‹ Études critiques sur la BibleChapitre 27 sur 34 · KT U D K S C U I T I 0 U E S · texte numérisé non relu

KT U D K S C U I T I 0 U E S

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rilable inspiration de l’espiil de justice et de sainteté?

Il est vrai que le prophète est désigné parfois par le nom de voyant', dénomination qui le rabaisserait au niveau des devins païens, et renfermerait son rôle dans l’exercice d’une vulgaire manlique, si elle pouvait être considérée autrement que comme l’expression de l’opinion de la foule superstitieuse. Ce n’est que dans l’époque barbare des juges (pi’ils furent appelés de ce nom^ Faut-il en conclure, comme le suppose M. Kœster \ qu’ils n’élaienl alors en réalité que des devins, et qu’ils ne s’atlribuaieut pas eux-mêmes d’autre prérogative que celle de lire dans l'avenir? Je ne saurais adopter celte explication. Ce que j'ai rapporté des prophètes dont il est parlé dans le livre des Juges et dans le premier livre de Samuel, prouve incontestablement qu’ils se regardaient comme les mandataires de rFlernel, cl qu’ils prétendaient remplir un ministère entièrement analogue à celui qu’exercèrent plus lard les prophètes d’Israël et de Juda.

' mil, mn, t Sam., 1X,9, t0;2 Sam., xxiv, U; 2 Rois XVII, 13.

» La (l(5iioiniiialion Hnt fut employée de nouveau, nprùs le retour do la captivité de Babylone, par suite d'une tendance .'i ressusciter les anciennes formes de langage, tendance qui s’explique d’clle-mémc à une épi que de restauration. 1 Chroniq., ix, 22; xri. 9; XXVI, 28; xxix, 29; 2 Chron., xvi, 7, 10; xxxiii, 19.

* K'A'Sler, Die l’rnphctm des allen and netien Teslam., p. 187.

Ce nom de voyant leur fut donné par la foule ignorante et grossière, qui les assimilait aux devins des peuplades cananéennes. Les hommes de Dieu tranchaient trop fortement sur le reste du peuple, pour ne pas devenir des objets d’une crainte superstitieuse. Ce qui frappait le peuple d’étonnement, c’était moins leur fidélité aux traditions mosaïques et leurs sentiments véritablement Israélites, que leurs connaissances supéiâeurcs et les dons surnaturels qu’on leur attribuait. On les regardait comme des êtres extraordinaires , en communication avec les puissances invisibles; on admirait la facilité avec laquelle ils lisaient dans l’avenir et découvraient les mystères les plus secrets’ ; c’est par suite de cette opinion populaire , entièrement identique à celle que tous les peuples barbares se font de leurs devins, qu’on les appela des voyants.

Ce n’est qu’à ce point de vue qu’il convient de se placer pour se faire une image fidèle des hommes de Dieu. Si l’on s’en rapportait, pour juger Samuel, cet homme éminent qui allait entreprendre la régénération d’Israël , seulement à ce qui est raconté du voyant auquel le jeune Saül s’adressa pour retrouver ses âiiesses perdues ^ il serait certes difficile de distinguer ce second Moïse d’un vulgaire

' 1 Samuel, ix, 6 et 7.

* 1 Samuel, ix, 9-14, 20.

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sorcier', el l’on resterait fort loin de la vérité.

Cette dénomination populaire de voyant n’était pas acceptée par les prophètes ; ils se désignaient eux-mêmes, dès les temps les plus reculés, par le nom de nabi. Deux faits le prouvent. Le premier, c’est que celte dénomination de voyant tomba en désuétude dès que le prophétisme eut pris, par les soins de Samuel, la place que le mo.saïsmc lui assignait dans la maison de Jacob. Le second , c’estqu’elle resta comme une appellation ironique el méprisante, dont les adversaires des prophètes afïectaient de se servir à leur égard". Ajoutez enfin que, quand on voit le prophétisme hébreu toujours identique à lui-même, depuis Moïse jusqu'à Malachie, el ne se distinguant, selon les âges, que par ses différents degrés de développement, on est forcé d’a<lmellrc que .son nom n’a pas plus varié que la nature même de la fonction qu’il a été appelé à remplir.

