tant d'application et d'effort d'esprit que, pour monter cette machine au point où tout le monde l'ad-
NovLs conservons le titre adopté par les éditeurs modernes, D et G ont eu seuls à trouver un titre à /'Entretien. D Vintitule : Entretien de M. Pascal et de M. de Sac>^ sur la lecture d'Épictète et de Montaigne. G Jugement d'Épictète et de Montaigne par M. Pascal. — i Ce début n'a été transcrit des Mémoires de Fontaine ni par D, qui commence seulement à la ligne 20 de notre texte, ni par G, qui commence seulement à la ligne 63. — 2 M pas à dire... mais que toute — F quel était • — 6 M sûreté au lieu de fermeté — au-delà qu'on — 7 MB de personne habile — Lignes 40-20, Nous rétablissons ces quelques lignes que les éditeurs modernes ont coutume de passer, — 10 FT savants. Il savait animer — 11 MB et qu'il faisait — 16 FJT les savants — 17 FT efforts
mirait, et que j'ai vue de mes yeux, il en eut lui-même
20 la tête démontée pendant plus de trois ans. Cet homme admirable, enfin étant touché de Dieu, soumit cet esprit si élevé au doux joug de Jésus-Christ, et cç cœur si noble et si grand embrassa avec humilité la pénitence. Il vint à Paris se jeter entre les bras de M. Singlin,
25 résolu de faire tout ce qu'il lui ordonnerait.
M. Singlin crut, en voyant ce grand génie, qu'il ferait bien de l'envoyer à Port-Royal des Champs, où M. Arnauld lui prêterait le collet en ce qui regarde les autres sciences, et où M. de Saci lui apprendrait à les mépriser.
30 II vint donc demeurer à Port-Royal. M. de Saci ne put se dispenser de le voir par honnêteté, surtout en ayant été prié par M. Singlin; mais les lumières saintes qu'il trouvait dans l'Écriture et dans les Pères lui firent espérer qu'il ne serait point ébloui de tout le brillant de
35 M. Pascal, qui charmait néanmoins et qui enlevait tout le monde.
Il trouvait en effet tout ce qu'il disait fort juste. Il avouait avec plaisir la force de son esprit et de ses discours. Mais il n'y avait rien de nouveau : tout ce que
40 M. Pascal lui disait de grand, il l'avait vu avant lui dans saint Augustin, et, faisant justice à tout le monde, il disait : « M. Pascal est extrêmement estimable en ce que, n'ayant point lu les Pères de l'Église, il avait de lui-même, par la pénétration de son esprit, trouvé les
45 mêmes vérités qu'ils avaient trouvées. Il les trouve surprenantes, disait-il, parce qu'il ne les a vues en aucun
19 T vu — 20 F presque démontée, FJT plus de manque, — 21 TD étant enfin — 27 M des Champs tnanque. — 28 D regardait les hautes sciences — 30 J ne put pas — 31 T par honnêteté manque. — 33 D le second dans manque, — 34 M pas ébloui par — 35 FT et enlevait — 38 T de son esprit et manque. — 39 Les sept mots mais... nouveau manquent en D ; T il n'y apprenait — 43 T il a — 46 T disait- il manque^ F à aucun
endroit; mais pour nous, nous sommes accoutumés à les voir de tous côtés dans nos livres. » Ainsi, ce sage ecclésiastique trouvant que les anciens n'avaient pas
50 moins de lumière que les nouveaux, il s'y tenait, et estimait beaucoup M. Pascal de ce qu'il se rencontrait en toutes choses avec saint Augustin.
La conduite ordinaire de M. de Saci, en entretenant les gens, était de proportionner ses entretiens à ceux à
55 qui il parlait. S'il voyait, par exemple, M. Champagne, il parlait avec lui de la peinture. S'il voyait M. Hamon, il l'entretenait de la médecine. S'il voyait le chirurgien du lieu, il le questionnait sur la chirurgie. Ceux qui cultivaient la vigne, ou les arbres, ou les grains, lui disaient
60 tout ce qu'il y fallait observer. Tout lui servait pour passer aussitôt à Dieu, et pour y faire passer les autres. Il crut donc devoir mettre M. Pascal sur son fonds, et lui parler des lectures de philosophie dont il s'occupait le plus. Il le mit sur ce sujet aux premiers entretiens
65 qu'ils eurent ensemble. M. Pascal lui dit que ses livres les plus ordinaires avaient été Épictète et Montaigne, et il lui fit de grands éloges de ces deux esprits. M. de Saci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, pria M. Pascal de lui en parler à fond.
48 M de tout côté 51 MJ le rencontrait — 53 T ordinaire manque^ T en conversant avec, FJ en entreprenant les g. — 54 J les entretiens — 57 FD il s'entretenoit — 58 DM questionnait sur la médecine, FJT les arbres ou la vigne — 60 FJT y manque — 61 T et y faire p. — 62 FJTB sur son fort — 65 F ses deux livres — Toute la mise en scène de V Entretien est réduite en G à ceci : M. de S. mit un jour M. P. sur la lecture des philosophes, et M. P. fit rouler toute la conversation sur les deux philosophes qui l'avaient le plus occupé et dont la lecture l'avait frappé, qui étaient Épictète et Montaigne. Il en fit à M. de S. les plus grands éloges. Celui-ci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, pria M. P. de lui en parler à fond.
70 « Épictète, lui dit-il, est un des philosophes du monde qui ait mieux connu les devoirs de l'homme. Il veut, avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet; qu'il soit persuadé qu'il gouverne tout avec justice; qu'il se soumette à lui de bon cœur, et
lb qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une très grande sagesse : qu'ainsi cette disposition arrêtera toutes les plaintes et tous les murmures, et préparera son esprit à souffrir paisiblement tous les événements les plus fâcheux. Ne dites jamais,
60 dit-il : « J'ai perdu cela »; dites plutôt : « Je l'ai rendu. Mon fils est mort, je l'ai rendu. Ma femme est morte, je l'ai rendue. » Ainsi des biens et de tout le reste. « Mais celui qui me l'ôte est un méchant homme, » dites-vous. De quoi vous mettez-vous en peine par qui celui qui
85 vous l'a prêté vous le redemande? Pendant qu'il vous en permet l'usage, ayez-en soin comme d'un bien qui appartient à autrui, comme un homme qui fait voyage se regarde dans une hôtellerie. Vous ne devez pas, dit-il, désirer que ces choses qui se font se fassent comme
90 vous le voulez; mais vous devez vouloir qu'elles se fassent comme elles se font. Souvenez-vous, dit-il ailleurs, que vous êtes ici comme un acteur, et que vous jouez le personnage d'une comédie, tel qu'il plaît au maître de vous le donner. S'il vous le donne court,
95 jouez-le court; s'il vous le donne long, jouez-le long; s'il veut que vous contrefassiez le gueux, vous le devez faire
70 FJT un des hommes, MB qui a — 73 FJT qu'il fait tout — 76 G très manque^ — 78 FJT préparera son cœur, FJT paisiblement manque. — 79 DG tous manque, — 81 G est-elle morte — 82 G Tôte, dites-vous, est — 83 F va le redemander, BJT vient le redemander; J en surcharge vous le fait redemander. Toutes les surcharges de J sont d'une seconde main; pareillement en M et en F. — 88 B Vous ne deviez — 89 FT les choses — 90 J vous voulez — 9.1 FJT ailleurs manque. — 93 T votre personnage dans une — 96 JG contrefaisiez, G vous
avec toute la naïveté qui vous sera possible; ainsi du reste. C'est votre fait de jouer bien le personnage qui vous est donné; mais de le choisir, c'est le fait d'un
100 autre. Ayez tous les jours devant les yeux la mort et les
maux qui semblent les plus insupportables ; e t j amais vous
ne penserez rien de bas, et ne désirerez rien avec excès.
