SUR U A RI B LE
paraissent pas avoir eu une connaissance positive de son histoire. Ce qui peut le faire supposer avec quelque vraisemblance, c’est que ces hommes de Dieu, qui poursuivent avec un imperturbable acharnement l’œuvre de Moïse, ne font à peu près jamais mention de ee grand législateur, qui en définitive est leur maître. Son nom ne se trouve que deux fois dans les écrits des prophètes qui sont parvenus jusqu’à nous': on ne le rencontre que dans trois psaumes Il n’est question de la Loi que dans deux passages des livres historiques " dont la composition est rapportée aux prophètes, et des tables de pierre sur lesquelles le Décalogue était gravé, que dans un seul Une douzaine d’autres passages des écrits antérieurs à la captivité de Babylone parlent, il est vrai, soit de la loi de Dieu, soit de la loi mise en IsraëP; mais il est facile de se convaincre par le contexte, que ces expressions sont employées pour désigner, non un code de lois écrites, mais les unes la loi morale inscrite par Dieu dans la conscience , et les autres une loi transmise par la tradition dans la famille d'Israël. Rien n’indique que les pruphè-
' Ksaïc, L\iii, 12 ; 7cV., xv, 1.
’ Ps. cm, 7 ; cv, 26 j cvi, 16, 23, 32.
» 1 Rois, II, 3 ; 2 Rois, xxiii, 2.ï.
4 1 Rois, VIII, 9.
» Ps. XXXVII, 34; Lxxviii, 5, 7 ; cxix, 70-72; Prou, '■’u, 4, 7, 9 ; XXIX, 18 ; Esa'te, xui, 21 ; Jér., ii, 8 ; xvii, 18 ; liment., Il, 9; Ezéch., vu, 26, clc.
KTUDES CIUTIQUES
tes aient connu le Pentateiique, du moins le Pentateuqiie sous sa forme définitive et tel qu’il est depuis que les Juifs lui donnent le nom de la Loi et le tiennent pour leur code sacré. Il est certain qu’il n’y a pas dans leurs écrits la moindre allusion ni à riiisloire d’Adam et d’Ève, dont les noms ne se retrouvent même plus nulle part, dans les livres canoniques de l’Ancien Testament, en dehors de la Genèse', ni à l’arbre de vic^ ni à la tentation par le serpent, ni au déluge, ni à la tour de Babel, ni à aucune des grandes catastrophes qui marquèrent le séjour des Hébreux dans le désert, ni même à la proclamation de l’alliance sur le mont Sinaï. Et ce qui est bien autrement grave, les hommes de Dieu en Israël ne s’en réfèrent jamais, comme à une incontestable autorité, à une loi écrite, à une législation d’origine divine. Les fondateurs du christianisme en appellent à la Loi et aux Prophètes ; les écrivains chrétiens s’appuient sans cesse sur le texte de l’Ecriture; les prédicateurs musulmans citent continuellement le Coran’; les prophètes n’invoquent jamais, du moins directement, les ordonnances et la parole de Moïse.
' Le nom d'Adam se trouve dans Job, xxxi, 33, mais sans allusion à Genèse, iii, 8-iO.
» Les mots arbre de vie se rencontrent dans Prou., iii, 18; XI, 30 ; XIII. 12, mais dans un autre sens que dans la Genèse et sans allusion à l’Iiistoirc de la tentation et de la chute.
V Bolilcn, Die Geuesis erkUerl; Einleit, p. cui.
su H LA ni II LF, :37r{
Esl-ce à dire cependant que les prophètes ne connaissent aucun des fragments qui sont entrés dans la composition du Pentateuque ? On ne saurait le prétendre, sans fermer les yeux à l’évidence. Sans doute la plupart des rapprochements que iM. Hengstcnberg a signalés entre des passages des écrits des prophètes et des passages du Pentateuque, sont ou forcés ou insigniliaiils' ; mais il en est qui ont une valeur positive% et on ne peut se refuser à reconnaître que certaines parties de ces livres, entre . autres le vingt-sixième chapitre du Lévitique, n’aient été les thèmes les plus ordinaires de la prédication des prophètes.
