‹ Études critiquesChapitre 68 sur 74 · Carver, p · texte numérisé non relu

Carver, p

III. — « Tout prisonnier que j'étais, poursuivit Chactas, je ne pouvais, durant les premiers jours, m'empêcher d'admirer mes ennemis. Le Muscogulge, et surtout son allié le Siminole, respire la gaieté, Tamour, le contentement. Sa démarche est légère, son abord ouvert et serein. Il parle beaucoup et avec volubilité ; son langage est harmonieux et facile. L*âge même ne peut ravir aux sachems cette simplicité joyeuse ; comme les vieux oiseaux de nos bois, ils mêlent encore leurs vieilles chansons aux airs nouveaux de la jeune postérité. »

Ce petit portrait se retrouve dans le Voyage en Amérique (cf. ci-dessus, p. 255). L'original, on Ta vu, est de Bartram. Je communique ici le texte anglais (Dublin, p. 209) :

« The visage, action and deportment of the Siminoles form the most striking picture of happiness in this life ; joy, contentment, love and friendship, without guile or affectation, seem inhérent in them or prédominant in their vital principle, for it leaves them but with the last breath of life. It even seems imposing a constraint upon their ancient chiefs and senators, to maintain a necessary décorum and solemnity in their public councils ; not even the debility and décrépitude of extrême old âge is sufficient to erase from their visage thisyouthful, joyous simplicity; but like the gray eve of a serene and calm day, a gladdening, cheering blush remains on the western horizon after the sun is set. »

IV. — Une nuit que Chaclas était assis près du feu de la guerre (cf. Charlevoix, p. 208), Atala lui apparut pour la première fois. « Je crus, dit-il, que c'était la Vierge des dernières amours, cette vierge qu'on envoie au prisonnier de guerre pour enchanter sa tombe. »

Le bon P. de Charlevoix eût été aussi incapable que ses Hurons d'imaginer ce nom romantique de la Vierge des dernières amours. C'est lui pourtant qui semble l'avoir suggéré par cette anecdote. Il nous raconte [Histoire de la IVouvelle-France^ t. I, p. 211) comment des Hurons ayant capturé un Iroquois, ils avaient torturé le prisonnier sur la route, lui avaient coupé deux doigts et écrasé l'autre main entre des cailloux; « mais, du moment qu'il était entré dans la première bourgade huronne, il n'avait reçu que de bons traitements. Toutes les cabanes l'avaient régalé, et on lui avait donné une jeune fille pour lui tenir lieu de femme; en un mot, à le voir au milieu de ces sauvages (qui d'ailleurs, l'ayant revêtu d'une robe de castor neuve et lui ayant mis sur le front un collier de porcelaine en guise de diadème, le faisaient chanter sans relâche) on n'eût jamais imaginé que des gens qui lui faisaient tant d'amitié dussent être bientôt comme autant de démons acharnés à le tourmenter. »

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