‹ Études critiques sur la BibleChapitre 25 sur 34 · SUR I. A B I B I, E · texte numérisé non relu

SUR I. A B I B I, E

la vanité de la confiance dans des moyens humains, dans des alliances politiques avec les princes voisins, pour le salut et la prospérité du petit peuple élu. Leur point d’appui dans cel enseignement se trouve dans les principes mosaïques.

Si les prophètes combattent l’idolâtrie, c’est parce que, avec Moïse, ils conçoivent Dieu comme l’Être existant par lui-même, ne pouvant être représenté par aucune figure sensible, et qu’ils regardent le culte rendu à des images comme un outrage à la divinité, le résultat d’une fausse notion de Dieu et la source de dangereuses erreurs.

On sait avec quelle éloquence ils flétrissent tout culte rendu à des images, et sur quelles raisons ils appuient leur jugement. «A quoi ferez-vous ressembler le Dieu fort? s’écrie Esaïe ; quelle ressemblance lui approprierez-vous' ? Le menuisier prend un chêne ou un cyprès; il en brûle la moitié au feu pour rôtir la chair qu’il mangera et pour se chauffer ; puis, du reste, il eu fait uii dieu pour lui être une image .sculptée, il l’adore, il se prosterne devant lui, il lui fait sa prière et il lui dit: Délivre-moi, car lu es mon Dieu. Ils ne connaissent ni ne comprennent rien; on leur a couvert de plâtre les yeux, en sorte qu’ils ne voient point, et le coeur, en sorte qu’ils ne comprennent point. Nul ne rentre en soi-même, et n’a ni connais-

‘ Eta'ie, XI, 18-2o.

sance, ni intelligence pour dire: J’ai brûlé la moitié de ceci au feu; j’en ai cuit du pain sur les charbons, j’en ai rôti de la chair que j’ai mangée, et du reste en ferai-je une idole ? adorerai-je une branche de bois ' ? »

Que sont ces vaines images à côté de l’Éternel ? Il n’y a point d’être semblable à lui; il est le Dieu de vérité, le Dieu vivant, l’auteur et le conservateur de toutes choses. Il a fait la terre par sa vertu, il a établi le monde par sa sagesse, il a étendu les deux par son intelligence ^ a II est Jéhovah, déclare le prophète; c’est là son nom; il ne permettra point qu’on donne sa gloire à aucun autre être, ni la louange qui lui appartient à des images taillées’. »

N’est-ce pas là un écho du mosaisme ? Quelle autre origine pourrait-on donner à ces enseignements sur Dieu que les nombreuses déclarations mosaïques touchant l’invisibilité de Jéhovah ?

C’est, d’un autre côté, de l’idée théocratique que partent les’prophètes, quand ils renvoient les Israélites à l’Éternel commeàleur unique sauveur : « Confiez-vous à l’Éternel à perpétuité ; le rocher des siècles est enTÊternel, notre Dieu’.» Mais cette protection est subordonnée à la fidélité des Israélites à observer

1 Esa'xe, xliv, 15-19; xlv, 20; Jérémie, x, 3-5, 11, 14, 15.

• Jérémie, x, 6, 10-13.

» EsaXe, xlii, 8; Jérémie, xlvi, 18.

‘ Esa'ie, xxvi, 4.

Sun LA ItlIiLK

Mo

les conditions de l’alliance' , et cette alliance est pour les prophètes celle que Dieu a traitée avec le peuple après la sortie d’Égypte^ . C’est depuis cette époque que Jéhovah est le Dieu d’Israël; c’est dans le désert qu’il l’a connu’.

Comme pour Moïse, Jéhovah est, pour les prophètes, le roi, le seul et véritable roi d’Israël. C’est parce nom que le désigne Esaïe'. Ailleurs il s’écrie : «L’Éternel est notre juge, l’Éternel est notre législateur, l’Éternel est notre roi. C’est lui qui nous sauvera’.» Le roi d’Israël a pour nom, selon l’expression de Jérémie, l’Éternel des armées®. C’est sous ce titre que le désignent tous les prophètes’. Ils le représentent aussi comme l’époux et comme le père de la famille d’Israël* ; mais ces expressions métaphoriques impliquent la même idée, l’époux et le père étant dans l’Orient le roi de la maison.

Enfin, comme Samuel, ils tiennent l’établissement de la monarchie en Israël pour une infraction à une des clauses fondamentales de l’alliance. Ilss’accom-

• Esaïe, XXXIII, 8; Jérémie, xi, 3 cl siiiv. ; xxii. 8 el 9; xxxi, 36-37; Ezéchiel, xvi, 8; xvii, 15; xx, 37.

« Jérémie, xi, 3 cl 4; xxxi, 32.

