P«. XV
^ Ps. XXVII, 3, 8, il, 2i.
viole les prescriptions légales et cérémooielles du raosaïsme, mais celui qui parle de paix à son ami, au moment même qu'il machine sa perte ^ qui tire Tépée et qui bande l'arc contre le pauvre et l'affligé, qui emprunte et ne rend point, qui hait le juste et cherche à lui nuire^ celui dont les lèvres mentent, qui n'a pour le juste que des paroles dures inspirées par l'orgueil et le mépris'; celui qui, plein d'audace, ne recule devant aucune entreprise criminelle, qui dresse des embûches aux faibles, qui voit dans le succès la justification de tous les crimes \
David célèbre, il est vrai, à diverses reprises, la loi de rÉternel, cette loi qui est parfaite et qui restaure l'âme ^. Mais, ce n'est certainement pas de la loi mosaïque qu'il parle dans ces passages ; c'est bien plutôt de la loi de la conscience, de celte loi qui, comme il s'exprime lui-même, est dans le cœur de l'homme juste ®. Cette loi qui éclaire les yeux, qui garantit de tout sentiment d'orgueil, qui sauve d'une foule de péchés \ n'est pas sans doute inconnue au
t Pb. xxviii, 3.
« Ps. xxxvii, 12, 44, 21, 32.
■ » Ps. XXXI, 18 ; xxxvi, 3 et 4; lix, 12; lxiv, 3-5; Prov, VI, 16-19; VI, 12-14.
. *P«. X, 2, 5, 7-10;xn, 2-4.
» Ps. XIX, 8.
• Ps. XXXVII, 31.
• » Ps^\x\, 8-11.
mosâtsme : c*est un fait que je pense avoir mis déjà au-dessus de toute contestation. Les conceptions morales de Moïse sont bien sans contredit d'une plus graFide élévation que la prudence passablement vulgaire du livre des Proverbes, et pour le moins d'une aussi grande pureté (|ue les sentiments exprimés dans les Psaumes de David. Mais ces conceptions sont liées dans le mosaïsme à des institutions soit religieuses, soit civiles qui les distinguent en propre, et ces institutions ne tiennent aucune place dans les écrits de Tâge de David et de Salomon.
Que conclure de ce silence, sinon qu'elles étaient ou inconnues ou du moins très-vaguement connues de rimmense majorité de la famille d'Israël ? Pourquoi, autrement, n*en aurait-on pas tenu compte, du moins dans une certaine mesure? Prélendrait-on trouver dans ce fait la preuve d'un spiritualisme religieux analogue à celui qui se montra plus tard dans les Prophètes? Rien de moins fondé que ce rapprochement. IjCS Prophètes font la guerre au formalisme, que, depuis Josias, on prenait pour la véritable piété ; à l'époque de David et de Salomon, il est si peu question du formalisme, que l'on ignore même les prescriptions légales et cérémonielles qui, mal entendues, le feront naitre plus tard. Les Prophètes parlent toujours, dans leurs discours, du point de vue théocratique, et ce point de vue suppose nécessairement le mosaïsme ; rien de semblable
dans les écrils qui appartiennent à Tàge de David et de Salomon. Le Dieu sur lequel le roi-poële fonde une si louchante confiance est le Dieu de ralliance trailée avec Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu protecteur de Iafan)ille d'Israël, et non le Dieu de l*alhance mosû'îque, seigneur suzerain du pays de Canaan et des Israélites auxquels il Ta donné en fief. La religion généralement reçue à cette époque en Israël, se ratlache, par-dessus le mosaïime qui est complètement effacé, à celle des patriarches, et Thomme selon le cœur de Dieu, tel qu'il nous est dépeint dans les Psaumes de David, est l'homme
droit et intègre D^ps p^HV ^'^H des anciens jours,
tel que la tradition représente Noé^ et Abraham*.
Le terme Jéhovah est entré, il est vrai, dans la langue du peuple hébreu, mais sans entraîner avec lui la conception métaphysique dont il est l'expression dans le mosaïsme. Le Jéhovah de David et de Salomon ne diffère en rien de l'Elohim d'Abraham et de Jacob. C'est encore sous un autre nom l'EI- Schadaï des patriarches, le Dieu tout-puissant*, créateur de tout ce qui existe ^ et protecteur de la
« Comp. Genèêe^ vi, 9 ; vu, i ; xvii. 1, avec Ps, xvni, 24* i6; xv, 2; lxxxiv, 42.
« Genèse^ ri, 9: vii, 1. » Genèse^ xvii. 1
* P$. xvui, 9 el 10.
* Ps. VIII, i et!.; XIX, i-9; xxiv, I et -2; \\t\, l-lOi lxv 6-46, «te.
252 ÉTUDES CKITIQUES
famille dlsraël, traits sous lesquels le mosaîsme le représente aussi ; mais la notion d'un dieu existant par lui-même, immuable et élernel, distinct de tous les autres êtres absolument, non en degré, mais par sa nature même, d'un dieu dont la voix se fait entendre» mais qui reste invisible aux yeux des faibles mortels, qui ne peut être ni assimilé ni même comparé à aucune chose, ni à aucun être du monde , cette notion qui est le fond réel du mosaîsme, n'est pas celle qui domine, il s'en faut de beaucoup, dans les écrits de l'époque de David et de Salomon. Je ne prétends certes pas que les poésies de ce temps ne nous donnent pas de Dieu de grandes et belles idées; je dis seulement qu'elles restent sous ce rap* port au-dessous du mosaîsme. Qu'on n'objecte pas que la poésie n'a pas pu considérer Dieu sous son point de vue métaphysique. Si cette conception avait été familière à David et aux autres poètes de son époque, ils auraient très-bien su lui doimer une forme poétique. Les prophètes sont aussi en un cer* tain sens des poètes, ils ont cependant réussi à la mettrç en œuvre.
Enfin, il faut ajouter qu'il est un certain nombre de psaumes dans lesquels le mot Jéhovah semble être systématiquement évité\ Et ces psaumes, la
' Ce sont les psaumes xlu-xlv, xlix, u, un, LViir, l\-lxui,