On est ain.si conduit à voir dans les prophètes les interprètes de la loi, les avocats de la théocratie. Ils poursuivaient l’accomplissement de l’oeuvre de Moïse à peu près comme les théologiens el les prédicateurs chrétiens travaillent, dans l’économie nouvelle, à l’affermissement de l’œuvre de Jésus-Christ. Con-

• Knobcl, lier l’roiihelismus lier llebrœcr, l. i, p. 50; Nœlicke, die aitteslamenlliehe Literatur, p. 199.

’ >4mo6', vil, 12.

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siliéré de ce point de vue, le prnpliêlismc fut, au milieu des Hébreux, ce que le ministère évangélique est parmi les peuples chrétiens. C’est là un rapprochement sur lequel la plupart des théologiens allemands se plaisent à insister. Il est certain que les prophètes exercèrent dans la famille d’Israël un ministère spirituel. Ils combattirent constamment pour les principes religieux et moraux, tels qu’ils étaient compris, tels qu’ils pouvaient l’être dans l’Âncienne Alliance ; et, dans ce combat, ils n’eurent d’autre ai me que la parole, d’autre autorité que la valeur morale de leurs enseignements. « Pour désigner un discours dont les choses divines sont le sujet, on se .servait chez les Hébreux, dit Herder, du mot prophétiser, comme on emploie parmi nous celui de prêcher'. » Le prophète peut donc être regardé comme le prédicateur de l’Ancienne Alliance ^ Est-il nécessaire d’ajouter que la prédication prophétique fut nécessairement en harmonie avec le génie de la famille d'Israël, et avec l’état intellectuel et moral où elle se trouvait sept ou huit siècles avant l’ère chrétienne?

Sans doute, comme le prédicateur chrétien, le proiihète hébreu est le défenseur des idées morales et religieuses. Il s’élève avec indignation contre les

I Hist. de la poésie hebr., p. 308 cl 309.

’ DcaVcUc, Opusctila academica, p. 109 cl suiv.; Knot>ci, Der l'rophctismus der Hebrœer., l. i, p. 209.

K T U n E s C It I T I Q U E s

vices de son temps*. Il recommande sans cesse la justice ^ la véracilé^ la bienveillance*. Il ne perd jamais de vue ce qui constitue à ses yeux l’idéal de la vie du véritable Israélite : je veux parler de la fidélité à l’alliance que Jéhovah a contractée avec la mai.son de Jacob. Et cette fidélité , il l’entend dans un sens spiritualiste déjà fort élevé. Ce n’est pas, en effet, une pratique simplement matérielle des cérémonies mosaïques que demandent les prophètes , du moins ceux qui appartiennent à l’époque la plus florissante du prophétisme, c’est-à-dire Osée , Miellée, Esaïe, Jérémie. Attachés plus encore à l’esprit qu’à la lettre de la loi, mettant au-dessus des actes du culte les sentiments pieux et la pureté de la conscience % ils insistent avec force sur ce qu’on pourrait appeler la sanctification. Si le mot leur est encore inconnu, l’idée qu’il représente leur est du moins familière, et l’on peut dire que, sous ce rapport, leurs enseii^nements forment une sorte de terme moyen entre le mosaïsme et le christianisme.

* i’sûïe, V., 18-23; xxviii, t, 3, 7, 8 ; xxix, 2(1, 21 ; Anios, V, li, 13; Miellée, ni, 2 ; vu, 3-6; Jérémie, iv, 32.

* Esaïe, V, 23 ; ux, 4, 8, 9, 14; Michée, vi, 11, 12; vu, 3.

s Jérémie, v, 2; ix, 5; Esaie, \\, 16, lix, 3, 13; Osée, ni, 2; X, 13; xii, 2.