Il est probable cependant que les principes et les détails essentiels du mosaïsme se conservèrent surtout parla tradition, du moins pendant l’époque qui s’étend de la mort de Josué à Samuel. Et cette tradition put se transmettre avec d’autant plus de facilité que, selon toutes les vraisemblances, les hommes de Dieu, pendant cette époque, formaient des sortes de congrégations et vivaient, non pas peutêtre en communauté, mais réunis en des lieux qui étaient déjà man[ués d’un certain caractère de sainteté, ou auxquels leur séjour donna ce caractère.
* llengstcnberg. Die Authenlie des Pcntaleuchs, l. i, p. 42 el suiv.
I Par exemple Osce, ii, 1, comparé à Genèse, xxii, 17; XXXII, 11; Osée, ii 10, comparé à Lévit., xxvi, 26, etc.
ETIUKS CIUTIQUKS
Kn général dans les âges héroïques, chez presque tous les peuples barbares, les jongleurs, les devins ou les sorciers, de quelque nom qu’on veuille désigner les hommes auxquels le sentiment religieux encore en état d’enfance attribue des dons surnaturels, constituent des associations’. Il en était ainsi, à ce qu’il paraît, chez les peuplades cananéennes, au milieu desquelles la famille d’Israël était dispersée à cette époque. Il est parlé, dans le livre des ' Juges, du chemin de la chênaie des devins On peut conclure de cette expression que les devins des Madianites et des Amalécites vivaient en commun ou du moins habitaient ensemble en des lieux écartés, situés sur les hauteurs, et propres, par leur solitude, à en imposer à la crédulité publique. Les prophètes hébreux adoptèrent cette manière de vivre. Nous savons du moins qu’il en fut ainsi après Samuel’, et, si l’on tient compte de la persistance des coutumes dans ces temps et dans ces lieux, on sera porté à admettre que les prophètes antérieurs à Samuel ne différaient pas sensiblement de ceux qui vécurent après lui. Ce que le livre des Juges néus
' Beiij. Conslanl, De la Religion, t. i, p. 320-322, cl surloul la noie 1.
» Jages, jx, 37.
i 1 Samuel, x, 5, tO-12; xix, 19, 20; 1 Rois, xiii, 11; 2 Rois II, 3, 5, 15-18; IV, 25.
s U U I, A II 1 II l. K ?Î75
raconte îles premiers peut nous confirmer dans celle opinion.
L’envoyé de l’Élernel dont il esl parlé dans le chapitre second de ce livre, vient de Guilgal, lieu qui fut plus tard un des principaux centres du prophétisme , et qui l'était sans doute déjà à cette époque. Cette ville, ou pour mieux dire celte bourgade, était bien qualifiée pour être un centre de prophétisme. Josué y avait résidé longtemps ' ; l’arche sainte y fut déposée plus longtemps encore le mosaïsme devait y avoir laissé des traces profondes, et le mosaïsme était à celte époque inséparable du prophétisme. On n’a aucune indication sur le lien où résidaient les deux autres prophètes dont il esl parlé dans le chapitre sixième du livre des Juges et dans le chapitre second du premier de Samuel. Mais les faits auxquels ils prennent part se passent également dans des localités voisines de Guilgal et renommées dans les annales du prophétisme. L’on peut conclure de là, avec quelque vraisemblance, qu’alors, comme sous les rois d’Israël, Bélhel, Guilgal, Jéricho, Galaad, consacrés dans f opinion publique comme des sanctuaires, étaient les résidences des corporations de prophètes.
Avec le xi® siècle avant l’ère chrétienne, une pé-
I Josué, IV, 19,20; ix, 6; x, 6, 9, lo.
« ^am., X, 8; xi, 14; xv, 11. Thcatrum lerrœ saoctw, auctore Christ. Adrichonio, p. 17, 6.