« Il montre aussi en mille manières ce que doit faire
l'homme. Il veut qu'il soit humble, qu'il cache ses
105 bonnes résolutions, surtout dans les commencements, et qu'il les accomplisse en secret : rien ne les ruine davantage que de les produire. Il ne se lasse point, de répéter que toute l'étude et le désir de l'homme doit être de reconnaître la volonté de Dieu et de la suivre.
110 « Voilà, monsieur, dit M. Pascal à M. de Saci, les lumières de ce grand esprit qui a si bien connu les devoirs de l'homme. J'ose dire qu'il mériterait d'être adoré, s'il avait connu son impuissance, puisqu'il fallait être Dieu pour apprendre l'un et l'autre aux hommes.
115 Aussi, comme il était terre et cendre, après avoir si bien compris ce qu'on doit, voici comment il se perd dans la présomption de ce qu'on peut. Il dit que Dieu a donné à l'homme les moyens de s'acquitter de toutes ses obli-
devez le faire avec toute la naïveté possible. En un mot vous devez entrer dans le génie de votre caractère et ainsi du reste. — 07 F donner long, jouez long. S*il veut que vous contrefaisiez le gueux, vous le devez faire isic)^ J donner long, s'il veut que vous contrefaisiez le gueux, vous le devez faire, T donner. Soyez sur le théâtre autant de temps qu'il lui platt; paraissez-y riche ou pauvre selon qu'il Ta ordonné. C'est votre f. — 98 F qu'il vous — 99 G choisir, c'est l'affaire de l'auteur de la pièce. — 100 G la mort, la disette et tous les m. — 102 G vous ne désirerez, B et ne désirez rien — 105 M le commencement, G surtout dans les c. manque, — 109 G la suivre pas à pas à mesure qu'elle se manifeste. — 112 MJTB le devoir — 116 T ce qu'on doit faire — 117 FJT ce que l'on peut, G 11 dit qui des dieux ad. — 118 T à tout homme, FG le moyen
gâtions; que ces moyens sont en notre puissance; qu'il
120 faut chercher la félicité par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a données à cette fin ; qu'il faut voir ce qu'il y a en nous de libre; que les biens, la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance, et ne mènent donc pas à Dieu; mais que l'esprit ne peut
125 être forcé de croire ce qu'il sait être faux, ni la volonté d'aimer ce qu'elle sait qui la rend malheureuse : que ces deux puissances donc sont libres, et que c'est par elles que nous pouvons nous rendre parfaits ; que l'homme peut par ces puissances parfaitement connaître
130 Dieu, l'aimer, lui obéir, lui plaire, se guérir de tous ses vices, acquérir toutes les vertus, se rendre saint ainsi et compagnon de Dieu. Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent à d'autres erreurs, comme : que l'âme est une portion de la substance divine; que la
135 douleur et la mort ne sont pas des maux; qu'on peut se tuer quand on est si persécuté qu'on doit croire que Dieu nous appelle, et d'autres encore.
« Pour Montaigne, dont vous voulez aussi, monsieur, que je vous parle, étant né dans un État chrétien, il
140 fait profession de la religion catholique, et en cela il
119 T ces m. sont toujours — 120 T qu'il ne faut ch. la fél. que par les choses qui s. toujours en — 123 B que les biens manque, — 124 T donc manque. — 127 TG sont donc libres, M donc en surcharge après puissances, T libres pleinement et que par elles seules nous— • 129 M par ses p. — 130 M et Taimer
— 131 D saint et ainsi c, J saint et c, G saint enfin et par là c. — 132 G. d'une superbe diabolique manque. — 135 D la douleur et les maux ne, M pas deux maux, G que Ton peut — 136 D tellement persécuté, T qu'on peut croire
— 137 D Dieu appelle, encore manque, FTJ nous appelle, etc., G que l'on peut se tuer quand on est si persécuté, et que Ton doit regarder la persécution comme l'ordre de Dieu qui vous appelle. 11 a donné encore dans d'autres erreurs que d'autres avant lui avaient professées. — 138 FJT aussi manque.
— 140 G catholique. Je ne veux pas démêler l'inconséquence
n'a rien de particulier. Mais comme il a voulu chercher quelle morale la raison devrait dicter sans la lumière de la foi, il a pris ses principes dans cette supposition ; et ainsi en considérant l'homme destitué de toute révéla-
145 tion, il discourt en cette sorte. Il met toutes choses dans un doute universel et si général, que ce doute s'emporte soi-même, c'est-à-dire s'il doute, et doutant même de cette dernière supposition, son incertitude roule sur elle-même dans un cercle perpétuel et sans repos; s'op-
150 posant également à ceux qui assurent que tout est incertain et à ceux qui assurent que tout ne l'est pas, parce qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce doute qui doute de soi et dans cette ignorance qui s'ignore, et qu'il appelle sa maîtresse forme, qu'est l'essence de son
155 opinion, qu'il n'a pu exprimer par aucun terme positif. Car, s'il dit qu'il doute, il se trahit, en assurant au moins qu'il doute; ce qui étant formellement contre son intention, il n'a pu s'expliquer que par interrogation ; de sorte que, ne voulant pas dire « Je ne sais w, il dit
160 « Que sais-je? » dont il fait sa devise, en la mettant sous
qui se trouve dans ses principes et dans sa conduite par rapport à un autre principe. En cela il n'a rien ; J catholique ; il dit que sa raison devrait dicter sans la lumière de la foi [^/c, en surcharge et en cela... particulier; mais comme il a voulu ch. quelque m.] — 141 FJ chercher quelque morale, il dit que la raison, T chercher une morale fondée sur la raison, sans les lumières, M chercher quelque morale que la — 144 FJ tout destitué — 146 DMFJB l'emporte, T s'emporte soi-même et que Thomme doutant (c'est-à-dire s'il doute manque); JMB et d'autant même {corrigé dans les trois mss. par surcharge). — 148 FDG dernière proposition — 150 G supposant également — 151 FJT qui disent que t. est — 153 F doute qu'il doute, M ce doute qui de soi ; qui a été biffé, — 153 F qu'il ignore — 154 T et qu'il appelle sa maîtresse forme manque, FJB sa maîtresse femme, G que consiste l'essence — 156 J il trahit — 160 T de quoi il f., T sous les bassins d'une balance lesquels
des balances qui, pesant les contradictoires, se trouvent dans un parfait équilibre : c'est-à-dire qu'il est pur pyrrhonien. Sur ce principe roulent tous ses discours et tous ses Essais ; et c'est la seule chose qu'il prétend bien
165 établir, quoiqu'il ne fasse pas toujours remarquer son intention. Il y détruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour établir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement que, les
170 apparences étant égales de part et d'autre, on ne sait où asseoir sa créance.
€ Dans cet esprit il se moque de toutes les assurances ; par exemple, il combat ceux qui ont pensé établir dans la France un grand remède contre les procès par la
175 multitude et par la prétendue justesse des lois : comme si l'on pouvait couper les racines des doutes d'où naissent les procès, et qu'il y eût des digues qui pussent arrêter le torrent de l'incertitude et captiver les conjectures! C'est là que, quand il dit qu'il vaudrait autant
180 soumettre sa cause au premier passant qu'à des juges armés de ce nombre d'ordonnances, il ne prétend pas qu'on doive changer l'ordre de l'État, il n'a pas tant d'ambition ; ni que son avis soit meilleur, il n'en croit aucun de bon. C'est seulement pour prouver la vanité
185 des opinions les plus reçues; montrant que l'exclusion de toutes lois diminuerait plutôt le nombre des différends que cette multitude qui ne sert qu'à l'augmenter, parce que les difficultés croissent à mesure qu'on les pèse;
ICI F la contradictoire, M contradictions — 164 D prétende — 106 G intention, et il y détruit — 167 J et non pas — 175 M multitude et prétendue, G et la prétendue — 176 G omet si. — 177 B qui puissent a. — 179 BDM qu'il voudrait — iSO G la cause — 182 G doit changer — 183 G ni manque, G le meilleur — 186 G toute loi — 187 TD multitude de lois, JT les obscurités croissent — 188 F à mesure que Ton
que les obscurités se multiplient par les commentaires;
190 et que le plus sûr moyen pour entendre le sens d'un discours est de ne le pas examiner et de le prendre sur la première apparence : si peu qu'on l'observe, toute la clarté se dissipe. Aussi il juge à l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d'histoire, tantôt d'une
105 manière, tantôt d'une autre, suivant librement sa première vue, et sans contraindre sa pensée sous les règles de la raison, qui n'a que de fausses mesures : ravi de montrer par son exemple les contrariétés d'un même esprit. Dans ce génie tout libre, il lui est entièrement
200 égal de l'emporter ou non dans la dispute, ayant toujours, par l'un ou l'autre exemple, un moyen de faire voir la faiblesse des opinions ; étant posté * avec tant d'avantage dans ce doute universel, qu'il s'y fortifie également par son triomphe et par sa défaite.