‘ Esaïe, Lvin, 7; Jérémie, wii, 13-17; Ezéchiel, xxii, 12,29,

* Esaïe, XXIV, 13 ; lviii, 2-14 ; Osée, vi, 6; Miehée, vi, 6-8; Ezéchiel, xviv, 10, de.

SUR I. A R I R l, E

Mais à pari ces trails généraux , la prédication prophétique ne ressemble en rien à l’idéal que l’on se fait aujourd’hui de l’éloquence sacrée. Le discours du prophète se rapproche plus du drame que de la simple exposition d’une vérité religieuse ou morale. Des actions symboliques viennent parfois en aide à la parole'. Après avoir annoncé aux Hébreux que Dieu, fatigué de leurs transgressions, va frapper la nation tout entière, Jérémie brise devant l’assemblée des pères de famille un vase de terre, et il s’écrie : « Ainsi a dit l’Élernel des armées : Je » briserai ce peuple comme ce. vase a été brisé, sans » qu’il puisse jamais être rétabli®. »

Les discours des prophètes sont empreints de la violence de la passion ordinaire aux époques barbares, comme aussi aux temps agités par de grands mouvements politiques ou-i^eligieux. Les hommes de Dieu ne prennent guère la parole que dans des moments de crise ou d’émotion populaire. Ce n’est pas à un jour déterminé, à une heure fixe, dans un lieu convenu, que leur voix s’élève au milieu de la foule. Le prophète parle, quand les événements l’exigent, dans la place publique, sur le seuil du temple, dans le tumulte des camps. Il est l’homme des circon-

• 1 flois, M, 29-39; Jérémie, xxvii, 2 cl suiv.; xxviii, 10-14; Exéchiei, v, 1-4.

• Jérémie, xix, 1-13.

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KTDIlKS CHITUJUKS

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stances. Il ne iliscule pninl : il ne s’engage pas dans des déductions habilemenlliées. Quoique préparée', sa parole n’a rien d’artificiel ; elle est le cri de l’Ame ; elle éclate en images ; elle déborde comme les sentiments dont il est plein. Son geste est animé ; il chante plutôt qu’il ne parle. C’est ainsi que devaient s’exprimer les héros d’Homère. Il n’y a pas d’autre éloquence dans les âges héroïques.

Ces grands mouvements d’exaltation religieuse amenaient .souvent des catastrophes tragiques. Le peuple ne restait jamais indifférent à cet ardent langage. Tantôt il courbait la tête sous le poids des reproches de l’homme de Dieu; tantôt il s’emportait contre lui en imprécations et en menace!». Le prophète parvenait-il à sc rendre maître des esprits, il procédait aussitôt à l’extermination des prêtres de Baal et à la destruction des autels élevés aux idolesL

I Les prophètes n'éiaieni pas toujours des improvisateurs, comme on t’a souvent soutenu. Ils travaillaient leurs discours avec soin probablement avant de les prononcer, et eerlainémeiU quand, après les avoir prononcés, ils les mettaient en écrit. On s:iil par rxcmple que Jérémie fit, la quatrième .année de Jéojakim, un résumé du tous tes discours qu'il avait déjà fait entendre, et qu’il chargea Barucb, qui l'écrivit sous sa dictée, de le lire devant te peuple assemblé, dette lecture produisit une sensation exiraordinaire. Le manuscrit fut porté au roi, qui le lacéra et le jeta au feu. Mais Jérémie en lit exécuter une nouvelle copie par Barucli, et y ajouta, dit le texte sacré, beaucoup d'auires discours semblables. Jérémie, xxxvi.

' 1 Rois, xviii, 40.

