‹ Études critiques sur la BibleChapitre 14 sur 34 · K T L II K s C It I T 1 g L' K S · texte numérisé non relu

K T L II K s C It I T 1 g L' K S

rendaient un culte à ces images de leur Dieu. Il n’en faut pas d’autre preuve que l’histoire du veau d’or fait par Aaron au désert. Cette idole n’était pas autre chose, aux yeux du peuple qui la réclama, aussi bien qu’aux yeux de celui qui eut la faiblesse de se rendre aux vœux de la foule, qu’une image symbolique du Dieu d’Israël. La fête qu’on célèbre en son honneur est une fête à Elohim*. Les circonstances qui entourent ce fait indiquent suffisamment que ces sortes de représentations d’Elohim n’étaient pas une nouveauté auparavant inconnue. On ne saurait, en effet, expliquer ni l’empressement du peuple à demander, dès qu’il se croit débarrassé de l’importune surveillancé de Moïse, un Elohim qui marche devant lui ^ ni la facilité avec laquelle Aaron se rend à ce désir, si l’on ne voyait dans l’érection du veau d’or un simple retour à des pratiques anciennes.

11 semble qu’il y avait eu une décadence de l’ancien monothéisme dans la famille d’Israël déjà avant le séjour en Égypte. On voit du moins que les femmes de Jacob gardent avec soin leurs téraphim, et qu’elles ont des anneaux constellés, talismans d’origine chaldéenne, destinés à préserver

I Exode, XXXII, 4, 5, 8. Le lexle porte au v. S le mol Jéhovah; colle expression est ccrlaincmcnt do la main du rédacteur jéhovistc ; aux v. 4 cl 8 il y a le mot Elohim.

* Exode, xxxii, 1 et 23.

suit LA IflHLK 155

des mauvaises influences. Elles durent transmettre ces superstitions à leurs enfants. Le patriarche, il est vrai, enleva du milieu de sa maison tous ces vestiges d’un polythéisme astrolàtriqne, quand il éleva à Béthel un autel à Elohim Mais il ne semble pas lui-même entièrement pur de toute influence religieuse étrangère. En dressant en l’honneur de Dieu des bétyles ^ dont Moïse proscrira plus tard l’usage \ et qui étaient inconnus à Abraham et à Isaac, en localisant en certains lieux la présence de Dieu \ et par conséquent en créant pour sa famille des centres de culte, il imite les coutumes phéniciennes et cananéennes, et s’écarte par là de la simplicité du monothéisme antique.

On peut cependant conjecturer avec une grande vraisemblance, que c’est surtout pendant le séjour des Israélites en Égypte, que des habitudes d’idolâtrie s’établirent dans la famille de Jacob. S’ils n’adoptèrent pas les dieux égyptiens, s’ils restèient, en un certain sens, fidèles au Dieu de leurs pères, ils empruntèrent à l’Égypte l’usage des représentations symboliques de la Divinité ^ . Le choix de l’image d’un veau pour symbole d’Elohim indique une in-

* Genèse, xxxv, 1-4.

‘ Genèse, xxviii, 18; xxxi, 45; xxxiii ÏO; xxxv, 14.

5 Le'vit., XXVI, 1.

* Genèse, xxviii, 17-22 ; xxxv, 15.

* Lêvit, xviii, 3.

fluence égyptienne ; on ne peut voir ici qu’une imitation du bœuf Âpis. Ce fut une tradition constante, parmi les successeurs de Moïse, que le séjour des Israélites en Égypte avait été funeste à leurs croyances. Ézéchiel reproche aux deux femmes, filles d’une même mère, sous la figure desquelles il personnifie Samarie et Jérusalem, de s’être prostituées dès leur jeunesse en Égypte ; c’est là, ajoute-t-il, qu’elles ont été corrompues \ L’horreur des prophètes pour toute alliance avec l’Égypte, ’ ne s’explique guère que par les souvenirs toujours vivants de l’action déplorable que la religion et les mœurs de ce pays avaient exercée sur les croyances des Israélites. Cette répulsion était encore vivace à une époque où elle n’avait plus aucune raison d’être, et où l’on aurait été probablement hors d’état de rendre compte des circonstances qui y avaient donné naissance. Quand Philon assure que les écrivains sacrés se servent du mot « l’Égypte » pour désigner allégoriquement le sensualisme, et de la locution « descendre en Égypte » pour exprimer la chute de l’âme de la vie spirituelle à la vie grossière des sens il est bien certainement, sans qu’il s’en

* Etéch., w, 8; xxili, 2, 3, 19, 21, 27,

»E*., XXX, 1 ei 8uiv.; xxxi. 1 ; Jér., ii, 18, 36; xlu, 13- 22; Ezéch., xvii, 15, 21; xxix, 6.

> Philonis o/iera. éd. Mangey, l. i, p. 77, 80, 9i, 171, 440, 692; I. Il, p. 16, 63.

doute probablement lui-méme, sous le coup des sentiments séculaires d’aversion des prophètes pour la terre des Pharaons.

