‹ Études critiquesChapitre 69 sur 74 · V. — Atala détrompa le prisonnier · texte numérisé non relu

V. — Atala détrompa le prisonnier

€ Je ne suis point la Vierge des dernières amours, Es-tU chrétien? » Je répondis que je n'avais point trahi les génies de ma cabane... Plusieurs jours s'écoulèrent; la fille du sachem revenait chaque soir me trouver... Le dix-septième jour de marche, vers le temps où l'éphémère sort des eaux (cf. Bartram, t. I, p. 157), nous entrâmes, sur la grande savane Âlachua. Elle est environnée de coteaux qui, fuyant les uns derrière les autres, portent en s'élevant jusqu'aux nues des forêts étagées de copalmes, de citronniers, de magnolias et de chênes verts. »

Le vieux sachem traduit ici assez exactement ces lignes de Bartram (t. I, p. 323, Dublin, p. 185] :

« The extensive Alachua savannais encircled withhigh, sloping hills, covered with waving forests and fragrant orange groves; the towering magnolia and transcendent stand conspicuous among them. »

VI. — « Le chef poussa le cri d'arrivée, et la troupe campa au pied des collines. On me relégua à quelque distance au bord d'un de ces puits naturels, si fameux dans les Florides. » Atala le détacha du tronc de l'arbre où il était lié, et lui ayant accordé le premier baiser : c( Beau prisonnier, lui dit-elle, j'ai follement cédé à ton désir; mais où nous conduira cette passion ? Ma religion

me sépare de toi pour toujours !... — Hé bien ! je serai aussi cruel que vous; je ne fuirai point; vous me verrez dans le cadre de feu (cf. Charlevoix, p. 247). » La jeune fille s'écria : « Malheureux a été le ventre de ta mère, ô Atala ! que ne me jettes-tu aux crocodiles de la fontaine? »

Nous retrouverons dans le Génie du Christianisme ces puits naturels, hantés par des crocodiles. (Voir ci-dessus, p. 216.) C'est un ressouvenir de Bartram.

VII. — « Le lendemain de cette journée, qui décida du destin de ma vie, on s'arrêta dans une vallée, non loin de Cuscowillay capitale des Siminoles. La fille du pays des palmiers vint me trouver au milieu de la nuit. Elle me conduisit dans une grande forêt de pins, et renouvela ses prières pour m'engage r à la fuite... La lune brillait au milieu d'un azur sans tache, et sa lumière gris de perle descendait sur la cime indéterminée des forêts. Aucun bruit ne se faisait entendre, hors je ne sais quelle harmonie lointaine qui régnait dans la profondeur des bois; on eût dit que l'âme de la solitude soupirait dans toute l'étendue du désert. »

Bartram écrit (t. II, p. 311, Dublin, p. 178) :

« Nous prîmes à l'ouest, au travers des hautes forêts de Cuscowilla. Nous continuâmes à marcher dans une superbe forêt de pins. »

Il ajoute :

« The steady breezes, gently and continually rising and falling, fin the high lonesome forests with an awful

reverential harmony, inexpressibily sublime, and not to be enjoyed any where, but in thèse native wild Indian régions. »

II manque ici « la lumière gris de perle » de la lune et « la cime indéterminée des forêts » — presque tout. Mais la phrase de Bartram a sa grandeur et sa beauté, et c'est d'elle que vient la première étincelle.

Vin. — « Nous aperçûmes à travers les arbres un jeune homme qui, tenant un flambeau, ressemblait au génie du printemps parcourant les forêts pour ranimer la nature. C'était un amant qui allait s'instruire de son sort à la cabane de sa maîtresse. Si la vierge éteint le flambeau, elle accepte les vœux offerts; et si elle se voile sans Téteindre, elle rejette un époux. »

C'est ainsi que, dans les « délicieux » Natchez, Outougamiz, tenant une torche odorante à la main, éveille Mila. Notre poète est redevable de Tidée de ces deux épisodes gracieux à ce passage des Voyages de Carver (p. 284) :

« L'amant allume une brindille de bois au feu recouvert de cendres de la cabane où il pénètre. Il approche du lieu où sa maîtresse repose ; écartant la couverture de sa tête, il l'agite doucement jusqu'à ce qu'elle s'éveille. Si elle se lève alors et éteint la lumière, il n'en faut pas davantage pour annoncer à son amant que sa venue ne lui déplaît pas; mais, si elle se recouvre la tête, c'est que l'heure du berger n'est pas encore sonnée. »

Aussitôt après la rencontre de Tamant au flambeau, Chactas et Atala passent auprès de la lombe d*un enfant. La mère arrose la terre de son lait. On lit dans Charlevoix (p. 373) :

« On a vu des mères qui ont perdu des enfants, se tirer du lait de la mamelle et le répandre sur la tombe de ces petites créatures. »

IX. — EnSn, Chactas, toujours chargé de chaînes, parvient à Apalachucla, où il doit être brûlé :

M Aussitôt on goae couronne de fleurs ; on me peint le visage d'azur et de vermillon ; on m'attache des perles au nez et aux oreilles, et l'on me met à la main un chichikoué. »

Charlevoix écrit (p. ^53) :

« Les prisonniers s'avancent couronnés de fleurs, le visage et les cheveux peints, tenant un bâton d'une main et le chichikoué de l'autre. »

Chactas poursuit :

(( On me conduit au lieu des délibérations. Non loin d'Apalachucla s'élevait, sur un tertre isolé, le Pavillon du conseil. »

les sources 273

Le pavillon du Conseil.

Atala. Bartram, t. 11^ p. 168.

Trois cercles de colonnes for- La maison de ville où se maient Télégante architecture tiennent les conseils [à Gowe, de cette rotonde. Les colonnes chez les Gherokees] est en étaient de cyprès poli et sculpté; forme de rotonde. Pour la elles augmentaient en hauteur construire, on enronce d'abord et en épaisseur, et diminuaient en terre un cercle de piliers ou en nombre, h mesure qu'elles de troncs d'arbres, qui ont se rapprochaient du centre, environ six pieds de haut; en marqué par un pilier unique, dedans de ce cercle est un

autre rang de colonnes plus fortes et plus grandes, qui ont environ douze pieds ; plus, intérieurement, un troisième cercle de piliers plus hauts encore, mais moins nombreux et plus espacés; enfln, dans le centre de ces rangs concentriques est un énorme pilier sur lequel se réunissent tous les chevrons.

Du sommet de ces piliers La couverture consiste en partaient des bandes d'écorce, bandes d'écorces. Tout autour qui, passant sur le sommet des de la rotonde, à l'intérieur, autres colones; couvraient le est un rang de sièges composé pavillon, en forme d'éventail à de deux ou trois gradins ou jour. amphithéâtres, sur lesquels

Le conseil s'assemble. Gin- l'assemblée s'assied ou se couquante vieillards, en habits de che.

castors, se rangent sur des espèces de gradins faisant face au pavillon...

Au pied de la colonne cen- Auprès du grand pilier du traie brûle le feu du conseil, milieu s'allume le feu qui con- Le premier jongleur, environné serve de la lumière et près dudes huit gardiens du temple, quel se placent les musiciens, vôtu de longs habits, et por- C'est autour de ce feu que les tant un hibou empaillé sur la jongleursexécutentleursjeux... tête, verse du baume de copalme sur la flamme...

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