Malades frénétiques. p
Tous ces passages de Charlevoix ont été diligemment transposés, sauf de menues trahisons. Que signifie, par exemple, ce rébus? « Les sauvages,
dit Chateaubriand (p. 160), connaissent une multitude de simples propres à fermer les blessures : ils ont l'usage du garent-oguen^ qu'ils appellent encore abasout'chenza^ à cause de sa forme ; c'est le ginseng des Chinois. » Nous voilà bien informés, si par hasard nous ignorons la valeur du , mot abasoutchenza en iroquois. Heureusement, le P. de Charlevoix nous tirera de peine : « Les sauvages, nous apprend-il {Descr,^ p. 10), appellent aussi le garentoguen du nom d'abesoutchenza [et non abasoutchenza], qui veut dire un enfant, à cause de la forme de sa racine. » D'ailleurs cette plante qui, selon Chateaubriand, « ferme les blessures », ne serait propre, selon Charlevoix, qu'à rendre les femmes fécondes. » Qui croire?
A la fin de ce chapitre (p. 166), et contre son Ordinaire, Chateaubriand a nommé une fois le P. de Charlevoix, mais c'est qu'il avait à compléter les informations du savant jésuite. Charlevoix (p. 354), pour montrer jusqu'où les sauvages portent l'extravagance au sujet des songes, avait raconté un fait « attesté par deux témoins irréprochables », deux missionnaires. Ils avaient vu un jour un sauvage pris de frénésie. « On lui demanda quel était son mal. J'ai rêvé, répondit-il, qu'un huart m'était entré dans l'estomac. Sur quoi, tous se mirent à contrefaire les insensés et à crier qu'ils avaient aussi un animal dans l'estomac, et à contrefaire... qui une oie, qui un canard, qui une
outarde, qui une grenouille : le rêveur contrefît aussi son huart. »
Chateaubriand a remplacé ce huart* (déjà mal commode au malade, semblait-il) par un bison : « Le médecin cherche à pénétrer la cause du délire du malade... J'ai rêvé, répond celui-ci, que j'avais un bison dans Testomac. La famille semble consternée; mais soudain, les assistants s'écrient qu'ils sont aussi possédés d'un animal : l'un imite le cri d'un caribou, l'autre le hurlement d'un loup; le malade contrefait à son tour le mugissement de son bison. » — Et Chateaubriand d'ajouter : « Ces folies, mentionnées par Charlevoix, se renouvellent tous les jours chez les Indiens. »
11 reste quatre alinéas de ce chapitre dont je n'ai pas retrouvé l'origine dans les œuvres du P. de Charlevoix. J'ignore la source de deux d'entre eux {le sac de médecine^ p. 162; et qu'on ne prononce jamais le mot de mort devant un ami du malade, p . 163) . Les deux autres ont été suggérés par Carver. Les voici : Carver (p. 296-7) raconte qu'à Penobscot, dans la province de Main, la femme d'un soldat étant restée trois jours en travail d'enfant, malgré les soins d'un chirurgien et d'une sage-femme, une femme indienne la délivra en la bâillonnant. Chateaubriand rapporte, d'après Carver, cette pratique et ajoute ces lignes émues (p. 162) : « On