S’il fallait même prendre cette tradition à la lettre, sans faire la part de l’exagération du zèle religieux, le mal aurait été bien plus considérable que je ne l’ai supposé. D’après le livre de Josué, les Israélites auraient servi les dieux étrangers en Égypte '. Ézéchiel répète, avec plus d’énergie encore, la même accusation % et il ajoute que dans le désert le cœur du peuple d’Israël continua à marcher après ces dieux infâmes ^ Amos n’est pas moins affirmatif : « Est-ce à moi, maison d’Israël, fait-il dire à l’Éternel, que vous avez offert des sacrifices et des gâteaux au désert pendant quarante ans ? Vous avez porté au contraire le tabernacle de votre Moloch » Enfin, dans le livre des Psaumes, le poëte met dans la bouche de Dieu des reproches analogues : « Quarante ans j’ai eu du dégoût pour cette génération ; c’est un peuple au cœur égaré ; ils n’ont pas connu ma voix » — « Nos pères, est-il dit ailleurs, n’ont point été attentifs à tes merveilles en Égypte ; il ne se sont point souvenus de la multitude de tes bontés. Ils furent épris de convoitise

' Josué, XXIV, 14.

• Ezech., XX, 7 et 8.

» Ezech., XX, 16, 18, 21, 26.

* Amos, V, 25 et 26; Nomb., xxv, 2 et 3.

» Ps. xcv, 10.

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dans le désert ; ils tentèrent le Dieu fort, leur libérateur, qui avait fait pour eux de grandes choses en Égypte. Ils n’obéirent pas à la voix de l’Élernel. Ils se prostituèrent à Baal-Péhor et mangèrent des victimes immolées aux morts »

Qu’on fasse la part, dans ces passages, de ce qui est dù à l’entraînement du mouvement oratoire et poétique du discours, qui, pour mieux confondre les contemporains auxquels il s’adresse, met en cause la race Israélite tout entière ; qu’on y voie l’expression des griefs nombreux des prophètes contre une nation qui n’avait jamais cessé de porter des atteintes profondes au monothéisme d’Israël, il n’y restera pas moins, après toutes ces éliminations, un témoignage transmis de siècle en siècle sur l’action pernicieuse que les coutumes de l’Égypte avaient exercée sur la religion des Hébreux pendant leur séjour dans ce pays. Et, si l’on rapproche de ces déclarations les récits des révoltes du peuple contre Moïse dans le désert, révoltes dont le souvenir ne s’est jamais effacé en Israël, et qui ne purent avoir d’autre raison qu’une opposition des mœurs anciennes à un nouvel ordre de choses’, — les terribles exécutions

' Ps. cvi, 7, U, 2t, 25, 28.

* cvi, 16-33.

- Exode, XV, 22-26, XVI, 1-8; XVII, 1-7; xxxil, 7-14; .Vom6., XI, 1-17; XIV. 1-23; xvi, 1-34, 41-50; x\, 2-11. .MoIsr trouva

SUR I. A R t R I. E

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qui suivirent plusieurs d’entre elles ne permettraient pas d’en douter', quand même les analogies de l’histoire ne nous en feraient pas découvrir les causes véritables, — on restera persuadé, non pas seulement qu’une réforme était nécessaire dans la famille d’Israël, mais encore que le seul remède efficace était une notion de Dieu décidément incompatible avec l’idolâtrie.

Après avoir établi que la notion de Dieu, représentée par le mot Jéhovah, ne remonte pas chez les Hébreux au delà de Moïse, il convient de s’enquérir de son origine et de rechercher comment elle s’est formée. Un grand nombre de critiques, sans doute sous l’impression de ce fait bien réel que la famille d’Israël n'a jamais montré une aptitude décidée pour les idées métaphysiques, ont cru devoir regarder la conception jéhovique de

même des opposants dans le sein de sa propre famille. Nomb., XII, 1-15; Deutér. xxiv, 9.

* Exode, XXXII, 25-30; Lrvit, x, 1-6; A'omh., xi, 1-3; xvi, 1-34, 41-50.

Dieu comme une importation étrangère parmi les Hébreux, et, dans celte persuasion, ils ont cherché, avec plus d’érudition que de sagacité et de bonheur, à prouver que le législateur l’avait empruntée à quelqu’un des peuples qui ont tenu dans l’histoire de l’antiquité une place tout autrement considérable que la chétive maison de Jacob. Je ne puis partager ni celle opinion, ni les préoccupations qui l’ont fait naître. Il me semble impossible qu’une conception qui a fini par devenir le centre de la vie tout entière de la famille d’Israël n’ait pas été le produit de son propre génie. Une idée capitale ne passe d’un peuple à un autre peuple qu’après avoir subi un long remaniement; et elle conserve à jamais les empreintes de ce travail d’assimilation. La notion de Dieu exprimée dans le mot Jéhovah offre au contraire une originalité évidente; elle se produit, pour ainsi dire, d’un seul coup, armée de toutes pièces, et au même moment suivie de toutes les conséquences qu’elle comporte. Quand elle se présente pour la première fois dans la famille d’Israël, elle est déjà la base solide d’une législation qui s’appuie tout' entière sur elle.

