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influences étrangères que Moïse avait voulu écarter au prix des plus grands sacrifices. Les tribus isolées s’accoutumèrent à séparer leurs intérêts particuliers lie ceux de l’ensemble de la nation. Chacune pourvut comme elle l'entendit à son propre salut'. Elles en vinrent même parfois à se traiter en ennemies et à s’armer les unes contre 1^ autres ^
L’oubli des idées religieuses de Moïse ne fut pas moins profond. .Malgré les défenses formelles de la Loi ", les Israélites s’allièrent par des mariages avec les peuplades étrangères au milieu desquelles ils vivaient \ et, avec le lien de famille, le lien religieux qui devait les unir se relâcha, quand il ne se rompit pas entièrement. Le monothéisme antique s’obscurcit. Le culte des idoles s'établit à côté de celui de Jébovalr ; il le remplaça en plus d’un 11611“. L’idolâtrie dressa même ses autels au foyer domestique des héros qui avaient affranchi les tribus d’Israél \
Le mosaïsrae a-t-il donc péri au milieu des agitations sans fin de ces cinq siècles de désordres? On ne saurait le croire : s’il avait disparu tout entier, comment reparaîtrait-il plus tard avec Samuel? Par
I Juges, I, 3-32.
« Ibid., XII, 1-6; XX, 14-48.
Exode, XXXIV, 16; Deutêr., vu, 3 el 4 ; xxiii, 3.
* Juges, III, 6.
s Ibid., XVII,' 1-6; xviii, H et suiv.
O Ibid., Il, 11-1^, 19; iii, 7; viii, 33; x, 6.
’ Ibid., VIII, 27.
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qui donc a-t-il été conservé? On peut répondre sans hésiter: Par les prophètes. C’est ce qui ressort avec une complète évidence de quelques indications du livre des Juges et du premier livre de Samuel.
Il est vrai que de Moïse à Samuel, les prophètes n’ont pas dans l’histoire des Hébreux la place considérable qu’ils y occuperont plus tard. Leur action paraît ne s’être exercée que dans un cercle fort restreint. Lllen’eutpas, àce qu’il semble, uneinduence décisive, il s’en faut de beaucoup, sur la marche des évéïienjents , pendant cette longue époque de troubles et d’anarchie. On ne saurait, dans tous les cas, s’étonner que leur souvenir ail été en partie effacé par les traditions relatives aux hauts faits des héros nationaux, des Gédéon, des Jephté, des Samson. Les exploits des guerriers qui rendirent à diverses reprises l’indépendance aux descendants d’Israël, devaient faire une bien plus vive impression sur l’imagination populaire que les exhortations trop souvent importunes des hommes de Dieu. Les prophètes ne sont pas cependant tout à fait oubliés dans les traditions de cette période, et les quelques lignes consacrées à leur mémoire suffisent à l’bislorien pour se rendre compte de l’œuvre qu’ils accomplirent depuis la mort du grand législateur jusqu’à la réforme opérée par Samuel.
Deux générations environ après la mort de Josué, un envoyé de l’Éternel vient de Guilgal accuser les
suit I. A tu R LF. fîfîl
Israélites d’avoir violé l’alliance que Dieu avait traitée avec eux*. Son langage est entièrement analogue à celui que tiendront, sous les rois, les propliètes d’Israël et de Jucla. L’envoyé de l’Eternel part de l’idée mosaïque d’une alliance traitée entre Dieu et le peuple élu. Il nous apparaît par conséquent comme un représentant légitime di* mosaïsme.
Plus tard, un autre prophète reproche à Israël sa désobéissance aux prescriptions de l’Éternel ^ 11 n’en appelle pas, il est vrai, comme le précédent, à l’alliance de Jéhovah avec la famille de Jacob. Son discours est cependant si fortement empreint d’une couleur mosaïque bien prononcée, qu’il porte avec lui la preuve que les institutions de Moïse n’étaient pas étrangères à cet homme de Dieu.
Enfin, pendant la jeunesse de Samuel, un troisième [)rophète paraît sur la scène. Il vient annoncer au sacrificateur Héli que les débordements de ses fils ont rompu la promesse que l’Etei nel avait faite à sa maison**. Ses paroles, dictées par le même esprit qui respire dans les discours des deux prophètes du livre des Juges, montrent assez qu’il puisait ses inspirations dans le mosaïsme.
Voilà donc, dans celte période et à des moments éloignés, trois prophètes qui, par leurs discours, et
' Jiige$, II, 1-3, 20 et 21.
* Ibid., VI, 7-10.
5 1 Samuel, ii, 27-36.
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on peut ajouter par leurs actes, ne diffèrent à peu près en rien des prophètes postérieurs, et qui se présentent à nous au même titre que ceux-ci, comme les continuateurs de l’œuvre de Moïse. Leur langage suppose nécessairement le mosaïsme, et quand on voit que de leur temps il est entièrement inconnu à tout le reste des descendants d’Israël, n’esl-on pas forcé d’admettre non-seulement qu’il leur était familier, mais encore que c’est par eux qu’il fut transmis aux générations suivantes? Samuel, qui était un prophète comme eux , le reçut certainement de leurs mains, ou, pour mieux dire, il le recueillit comme un précieux héritage des hommes de Dieu qui l’avaient précédé, et qui en avaient conservé le dépôt pendant cinq siècles.