205 « C'est dans cette assiette, toute flottante et chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermeté invincible les hérétiques de son temps, sur ce qu'ils s'assuraient
espère, que les obscurités ; en surcharge au-dessus cf espère on lit les ôter, T à mesure que Ton espère les ôter, MBJ à mesure qu'on espère, que les obscurités ; En J, au-dessus d'espère biffé j un réviseur a mis éclaire; G que Ton les pèse, T ces obscurités
— 189 D le commentaire — 192 FT sa clarté — 193 DG des actions — 199 B ravis dans ce génie tout libre, il lui est (sic) — 199 T il lui est également bon, J également égal, F également égal (égal cotTigé en bon par un reviseut^) — 200 T de s'emporter, FJT dans les disputes — 201 DG l'un et l'autre, J par l'un ou par — 202 TDBMFJ étant porté —203 FJT le doute
— 204 G par manque devant sa défaite. — 205 FJTG et toute c, DG qu'elle est manque, BMJF chancelante qu'il est — 206 B quel combat (sic); G avec une fermeté invincible manque. 207 G qu'ils assuraient
1. Nous adoptons l'excellente leçon de G, posté, quoique isolée. On peut admettre que la fausse lecture porté a été faite par deux copistes indépendants, celui de D et celui d'à:.
de connaître seuls le véritable sens de l'Écriture; et c'est de là encore qu'il foudroie plus vigoureusement
210 l'impiété horrible de ceux qui osent assurer que Dieu n'est point. Il les entreprend particulièrement dans V Apologie de Raymond de Sebonde; et les trouvant dépouillés volontairement de toute révélation et abandonnés à leurs lumières naturelles, toute foi mise à
215 part, il les interroge de quelle autorité ils entreprennent déjuger de cet être souverain qui est infini par sa propre définition, eux qui ne connaissent véritablement aucune des moindres choses de la nature ! Il leur demande sur quels principes ils s'appuient; il les presse de les
220 montrer. Il examine tous ceux qu'ils peuvent produire, et y pénètre si avant, par le talent où il excelle, qu'il montre la vanité de tous ceux qui passent pour les plus naturels et les plus fermes. Il demande si l'âme connaît quelque chose; si elle se connaît elle-même; si elle est
22f substance ou accident, corps ou esprit ; ce que c'est que chacune de ces choses, et s'il n'y a rien qui ne soit de l'un de ces ordres : si elle connaît son propre corps, ce que c'est que matière, si elle peut discerner entre
208 G des Écritures ; et c'est de là qu'il foudroie l'impiété — 209 FT rigoureusement — 210 FJT ceux qui assurent — 213 G volontairement dépouillés, et manque devant abandonnés. — 214 FT leur lumière naturelle, FJT tout fait mis à part, DM toutes fois mises — 216 G juger cet — 218 D aucunes choses — 219 T et il les, F de les lui montrer — 221 FJTG et il pénètre — 223 MFJTB les plus éclairés et, G et pour les plus f. — 224 M et si elle se c. — 226 T soit de quelqu'un de, FJ soit quelque chose de, G ces deux ordres — 227 T corps ; si elle sait ce que, G corps, et ce que — 228 T discerner les corps dans Tinn. var. qu'on en pr., D discerner entre l'inn. var. des corps, quand on en a pr., M dise, entre rinn. sûreté de bons fruits quand on en produit; un reviseur a biff'é sûreté, bons fruits et écrit dans Vinterligne variété d'avis, a produit, J discerner entre Tinn. var. quand on en a pr., FG dise, entre l'inn. var. quand on en pr., B discer-
Tinnombrable variété d'avis, quand on en a produit de 230 bons*; comment elle peut raisonner, si elle est maté-
ner entre rinnombrable — quand on en a produit. Le copiste avait laissé un blanc entre innombrable et quand ; un reviseur y a écrit les mots effet qu'elle et biffé quand on, en sorte qu^on lit : entre l'innombrable effet qu'elle en a produit. — 230 TG comment elle peut, J comment elle peut raisonner si elle est spirituelle ; quand a-t-elle c.
1. F, J et G, partiellement confirmés par D, indiquent que le ras. portait : *i elle peut discerner entre Vinnombrable variété quand on en a produit. Si Ton suit la suggestion du reviseur de M qui a fait en plusieurs lieux de bonnes retouches, fondées peut-être sur un ms. que nous n'avons plus, on peut proposer de lire : si elle peut discerner entre Vinnombrable variété d'aviSy quand on en a produit de bons. On obtient ainsi une pensée, trop simple peut-être, mais convenable au contexte, et qu'appuie d'autre part VApologie de Raimond de Sebonde. En effet, s'il est difficile de précisera quel passage de Montaigne Pascal fait ici allusion, on voit pourtant qu'en plusieurs lieux (cf. EssaiSj éd. J.-V. Le Clerc, 11, xn, p. 152 ss., p. 193, 203 ss., etc.) Montaigne se borne à énumérer les systèmes sur l'origine de la matière et à triompher de leur diversité et de notre impuissance à choisir entre eux : harum sentenliarum quae vera sity deus aliquis viderit. En ce passage, entre autres : c Je ne scay pas pourquoi je n'acceptasse... ou les idées de Platon, ou les atomes d'Epicurus, ou le plein et le vuide de Leucippus et Democritus, ou l'eau de Thaïes, ou l'infinité de Nature d'Anaxi mander, ou l'air de Diogenes, ou les nombres et symmetrie de Pythagoras, ou l'infini de Parmenides, ou l'un de Musœus, ou l'eau et le feu d'Apollodorus, ou les parties similaires d'Anaxagoras, ou la discorde et amitié d'Empedocles, ou le feu de Heraclitus, ou toute autre opinion de cette confusion infinie d'advis et de sentences que produit celte belle raison humaine.,., »
Il serait fort improbable que deux remanieurs indépendants l'un de l'autre, T et D, se fussent rencontrés pour introduire le mot corps en ce passage. Mais, comme on l'a vu par ailleurs^ on a des raisons de croire que le premier éditeur des Mémoires de Fontaine, T, a exploité en quelques endroits l'édition princeps de VEntretien, donnée par D.
