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II. — De quelques autres DimcuLTÉs

Si l'on reprend d'ensemble cette relation, on est frappé d'un contraste singulier.

Tantôt, il semble bien que, pour l'établir, Chateaubriand s'est livré à un travail très attentif de topographe. Tel passage, celui par exemple où il décrit sa route des Natchez à Knoxville et à Salem, suppose, comme on l'a vu, qu'il tient, ouverte sous ses yeux, au moment où il écrit, une carte moderne des États Unis. Pour composer tel autre passage S

1. « Si je revoyais aujourd'hui les États-Uais, je ne les reconnaitrais plus. Aux Natchez, au lieu de la hutte de Céluta, s'élève une ville charmante d'environ cinq mille habitants.

OÙ il précise en quels lieux il a rencontré. Chactas, Atala, le P. Aubry, il faut qu'il se soit armé d'un livre de poste.

Tantôt, au contraire, ces mêmes récits, qui ne sont point si malhabiles dans l'ensemble, puisque pendant soixante ans chacun les a admirés et tenus pour vrais, présentent des bizarreries qui vont jusqu'à l'incohérence.

Voici les plus apparentes :

a. Comment, ayant hâte de rentrer à Philadelphie, Chateaubriand peut-il nous dire qu'il a « repassé les Montagnes-Bleues » et gagné Chillicothe? Jamais sans doute, ni avant lui, ni après, aucun voyageur n'a suivi pareil trajet. Le détour est surprenant, il fait décrire au tracé de l'itinénéraire un zigzag bizarre et inexplicable.

b. Avant de gagner Chillicothe, Chateaubriand aurait, nous dit-il [Mémoires^ p. 402 ss.), vogué sur l'Ohio : il aurait passé une journée admi-

Chactas pourrait être député au Conp;rès et se rendre chez Atala par deux routes, dont l'une mène à Saint-Étienne sur le Tumbec-bee, et l'autre aux Natchitochès ; un livre de poste lui indiquerait les relais, au nombre de onze : Washington, Franklin, Homochitt, etc. Quelques-unes de ces villes, telles que Cahawba, capitale de l'Alabama, conservent leur dénomination sauvage; mais... il y a chez les Muscogulges, les Siminoles, les Ghéroquois et les Ghicassais, une cité d'Athènes, une autre de Marathon, une autre de Sparte, une autre de Florence, une autre d'Hampden, des comtés de Colombie et de Marengo ; la gloire de tous les pays a pjacé un nom dans ces mêmes déserts où j^ai rencontré le P. Aubry et l'obscure Atala. » {Voyage, au début de la Conclusion; le môme passage, remanié, se lit dans les Mém, d*0.-T,y p. 418.)

rable dans une île, parée de lilas et d'azaléas en fleurs, et cette île émergeait d'un lac formé par rOhio.

Premièrement, on ne sait à quel moment de son trajet de retour situer cette navigation sur TOhio : car nous voyons quelques pages plus loin (p. 414) le voyageur repasser les Montagnes-Bleues, et c'est incompréhensible.

Secondement, cet épisode est placé en tout cas par Chateaubriand à la fin de ses pérégrinations, comme il est déjà sur la voie du retour, donc nécessairement vers la fin de novembre. Comment a-t-il pu voir, en cette saison, dans une île de rOhio, « des lilas et des azaléas en fleurs»? De même, Panurge, qui voyageait, lui aussi, pour trouver « une sylphide », découvrit, un jour, « une isle, belle et délicieuse sur toutes autres, on Tappeloit risle de Frize. En icelle estoit le pays de Satin, onquel les arbres et herbes jamais ne perdoient fleurs ne feuilles, et estoient de damas et velours figuré ».

Troisièmement, comment Chateaubriand peut-il faire une station dans une île située au milieu d'un lac formé par TOhio, puisqu'il n'y a pas de lacs sur l'Ohio?

Quatrièmement, comment ce lac de l'Ohio pouvait-il, dans un état antérieur du texte S être situé,

1. Voir Jules Troubat, Revue (VHùtoire littéraire de la France^ t. VII, p. 397.

non sur le cours de FOhio, mais « sur le cours du Mississipi »?

Cinquièmement, comment ce lac de TOhio — ou du Mississipi — peut-il dans un autre état du récit (voir le Voyage, p. 84 ss.) être situé « dans l'intérieur des Florides »?

Sixièmement enfin, comment se peut-il que, sur ce lac, et dans celte île de TOhio, — ou du Mississipi, — ou des Florides, — Chateaubriand ait couru précisément les mêmes aventures qu'y avait rencontrées avant lui un voyageur américain, William Bartram*?

c. Dans cette île de TOhio, Chateaubriand a pour compagnons une compagnie de trafiquants de Géorgie, qui venaient, nous dit-il, acheter chez les Creeks des chevaux et des bestiaux demi-sauvages. Comment ces trafiquants géorgiens peuvent-ils ^ chercher des chevaux creeks à des centaines de kilomètres du pays des Creeks/ et par quel prodige découvrent-ils, en effet, après de folles pérégrinations, des haras et un marché de chevaux creeks dans une île de TOhio? Comment Chateaubriand a-t-il pu s'accointer de ces bizarres compagnons, connaître « les passions qui les agitaient », « démêler leurs rapports avec les femmes creekes », lier connaissance avec « certain métis issu d'un sang mêlé de chéroki et de castillan », qui lui

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