1 Osée, XII, 10 ; xiii, 4 et 5.

* Esaïe, VI, 5; xliv, 6.

» Ibid., xxxiii, 22.

e Jérémie, xlvi, 18; XLViii, 15; li, 57.

1 Ibid., VIII, 19; x, 10; Sophon., iii, 15; Malach., l, 14.

» Esaïe, Liv, 5, 6 ; lxiii, 16 ; Jérémie, xxxi, 9, 32.

modent, il est vrai, aux circonstances; ils n’auraient pu d’ailleurs les changer. Mais, avec Osée, ils mettent dans la bouche de l’Éternel ces paroles significatives; « Je t’ai donné un roi dans ma colère'.» Et l’on verra plus loin qu’ils espérèrent pendant longtemps pouvoir dominer la royauté et en faire un instrument de leurs idées religieuses.

Ces considérations sufiisent déjà, ce me semble, pour nous montrer dans les pr ophètes les continuateurs de l’œuvre de Moïse. Il en est d’antres encore plus décisives peut-être, qui prouvent jusqu’à l’évidence qu’ils n’eurent pas d’autre mission que de conserver, propager et faire triompher le mosaïsme dans la famille d’Israël.

Il est possible qu’antérieurement à Moïse il ait existé en Israël des prophètes, c'est-à-dire des hommes inspirés défendant les vérités morales et religieuses. Il ne faudrait pas cependant en chercher la preuve dans le titre de prophète qui est donné, dans les traditions juives, à tous les patriarches*. C’est par un abus de langage et à une époque où les Juifs avaient perdu l’idée du rôle véritable du prophète et de la nature de son ministère, qu’ils ont appliqué cette dénomination à tous les personnages vénérés de leur histoire. Mais que le prophétisme ait existé

' Osée, XIII, tl.

• Genèse, w,

SUR LA nini.E

ou non dans la famille d’Àbraham, dans les temps antérieurs à l’organisation des tribus, après la sortie d’Égypte, c’est un fait que, depuis Moïse, il a été le continuateur et le défenseur de son œuvre, et qu’il ne s’est jamais proposé d’autre dessein que le triomphe de ses conceptions fondamentales .

Tout nous porte à croire que le législateur prit ses mesures pour que ses institutions ne périssent pas après lui. Ce fut bien certainement dans cette intention qu’il s'adjoignit soixante et dix collaborateurs, choisis parmi les anciens des différentes tribus' et qu’il forma lui-niéme Josué longtemps à l’avance pour le mettre en état de lui succéder dans le commandement ^ Ces hommes auxquels Moïse avait confié le soin de défendre et de propager ses institutions, sont représentés par l’Écriture comme des prophètes \ Leurs successeurs furent des prophètes comme eux. Nous en avons la péeuve dans l’histoire des temps qui suivirent la mort de Josué.

Le mosaïsme ne courut jamais de plus grands dangers que pendant les cinq siècles qui s’étendent de l’établissement du pcu[)le élu dans la Palestine jusqu’à Samuel. On ne peut examiner le livre des Juges sans être frappé de son silence sur les institu-

t Exode, xvili, 18-26; Nombres, xi, 16, 17, 24, 25.

• Exode, XTii, 14; xxiv, 13; Nombres, xxvii, 18-23. > Nombres, xi, 26, et 29.

lions mosaïques. Elles n’y sont pas mentionnées une seule fois*. Ce n’est pas tout. Rien ne se fait, pendant celte période, conformément aux vues de Moïse. Son plan religieux et politique est absolument inconnu ou oublié.

’ Il n’est pas douteux que le législateur des Hébreux n’eût conçu le projet de réunir les enfants d’Israël en une nation compacte, autour d’institutions communes, et de les cantonner , loin de l’influence des peuplades idolâtres, dans le petit pays de Canaan, où, purs de tout mélange et sans contact avec les étrangers, ils pussent suivre l’impulsion qu’il leur avait imprimée. Cet isolement avait été à ses yeux la condition indispensable du succès de son entreprise; et ce fut sans le moindre doute pour atteindre ce but, qu’il ne recula pas devant des mesures d’une rigueur extrême, mesures qui, du reste, il faut le reconnaître, étaient dans les mœurs du temps. Ceux qui furent après lui à la tête d’Israël ne semblent pas avoir compris celte combinaison. Les Israélites s’établirent, il est vrai, dans la terre de Canaan; mais ils y laissèrent subsister à côté d’eux les habitants antérieurs. La famille d’Israël se trouva par là divisée en fractions éparses au milieu de populations d’une origine différente, et, ce qui était plus dangereux, elle resta ouverte à toutes les

* Munk, La Palestine, p. 230.

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