rielle; et comment peut-elle être unie à un corps par iculier et en ressentir les passions, si elle est spirituelle? quand a-t-elle commencé d'être? avec le corps ou devant; si elle finit avec lui ou non; si elle ne se trompe ^5 jamais; si elle sait quand elle erre, vu que Tessence de la méprise consiste à ne le pas connaître * ; si dans ces obscurcissements elle ne croit pas aussi fermement que
232 G aux corps particuliers —233 G quand elle a —234 T et si elle ne, JM ou si, J ou si elle ne se trompe — 235 M qu'elle erre — 236 BMFJG à la connaître; un reviseur de i a cot-rigé en marge [me] connaître, T à la méconnaître, D à ne le pas connaître — 237 FJT les obsc, D ses obsc, G elle ne voit pas aussi clairement, M elle ne croit point
1. La leçon de BMFJG semble bien être fautive. Havet Ta adoptée pourtant : « il demande.., si Vâme ne se trompe jamais, si elle sait qu'elle erre, vu que Vessence de la méprise consiste à la connaître. » D'abord, la leçon qu'elle erre, étant prise au seul ms. M, n'a aucune autorité, comme on sait; puis, Pascal ne ferait que répéter, par une tautologie importune, les mots si elle ne se tt^ompe jamais. Il n'a demandé si l'àme ne se trompe jamais — question tout ironique, puisque nul n'a jamais contesté qu'elle fût faillible — que pour amener celle-ci : « sait-elle quand elle se trompe? » « vu que l'essence de la méprise » ajoute-t-il, « consiste... •» A-t-il pu dire « à la connaître »? Il est bien vrai que subjectivement il n'y a méprise qu'à partir de l'instant où celui qui se trompe connaît qu'il se trompe; mais il ne servirait de rien de le marquer ici: la pensée adoptée par llavet, prise isolément, pourrait subsister, mais non dans ce contexte : Pascal, rappelant ces moments d'obscurcissement où l'âme croit fermement que deux et trois font six, demande si elle a quelque moyen de s'apercevoir alors de sa méprise, vu que l'essence de la méprise consiste précisément à ne pas s'apercevoir qu'on se trompe au moment où on se trompe. était donc fautif, et le sens est celui que T et M ont retrouvé aisément chacun de son côté : à la méconnaître'^ à ne le pa^ connaître. Nous pouvons adopter l'une de ces corrections ou, à notre gré, en proposer une autre, de même sens.
deux et trois font six qu'elle sait ensuite que c'est cinq ; si les animaux raisonnent, pensent, parlent; et qui peut
240 décider ce que c'est que le temps, ce que c'est que l'espace ou l'étendue, ce que c'est que le mouvement, ce que c'est que l'unité, qui sont toutes choses qui nous environnent et entièrement inexplicables; ce que c'est que la santé, maladie, vie, mort, bien, mal, justice,
245 péché, dont nous parlons à toute heure; si nous avons en nous des principes du vrai, et si ceux que nous croyons, et qu'on appelle axiomes ou notions communes, parce qu'elles sont conformes dans tous les hommes, sont conformes à la vérité essentielle ; et puisque nous ne
250 savons que par la seule foi qu'un Être tout bon nous les a donnés véritables, en nous créant pour connaître la vérité, qui saura sans cette lumière, si étant formés à l'aventure, ils ne sont pas incertains, ou si, étant formés par uji être faux et méchant, il ne nous les a pas donnés
255 faux afin de nous séduire? montrant par là que Dieu et le
238 T qu'elle croit ensuite, B qu'elle fait ensuite — 239 M parlent, raisonnent, pensent, BJM et qui peuvent décider; en M un reviseur a biffé qui et Va remplacé par s'ils. — 240 G décider de ce que c'est qu'esp. ou et., D ou étendue — 243 BFJDG intérieurement inexplicables; en J intérieurement a été corrigé par un reviseur en entièrement. — 244 FT que santé, mort, vie, maladie, J que la santé, mort, vie, maladie, G la maladie, santé, vie — 245 J à toutes heures — 246 B principes de vrai — 247 T ou notions communes à tous les h. sont conformes à, D ou not. comm. parce qu'elles sont communes, F ou not. comm. par ce qu'elles sont conformes à tous les h., sont conformes dans la vérité, M ou not. comm. parce qu'elles sont conformes dans les hommes sont conformes {un reviseur a introduit tous devant les et remplacé sont par et), J omet Vincidente parce que... hommes, G ou not. comm. parce qu'elles sont conformes dans tous les h. à la vérité essentielle — 251 J nous a donné véritable — 253 T l'aventure, nos notions ne sont pas incertaines — 254 G méchant et faux, T données fausses
vrai sont inséparables, et que si Tun est ou n'est pas, s'il est incertain ou certain, l'autre est nécessairement de même. Qui sait donc si le sens commun, que nous prenons pour juge du vrai, en a l'être de celui qui l'a
260 créé? De plus, qui sait ce que c'est que vérité, et comment peut-on s'assurer de l'avoir sans la connaître? Qui sait même ce que c'est qu'être, qu'il est impossible de définir, puisqu'il n'y a rien de plus général, et qu'il faudrait, pour l'expliquer, se servir d'abord de ce mot-là même en
265 disant : C'est, etc.? Et, puisque nous ne savons ce que c'est qu'âme, corps, temps, espace, mouvement, vérité, bien, ni même être, ni expliquer l'idée que nous nous en formons, comment nous assurons-nous qu'elle est la même dans tous les hommes, vu que nous n'en avons
2^0 d'autre marque que l'uniformité des conséquences, qui n'est pas toujours un signe de celle des principes; car ils peuvent bien être différents et conduire néanmoins aux mêmes conclusions, chacun sachant que le vrai se conclut souvent du faux.
275 « Enfin il examine aussi profondément toutes les sciences, et la géométrie dont il montre l'incertitude dans les axiomes et dans les termes qu'elle ne définit
257 JM certain ou incertain, T donc manque, — 259 FJT ordinairement pour juge, T vrai, a été destiné à cette fonction par — 260 J qui plus qui sait («zc), G la vérité — 262 FJT qu*un être, T puisqu'il est imp. de le déf., qu*il n'y a — 263 T faudrait d'abord, p. l'e., se s. de l'être même, en disant : c'est telle ou telle chose, DG faudrait, p. 1' e., se s. de ce mot-là même, en disant : c'est être, M faudrait, p. 1' e., se 9. d'abord de ce mot-là m., en disant : c'est, JB faudrait d'abord, p. 1' e., se s. de ce mot-là m., en disant : c'est, etc. — 267 G qui expliquera l'idée — 268 M assurerons — 270 FJTG d'autres marques, G de conséquences — 271 G colle de principes — 273 J omet chacun. — 275 G Eniln manque^ T aussi manque^ DMJG si profondément, DG toutes manque. — 276 DMJ et manque devant la géométrie. — 277 T ses axiomes, FJM les actions {corrigé par un reviseur en J).
