Mac Master, ouv. cité, t. II, p
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facile, et ce sont encore 350 kilomètres à vol d'oiseau. Comptons encore douze jours.
Quant au reste de l'itinéraire, il ne s'agissait que de traversen des pays peu accidentés, sans obstacles naturels autres que la fréquence des cours d'eau à franchir. Mais calculons les distances. Il y a, à vol d'oiseau, 800 kilomètres des Natchez à Cuscowilla, 200 kilomètres de Cuscowilla à Apalachucla sur le Chata-Uche, 550 kilomètres du Chata-Uche aux Natchez, 650 kilomètres des Natchez à Nashville, 750 kilomètres de Chillicothe à Philadelphie *. C'est un parcours minimum de 2 950 kilomètres.
' La durée d'une telle chevauchée dépend de l'endurance du cavalier. Il 'est donc impossible de la déterminer exactement. Si Chateaubriand avait conservé en ces régions la même allure qu'au partir du Niagara pour Érié (40 kilomètres par jour), il y aurait employé 73 jours. Faisons, la bonne mesure. Quel est le train le plus rapide que puisse soutenir pendant cinquante jours au moins un cavalier très vigoureux? Il semble — renseignements pris aux sources les meilleures — qu'il ne pourra guère couvrir plus de 60 kilomètres par jour, sans risquer de succomber en route. Mettons que Chateaubriand en parcourait pourtant 80 chaque jour. Il y faudra 37 jours.
i. En suivant, pour le parcours de Chillicothe à Philadell)hie, la ligne actuelle du chemin de fer, qui est très directe.
Nous trouvons donc que, pour parfaire son itinéraire des Natchez à Philadelphie, il lui a fallu :
De Nashville à Knoxville 15 jours.
De Knoxville à Salem 12 —
De Salem à Ghillicothe 12 —
Pour les 2 950 km. restant 37 —
Soit, au total 76 jours.
Il ne disposait que de 63 jours. Il arrive donc au terme de son voyage avec 13 jours de retard. C'est le 23 décembre qu'il se hâte vers le quai de Philadelphie. Hélas! le navire qui devait l'emporter a déjà franchi TAtlantique; il est tout près d'atterrir au Havre.
On dira : s'il ne s'en faut que de treize jours, votre critique est téméraire. Êtes-vous si certain d'avoir calculé juste? Sûr de notre jeu, nous croyonsv l'avoir joué largement. Faites regagner au voyageur, s'il se peut*, ces treize jours, voire un mois
1. Encore avons-nous très bénévolement supprimé de son itinéraire de vastes régions, qu'en tel et tel de ses ouvrages antérieurs il disait avoir visitées. Par exemple, n'a-t-il pas écrit dans le Génie du Christianisme (I, v, 8) : « Nous en avons rencontré nous-méme des milliers (de certains oiseaux migrateurs) depuis le golfe Saint-Laurent jusqu'à la pointe de l'isthme des Florides » ? Montrez, s*il se peut, que telle partie de la route peut avoir été accomplie en moins de jours que je ne suppose, mais conduisez-le Jusqu'à la pointe de Visthme des FlorideSy et calculez.
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entier, ce sera vain efifort. Par un scrupule ironique, nous avons tout tenté pour précipiter la marche du voyageur. Devant lui, de larges routes perçaient les forêts vierges; des tables magiques surgissaient dans les déserts pour lui offrir à son gré le vin d'érable et la sagamité. Nous avons presque partout supputé les distances à vol d'oiseau, et le propre des sentiers, en des pays même faciles, est de n'être pas toujours rectilignes; sur les cours d'eau qui sillonnent la Louisiane et les Florides, les ponts étaient rares, il fallait les chercher ou chercher les gués. Nous avons toujours supposé que le voyageur trouvait à Philadelphie, à New- York, à Boston, des diligences attelées à l'heure voulue, dans les déserts des canots tout parés, des chevaux frais tout harnachés, des compagnons tout équipés, sur l'Hudson un paquebot en partance, à Pittsbourg, à Philadelphie des bateaux prêts à lâcher leurs amarres. Combien de jours faut-il compter pour les intempéries, pour les orages de l'été, pour les pluies de novembre? Combien de jours pour les infélicités de route, pour les guides qui s'égarent, pour les compagnons qu'attardent la fatigue ou la maladie, pour les avaries des canots, pour les chevaux qui se déferrent en plein désert, ou se blessent ? Combien de jours pour se ravitailler, s'il faut à l'ordinaire chevaucher une semaine avant d'atteindre la plus proche bourgade, si des Natchez à Nashville on
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ne rencontre pas une maison? Combien de jours pour tenter les diverses manières de chasse et de pêche que plus tard on décrira? Combien pour explorer les ruines sauvages du Scioto *? Combien pour les observations géodésiques *? Combien pour recueillir ces « notes sur la botanique, évidemment destinées à M. de Malesherbes » ^? Combien pour observer les mœurs des sauvages, leurs fêtes, les rites de leurs mariages et de leurs funérailles, la récolte du sucre d'érable, leurs moissons, leurs mythes religieux et leurs recettes de cuisine, les formes diverses de leurs gouvernements, celui des Natchez, qui est le « despotisme dans l'état de nature », celui des Muscogulges, qui est la « monarchie limitée dans Tétat de nature », celui des Hurons et des Iroquois, qui est la « république dans l'état de nature* »? Combien pour écrire « sur ses genoux, chez les sauvages mêmes, cette Histoire d'une nation sauvage du Canada » (malheureusement perdue), « sorte de roman, dont le cadre totalement neuf et les peintures naturelles, étrangères à notre climat, auraient pu mériter l'indulgence du lecteur^ »? Combien pour écrire il^a/a « sous les huttes des sauvages »?