Je ne crois pas cependant pouvoir passer sous silence toutes les hypothèses qui ont été proposées sur l’origine de celte notion. Il en est qu’il n’est «k certes pas nécessaire de discuter; on peut se dis-

peBser, par exemple, de prouver que le mot Jéhovah ne vient pas de la Chine*. Mais il en est deux qui ont fait trop de bruit dans la science théologique, et qui d’ailleurs, quoique erronées au fond, du moins à ce qu’il me semble, offrent un intérêt trop considérable dans plusieurs de leurs traits de détail, pour ne pas être examinées avec quelque soin.

Un mot d’abord sur une hypothèse qui montre jusqu’à quels entraînements irréfléchis peut se laisser aller l’esprit de système. S’il est un fait bien constaté , et, depuis plusieurs années déjà , audessus de toute discussion, c’est la différence profonde qui éclate entre les conceptions religfeuses de la race sémitique et celles de la race indo-européenne. Il s’est trouvé cependant des hommes, d’une érudition d’ailleurs incontestable, qui ont cru pouvoir demander aux Grecs et aux Latins l’origine du jéhovisme^ Et l’unique raison sur laquelle ils ont appuyé cette singulière explication est l’analogie qu’ils ont signalée entre le mot Jahveh ou Jéhovah et les mots Jovis et lau. En vérité, il serait difficile d’avoir la main plus malheureuse.

< Tholuck, Ueber die Hypothesen des Ursprungs des Namtnt Jéhovah, dans Litterar. Anzeig, 1832. p. 223.

« Bohlen, Genesis, p. eu ei ciii;Vaike, Bibl. Theol., t. i, p. 672 el siiiv.

KTUDES CniTIQL’KS

Jovis, comme nous l’apprend Varron’, n’est qu’une forme mutilée de Diovis, et Diovis n’offre aucune ressemblance ni avec Jahveh, ni avec Jéhovah, Quant au mot lau, qui est le 'nom d’un éon des gnostiques valenliniens*, et qu’on rencontre sur quelques pierres gravées des Basilidiens®, il n’est évidemment qu’une transcription grecque du mol Jahveh ou Jéhovah. 11 se retrouve, il est vrai, dans un oracle d’Apollon, rapporté par Macrobe*. Mais que peut prouver, pour l’antiquité de ce mot parmi les Grecs, un témoignage isolé, rapporté par un écrivain du V® siècle de l’ère chrétienne, et appartenant, selon toutes les vraisemblances, à quelques-unes de ces nombreuses pièces inventées ou falsifiées par les Juifs alexandrins ou par quelque secte chrétienne?

Un système qui a réuni de nombreux partisans, et qui se présente, du moins au premier abord, sous une apparence plus satisfaisante, est celui qui prétend faire venir de l’Égypte aussi bien le mot Jahveh que la doctrine qu’il exprime. Vers le milieu du siècle dernier, J.-M, Gesner publia une dissertation' dans laquelle il voulait prouver

• Varro, De ling. latina, v, 20.

• Irênée, Adv. Hœres., i, 21; Epiphane, Hæres., 26.

* Matler, Ilisl. du gnosticisme, pl. 8-10.

* Macrobe, Saturnal., i, 18.

■ De Laude Dei per septem vocales dans Comment. Gaetling,

que le terme Jéhovah était le nom sous lequel les prêtres égyptiens honoraient dans leur culte secret la Divinité suprême. Le seul témoignage qu’il invoqua pour prouver la vérité de ce dernier fait, est un passage d'un écrit sur l’élocution attribué à Déméirius de Phalère. « En Égypte, y est-il dit, les prêtres célèbrent les louanges des dieux par les sept voyelles qu’ils répètent à la suite les unes des autres'. » Les sept voyelles, rapprochées les unes des autres, forment le mot hr.cdoua, à ce qu’assure du moins Gesner, et ce mot, fait remarquer cet érudit, correspond bien au mot Jéhovah.

On pourrait objecter que cet arrangement des sept voyelles est entièrement arbitraire, qu’il y a une infinité d’autres manières de les grouper, et que le passage du Traité de l'élocution n’indiquant en aucune façon dans quel ordre il faut les placer, il est vraisemblable qu’il est sous-entendu qu’elles doivent l’être dans le même ordre qu’elles ont dans l’alphabet. On pourrait encore ajouter que le sens que le savant allemand donne à ce passage est sujet à contestation, et qu’on a pensé avec quelque apparence de raison que ces sept

175t, l. I, p. 14”i. On a donné une analyse de ce mémoire dans un recueil français intitulé : Morceaux choisis de l’histoire ancienne. Paris, 1810. t. ii, p. 83-86.