Sun LA nini.K

Sa voix reslail-elle impuissante, il était alors obligé de se dérober à la fureur populaire et de chereher son salut dans les montagnes et le désert'. Ce fut surtout dans le royaume d’Israël que la parole des prophètes souleva de fréquents orages. L’idolâtrie, favorisée par les vues politiques des rois% avait jeté là de profondes racines. La lutte engagée contre elle par les défenseurs du monothéisme mosaïque y fut toujours par cela même d’une violence extrême.

Les i)ropbëtes exerçaient cependant d’ordinaire un puissant prestige sur le peuple, La légèreté, la dépravation des mœurs, les mauvais exemples l’en- Irainaient constamment à l’idolâtrie; mais, au milieu de ce.s égarements, il conservait toujours une crainte étrange de ces hommes qu’il croyait en communication immédiate avec l’Éternel, qu’il regardait du moins comme ses ministres et ses représentants sur la terre. Aussi fut-il souvent accessible à la prédication des prophètes, et plus d’une fois, contrit et repentant, il leur prêta son aide pour relever les autels de Jéhovah. Malheureusement l’habitude l’emportait bientôt sur les bonnes résolutions, et la piété d’Lphraïm et de Juda se dissipait comme la rosée du matin".

La résistance la plus forte à la prédication pro-

> 1 Rois, XIX, 3, i, 10.

'■ 1 Rois, XII, 26-33.

» Osee, VI, 4.

ETUDES CIIITIQUES

phétiqiie venait d’en haut, des rois et de leurs favoris. J’ai déjà fait remarquer qu’il entrait dans la politique des rois d’Israël desoutenir l’idolâtrie, politique qui s’explique par le besoin d’élever une barrière infranchissable entre leurs sujets et les babitants du royaume du Juda. Les prophètes soutinrent une lutte acharnée contre eux. Ils y périrent par centaines', sans laisser vaincre leur constance par les supplices, mais aussi sans obtenir jamais aucun succès durable. Dans le royaume de Juda, où le culte lévitique rappelait au moins le nom de Jéhovah, et en un certain sens le côté extérieur du mosaïsmc, ils rencontrèrent en général moins d’obstacles. Mais les rois, à très-peu d’exceptions près, les regardaient comme des censeurs importuns. Ils usèrent parfois de rigueur à leur égard ; mais la violence réussissant mal, ils leur opposèrent des prophètes mercenaires, vils courtisans qui exaltaient sans cesse toutes les mesures et toutes les entreprises des maîtres qui les payaient. Ces nouveaux ennemis ne furent pas plus ménagés par les hommes de Dieu que les rois et les grands du royaume.

Ces prophètes vendus à la politique des rois sont traités de prophètes de mensonge ^ d’insensés \ qui

• 1 Hois, XVIII, 4, 13, 22.

* Jérémie, V, M -, Lament., \t„ 14; Etéch., \ni, 9; xxil, 28, Clc.

» Ezéch., XIII, 3; XXII, 23, 28; Otée, ix, 7, etc.

ne reçoivent aucune vision de l’Élernel, qui n’agissent et ne parlent que de leur propre mouvement', et qui égarent lepeuple^ Les grands et les puissants sont représentés comme des loups qui ravissent leur proie, qui répandent le sang et détruisent les hommes pour amasser une fortune criminelle'' , comme des larrons qui aiment les présents, courent après les récompenses, ne font point droit à l’orphelin et restent sourds à la requête de la veuve'. « Maintenant, écoutez ceci, dit Michée, chefs de la a maison de Jacob, et vous, conducteurs de la mai- » son d’Israël, qui avez la justice en abomination et » qui pervertissez tout ce qui est droit. On bâtit Sion » de sang et Jérusalem d’iniquité. Ses chefs Jugent » pour des présents, les sacrificateurs enseignent » pour un salaire, et ses prophètes prophétisent pour » de l’argent. C’est pourquoi, à cause de vous, )> Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem » réduite en cendres, et la montagne du temple » transformée en une épaisse forêts »

11 est un côté de cette prédication sur lequel il convient d’arrêter encore notre attention ; je veux parler de la forme de prédiction qu’elle revêt d’or-

« Jérémie, vi, 13; xxiii, 21 ; LameiU., ii, 9, 14.