87C) KTl'DES CniTIQUES
riode nouvelle s’ouvre dans l’histoire de la famille d’Israël'. Le peuple hébreu avait acquis une certaine homogénéité. Les peuplades étrangères auxquelles il était mêlé depuis son entrée dans la terre de Canaan avaient été en partie chassées, en partie soumises. Les Philistins, ses ennemis les plus redoutables, venaient d’étre réduits à l’impuissance de lui nuire de longtemps’. Le moment semblait favorable pour grouper toutes les tribus autour de Jéhovah et pour les organiser d’après les principes mosaïques. Samuel conçut le dessein d’entreprendre celte tâche. Ses alliés, dans cette entreprise, étaient naturellement les hommes qui avaient sauvé les traditions mosaïques d’une perle presque inévitable au milieu des troubles du temps des juges. Malheureusement le nombre des prophètes était peu considérable en ce moment. La prophétie, nous disent les livres saints, était devenue rare en Israël’. Le premier soin de Samuel dut être de la réveiller cl de lui donner en même temps une plus claire conscience de sa mission. C’est le but qu’il semble s’èlre proposé en établissant ces congrégations de pieux Israélites qu’on désigne sous le nom d’écoles de prophètes, ou du moins, si elles existaient déjà.
> Ewald, Geschichle des Volks Israël, t. ii, 5S3 cl Soi « t Samuel, vu, 3-t4.
* 1 Samuel, ni, 1.
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ce qui est vraisemblable, en leur donnant une nouvelle vie.
La question des écoles des prophètes a été longuement débattue. Les théologiens orthodoxes sont en général disposés soit à en nier l’existence, soit à en restreindre l’étendue et l’influence. C’est là une conséquence presque nécessaire de l’idée qu’ils se font du prophétisme. Il est clair en effet que, si l’on considère les prophètes comme des organes plus ou moins passifsde la Divinité, ildoitrépugnerd’admettre qu’ils se formaient à leur ministère par des études et des moyens naturels et ordinaires. Les théologiens qui, au contraire, ne veulent voir dans le prophétisme qu’un phénomène psychologique et moral, et dans les prophètes que des Israélites dévoués et pieux se consacrant à la défense de la religion nationale, trouvent fort naturel, regardent même comme une indispensable nécessité que ces hommes de Dieu se préparassent à la mission difficile que leur imposait leur conscience, par un travail capable de développer les facultés de leur esprit.
Qu’il ait existé des écoles dans lesquelles on se formait au ministère prophétique, c’est ce qu’il me semble difficile de contester. Les nombreux passages dans lesquels il est question des fils de prophètes', ou, comme on s’exprimerait en notre langue, des
* 1 Hois, XT, 35; 2 Rois, ii, 3, 5, 7, 15; iv, 1 38-40; vi, 1
ÉTUDES G lU T I U U E S
disciples des prophètes, ne permettent pas d’élever le moindre doute sur ce point. Kt ce ne sont pas là les seules indications que contiennent les livres saints sur ces établissements ; on en aura bientôt la preuve. Mais quand il s’agit de rechercher quelle en était l’organisation et quel était l’enseignement qui s’y donnait, on est bien vite arrêté par cette raison toute simple que les documents font défaut.
Dès la fin du siècle dernier, Niemeyer faisait remarquer combien il est difficile de hasarder des conjectures sur les quelques données qu’on peut recueillir sur ce sujet dans le premier livre de Samuel et dans le second livre des Rois '. Encore ces données sont peu précises, par suite de cette circonstance qu’il n’est jamais parlé de ces écoles que d’une manière incidente.
Tout ce qu’on peut affirmer sur ces établissements avec certitude, se borne aux points suivants. Un prophète déjà célèbre était à leur tête ; les livres saints le disent positivement de Samuel ^ et la manière dont il est parlé des rapports des fils de prophètes avec Élie et Elisée ne permet pas de douter que ces deux grands prophètes n’aient été les direc-
IX, 1. Il est quesùOD de com|>agnies de prophètes dans 1 Sam.,