1 Ev odYuxTtü oà xo'u; Oeouç u|i.voüoi otà tîüv trrra cpovrftvruv o( ttpcTç tçcÇijî oiti (mpi 'EpjXTivtlaî, § 7.)

voyelles indiquaient ou sept modes de chant ou sept rubriques de la liturgie. Mais toutes ces discussions sont fort inutiles ; un seul mot suflit. lerojoua correspond bien, si l’on veut, à Jéhovah, seulement le nom du Dieu de Moïse n’est pas Jéhovah, mais Jahveh, et Jahveh n’a rien de commun avec ItTiuciua.

Il ne servirait rien de rapprocher des paroles du Traité de l'élocution un passage d’Kusèbe contenant les vers suivants d’un des sages de la Grèce : tt Les sept lettres voyelles me célèbrent, moi qui suis le Dieu impérissable, le Père infatigable de tous les êtres*. » Admettrait-on l’authenticité de ces vers, l’hypothèse de Gesner n’y gagnerait rien, car il s’agit ici de la Grèce et non de l’Égypte. Mais, quoi qu’en dise Eusèbe, dont les citations, pour le dire en passant, sont faites trop souvent avec une grande légèreté ou pour le moins avec une étonnante absence de la critique la plus élémentaire, ces vers ne sont pas d’un des sages de la Grèce ; ils sont l’œuvre d’une fraude pieuse, et on peut les mettre sans balancer, en compagnie du discours sacré (lepoç >.ôyoç) d’Orphée, rapporté aussi par Eusèbe’, et d’une foule d’autres pièces semblables, sur le compte de quelque Juif alexandrin des deux siècles antérieurs à l’ère chrétienne. Alexandrie fut,

• Eusèbe, Prœpar. cvang., lib. ii, cap. 6.

* Eusèbe, ibid., lib. xiii, cap. 12.

pendant cette période, le centre d’une active fabrication d’écrits apocryphes. Les Juifs hellénistes avaient entrepris, dans une vue mesquine de vanité nationale, et pour se venger de l’injuste mépris des Grecs, de prouver que les grands philosophes de la Grèce avaient puisé à pleines mains dans les écrits de l’Ancienne Alliance, et, à défaut de preuves historiques, ils produisaient, pour soutenir leur thèse, de prétendues poésies d’Orphée, des sages de la Grèce, de la Sibylle, qu’ils avaient composées eux-jnômes, ou des poésies d’une antiquité réelle, mais dans lesquelles ils avaient glissé des vers exposant quelques-unes des grandes doctrines du mosaïsme. La pièce que cite ici Eusèbe est sortie de cette fabrique. 11 n’est pas besoin de soutenir avec Joseph Scaliger qu’elle a été composée, non en l’honneur de Jéhovah, mais en vue de Sérapis’ ; c’est bien du Dieu des Hebreux qu’il s’agit ici ; mais comme ce chant est l’œuvre, nom d’un Grec, quine se serait jamais exprimé en semblables termes, mais d’un Juif alexandrin qui a voulu faire croire qre les sages de la Grèce connaissaient très-bien la religion des Hébreux, il n’est pas étonnant d’y rencontrer une allusion trop transparente à la doctrine israélite de l’unité de Dieu.

Mais si le mol Jahveh n’est pas, au point de vue

' Jos. Jusi. Scaliger, Comm, Chron. Etuebii, anno 1730.

ETUDES CKITIOUES

philologique, d’origine égj'plienne, ne le serait-il pas du moins quant à l’idée qu’il exprime? En d’autres termes, ne serait-il pas une traduction hébraïque d’une doctrine enseignée dans les collèges sacerdotaux de l’Égypte? Ou l’a souvent rapproché de la célèbre inscription du temple de Sais, ville principale de la basse Égypte. On lisait à ce qu’on assure, sur le frontispice de ce temple consacré à la déesse Neith : « Je suis ce qui sera. Nul mortel n’a levé jusqu’ici le voile qui me couvre’* » C’est bien dans la première phrase de cette inscription, la même idée que celle que Moïse exprime par rPn{< sumquisutn, ou plus simplement

par n’HK sum , ou encore par miT’ Jabveh.

Et si l’on considère d’un côté que cette idée de Dieu aurait fait pai’tie de la doctrine des prêtres égyptiens, comme l’inscription de Sais en serait la preuve, et, de l’autre, que, d’après la tradition hébraïque’. Moïse aurait été initié à toutes les sciences des Égyptiens, ne serait-on pas autorisé à supposer avec une grande vraisemblance que le législateur des Hébreux aurait accommodé à l’intelli-

I Plutarque, De Iside et Osiride, § 9, ’Efcô tijii t!) ytTovAî al iv xa'i 2ai|tEvov xa( rbv t(ibv itènXov ou8e(( nui tvr,Tb( inx^Xuijav, t Dhiloitis opéra, l. ii, p. 83; Act., vu, 22; Hœbr., xi, 24 et 25.

gence de ses concitoyens une vérité qu’il aurait due à son éducation égyptienne?