Le prophétisme hébreu, dans le sens propre du mol, date donc de Moïse ; il dure pendant tout le temps que le mosaïsme n’est en Israël qu’un idéal méconnu ; il s’éteint dès que la loi est acceptée unanimement par toute la famille de Jacob, après la restauration de Jérusalem par Esdras et Néhémie. Que conclure de là?
Si, depuis Moïse jusqu’à Esdras, la voix des prophètes n'a pas cessé de se faire entendre , c’est qu’aussi longtemps que le peuple n’a pas adopté les institutions mosaïques, il a fallu lutter et combattre pour elles. Et si depuis Esdras, le prophète disparaît et cède la place au docteur de la loi, c’est
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qu’une fois que la cause du mosaïsme est gagnée, il n’esl plus besoin qu’elle soit plaidée.
N’y a-t-il pas là une preuve évidente que le prophète ne fut que le défenseur et l’avocat de la législation mosaïque? Tant qu’elle fut en danger et qu’elle rencontra des oppositions considérables, les hommes pieux en Israël furent obligés de la soutenir ; ce fut l’époque des prophètes. Aussitôt qu’elle fut devenue la règle universellement acceptée de la vie tout entière de la famille de Jacob, les hommes pieux en Israël n’eurent plus qu’à l’expliquer, qu’à la commenter; ce fut l’époque des docteurs de la loi.
Le nom même par lequel le prophète est désigné dans les livres saints, nous conduit à ne pas lui attribuer d’autre fonction. Le mot Nabi, ’M, que , d’après les Septante ', nos versions rendent par prophète , n’emporte nullement l’idée de prophétie , dans le sens de prédiction de l’avenir. C’est un fait aujourd’hui incontesté, même dans le camp de l’orthodoxie. « Il est reconnu, dit Sack, que les mots nabi, nabia, rpoipviTVi?, irpo'frTE'jEiv, irpo^TiTEi'a, désignent moins la prédiction que l’action de parler sous
' Les Seplanlo iraduisircnl le mol hébreu Sabi par le mol grec xpetf^TT,;, mol qui éiailusilé dans la lilléralure grecque pour désigner soil un lionime inspiré des dieux, soit celui qui prédisail ou devinail des choses cachées ou fulures, soil encore le prélre chargé de l’iniliaüon des mylhcs. Maury, Histoire des religions de ta Grèce antique, t. ii, p. 397 . 498, 499 ei 504.
une influence divine'. » Le nabi est donc un orateur (jiii défend, expose et explique la loi mosaïque, ou encore un poSte qui en célèbre les vertus et les bienfaits, et en recommande la pratique. Tel est le sens de ce mot. C’est dans cette acception (|u’il se présente dès l’origine du mosaïsme.
Quand Moïse, craignant de ne pas èlre à la hauteur de la tâche que lui impose l'Éternel , cherche à s’excuser en alléguant la difficulté qu’il éprouve à parler, Dieu lui dit : « N'y a-l-il pas Ion frère Aaron, » le lévite? Je sais qu’il parle bien. Il parlera pour » loi au peuple, il le servira de bouche et lu lui ser- » viras de Dieu^ ; » ou , comme le porte un autre récit de ce môme fait : « Voici , je t’ai établi pour » Dieu sur Pharaon , et ton frère Aaron sera ton » nabi (ton prophèle)\ » c’est-à-dire, comme traduit ünkelos, « il te servira d’interprète. »
Le sens de ce passage ne peut donner lieu à la moindre équivoipie. 5Ioï.se conduira la grande entreprise de la délivrance de la famille de Jacob , rempli.ssanl dans toute celle affaire le môme oflice que Dieu exerce dans la direction de l’univers ; mais, comme il n’est pas doué du talent de la parole, son fi ère Aaron parlera pour lui et exposera ses projets.
/ Chrisltiche Ai>otogelik, p. 2U6, iiou".
• Exode, IV, li el 16.
■' Exode, vil, 1 cl 2.
SUK LA lUBLE
Ce qu’Aaron est ici pour Moïse , le prophète de l’Élernel le sera pour Dieu. Sa fonction est de parler au nom de Jéhovah, de faire connaître sa volonté, en un mot, pour me servir d’une e.xpressiou biblique, d’être sa bouche'. C’est dans ce sens qu’il est appelé tantôt homme de Dieu^ tantôt messager, envoyé de l’ÉlerneP. Les discours qu’il prononce, les enseignements qu’il donne au peuple, il ne les tire pas de son propre fonds ; c’esl, comme il s’exprime, une charge que Dieu lui impose '. On comprend très-bien ce que signifient ces expressions chez un peuple qui, comme l’avait déjà fait remarquer Spinoza^, rapporte tout directement à Dieu, sans s’arrê ter aux causes moyennes et naturelles. L’exhortation du prophète est le cri spontané, involontaire de sa conscience. Une force intérieure l’oblige à élever la voix à la vue de la violation des commandements de l’Éternel, quels que soient les périls que son zèle pour la loi sainte puisse attirer sur sa téte°. Ce mouvement auquel il est entraîné, que peut-il être, sinon le résultat d’une impulsion divine, d’une vé-
I Jérémie, \v, 19; Esaîc xuil, 21.
» 1 Rois, XIII, 1 Cl suiv., XVII, 24; 2 Rois, 1, 9, iv, 9, clc - Malach., iii, 1; Haygée, i, 13; 2 CAron., xxxvi, 16.
* Jérémie, xxiii, 32-58; Malach, i, 1.
* Œuvres, Irad. franv., 1. i. p. 69.
“ .Nicmeyor, Charakterisiili der Ribrl, l. v, p. 2"2, 273, 295-299.