point, comme d'étendue, de mouvement, etc. ; et la physique en bien plus de manières, et la médecine en
280 une infinité de façons; et Thistoire, et la politique, et la morale, et la jurisprudence et le reste : de telle sorte qu'on demeure convaincu que nous ne pensons pas mieux à présent que dans quelque songe dont nous ne nous éveillons qu'à la mort, et pendant lequel nous
285 avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel. C'est ainsi qu'il gourmande si fortement et si cruellement la raison dénuée de la foi, que lui faisant douter si elle est raisonnable, et si les animaux le sont ou non, ou plus ou moins, il la fait des-
290 cendre de l'excellence qu'elle s'est attribuée, et la met par grâce en parallèle avec les bêtes, sans lui permettre de sortir de cet ordre jusqu'à ce qu'elle soit instruite par son Créateur même de son rang qu'elle ignore; la menaçant, si elle gronde, de la mettre au-dessous de
295 toutes, ce qui est aussi facile que le contraire, et ne lui
donnant pouvoir d'agir cependant que pour remarquer
sa faiblesse avec une humilité sincère, au lieu de
s'élever par une sotte insolence. »
M. de Saci, se croyant vivre dans un nouveau pays et
278 D comme manque^ DG de centre, de mouvement, FBJ comme descendue (conngé par un reviseur en J.) — 279 T et manque devant la physique, T la médecine qu'il déprime en — 280 TG et manque devant Thistoire, la pohtique, etc,^ B omet les mots compris entre façons et le reste. — 281 G ainsi du reste — 283 F pas moins à présent, M quelques songes, J quelques songe (sic), T de sorte que, sans la révélation, nous pourrions croire, selon lui, que la vie est un songe dont nous ne nous éveillons — 287 G foi, en lui faisant — 289 T ou plus ou moins que Thomme — 290 G met presque en — 295 DG de tout, T ce qui lui paraît — 296 G cependant manque i T pour reconnaître, FJ pour connaître, G pour regarder — 298 FJ sotte vanité et insolence, T sotte vanité — 299 T Saci croyait vivre, G autre pays, G pays, dit à M. Pascal : Je vous suis obligé... Les six lignes intermédiaires manquant,
300 entendre une nouvelle langue, il se disait en lui-même les paroles de saint Augustin : « Dieu de vérité ! ceux qui savent ces subtilités de raisonnement vous sont-ils pour cela plus agréables? » Il plaignait ce philosophe qui se piquait et se déchirait lui-même de toutes parts
305 des épines qu'il se formait, comme saint Augustin dit de lui-même quand il était en cet état. Après une assez longue patience, il dit à M. Pascal :
« Je vous suis obligé, monsieur; je suis sûr que, si j'avais longtemps lu Montaigne, je ne le connaîtrais pas
310 autant que je fais depuis cet entretien que je viens d'avoir avec vous. Cet homme devrait souhaiter qu'on ne le connût que par les récits que vous faites de ses écrits; et il pourrait dire avec saint Augustin : Ibi me vide, attende. Je crois assurément que cet homme avait
315 de l'esprit; mais je ne sais si vous ne lui en prêtez pas un peu plus qu'il n'en a, par cet enchaînement si juste que vous faites de ses principes. Vous pouvez juger qu'ayant passé ma vie comme j'ai fait, on m'a peu conseillé de lire cet auteur, dont tous les ouvrages n'ont
320 rien de ce que nous devons principalement rechercher dans nos lectures, selon la règle de saint Augustin, parce que ses paroles ne paraissent pas sortir d'un
300 TB et il, D il manque. — 302 J les s. du raisonnement — 303 J le philosophe — 304 M et manque, J et se déseichoit — 305 J et comme saint Augustin dit lui-même {d^une seconde main : de lui), D lorsqu'il — 307 T Après donc avoir écouté avec patience, il — 309 FT lu longtemps, G monsieur, sûr que si — 312 G le récit — 314 T vides — ^iQ T n'en a eu — 317 FMJB et vous pouvez, G principes. Mais qu'avait besoin... Les huit lignes intermédiaires manquent. — 322 T parce que ses paroles ne viennent point de l'humilité et de la piété chrétiennes et qu'elles renversent les fondements de toute connaissance et par conséquent de la religion elle-même. C'est ce que ce saint docteur a reproché à ces philosophes d'autrefois, qu'on n. Ac, et qui voulaient mettre tout dans
grand fonds d'humilité et de piété. On pardonnerait à ces philosophes d'autrefois, qu'on nommait académi-
325 ciens, de mettre tout dans le doute. Mais qu'avait besoin Montaigne de s'égayer l'esprit en renouvelant une doctrine qui passe maintenant aux chrétiens pour une folie ? C'est le jugement que saint Augustin fait de ces personnes. Car on peut dire après lui de Montaigne, à
330 regard de la jeunesse : « Il met dans tout ce qu'il dit la foi à part; ainsi nous, qui avons la foi, devons de même mettre à part tout ce qu'il dit. » Je ne blâme point l'esprit de cet auteur, qui est un grand don de Dieu; mais il pouvait s'en servir mieux et en faire
335 plutôt un sacrifice à Dieu qu'au démon. A quoi sert un bien, quand on en use si mal? Quid proderat, etc.? dit de lui-même ce saint docteur avant sa conversion. Vous êtes heureux, monsieur, de vous être élevé au-dessus de ces personnes qu'on appelle des docteurs, plongés dans
340 l'ivresse de la science, mais qui ont le cœur vide de la vérité. Dieu a répandu dans votre cœur d'autres douceurs et d'autres attraits que ceux que vous trouviez
323 G Mais dans le fond qu'avait — 327 T passe avec raison parmi les chrétiens, M passe maintenant chez les chrétiens, G pa^se présentement au chrétien — 328 T folie. Que si on allègue pour excuser Montaigne qu'il met dans tout ce qu'il dit la foi à part, nous qui avons la foi, nous devrons mettre à part tout ce que dit Montaigne — 329 G et on peut — 330 B dans ce qu'il la foi (sic)y D à l'égard de sa jeunesse, ces mois manquent en G. J jeunesse, il met dans tout ce qu'il dit la foi à part, tout ce qu'il dit je ne balance point l'esprit (sic. Un reviseur a conngé dans l'interligne). G ce qu'il dit. Vous êtes heureux... (Les cinq lignes intermédiaires manquent.) — 332 F Je ne balance (corrigé en blâme), T Je ne blâme point dans cet auteur l'esprit — 334 T il devait s'en — 336 La phrase Quid... conversion manque en T, même manque en D, J après sa conversion — 339 J au-dessus de ces docteurs qu'on appelle des docteurs, G des manque. — 340. DG de la science manque, T et qui ont, B mais manque.
68 ÉTUDES CRITIQUAS
dans Montaigne. Il vous a rappelé de ce plaisir dangereux, ajucunditate pestifera, dit saint Augustin, qui rend
345 grâces à Dieu de ce qu'il lui a pardonné les péchés qu'il avait commis en goûtant trop les vanités. Saint Augustin est d'autant plus croyable en cela qu'il était autrefois dans ces sentiments; et comme vous dites de Montaigne que c'est par ce doute universel qu'il combat les héré-
350 tiques de son temps, ce fut aussi par ce même doute des académiciens que saint Augustin quitta l'hérésie des manichéens. Depuis qu'il fut à Dieu, il renonça à cette vanité, qu'il appelle sacrilège, et fit ce qu'il dit de quelques autres. Il reconnut avec quelle sagesse
355 saint Paul nous avertit de ne nous pas laisser séduire par ces discours. Car il avoue qu'il y a en cela un certain agrément qui enlève : on croit quelquefois les choses véritables, seulement parce qu'on les dit éloquemment. Ce sont des viandes dangereuses, dit-il,
3G0 mais que Ton sert en de beaux plats; mais ces viandes, au lieu de nourrir le cœur, le vident. On ressemble alors à des gens qui dorment, et qui croient manger en dormant : ces viandes imaginaires les laissent aussi vides qu'ils étaient. »
365 M. de Saci dit à M. Pascal plusieurs choses semblables : sur quoi M. Pascal lui dit que, s'il lui faisait compliment de bien posséder Montaigne et de le savoir
344 G dangereux. M. de Saci dit à M. Pascal. Les vingt lignes intermédiaires manquent, — 346 D la vanité, TB ces vanités — 349 D ce fut manque, — 350 D que manque, — 352 D ces vanité. — 353 T les mots et fit... autres manquent, T avec quelle facilité — 358 T des choses, T seulement manque. — 360 T mais manque devant que l'on sert, D dans de b. plats, B mais les viandes — 361 D elles le v., M le séduisent — 365 FJM H lui dit, G M. de Sacy dit à M. Pascal plusieurs choses semblables. M. Pascal lui dit : « Je vous avoue... » les huit lignes intermédiaires manquent.
bien tourner, il pouvait lui dire sans compliment qu'il possédait bien mieux saint Augustin, et qu'il le savait
370 bien mieux tourner, quoique peu avantageusement pour le pauvre Montaigne. Il lui témoigna être extrêmement édifié de la solidité de tout ce qu'il venait de lui représenter; cependant, étant encore tout plein de son auteur, il ne put se retenir et lui dit :
375 « Je vous avoue, monsieur, que je ne puis voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes, et cette révolte si sanglante de l'homme contre l'homme, qui, de la société avec Dieu, où il s'élevait par les maximes de sa faible
380 raison, le précipite dans la nature des bêtes; et j'aurais aimé de tout mon cœur le ministre d'une si grande vengeance, si, étant disciple de l'Église par la foi, il eût suivi les règles de la morale, en portant les hommes, qu'il avait si inutilement humiliés, à ne pas irriter par
385 de nouveaux crimes celui qui peut seul les tirer de ceux qu'il les a convaincus de ne pouvoir pas seulement connaître.