* Ezéchiel, xiii, 2-9; Michée, ii, 11; lil, b.

5 Ezéchiel, xxii, 27; Michée, ni, 11.

* Esaïe, I, 23; Jérémie, v, 28; Osée, iv, 18.

5 Michée, iii, 9-12.

SGG KTUnES CRITIQUES

(ÜDaire. Le passage qui vient d’ôtre cité en est un exemple. Le prophète annonce que, en punition de la dissolution morale et de l’impiété des grands, des sacrificateurs, des juges et des autres classes élevées de la nation, Jérusalem sera détruite ; et deux siècles après, elle le fut en effet. Dans une foule d’autres passages, d’autres prophètes annoncent la [irocliaine déportation des enfants d’Israël ; d’autres encore, le futur rétablissement delà nation. Y a-t-il là des jirédictions dans le sens propre du mot? La critique le nie, et voici comment elle explique cette forme du discours prophétique.

C’est un fait connu que la notion de la nature de l’âme, aussi bien que celle de sa permanence consciente après cette vie, étaient fort obscures pour les Hébreux ; ce ne fut guère que peu de temps avant l’avénement du christianisme qu’ils arrivèrent à la conception d’une rémunération et d’une punition, dans un monde à venir, de ce que chaque homme a fait pendant l’existence actuelle. Jusque-la, ils ne connaissaient d’autre sanction de la loi morale que les biens et les maux terrestres. C’est à ce point de vue que sont placés les prophètes '. Ils admettent, avec une pieuse confiance en l’action incessante de

t Ps.,i, 1-5; Lxxxix. 30-38; Jfr., wii, 5-8; Ezérli.,ui, 18- 22; VII, 19; wxiii, 18-19, elo.

Digili,

SUn LA BIBLE

Dieu, que a la crainte de l’Élernel prolonge les jours, mais que ceux des méchants sont abrégés'. »

Ils n’ont point d’autre encouragement à donner aux pieux Israélites que la promesse d’une longue vie, d’une santé florissante, d’une nombreuse postérité, d’une prospérité soutenue; ni d’autre punition à annoncer aux méchants et aux impies qu’une ruine complète, des infirmités, une vieillesse précoce, une mort prochaine Quand ils s’adressent à la nation tout entière, ils ne peuvent tenir qu’un langage analogue. Si la famille d’Israël est fidèle à l’Éternel, elle prospérera : les pluies tomberont dans le temps favorable ; les champs se couvriront d’abondantes moissons ; le vin coulera à flots ; la paix régnera dans le pays ; l’aisance et le bonheur dans chaque maison. Si elle méprise, au contraire, le pacte qui la rattache à Jéhovah, tous les maux fondront sur elle : le ciel deviendra d’airain, la terre un sol aride et sablonneux: la famine appellera la peste, et à ces deux fléaux se joindra celui de la guerre ; Dieu enverra la destruction sur les villes ; les Syriens, les Chaldéens, les Égyptiens, instruments de sa vengeance, déporteront au loin les Israélites infidèles. Si, instruits à l’école du malheur, les enfants de Jacob se repentent de leurs fautes et implorent avec des larmes la miséricorde de l’Èternel,

‘ l‘rov„ X, 27.

f}68 ÉTUDES CniTIQUES

Dieu, qui est abondant en gratuités, accueillera leurs supplications et les ramènera dans leur patrie, où ils retrouveront la prospérité des anciens jours, de ces jours de bonheur et de gloire dont jouissaient leurs pères sous le règne béni du pieux David.

Tel était le thème obligé de la prédication des prophètes; ils ne pouvaient, à leur point de vue religieux, en avoir d’autre. Et telle était la force même des choses, que ce thème, ils ne l’inventèrent pas ; il date des premiers temps du mosaïsme et se trouve tout formulé dans le vingt-sixième chapitre du Lévitique, chapitre qui fut le type des exhortations prophétiques jusqu’à l’époque de la grande transformation de la famille d’Israël, après la captivité de Babylone'.

