‹ Études critiquesChapitre 20 sur 74 · Revue des Deux Mondes, 1902, p · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes, 1902, p

2. L'uttitude de M. G. Lanson, dans Tarticle ainsi mentionné pur M. Faguet, est bien plutôt celle du « doute provisoire ».

— article de M. Grappe dans la Revue Latine dans le même sens et surtout prenant la défense de l'honnêteté et probité de Naigeon.

« 2° Quatre articles dans le numéro de juillet-septembre de la Revue d'Histoire littéraire de la France^ à savoir : de M. Lucien Brunel, très favorable à la thèse de M. Dupuy, insistant surtout sur les raisons de goût, et se refusant à admettre qu'un ouvrage aussi mal écrit que le Paradoxe puisse être de Diderot; — de M. Maurice Tourneux, défendant Tauthenticité du manuscrit de Saint- Pétersbourg et réfutant les arguments de M. Dupuy; — de M. Dupuy, montrant l'inanité de l'argumentation de M. Tourneux; — de M, Tourneux, revenant à la contre-réplique et montrant l'inanité de l'argumentation de M. Dupuy. »

A cette revue sommaire, il convient d'ajouter : 3* L'article de M. É. Faguet auquel nous avons emprunté les lignes qui précèdent {Revue Latine du 28 décembre 1902), défavorable à la thèse de M. E. Dupuy; — deux articles de M. A. Aulard {la Révolution française du 14 août 1902 et du 14 janvier 1903), généralement favorables à la thèse de M. E. Dupuy; un article de M. René Doumic {Revue des Deux Mondes du 15 octobre 1902), très favorable à la thèse de M. E. Dupuy.

Il est aisé de voir où réside la difficulté du problème : les contradicteurs de M. Dupuy auront beau soutenir que le Paradoxe est signé Diderot presque à chaque ligne, ils auront beau accumuler les objections, il est visible que M. Dupuy n'en sera pas ébranlé. Qu'ils attaquent un à un tous ses arguments, il en est un qui demeure. Supposé même que M. Ernest Dupuy renonce de son plein gré à tous les étais de sa théorie, elle subsistera, intangible, aussi longtemps que subsistera le fait qui Ta suscitée et qui la fonde : le manuscrit Naigeon existe. Il existe : qu'y faire? Il existe avec ses ratures et ses surchages : si Naigeon n'a point touché au texte de Diderot, pourquoi ces ratures, pourquoi ces surcharges? Rendez compte d'abord du manuscrit Naigeon. — « Naigeon, dit celui-ci, ne pourrait-il pas l'avoir écrit sous la dictée de Diderot? » — « Ou bien, dit cet autre, ce manuscrit ne serait-il pas une copie figurée, une sorte de calque, où Naigeon se serait amusé à reproduire l'aspect d'un brouillon de Diderot? » De quoi M. Dupuy triomphe, et c'est justice. Et si M. Emile Faguet, revendiquant par de forts arguments l'authenticité du Paradoxe^ concède pourtant que Naigeon a bien pu, de l'aveu de Diderot, y

insérer trois ou quatre pages de lui, « quelques petites choses » seulement, M. Ernest Dupuy triomphe encore de cette concession : si, là seulement où M. Faguet ne peut pas récuser le témoignage de ses yeux, il accorde que Naigeon a « cuisiné » « quelques petites choses », Tensemble du Paradoxe demeure suspect, sans autre garantie d'authenticité que le goût de chacun; et deviennent suspects du même coup tous ceux des écrits posthumes de Diderot dont nous devons la connaissance au seul Naigeon ou aux éditeurs de 1830. « C'est donc sur le manuscrit Naigeon », répète M. E. Dupuy, « qu'il faut discuter, c'est là le fond de l'affaire *. » Il dit bien, et ses adversaires le savent.

Qu'est-ce donc que le manuscrit Naigeon?

M. Ernest Dupuy en a publié dans son édition du Paradoxe six pages en fac-similé : regardons-y ^. Faire la critique des leçons doubles ou triples que nous offre un manuscrit, c'est à l'ordinaire une opération assez simple : nous allons l'essayer.

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