« Mais il agit au contraire de cette sorte en païen. De ce principe, dit-il, que hors de la foi tout est dans l'in-
390 certitude, et considérant combien il y a que l'on
368 M il lui pouvait — 369 D qu'il savait bien mieux s. Aug. — 371 TBMFJ av. en faveur du, M en faveur de M. Montagne — 371 TM. Pascal parut extr., FBJM II lui parut être extr. --372 T ce que M. de Saci venait — 376 M peux sans joie voir - 378 T laquelle de la société — 380 D de sa faible raison manque^. se précipite, G où il s'élevait par les maximes des faibles, il le précipite dans la nature des botes par celles des prétendus esprits forts, M de sa sotte (seule en surcharge) raison, FJ le précipitait, T le précipite dans la condition — 380 T et manque devant j'aurais. — 382 T humble disciple — 383 FJT ces hommes — 386 G de ne pas pouvoir — 388 DG en p. de cette sorte, T de cette sorte manqite, — 390 DG bien combien, G que l'on
cherche le vrai et le bien sans aucun progrès vers la tranquillité, îl conclut qu'on en doit laisser le soin aux autres ; et demeurer cependant en repos, coulant légèrement sur les sujets de peur d'y enfoncer en appuyant;
395 et prendre le vrai et le bien sur la première apparence, sans les presser, parce qu'ils sont si peu solides que, quelque peu qu'on serre la main, ils s'échappent entre les doigts et la laissent vide. C'est pourquoi il suit le rapport des sens et les notions communes, parce qu'il
400 faudrait qu'il se fît violence pour les démentir, et qu'il ne sait s'il gagnerait, ignorant où est le vrai. Ainsi il fuit la douleur et la mort, parce que son instinct l'y pousse, et qu'il n'y veut pas résister par la même raison, mais sans en conclure que ce soient de véritables maux,
405 ne se liant pas trop à ces mouvements naturels de crainte, vu qu'on en sent d'autres de plaisir qu'on dit être mauvais, quoique la nature parle au contraire. Ainsi, il n'a rien d'extravagant dans sa conduite ; il agit comme les autres; et tout ce qu'ils font dans la sotte
410 pensée qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un autre
principe, qui est que les vraisemblances étant pareilles
d'un et d'autre côté, l'exemple et la commodité sont
les contre-poids qui l'entraînent.
« Il suit donc les mœurs de son pays, parce que la
394 T et manque, FJT ces sujets — 396 D sans le — 397 FT que Ton serre, D les mains... et les laissent vides, G la main... et les 1. vides — 401 T s'il y — 403 TG ne veut — 405 MJ ses mouvements — 406 T qu'on accuse d'être — 407 G puisque la nature, T nature, dit-il, parle.... Ainsi, ajoute-t-il, je n'ai rien... j'agis... je le fais... qui m'entraînent — 409 D les autres hommes — 4i0 J il le faut par — 4H G étant égales de part et d'autre — 4i2 T de l'un et de l'autre — 413 D l'emportent — 414 D celte phrase il suit... l'emporte manque^ G donc les coutumes de son pays, parce que la coutume (sic)
415 coutume remporte : il monte sur son cheval, comme uir qui ne serait pas philosophe, parce qu'il le souffre, mais sans croire que ce soit de droit, ne sachant pas si cet animal n'a pas, au contraire, celui de se servir de lui. Il se fait aussi quelque violence pour éviter certains
420 vices; et même il garde la fidélité au mariage, à cause de la peine qui suit les désordres; mais si celle qu'il prendrait surpasse celle qu'il évite, il y demeure en repos, la règle de son action étant en tout la commodité et la tranquillité. Il rejette donc bien loin cette vertu
425 stoïque qu'on peint avec une mine sévère, un regard farouche, des cheveux hérissés, le front ridé et en sueur, dans une posture pénible et tendue, loin des hommes dans un morne silence, et seule sur la pointe d'un rocher : fantôme, à ce qu'il dit, capable d'effrayer les
430 enfants, et qui ne fait là autre chose, avec un travail continuel, que de chercher le repos, où elle n'arrive jamais. La sienne est naïve, familière, plaisante, enjouée et pour ainsi dire folâtre ; elle suit ce qui la charme, et badine négligemment des accidents bons ou mauvais,
435 couchée mollement dans le sein de l'oisiveté tranquille, d'où elle montre aux hommes, qui cherchent la félicité avec tant de peine, que c'est là seulement où elle repose, et que l'ignorance et l'incuriosité sont deux doux oreillers pour une tête bien faite, comme il dit
440 lui-même.
4i5 FT comme un homme, D comme un autre, G Vincidénie comme... philosophe manqun. — 416 T parce que le cheval — 417 G croire pourtant que ce soit de droit, ne sachant pas au contraire celui de (s/c), J comme ne sachant, T animal au contraire n'a — 419 FJTMB de certains — 420 DG il a gardé — 421 T la phrase mais si... repos manque. — 426 G les cheveux — 430 G là d'autre chose — 432 JTB Sa science. FM La science, G La sienne au contraire est — 435 M tranquille manque. — 436 G cherchent la vérité — 437 D peines — 438 G qu'elle repose, B l'ignorance et l'incertitude
« Je ne puis pas vous dissimuler, monsieur, qu'en lisant cet auteur et le comparant avec Épictète, j'ai trouvé qu'ils étaient assurément les deux plus grands défenseurs des deux plus célèbres sectes du monde, et
445 les seules conformes à la raison, puisqu'on ne peut suivre qu'une de ces deux routes, savoir : ou qu'il y a un Dieu, et lors il y place son souverain bien ; ou qu'il est incertain, et qu'alors le vrai bien l'est aussi, puisqu'il en est incapable.
450 « J'ai pris un plaisir extrême à remarquer dans ces divers raisonnements en quoi les uns et les autres sont arrivés à quelque conformité avec la sagesse véritable qu'ils, ont essayé de connaître. Car s'il est agréable d'observer dans la nature le désir qu'elle a de peindre
455 Dieu dans tous ses ouvrages, où l'on en voit quelque
441 — T dissimuler, ajouta M. Pascal, qu'en — 443 FJxMB illustres défenseurs— 444 T du monde infidèle, qui sont les seules, entre celles des hommes destitués de la lumière de la religion, dont les opinions soient en quelque sorte liées et conséquentes. Car que peuvent-ils faire que de suivre Tun ou Tautre de ces deux systèmes? Le premier : il y a un Dieu; donc c'est lui qui a créé Thomme. Il Ta fait pour lui-toême. Il Ta créé tel qu*il doit être pour être juste et pour devenir heureux. L'homme peut donc connaître la vérité, et il est à portée de s'élever par sa sagesse jusqu'à Dieu qui est son souverain bien. Second système : L'homme ne peut s'élever jusqu'à Dieu. Ses inclinations contredisent la loi. Il est porté à chercher son bonheur dans les biens visibles et môme en ce qu'il y a de plus honteux. Tout paraît donc incertain, et le vrai bien l'est aussi ; ce qui semble nous réduire à n'avoir ni règle fixe pour les mœurs, ni certitude dans les sciences. J'ai pris un plaisir — 445 BJG les seuls — 446 G que l'une de ces, G savoir qu'il, F qu'une de ces vérités, savoir: ou qu'il y a un Dieu et alors qu'elle y place son s. b., ou que cela est inc, J qu'il y place son s. b., ou qu'elle est incertaine — 447 G y placer son — 448 GM et alors — 452 T autres ont aperçu quelque chose de la vérité qu'ils ont essayé — 455 TG quelques caractères, G parce qu'elles en, M la proposition où l'on... images manque.
caractère parce qu'ils en sont les images, combien est-il plus juste dç considérer dans les productions des esprits les efforts qu'ils font pour imiter la vertu essentielle, même en la fuyant, et de remarquer en quoi ils y arri-
460 vent et en quoi ils s'en égarent, comme j'ai tâché de faire dans cette étude !