Je ne soumettrai pas à une discussion critique la tradition hébraïque sur l’éducation de Moïse; je n’en ai pas besoin. 11 me suffit d’examiner ce qu’on raconte de l’inscription de Sais, dont je ne saurais admettre l’authenticité, ou du moins la haute antiquité qu’on lui suppose.

Plutarque est le premier qui en fasse mention ; ni Hérodote, ni Platon, ni aucun autre des Grecs qui ont parlé de l’Égypte antérieurement à l’ère chrétienne, ne paraissent l’avoir vue ni en avoir eu quelque connaissance. Aurait-elle échappé à la curiosité d’Hérodote? Il est permis d’en douter. Et il est probable que si Platon en avait entendu parler, il se serait abstenu de ne reconnaître aux Égyptiens qu’un esprit pratique et qu’une certaine aptitude pour les choses de la vie vulgaire*.

Je passerais volontiers sur le silence des Grecs de l’antiquité, si je trouvais quelque accord dans les témoignages postérieurs sur cette célèbre inscription. Mais il n’en est rien. De Plutarque àProclus, qui en parle aussi, elle a subi un changement notable et en même temps elle a pris de l’accroissement ; elle a gagné une phrase auparavant inconnue, et il se trouve que cette phrase est telle qu’aurait

• Platon, Dr. la rêpubl., liv. iv.

pu la désirer le néo-platonisme dans l’intérêt de ses théories sur la mythologie. Voici dans tous les cas comment aurait été conçue cette inscription, d’après le philosophe néo-platonicien : « Je suis tout ce qui a été. Personne n’a soulevé ma tunique. Le fruit que j’ai enfanté a été le soleil'. »

Ajoutez que de Plutarque à Proclus, l’inscription n’a pas seulement changé de forme, elle a aussi changé de place. Du temps du premier de ces écrivains, elle était gravée .sur le frontispice du temple ; du temps du second, elle faisait le plus bel ornement du sanctuaire ^

Ces variations ne sont sans doute que des détails insignifiants pour qui se contente d’une vue générale et sommaire. Aux yeux plus difficiles de la critique, elles ont une véritable importance, elles font soupçonner la dévotion païenne des premiers siècles de notre ère, d’avoir arrangé, dans l’intérêt de sa cause, quelque légende vulgaire inscrite sur la porte du temple de Sais, et de lui avoir donné, selon les besoins du moment, la forme et le sens qui lui con-

* Proclus, Comment, in Plalonis Timœum, recens. C. E. Ch. Schneider, Breslau, 1847, in-4, p. 69 (ou dans l’ddition de Grynæus. De Platonis opéra. Bâle, 1534, p. 30 D et E). Ti Jvra xat x4 tad|UV9i xal x4 '(t'fo■^6ra lydi ttfii; tov t|i6v jriTÜva oùSctf dicsxdXu'j'CV- 8 ÿ lyù) xxp;:dv ftexov, î^Mo; ifiiixa.

• Ev TW d^ÛTüi T^ç Oeou npoYEYpxppIvov eivai xh tïnYpxppx TOÎ>To,dij Proclus iminédiatcmciil avant de rapporter l'inscription elleméinc.

Sun LA BIBLE

venaient le mieux. A une époque où l’antiquité d’une doctrine était la preuve la plus concluante de sa vérité, on voulait retrouver dans la mythologie primitive l’enseignement de l’unité de Dieu, et on rapportait, au mépris de toute vraisemblance historique, les conceptions mystiques du moment aux peuples dont l’existence remontait à des âges reculés. Ce fut sous l’empire de celte préoccupation qu’on inventa, ou du moins qu’on arrangea, la célèbre inscription du temple de Sais, comme on inventa les écrits d’Hermès Trismégiste ei qu’on arrangea les oracles chaldaïques. Nous ne saurions trop nous tenir en garde contre les fraudes pieuses de ces temps. Pour les avoir acceptées avec une aveugle confiance, des écrivains considérables de notre siècle ont dépensé un temps précieux et une érudition étendue à des travaux qui ne sont propres qu’à égarer l’esprit et qui ne présentent que des images infidèles des croyances de l’antiquité.

Les égyptologues modernes assurent, il est vrai, qu’une religion d’un spiritualisme élevé était enseignée, depuis les temps les plus reculés, dans la vallée du Nil, sinon parmi le peuple, partout enclin à s’arrêter aux symboles extérieurs, du moins dans le sein de la caste sacerdotale, qui cachait sous des mythes bizarres un fond réel de philosophie et de morale'. Mais il est difficile d’admettre le résultat ■ Aug. Mariette, Mémoire sur la mère (TApis, p. 64.

