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> Je ne pense pas qu’on puisse en appeler à Exode xxxii, ii.
On y lit, il est vrai, ces mots : • Moïse implora Jahveh son Dieu. » mil' . mais on ne saurait voir dans cette exprès-
sion un témoignage en faveur de l’hypothèse que Jahveh était le nom sous lequel Moïse avait appris de sa famille à invoquer le Dieu de ses pères. L’écrivain sacré en donnant à Javeh la qualification de Dieu de Moïse, a eu égard tout simplement à ce fait que ce nom était celui du Dieu de la législation mosaïque.
‘ Exod., XXXII, 1-6, 21-24; Lévit., x, 1-6; Nomb., xii, 1 et suiv.
> Nomb., XI, 16, 24-30; Exod., xxiv, 1, 9, 14.
K T U n F, s CRITIQUES
l’êlre pas, il resterait toujours à expliquer par quel concours de circonstances Elohim avait été conçu comme Jahveh dans une famille d’Israël, et pourquoi celte conception s’était maintenue dans cette seule famille comme son privilège exclusif.
Ce n’est pas à dire cependant que cette conjecture ne puisse renfermer quelques éléments de vérité. De toutes celles qui ont été proposées sur l’origine du jéhovisme, elle est en réalité celle qui semble la plus propre à faire disparaître un grand nombre de difficultés, mais à la condition qu’on la dépouille de sa forme traditionnelle et qu’on l’entende dans un sens que suggèrent d’ailleurs les analogies de l’histoire.
C’est im fait aujourd’hui incontesté que toutes les grandes idées qui ont contribué à l’éducation de l’humanité ont été, en un certain sens, le produit d’un travail impersonnel, et qu’elles ont été longuement élaborées, dans l’ombre et le silence, jusqu’au moment où, atteignant leur perfection, elles ont éclaté au grand jour de l’histoire. Le jéhovisme, qui est la forme la plus parfaite du monothéisme, n’a pas probablement fait exception à la règle commune. Il lui a fallu du temps pour se dégager des obscurités qui ont dû nécessairement l’entourer d’abord, et avant qu’on ait pu en avoir une claire conscience, plusieurs générations de pieux Israélites ont sans doute agité avec anxiété dans leurs
pensées la question de la nature de l’Être divin. Il est vrai que la tradition a attaché au nom de Moïse et la dénomination nouvelle de Dieu et, par conséquent aussi, l’idée qu’elle exprime. Mais on sait que c’est une loi de la formation même de la tradition de condenser, si je puis ainsi dire, l’œuvre de tous les préparateurs d’une grande conception nouvelle en celui-là seul qui, l’ayant reçue encore incomplète de ceux qui l’ont précédé, lui a donné sa forme dernière et son expression définitive. Telle fut probablement la part que prit Moïse dans ce grand travail : il y mit la dernière main. Mais, avant lui, Elohim était adoré comme le Dieu qui existe par lui-môme, non peut-être dans sa famille selon la chair, mais dans la famille spirituelle des
pieux Israélites, dont Jahveh était la gloire famille à laquelle il appartenait lui-même, et si Jokébed ne fut pas la mère qui l’enfanta corporellement, elle fut du moins celle qui lui donna la naissance spirituelle.
Dans tous les cas, quels qu’aient pu être les antécédents du jéhovisme, deux choses paraissent certaines : l’une, que cette doctrine de Dieu fut le résultat de la transformation d’un monothéisme spontané en un monothéisme réfléchi ; l’autre, que le mosaïsme voulut en faire la base de la vie morale du peuple d’Israël.
Il serait impossible de ne pas reconnaître, dans le monothéisme mosaïque, une vue claire et bien définie de la croyance naïve et encore vague des patriarches en un Dieu unique et tout-puissant. Du moment qu’il se rencontra un Israélite en état de prendre pour l’objet de ses réflexions la conception que sa famille se faisait de Dieu, la route qui devait conduire à l’idée exprimée par le mot Jahveh fut ouverte. Si Dieu est infiniment supérieur à l’homme par sa puissance, il doit l’étre aussi par sa nature ; et comme la nature de l’homme est avant tout sujette au changement, celle de Dieu doit consister en des qualités différentes et se trouver au-dessus de toutes les vicissitudes dont les êtres humains sont l’inévitable jouet.
Ni la naissance, ni la mort, ni la dépendance des causes extérieures, toutes choses qui sont les conditions de l’existence humaine, ne sauraient convenir à Dieu. D'tlbs niH’ Ëlohim existe par lui-même, telle fut la conclusion définitive à laquelle on arriva, après des considérations qui furent sans doute longues et compliquées, mais dont il ne nous est guère possible que de saisir les termes moyens les plus prononcés. Quoi qu’il en soit, le mot qui exprima la conséquence dernière^ rPiT Jahveh (il est) , resta comme le nom