Temps d'exhumation publique
Moissons, Fêtes.
VoyagCy p. 134-142.
Quelques données seulement semblent dues à Charlevoix {Voy., p. 134, cf. Charlevoix, p. 330; Foj/., p. 143, cf. Charlevoix, p. 121-3). La Fêle du blé vert est décrite par Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane^ 1758, t. II, p. 360 ss. Il est probable que Chateaubriand a exploité ici, outre Le Page du Pratz, une autre source; mais Le Page du Pratz lui était familier, comme le prouve l'emprunt de cette recette de cuisine :
Voyage, p. 135. Le Page du Pratz, t. II, p. 5.
Les quenouilles de mais, On fait cuire à moitié le
mises bouillir dans de Teau mahiz dans Teau, puis on le
de fontaine, sont retirées à fait bien sécher... et roussir...
moitié cuites et présentées à et on le remue sans cesse afin
un feu sans flamme. Lors- qu'il ne prenne que la couleur
qu'elles ont acquis une cou- rousse. Lorsqu'il a pris cette
leur roussôtre, on les égraine couleur, on le frotte bien et on
dans un poutagan ou mortier le met dans un mortier. En-
de bois. On pile le grain en suite, on le pile doucement...
rhumectant. Cette pâte, cou- avec un peu d'eau... On con-
pée en tranches et séchée au casse ce gruau et on le fait sé-
soleil, se conserve un temps cher au soleil... Celte farine
infini. Lorsqu'on veut en user, peut se garder six mois... Pour
il suffit de la plonger dans de en manger, on la mélange
l'eau, du lait de noix ou du d'eau... Cette même farine ,
jus d'érable; ainsi détrempée, mêlée avec du lait et un peu
elle offre une nourriture saine de sucre, peut être servie sur
et agréable. les meilleures tables.
Quant à la fête du Feu nouveau (Foy., p. 136-140)^ il semble que, pour composer sa poétique descrip-
tion, Chateaubriand ait mêlé des données prises à Le Page du Pratz et à ce passage de Barlram (t. II, p. 405, Dublin, p. 507-8) : on y reconnaîtra notamment une phrase que Chateaubriand transporte en style direct (p. 136) pour la faire proclamer « à son de conque, par un crieur public ».
« A l'ouverture de la fête du feu nouveau, les Greeks, après s'être pourvus de nouveaux habits, vases, poêles et autres ustensiles de ménage, ramassent tous leurs vêtements usés, et les jettent avec toutes les ordures des maisons et le reste de leurs grains et provisions dans un grand feu qui les consume. Pendant trois jours, ils prennent médecine et observent un jeûne rigoureux. Une amnistie générale est prononcée. Il est permis à tous les malfaiteurs de rentrer dans leurs bourgades; leurs crimes sont pardonnes; ils sont absous et rentrent en grâce. Le matin du quatrième jour, le grand prêtre, en frottant des bois secs, produit un feu nouveau au milieu de la place publique, où chaque habitation en envoie prendre. »
Récolte du suc d'érable.
J.-E Bonneif Les États-Unis Voyage, 143-5. d'Amérique à la fin du
XVIIl' siècle, t. II*.
La récolte du suc d'érable P. 290. — La saison pour
se faisait et se fait encore, par- percer les arbres est en février,
mi les Sauvages, deux fois mars ou avril, selon le temps
Tannée. La première récolte a qui règne en ces mois. Il y a
1. J.-E. l'onnet dit qu'il rédige ce chapitre d'après « le troisième volume dos Transactions de la Société philosophique américaine », publication que je ne me suis pas procurée.
lieu vers la fin de février, de toujours une suspension de li-
mars ou d'avril, selon la lati- queur dans la nuit, si à un
tude du pays où croit l'érable jour chaud succède une nuit
à sucre. L'eau recueillie après froide. La quantité de sucre
les légères gelées de la nuit se que l'on obtient chaque jour
convertit en sucre, en la fai- d'un arbre varie de cinq gal-
sant bouillir sur un grand feu. Ions à une pinte. La quantité de sucre obtenue par ce procédé varie selon les qualités de l'arbre. Ce sucre, léger de digestion, est d'une couleur verdâtre, d'un goût agréable et un peu acide.
La seconde récolte a lieu P. 293. — Dans la dernière
quand la sève de l'arbre n'a partie du printemps comme
pas assez de consistance pour dans l'été ou au commencement
se changer en suc. Cette sève de l'automne, l'arbre à sucre
se condense en une espèce de donne une eau légère, mais
mélasse, qui, étendue dans de qui n'est pas saturée de sucre ;
l'eau de fontaine, offre une c'est une boisson agréable pen-
liqueur fraîche pendant les dant la moisson, chaleurs de l'été.