170 ÉTUDES CKITiyUES

de recherches qui prétendent trouver leur confirmation dans les rêveries des néo-platoniciens du quatrième et du cinquième siècle de l’ère chrétienne'. Celle association jette un jour fàch.'ux sur des travaux d’ailleurs recommandables. Il faudrait, dans tous les cas, des preuves bien autrement solides que celles qu’on a données jusqu’à ce moment*, pour admettre que les fantastiques conceptions de Jambliqueet les interprétations erronées que l’école néoplatonicienne donne de Platon, constituaient le fond de la religion égyptienne, quinze siècles avant Jésus- Christ. On sait très-bien d’où vient le néo-platonisme. Ce n’est pas certainement des doctrines de ranli(|ue Égypte. Si quelques formules réellement anciennes ont été recueillies par les écrivains de celte école, ce qui après tout ne serait pas impossible, on peut être [ærsuadé qu’ils ne les ont enchâssées dans leurs écrits qu’en leur prêtant un sens qu’elles n’avaient pas en elles-mêmes. C’est ainsi qu’ils ont fait pour certaines doctrines de la Perse, dont le bruit était arrivé jusqu’à eux, et même en général pour la mythologie grecque tout entière. On peut accorder sans peine que les Pères de l’Église n’ont pas été d’une justice rigoureuse envers les cultes païens, envers celui de l’Égypte en parli-

< Ibid., p. 2i cl suiv., 35, 42 et suiv., rtc.

• Rcn. 111 , iVouu. Consid sur le caractère général des peuples sémitiq., p. 8-10.

culier, et que les Lucien les ont traités avec plus de légèreté qu’il ne convenait. Mais pour ce qui regarde rfigypte, il me semble impossible, du moins jusqu’à plus ample informé, de ne pas s’en rapporter à Platon, qui, malgré sa partialité pour les institutions ultra-conservatrices de ce pays, qui plaisaient à ses sentiments aristocratiques, et tout en admirant l’active industrie des Égyptiens, n’avait pas, comme s’exprime M. Ritter, une haute idée de leur science*. Et certes, la vue des monuments égyptiens, d’un réalisme si parfait, n’est guère propre à infirmer le jugement du philosophe athénien.

Si le mot Jahveh ne vient pas plus que la doctrine qu’il exprime, de l’Égypte, ne pourrait-on pas, avec plus de vraisemblance, chercher l’origine de l’un et de l’autre dans la Phénicie? Ilamaker est le premier, si je ne me trompe, qui ait attiré l’attention de ce côté^ Ce n’est pas qu’il eût l’intention défaire dériver le jéhovisme de la religion des Phéniciens ; bien loin de là ; il prétendait, au contraire, mettre en lumière l’action que les Hébreux avaient exercée sur la culture de leurs voisins du nord. Mais on comprend comment on a pu s’appuyer sur ses travaux pour renverser le problème et pour conclure, des analogies qu’il signale entre les conce[)tions reli-

• Ritter, Hist. de la philos, ane. irad. franç., l. ii, p. 129.

> Dans ses Uiscell. Phanie,

gieuses des deux peuples, à une action des Phéniciens sur les Hébreux. Cette conclusion semblait d’autant mieux autorisée qu’il y eut incontestablement de très-bonne heure des rapports entre les deux peuples. Le mot Eljon, p’bv, qui est employé soit seul', soit comme qualificatif de El“, d’Eloliim’ et même de Jéhovah', pour désigner Dieu, aurait passé, d’après une opinion fort répandue, des Phéniciens aux Israélites. 11 est certain, du moins, que ce mot était usité dans ce sens aussi bien dans la Phénicie qu’à Carthage’. Adonaî, '3 est également regardé comme un nom de Dieu emprunté par les Hébreux aux Phéniciens®.

S’il faut en croire M. Vatke, le terme Jahvch n’aurait commencé à être connu des Hébreux que sous le règne de Salomon. Son origine phénicienne devient, dans ce cas, manifeste. Les ouvriers tyriens qui furent appelés à Jérusalem pour y construire le

1 Nomb., XXIV, 16; Deut., xxxii, 8;Ps. ix,3; xviii, 14, cic. Les Snptanie le traduisent par 6

• Gen., XIV, 18; Ps., Lxxvm, 35.

» Ps. Lvn, 3; lxxviii, 35.

* Ps. VII, 18; XLVii, 3; xcvii, 9.

» Philon de Byblos, cité dans Eusôbe, Prœp. evang., i, i, c. 10; Piaule, Pæniilus, act. v, sc. i, v. 1. Il entre dans la composilion lie plusii'urs noms propres, par exemple, Abdalonim, D'SVSy Tay" Gultor deorum, Gésénius, Thésaurus, p. 1030 a

“ Les fôlci en l’honneur d’Adonis prirent naissance, disent les anciens, à Byblos, dans la Pliénieie. A. Maury, Hist. des religions de la Grèce antique, t. iii, p. 193.

SUB LA BIBLE

temple, ne se bornèrent pas à élever les murs de l’édifice sacré, ils y placèrent aussi le Dieu qui y faisait sa demeure. Le culte des Israélites tout entier, le temple aussi bien que la divinité, furent d’origine phénicienne.