« Il est vrai, monsieur, que vous venez de me faire voir admirablement le peu d'utilité que les chrétiens peuvent retirer de ces études philosophiques. Je ne
466 laisserai pas néammoins, avec votre permission, de vous en dire encore ma pensée, prêt néanmoins de renoncer à toutes les lumières qui ne viendront point de vous : en quoi j'aurai l'avantage, ou d'avoir rencontré la vérité par bonheur, ou de la recevoir de vous avec assurance.
470 II me semble que la source des erreurs de ces deux sectes est de n'avoir pas su que Tétat de l'homme à présent diffère de celui de sa création; de sorte que l'un remarquant quelques traces de sa première grandeur, et ignorant sa corruption, a traité la nature
475 comme saine et sans besoin de réparateur, ce qui le mène au comble de la superbe; au lieu que l'autre éprouvant la misère présente et ignorant la première
458 T pour parvenir à la vérité même — 459 M et remarquer — 460 G ils s'égarent — 461 J de cette, G dans cette étude. Il me semble que la source... Les huit lignes intermédiaires manquent. — 464 BMFJ peuvent faire, en J un reviseur a biffé faire et l'a remplacé par tirer, T le peu de besoin que les chr. ont, F lectures philosophiques — 465 T pas cependant — 466 T à renoncer — 468 F de rencontrer, J en quoi aurai-je l'avantage ou den (sic) rencontrer la v. par bonheur ou de recevoir de lui avec ass. (sic), La seconde main a écrit la au-dessus de recevoir et biffé de lui), B recevoir de lui — 470 J les sources, T erreurs des stoïciens d'une part et des épicuriens de l'autre est — 475 B la mène — 476 T au comble de l'orgueil — 477 T sa misère... sa p. dignité, MFJ la misère... sa p. dignité
dignité, traite la nature comme nécessairement infirme et irréparable, ce qui le précipite dans le désespoir
480 d'arriver à un véritable bien, et de là dans une extrême lâcheté. Ainsi ces deux états qu'il fallait connaître ensemble pour voir toute la vérité, étant connus séparément, conduisent nécessairement à Tun de ces deux vices, l'orgueil et la paresse, où sont infailliblement tous
485 les hommes avant la grâce, puisque, s'ils ne demeurent dans leurs désordres par lâcheté, ils en sortent par vanité, tant il est vrai ce que vous venez de me dire de saint Augustin, et que je trouve d'une grande étendue; car en effet on leur rend hommage en bien
490 des manières.
« C'est donc de ces lumières imparfaites qu'il arrive que l'un, connaissant le devoir de l'homme et ignorant son impuissance, se perd dans la présomption, et que l'autre, connaissant l'impuissance et non le devoir, il
495 s'abat dans la lâcheté ; d'où il semble, puisque l'un est
478 F traite la — 479 J ce qui est le précipite, corrigé d'une autre main en ce qui est se précipiter, B au lieu que Ta... éprouvant la nat. comme nécessairement inf. et irr., ce qui {sic) — 481 T Ainsi manque» — 482 M ensemble manque^ G pour voir la vérité dans son entier — 483 T à l'org. ou à la paresse, T plongés tous les h. — 485 T demeurent point — 487 G cette phrase tant il est vrai... manières manque, T par vanité. Ainsi ils sont toujours esclaves des esprits de malice, à qui, comme le remarque s. Aug., on sacrifie en b. des m. — 492 DG connaissant les devoirs, J qu'il arrive que l'un connaissant l'impuissance et non le devoir, il s'abat dans la lâcheté, d'où il semble (sic), FT Tun conn. l'imp. et non le dev., il s'abat dans la 1., et que l'autre, conn. le devoir sans conn. son imp., il s'élève dans son orgueil. — 495 G il s'abandonne à la lâcheté, F semble, puisque l'un a la vérité, l'autre l'erreur, BJM semble, puisque l'un est la vérité, l'autre l'erreur, que l'on f., DG semble que, puisque l'un conduit à la V., l'autre à l'e., on formerait, T semble que l'on formerait {les mots compris entre puisque et erreur manquent).
la vérité où Taulre est l'erreur*, que Ton formerait en les alliant une morale parfaite. Mais, au lieu de cette paix, il ne résulterait de leur assemblage qu'une guerre et qu'une destruction générale : car, l'un établissant la
000 certitude, l'autre le doute, l'un la grandeur de l'homme, l'autre sa faiblesse, ils ruinent la vérité aussi bien que la fausseté l'un de l'autre. De sorte qu'ils ne peuvent subsister seuls à cause de leurs défauts, ni s'unir à cause de leurs oppositions^ et qu'ainsi ils se brisent et s'anéan-
505 tissent pour faire place à la vérité de l'Évangile. C'est elle qui accorde les contrariétés par un art tout divin, et, unissant tout ce qui est de vrai et chassant tout ce qui est de faux, elle en fait une sagesse véritablement céleste où s'accordent ces opposés, qui étaient incom-
510 patibles dans ces doctrines humaines. Et la raison en est que ces sages du monde placent les contraires dans
498 F il ne réussirait de, M leurs assemblages — 500 MJT et Tautre — 501 J la faiblesse et ruinant, T l'autre sa faiblesse, ils ne sauraient se réunir et se concilier, de sorte qu'ils ne peuvent ni subsister — 504 FJT à cause de leurs opinions — 507 T et manque devant unissant, J unissant tout ce qui est désuni et, TB ce qui est vrai, FJMB et sachant tout ce qu'il y a de faux, G et lâchant tout ce qui est de faux — 509 FJ les opposés, T les principes opposés — 511 F les sages d. m. ont placé
i . On l'a vu : aucune des leçons transmises n'est acceptable. La pensée, semble-t-il, ne devient logique que si Pascal a voulu dire : « Puisque la part de vérité du système de Montaigne est la part d'erreur du système d'Épictète, et réciproquement, il semble qu'on formerait en les alliant une morale parfaite •. On peut conjecturer, faute de mieux, que le rédacteur primitif de VEntretien avait écrit « puisque Vun est la venté où Vautre est Verreur ». Où^ écrit sans signe d'accentuation, a été pris pour la conjonction ou marquant l'alternative, et la phrase a été diversement arrangée par DG d'une part, par MJB d'autre part, par F encore, et supprimée par T.
un même sujet; car l'un attribuait la grandeur à la nature et l'autre la faiblesse à cette même nature, ce qui ne pouvait subsister ; au lieu que la foi nous apprend
515 à les mettre en des sujets différents : tout ce qu'il y a d'infirme appartenant à la nature, tout ce qu'il y a de puissant appartenant à la grâce. Voilà l'union étonnante et nouvelle que Dieu seul pouvait enseigner, et que lui seul pouvait faire, et qui n'est qu'une image et qu'un
520 effet de l'union ineffable de deux natures dans la seule personne d'un Homme-Dieu.
u Je^ vous demande pardon, monsieur, dit M. Pascal à M. de Saci, de m'emporter ainsi devant vous dans la théologie, au lieu de demeurer dans la philosophie, qui
525 était seule mon sujet; mais il m'y a conduit insensiblement; et il est difficile de n'y pas entrer, quelque vérité qu'on traite, parce qu'elle est le centre de toutes les vérités; ce qui paraît ici parfaitement, puisqu'elle enferme si visiblement toutes celles qui se trouvent
530 dans ces opinions. Aussi je ne vois pas comment aucun d'eux pourrait refuser de la suivre. Car s'ils sont pleins de la pensée de la grandeur de l'homme, qu'en ont-ils imaginé qui ne cède aux promesses de l'Évangile, qui ne sont autre chose que le digne prix de la mort d'un
535 Dieu? Et s'ils se plaisent à voir l'infirmité de la nature, leur idée n'égale plus celle de la véritable faiblesse du péché, dont la même mort a été le remède. Ainsi tous
512 J attribuant, T attribuait la force — 516 G d'infirmité, J appartient à la nature... appartient à la grâce, T nature et tout, MG de puissance — 518 MJT qu'un Dieu, T enseigner que
— 520 TiMG des doux natures — 525 T philosophie. Mais mon sujet m'y a— 529 FT renferme — 531 M pouvait — 532 G de la pensée manque^ D qu'ont-ils, F aux principes de l'Évangile
— 534 G la proposition qui ne sont.... Dieu manque, — 535 D se plaisaient -r- 536 DG leurs idées n'égalent plus celles, T n'égale point — 537 G les mots depuis dont jusqu'à remède manquent.