On entretient avec grand soin P. 287. — Les érables les
le bois d'érable de l'espèce meilleurs sont ceux qui ont
rouge et blanche. Les érables été percés en cent places par
les plus productifs sont ceux les piverts qui se nourrissent
dont l'écorce parait noire et de ce suc. Les arbres ainsi
galeuse. Les Sauvages ont cru blessés répandent leur liqueur
observer que ces accidents sont sur la terre et ensuite prennent
causés par le pivert noir à tête une couleur noire, rouge, qui perce l'érable dont la sève est plus abondante. Ils respectent ce pivert comme un oiseau intelligent et un bon génie.
A quatre pieds de terre envi- P. 292. — On enfonce dans
ron, on ouvre dans le tronc l'érable une tarière environ
d'érable deux trous de trois trois quarts de pouce dans la
quarts de pouce de profondeur, direction de bas en haut, pour
et perforés du haut en bas pour empêcher la liqueur d'être ge-
faciliter l'écoulement de la lée le matin ou le soir, si elle
sève. coulait doucement... On perce
Ces deux premières incisions l'érable d'abord du côté du.
sont tournées au midi ; on en midi, et lorsque Teffusion de la pratique deux autres sembla- liqueur commence à diminuer, blés du côté du nord. Ces onTouvredu côtédu nord... on quatre taillades sont ensuite enfonce la tarière jusqu'à deux creusées à mesure que Tarbre pouces; on introduit un tuyau donne sa sève, jusqu'à la pro- dans le trou, environ un demifondeur de deux pouces et pouce, demi.
Deux auges de bois sont On place sous le tuyau une placées aux deux faces de auge de pin blanc ou de Tarbre, au nord et au midi, tilleul... le tuyau est ordinaiet des tuyaux de sureau, in- rement fait de bois de sumach troduits dans les fentes, servent ou de sureau, à diriger la sève dans ces auges.
Toutes les vingt-quatre heu- On verse tous les jours la res, on enlève le suc écoulé; liqueur dans un large réseron le porte sous des hangars voir; de ce réservoir on le met couverts d'écorce ; on le fait sur le fourneau. — P. 295. La bouillir dans un bassin de chaudière est couverte par un pierre en Técumant. Lorsqu'il hangar, est réduit à moitié par l'action d'un feu clair, on le transvase dans un autre bassin, où l'on continue à le faire bouillir jusqu'à ce qu'il ait pris la consistance d'un sirop. Alors, retiré du feu, il repose pendant douze heures. Au bout de ce temps, on le précipite dans un troisième bassin, prenant soin de ne pas remuer le sédiment tombé au fond de la liqueur.
Ce troisième bassin est à P. 296. — On met dans la son tour remis sur des char- chaudière du beurre ou de la bons demi-brûlés et sans graisse de cochon pour emflammes. Un peu de graisse pêcher la liqueur de sortir en est jeté dans le sirop pour bouillonnant, ï'empècher de surmonter les bords du vase. Lorsqu'il commence à filer, il faut se hâter de le verser dans un quatrième
et dernier bassin de bois, P. 299. — Le sucre, après appelé le refroidisseur. Une avoir suffisamment bouilli, femme vigoureuse le remue devient grené; on le fait en rond, sans discontinuer, sécher, on le rafûne et on le avec un bâton de cèdre, jus- convertit en pain. — P. 305. qu*à ce qu'il ait pris le grain du Les moules où on coule le sucre. Alors elle le coule dans sucre doivent être faits avec des moules d'écorce qui don- du bois sec; on leur donne la nent au fluide coagulé la forme forme d'une trémie de moulin, de petits pains coniques :
l'opération est terminée.
Quand il ne s'agit que des mélasses, le procédé flnit au second feu.
L'écoulement des érables dure quinze jours, et ces quinze jours sont une fête continuelle. Chaque matin on se rend au bois d'érables, ordinairement arrosé par un courant d'eau. Des groupes d'Indiens et d'Indiennes sont dispersés aux pieds des arbres ; des jeunes gens dansent et jouent à dilTérents jeux; des enfants se baignent sous les yeux des sachems. A la gatté de ces sauvages, à leur deminudité, à la vivacité des danses, aux luttes non moins bruyantes des baigneurs, à la mobilité et à la fraîcheur des eaux, à la vieillesse des ombrages, on croirait assister à l'une de ces scènes de Faunes et de Dryades décrites par les poètes :
Tum vero in numerum Faunosque ferasque videres Ludere.
les sources 235
Pêches.
Voyage^ p. 146-8.