Quelque singulière que cette hypothèse puisse paraître au premier abord , elle ne laisse pas de se couvrir de quelque apparence de vérité, quand on l’examine de près. N’est-il pas bien étrange que le peuple hébreu, au moment même de sa plus grande prospérité, ait eu besoin d’appeler des architectes et des ouvriers d’un royaume voisin pour construire le sanctuaire de son Dieu ? N’est-il pas plus probable que Salomon , après avoir constitué le peuple d’Israël, voulut organiser un culte encore sans fixité et sans unité dans Israël, et qu’il le fit à l’imitation de ce qui était pratiqué dans la Phénicie? Rien de plus naturel que de faire venir, dans ce dessein, des architectes et des ouvriers phéniciens pour établir à Jérusalem un sanctuaire semblable à ceux qui existaient dans leur pays.

Que le culte établi par Salomon n’eût pas de racines dans les antécédents des tribus d’Israël, c’est ce que semble prouver ce fait que Jérusalem n’avait jamais été auparavant un centre de prière pour les Hébreux'. La tradition aurait demandé que le tem-

' Lo seul fait antique qui recommandât Jérusalem pour habitation de l’Êterucl, était le sacriiiee d'Isaac, qui avait dû s’ac-

pie fût à Sichein, à Silo ou à Bélhel. C’étaient là des lieux sacrés pour la famille de Jacob. Aucun souvenir religieux ne s’attachait à la capitale du royaume. Et aussi, avec quelle facilité les dix tribus qui se séparèrent bientôt de Jnda, oublièrent-elles le temple et adoptèrent-elles pour centres de culte Bélhel et Dan, qui y avaient des droits plus réels que Jérusalem ' ! Les prophètes eux-mèmes ne semblent avoir eu, à l’époque de la séparation de la famille d’Israël en deux royaumes, qu’un sentiment de regret fort léger pour le sanctuaire de Salomon.

Que l’on considère enfin que les constructeurs tyriens ne purent bâtir qu’un temjfle phénicien. Il parait, en effet, qu’il y avait la plus grande ressemblance entre le temple de Jérusalem et ceux qui s’élevaient dans les lieux saints de la Phénicie. Or, autant vaut le temple, autant vaut le Dieu. El si le sanctuaire de Jérusalem était phénicien, le Dieu qu’on y adorait l’était également.

Le sentiment national élagua plus tard de ce fait

complir sur le mont Morya {Gen., xxii, 2). C'est vraiscmblsblemem pour faire remarquer que ce fait avait donné à ce lieu une sorte de consécration que le Targum d'Oukelos et celui de Jonathan le qualifient de njnbl NSHN- lerra cullûs dirini. Cependant les livres saints ne font aucune allusion à celle circonsiance : ils appellent d'ordinaire le lieu dans lequel s’élevait le temple Sion, ou n'Sn TH- montagne de la maison (de l’Étemol).

1 Sur les Samaritains, dans la Bible de Calicn, t. v, p. 19 et 20.

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toutes les circonstanres qui le blessaient et ne laissa subsister que le souvenir de la construction mat(5rielle du temple par d’habiles ouvriers étrangers. Les transformations de ce genre ne sont pas rares dans les traditions des peuples.

Telle est, prise dans son ensend)le, l’hypothèse par laquelle on a cherché à donner au culte de Jéhovah une origine phénicienne. Je ne crois pas en avoir affaibli aucun des détails essentiels ; je puis ajouter qu’elle ne manque pas d’une certaine vraisemblance ; je suis même disposé à reconnaître la valeur de quelques-uns de ses points principaux. Ainsi, il me semble impossible de ne pas voir dans le choix de Jérusalem pour le centre du culte de Jéhovah, ur^effet de la politique de Salomon, qui voulut avoir sous la main les institutions religieuses, et c’est probablement par quelque motif de ce genre qu’il faut expliquer le fait fort extraordinaire de l’appel d’ouvriers étrangers pour construire le temple. La réputation des constructeurs tyriens et l’inhabileté des Hébreux dans les œuvres d’art, ne sont pas des raisons suffisantes pour en rendre compte.

Mais, quoi qu’il en soit des détails, c’est par la base que cette hypothèse me parait manquer. Elle n’aurait une solidité réelle qu’à la seule condition de prouver que le culte de Jéhovah était phénicien ; et la preuve n’est pas faite ; je ne pense pas qu’elle puisse l’étre. Que le culte d’El, que celui d’Eljon,

établis inconleslablement dans la Phénicie, eussent des rapports avec celui de Jéhovah, je le veux bien, et c’est même à cause de ces analogies qu’il fut possible de faire construire le temple de Jéhovah sur le modèle de ceux des centres de culte des Phéniciens. Mais ce n’est pas de cela qu’il est ici question. Il s’agit d’une conception de Dieu, qui est issue de l’idée même de sa nature éternelle, immuable et nécessaire, et qui est le piincipe des institutions les plus importantes du mosaïsme. Cette conception, rien ne nous prouve qu’elle fût propre aux Phéniciens; l’existence de représentations symboliques de la Divinité, très-communes parmi eux et incompatibles avec l’idée de Dieu en tant que Jéhovah, est au contraire un indice certain qu’elle leur était inconnue. Qu’on ne dise pas que les Hébreux, tout en rendant hommage à Jéhovah, avaient aussi des images de Dieu, et que ces images ne prouvent rien, par conséquent, contre l’existence d’une conception semblable dans la Phénicie. Les Israélites idolâtres n’avaient pas du tout l’idée de Jéhovah ; c’est même parce qu’ils ne l’avaient pas, qu’ils pouvaient être idolâtres. Les Hébreux véritablement jéhovistes, les prophètes, entre autres, n’ont jamais toléré les représentations symbolifpics de Dieu. Le prophétisme ne s’explique que par le jéhovisme; je le montrerai en son lieu, et les prophètes phéniciens n’ont jamais joué, dans leur nation, le rôle que les pro-