y trouvent plus qu'ils n'ont désiré ; et ce qui est admirable, ils s'y trouvent unis, eux qui ne pouvaient s'allier
^0 dans un degré infiniment inférieur. »
M. de Saci ne put s'empêcher de témoigner à M. Pascal qu'il était surpris comment il savait tourner les choses; mais il avoua en même temps que tout le monde n'avait pas le secret, comme lui, de faire des
545 lectures des réflexions si sages et si élevées. Il lui dit qu'il ressemblait à ces médecins habiles qui, par la manière adroite de préparer les plus grands poisons, en savent tirer les plus grands remèdes. Il ajouta que, quoiqu'il voyait * bien, par ce qu'il venait de lui dire,
550 que ces lectures lui étaient utiles, il ne pouvait pas croire néanmoins qu'elles fussent avantageuses à beaucoup de gens dont l'esprit se traînerait un peu et n'au-
540 J intimement inférieur, B intimement intérieur, G les mots compris entre dans et inférieur manquent. — 545 FT faire sur ses lectures des réfl.,^ G remanie ainsi : Monsieur, dit M. de S., j'admire en vérité la manière ingénieuse avec laquelle vous savez tourner toutes choses; mais tout le monde n*a pas le même secret de faire des lectures et des réflexions si sages et si élevées. Je vois assez par tout ce que vous venez de dire que ces lectures vous sont utiles, mais je ne saurais croire néanmoins qu'elles fussent avantageuses à beaucoup de gens dont Tesprit se traînerait un peu et n'aurait pas assez d'élévation pour lire les auteurs et en juger et n'en saurait tirer les perles du milieu du fumier. Pour l'utilité de ces lectures — 549 TD quoiqu'il vit bien, T par tout ce qu'il — 550 JM que ses 1. — 552 T les mots se traînerait un peu et manquent.
1. Sur la construction de quoique avec l'indicatif, cf. Haase, La Syntaxe française du XVII* siècle^ trad. Obert, S 83. On comprend que deux reviseurs indépendants l'un de l'autre Paient écartée au xvni^ siècle ; on ne comprendrait pas qu'au xvui> siècle deux copistes indépendants l'un de l'autre se fussent rencontrés pour l'introduire.
rait pas assez d'élévation pour lire ces auteurs et en juger, et savoir tirer les perles du nailieu du fumier,
555 aurum ex stercore Tertulliani, disait un Père. Ce qu'on pouvait bien dire de ces philosophes, dont le fumier, par sa noire fumée, pouvait obscurcir la foi chancelante de ceux qui les lisent. C'est pourquoi il conseillerait toujours à ces personnes de ne pas s'exposer légè-
560 rement à ces lectures, de peur de se perdre avec ces
philosophes, et de devenir l'objet des démons et ta
pâture des vers, selon le langage de l'Écriture, comme
ces philosophes l'ont été.
« Pour l'utilité de ces lectures, dit M. Pascal, je vous
565 dirai fort simplement ma pensée. Je trouve dans Ëpictète un art incomparable pour troubler le repos de ceux qui le cherchent dans les choses extérieures, et pour les forcer à reconnaître qu'ils sont de véritables esclaves et de misérables aveugles ; qu'il est impossible qu'ils trouvent
b'iO autre chose que l'erreur et la douleur qu'ils fuient, s'ils ne se donnent sans réserve à Dieu seul. Montaigne est incomparable pour confondre l'orgueil de ceux qui, hors la foi, se piquent d'une véritable justice ; pour désabuser ceux qui s'attachent à leurs opinions, et qui croient
515 trouver dans les sciences des vérités inébranlables; et pour convaincre si bien la raison de son peu de lumière et de ses égarements, qu'il est difficile, quand on fait un
554 D et tirer, T et pour savoir t. des perles du milieu du fumier, d'où il s'élevait même une noire fumée qui pourrait, D Tertulliani manque. — 556 F bien plus dire à ces, BMJ à ces philosophes — 561 TD la proie des démons — 564 G reprit M. Pascal — 568 FJ à connaître, G qu'ils sont esclaves et aveugles — 570 J autres choses, G la douleur qui suit — 571 G seul manque, — 573 T sans la foi — 575 T croient, indépendamment de l'existence et des perfections de Dieu, trouver — 576 J et manque devant pour. — 577 T difficile après cela d'être tenté de rejeter les mystères parce qu'on croit y trouver des répugnances.
bon usage de ses principes, d'être tenté de trouver des répugnances dans les mystères : car l'esprit en est si
^^ battu qu'il est bien éloigné de vouloir juger si l'Incarnation ou le mystère de l'Eucharistie sont possibles ; ce que les hommes du commun n'agitent que trop souvent.
« Mais si Épictète combat la paresse, il mène à l'or-
585 gueil, de sorte qu'il peut être très nuisible à ceux qui ne sont pas persuadés de la corruption de la plus parfaite justice qui n'est pas de la foi. Et Montaigne est absolument pernicieux à ceux qui ont quelque pente à l'impiété et aux vices. C'est pourquoi ces lectures doivent
5^0 être réglées avec beaucoup de soin, de discrétion et d'égard à la condition et aux moeurs de ceux à qui on les conseille. Il me semble seulement qu'en les joignant ensemble elles ne pourraient réussir fort mal, parce que l'une s'oppose au mal de l'autre : non qu'elles
595 puissent donner la vertu, mais seulement troubler dans les vices : l'âme se trouvant combattue par ces contraires, dont l'un chasse l'orgueil et l'autre la paresse, et ne pouvant reposer dans aucun de ces vices par ses raisonnements ni aussi les fuir tous. »
600 Ce fut ainsi que ces deux personnes d'un si bel esprit s'accordèrent enfin au sujet de la lecture de ces philosophes, et se rencontrèrent au même terme, où ils
578 JM ces principes — 581 T et le mystère, G possibles. Et il me semble qu'en joignant ces deux auteurs ensemble ils ne feraient pas grand mal, parce que Tun s'oppose au mal de Tautre, non qu'il puissent donner la vertu, mais seulement troubler dans les vices. Explicil G. — 58C T de toute justice; — 587 TM qui ne^vient pas de la foi — 589 D c'est pourquoi ils doivent, J les lectures — 593 M réussir que fort, B l'un s'oppose — 594 T l'autre. Elles ne peuvent donner la vertu, mais seulement — 596 FJT l'homme se t. combattu — 597 FJTM les contraires — 598 J et ne peuvent, T par ces raisonnements manque, DJ ces raisonnements
arrivèrent néanmoins d'une manière différente : M. de Saci y étant venu tout d'un coup par la claire vue du
605 christianisme, et M. Pascal n'y étant arrivé qu'après beaucoup de tours, en s'attachant aux principes de ces philosophes.
Lorsque M. de Saci et tout Port-Royal des Champs étaient ainsi tout occupés de la joie que causaient la
610 conversion et la vue de M. Pascal, et qu'on y admirait la force toute puissante de la grâce, qui, par une miséricorde dont il y a peu d'exemples, avait si profondément abaissé cet esprit si élevé de lui-même, on le fut encore bien plus, vers le même temps, du changement
615 presque miraculeux d'une autre personne, qui combla de joie tout ce désert..,.
604 D arrivé tout d'un coup — 606 BDJ de détours, en M la leçon tours a élé conHgée par un réviseur en détours. — 608 M des Champs manque; ajouté en J par un réviseur. — 010 M et la vue manque, — 612 JM avait si humblement soumis