Il faut conclure de là que lorsque les prophètes annoncent au juste qu’il lui arrivera du hieir, et au méchant qu’il mourra par le souffle delà bouche de l’Eternel’, ils expriment tout simplement cette éternelle vérité, que les efforts de l’homme de bien ne restent jamais sans récompense, et que la perversité doit toujours trouver sa punition. S’il y a une prédiction dans les nombreux passages pro(ihétiques dont il est ici question, il faut reconnaître, du moins,

' Cœlln., Bibl. Theol., l. t. p. 289; Knobcl, Exodui und LcvHicu$ erktœrt., p. 572, 573; Bible de Cahen, l. iii, p. 128.

* Esd'ie, III, 10; Eze'ch., wiii. 5-9; Uabuc., ii, l.

5 Ksa'ic, III, 11; XI, 4; Ezéch., ni, 18; xviii, 10-13; xxxill, 12 - 20 .

Sun LA BIBLE

qu’elle est de même nature que celle de la prédication chrétienne, quand elle enseigne que « la piété a les promesses de la vie présente aussi bien que celles de la vie à venir', » et que le méchant n’échappera pas vraisemblablement dans ce monde aux angoisses de sa conscience, et certainement au juste jugement de Dieu dans l’éternité.

Il est vrai que les menaces des prophètes ont reçu, dans un grand nombre de cas, leur accomplissement ; mais, sans m’arrêter à prouver qu’en vertu des principes incontestables de l’ordre moral du monde, il en est nécessairement de même de toute prédication religieuse et morale, je me bornerai^ à rappeler ici une observation souvent présentée par les critiques bibliques. La plupart des événements qui sont l’objet d’une prédiction réelle des prophètes ne tombaient pas au delà des limites de la prévision humaine : on peut l’affirmer avec toute certitude de celles qui concernent la chute de l’odieuse famille d’Achab’, la mort d’Achazia% la retraite de Rabsaké, général de Sennachérib ', les funestes conséquences de l’imprudence d’Ezécbias, montrant ses trésors aux envoyés du roi de Baby-

' 1 Timolh., IV, 8.

s 1 Hois, XXI, 17-26; 2 Rois, ix, I.-IO, 30-36; x, 1-U. = 2 Rois, 1 , 2 cl 16.

* 2 Rois, XIX, 7.

370 KTLDES ClUTlyUKS

loue', la mine de Jérusalem el du royaume de Juda, inévitable dans le conflit des Clialdéens et des Égyptiens'*, etc.

Sans rabaisser la valeur de cette observation, il convient cependant de rapporter en général ces sortes de prédictions au sentiment de justice distributive dominant chez des hommes qui jugeaient tout au point de vue religieux, sentiment qui était d’ailleurs fortifié en eux par les iiriueipes mêmes de la théologie hébraïque. Rien n’est d’une plus exacte vérité que la maxime du livre des Proverbes : « Le méchant fait une œuvre qui le trompe en défmi- . tive*. » Telle était la règle des prophètes : ils pouvaient s’appuyer sur elle en toute, confiance.

Cependant les prophètes, qui sont animés d’un .sentiment si profond de l’esprit du mosaïsme, ne

' 2 /lois, XX, 12-19. Esaïe, xxxix, 2-7.

« Ibid., XXIV, 1-2C; Jér., xxxvm, 2 cl 3.

J Prou., XI 18. Celle in,iximc élail un axiome moral en Israël’ elle revienl dans les livres sainls sous une foule de forme- .’s. vu, 15 ; IX, 17 ; xxxii,lO; xxxiv, 22; xxxvii, 10-, P/oy., III, 33 ; X, 24 ; XI, 5, 21 ; xiv, 32; xv, 0; xxiv, 20; i'soie, III 1 • ; XLviil, 2.

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