SUR r, A II I H i. F,

phètes hébreux ont rempli au milieu d’Israël, c’està-dire qu’ils ne se sont jamais élevés, au nom d’une idée religieuse supérieure, contre les cultes populaires, dont ils étaient, au contraire, les ministres les plus fervents. Pourquoi, si ce n’est parce que cette idée leur manquait?

Le mot Jahveh paraît d’ailleurs inconnu à la langue phénicienne. Jusqu’à présent, du moins, on ne l’a lu sur aucun monument. Sera-t-on plus heureux plus tard? Je ne le pense pas. I^s noms phéniciens des dieux rappellent, comme ceux de l’élohisme, la force, la puissance, l’élévation de la Divinité ; ils ne dérivent pas de l’idée de son existence nécessaire. Hamaker a recueilli, il est vrai, un certain nombre de noms phéniciens dans lesquels il croit pouvoir retrouver le nom de Jahveh comme partie constituante. M. Hengstenberg me parait avoir prouvé jusqu’à l’évidence que, de ces noms, les uns sont hébreux et non phéniciens, et les autres ne contiennent pas en composition le mol Jahveh’.

Après avoir mis de côté les diverses hypothèses par lesquelles on a essayé de donner une origine étrangère aussi bien au mot Jahveh qu’à la doctrine dont il est l’expression, il ne reste qu’à rapporter l’un et l’autre au développement religieux de la famille d’Israël.

• Hengstenberg, Authentie des Penlat., t. i, p. 2i6-2l9.

178 ÉTUDES CniTIQUES

Pour ce qui est du mot Jahveh, il n’est pas nécessaire de lui chercher une étymologie étrangère : il est entièrement conforme au génie de la langue hébraïque: M. de Bohlen le nierait en vain'. Il est, grammaticalement parlant, tout à fait analogue à une foule de noms propres qui, comme lui, sont, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, des futurs à la troisième personne du singulier masculin, pris substantivement" ; tels sont les noms de Jacob , Jabin , Jaboc , Jabneh , Joseph , etc. Et la racine à laquelle il appartient est propre à la langue hébraïque. Il n’y a donc pas de raison, du moins sous ce rapport, d’aller chercher, eu dehors de la maison d’Israël, l’origine de cette dénomination de Dieu.

On a prétendu que c’était sous le nom de Jahveh que la famille de Moïse adorait Elohim. Dans ce cas, le grand législateur des Hébreux aurait tout simplement entrepris de faire dominer dans Israël, à l’exclusion des traditions religieuses des autres familles Israélites, celle qui avait pris une forme plus pure dans le sein de sa propre famille. Celte conjecture n’est fondée que sur une base bien fragile. On a remarqué que, tandis que la syllabe rP abréviation de Jahveh, entre dans la composition d’un

• Die Genesis erlœuterl, von P. von Bolilcn, p, cii. M. Vatke penche vers cette opinion, sans 6tre aussi afBrniatir, Bibl. Theol,, I. I, p. 672 et suiv.

I Hengsteoberg, Authentie des Pentat., t. i, p. 230 et suiv.

Sun LA ninuK

très-grand nombre de noms propres, dans les temps postérieurs à Moïse S elle ne se rencontre avant lui que dans un seul nom, celui de sa mère^ Ce fait suffit-il pour admettre que le mot Jahveh était connu * dans la famille du législateur, et qu’il était le nom particulier sous lequel Elohim y était adoré^ ? II est permis d’en douter, surtout quand on voit que son frère Aaron semble n’en rien savoir ; qu’il n’est pas, au commencement et même pendant longtemps, supérieur au reste des Israélites par ses conceptions religieuses; qu’il seconde si mal les plans de Moïse', %

et que celui-ci est obligé d’aller chercher des collaborateurs en dehors de sa famille ^ Cette conjecture ne ferait d’ailleurs que déplacer le problème sans le résoudre ; car fùt-elle fondée, et elle semble ne

« Exod., XVII, 9; XXIV, 13; A’omb., xiii, 16; Jug., xviii,

30; 1 Sam., xui, 2; 2 Roit, viil, 16; x, 15; xi, 2; xxil',

41, etc.

» TM'T' cujus gloria e$t Jahveh. Exod., vi, 20; Nombr.,

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