‹ Études critiques sur la BibleChapitre 11 sur 34 · I. — LE JÉHOVISME · texte numérisé non relu

I. — LE JÉHOVISME

La question de la religion primitive de la famille hébraïque a été débattue dans ces derniers temps avec autant de profondeur que de vivacité. Deux opinions contraires ont été proposées et défendues par des critiques éminents, ^es uns ont prétendu que les Hébreux, avant de professer le monothéisme, avaient été polythéistes ; d’autres ont soutenu que leur nature intellectuelle et morale les conduisit directement à concevoir le divin sous la catégorie de l’unité. Les arguments n’ont pas manqué de part et d’autre, et en vérité chacun des deux partis en a donné qui paraissent décisifs. Je n’ai pas ici à m’engager dans la discussion de ce difficile problème, ni à me prononcer entre les deux systèmes. C’est, dans tout état de cause, un fait impossible à nier que les abrahamides n’apparaissent dans l’histoire qu’avec la croyance en un seul Dieu et ne nous sont connus que comme des monothéistes. Ce fait est mon point dedépart; je n’ai pas à remonter plus haut.

Le mosaïsme se rattache à l’antique monothéisme hébraïque. Mais s’il ne fit pas succéder au polythéisme la croyance monothéiste, ainsi qu’on l’a soutenu parfois, il introduisit du moins dans le peuple d'Israël un nouveau nom de Dieu. Les patriarches désignaient leur Dieu protecteur sous les dénominations d’Elohim, d’EI, d’EI-Schadaï, d’Adonaï; dans le mosaïsme, le Dieu souverain de la nation est appelé Jahveh ( Jéhovah ' ).

Un nom nouveau de Dieu suppose une conception nouvelle de cet être. Le mot sous lequel on le désigne exprime en effet l’idée sous laquelle on le conçoit : pourquoi lui donnerait-on un nom auparavant inconnu, si l’on n’en avait besoin pour rendre une idée nouvelle que les dénominations usitées n’étaient pas en état d’exprimer '?

* U est prouv.! aujourd’hui, comme on le verra plus loin, que le mol hébreu qui, d’après la ponclualion massoréiiquc, devrait se prononcer Jéhovah, doit se lire Jahveh. J’emploierai cependant d'ordinaire tes mots Jéhovah et Jéhovisme, ces mots étant d’un usage commun parmi nous, il n'y a d'ailleor pas plus d'invénient & se conformer ici au langage reçu que n’en trouvent les astrouomes, ainsi que M. llengstenberg le fait remarquer avec nison (Autheiitic. des Penlat,. t. i, p. 226), à parler du leverel du coucher du soleil. Je ne me servirai du mot Jahveh qu’autanl qu’il sera nécessaire de le considérer par rapport à son origine cl à son sens étymologique.

* I Dans la haute antiquité do paganisme, les noms et les surnoms des divinités, ou plutôt les changements de leurs dénominations cl de leurs attributs, sont une indication presque certainedes changements qu'éprouvèrent le culte et le système poli-

ÉTUnES CRITIQUES

Ce n’est pas cependant un Dieu nouveau que le mosaïsme propose, sous le nom de Jéhovah, à l’adoration de la famille d’Israël. Le législateur ne cesse de répéter que Jéhovah est l’Elohim d’Abraham, d’Isaac et de Jacob Les prophètes se servent indistinctement des mots Jéhovah et Elohim, excepté toutefois quand il s’agit dans leurs discours de faits ou d’idées se rapportant directement au système mosaïque ^ et demandant par cela même l’emploi exclusif du terme Jéhovah. Ces deux dénominations alternent dans un grand nombre d’écrits de l’Ancien Testament Il paraît même qu’elles se remplacèrent l’une l’autre dans de certaines pièces, dont il y eut une double recension. On en a une preuve dans les psaumes xiv et un, dont l’un n’est que le remaniement de l’autre, et qui ne se distinguent qu’en ce que, dans celui-ci. Dieu est toujours appelé Elohim , tandis que dans celui-là , il est constamment nommé Jéhovah. Enfin , ceux des livres de l’ancienne alliance, qui se composent de documents élohistes et de documents jéhovistes.

lique des peuples. * Dacier, Notices historiques sur U. ds Saiute-Croir, p. xxix, dans le I*''’ \oI. dos Iterherches sur les mystères du paganisme, 2* édil.

< Eaode, vi, 3, 7 cl 8.

» Gésénius, Thésaurus, p. 97 b.

3 Elle SC prennent égalomcnt l’une pour l’aulre dans colle locution nTNSV 1 Sam., xvii, 45, cl TTNaï { Rois,

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