Chateaubriand consacre ces deux pages (Foy., p. 175-8) à chanter «., Tépilhalame du filet ». Sur celte curieuse coutume, le P. de Charlevoix avait dit simplement (p. 153) :
Les sauvages pèchent aussi avec la seine, et ils s'y disposent par une cérémonie assez bizarre. Avant que de se servir de ce filet, ils le marient avec deux filles vierges, et pendant les festins de noce, ils le placent entre les deux épouses. On l'exhorte ensuite fort sérieusement à prendre beaucoup de poisson, et on croit Ty engager en faisant de grands présents à ses prétendus beaux-pères.
Sur quoi Chateaubriand nous rapporte, en bon folkloriste, comment les jeunes filles et le filet étaient mariés par le jongleur avec les cérémonies d'usage; comment les nouvelles épouses, enveloppées dans le filet, étaient portées en grande pompe jusqu'au fleuve; comment, à minuit, après une pêche aux flambeaux, le jongleur déclarait que le filet voulait se retirer avec ses deux épouses, comment on chantait alors la gloire du filet, vainqueur de Testurgeon, et des strophes qui disaient la douleur des « veuves » des poissons : « En vain ces veuves apprennent à nager, elles ne re verront plus ceux avec qui elles aimaient à errer dans les forêts
SOUS les eaux! elles ne se reposeront plus avec eux sur des couches de mousse!... »
Le lecteur, curieux de s'informer plus avant sur ces poissons dont les veuves ne savent pas encore nager, les retrouvera tous dans Charlevoix. Exemple :
Voyage, p. 147. Charlevoix, p. 152.
On peignoit la déroute de Le leocornet a des barbes rarmée entière des poissons : dont il se sert pour prendre le lencornet dont les barbes d'autres poissons... P. 153 : servent à entortiller son il sort de dessous la gueule ennemi, le chaousaron, pourvu du chaousarou une arête plate, d'une lance dentelée, creuse dentelée, creuse et percée par et percée par le bout, Tarti- le bout...P. 282: l'astikamègue mèguequi déploie un pavillon ou poisson blanc... blanc, les écrevisses qui précèdent les guerriers-poissons, pour leur frayer le chemin; tout cela étoit vaincu par le filet.
On remarquera que Chateaubriand déforme ici le nom de deux poissons sur trois : il baptise chaousaron la chaousarou, et artimègue Vastikamègue. II est vrai que plus haut (voir ci-dessus, p. 199), il avait appelé ce même poisson Vartikamègue,
Danses.
Voyage^ p. 148-9.
Comme Chateaubriand décrit des danses presque en chacun des chapitres qui précèdent et qui suivent, comme ses sauvages dansent en moissonnant,
pèchent en dansant, dansent en maçonnant, dansent pour fumer le calumet, pour chasser, pour se marier, pour faire la guerre, la paix, l'amour, il se trouve ici fort dépourvu. Ses fiches inemployées ne lui fournissent plus que la danse des braves et deux autres danses de guerre (Foj/., p. 148-9). La danse des braves ressemble, — mais sans coïncidences verbales, — à une danse décrite par Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane, II, 376-8. Je n'ai pas retrouvé l'origine des deux autres.
Jeux.
Voyage, p. 149-55.
Après quelques généralités, Chateaubriand consacre tout cet article à deux sortes de jeux des Sauvages : le jeu des plumes, qui est un « jeu de la virilité », et le jeu des osselets, qui est un « jeu de l'oisiveté et des passions ».
Ce petit chapitre tout entier est composé d'après Charlevoix, très fidèlement interprété :
Voyage^ p. 151. Jeu des plumes.... Charlevoix, p. 319. — 151-155. Jeu des osselets — 260-3.
Année. — Divisions et règlement du temps.
— Calendrier naturel.
Voyage, p. 156-9.
Chateaubriand, par exception, indique ici ses sources : « Les noms des douze lunes varient selon
le pays el les usages des diverses peuplades. Charlevaix en donne un grand nombre. Un voyageur moderne, Beltrami, donne ainsi les mois des Sioux et les mois des Cipawoix. » Il s'agit sans doute ici du Voyage de Baltrami aux sources du Mississipi, publié en 1823, que je n'ai pas réussi à me procurer. Pour les emprunts à Charlevoix, voir son Journal historique^ p. 400-2.
Médecine.
Voyage^ p. 160-6.
Ce chapitre est dû tout entier à Charlevoix, sauf quelques alinéas :
Voyage y Charlevoix,
p. 160. Usage des simples, f/rtren^ojyM^n. p.316,cf.//i5^iVoî/t).
Fr. , Descr,f p. 10.
IGO. Sassafras Ihid,, p. 10.
ICO. Lychnis Ibid.y p. 11.
IGO. Bellis..... Ibid., p. 14.