‹ Études critiques sur la BibleChapitre 30 sur 34 · ÉTUDES CIUTIQUES · texte numérisé non relu

ÉTUDES CIUTIQUES

lomoii, elle est entraînée dans une décadence de plus en plus profonde. Ellle se divise en deux fractions enne:nies ; elle gémit sous des rois cruels, impies, sans intelligence ; elle est battue, pillée, foulée par les peuplades voisines. Ces désastres sont-ils le signe d'une ruine prochaine? Dieu aurait-il donc oublié ses enfants?

Ce fut alors que les calamités toujours croissantes forcèrent les pieux Israélites à placer dans l’avenir la réalisation des promesses de l’Éternel. « Le Dieu » fort n’est pas homme pour mentir’. » 11 a promis de sauver son peuple, de le bénir, de l’élever éternellement’, et il le fera. « Quand mon père et ma » mère m’abandonneraient, toutefois l’Éternel me » recueillera’, » telle est la ferme confiance de l’Israélite. Il sait que Jéhovah ne violera pas son alliance, qu’il ne retirera aucune des promesses sorties de ses lèvres*. Et ce qui le rassure encore, c’est qu’il n’ignore pas la cause des maux qui affligent la postérité de Jacob, et qu’il en connaît le remède. Israël a violé les clauses essentielles de l’alliance ; il a abandonné l’Eternel pour courir après les dieux des nations étrangères. Son infidélité doit être punie. Et maintenant il expie ses erreurs et ses transgres-

• Nomb., XXIII, 29.

* /'s. XXVIII, 9; Lxxxix, 33-35.

5 Ps. XXVII, 10.

>Ps. Lxxxix, 34.

suit L.\ IIIIU.K

sions* . Les peuples qui le frappent, qui le dépouillent, qui l’emmènent en esclavage, ne sont que les instruments de la juste colère de Dieu ^ Mais ces châtiments porteront instruction. Ils auront pour effet de forcer Israël à reconnaître ses fautes, à s’en repentir, à demander grâce ^ Et alors l’Éternel aura compassion de ceux qu’il avait affligés : il les consolera'; il dira à celui qui avait cessé d’être son peuple • « Tu es mon peuple, » et le peuple lui dira de son côté : ce Tu es mon Dieu’. » Cette heureuse réconciliation sera pour la maison de Jacob le point de départ d’une ère nouvelle, d’une ère de prospérité et de sainteté, de victoire et de domination sur tous les peuples de la terre, d’une ère, en un mot, qui sera témoin de l’accomplissement des promesses faites autrefois par Dieu à Abraham, à Moïse, à David, à tous ses fidèles serviteurs.

C’est ainsi que se forma en Israël cet ensemble de croyances que l’on désigne sous le nom d'espérances ii.essiauiques. S’il pouvait rester encore le moindre doute sur cette origine, les deux faits suivants le dissiperaient irrévocablement.

1 Ps. Lxwix, 30-32.

E.iaïf, vu, 17, 18; xm, 3-6; Jérémie, wii, 1 \ Habac., 1, 6, etc.

5 Osée, II, 6-17; IV, 5.

‘ Esaie, ixix, 13-20.

» Osée, II, 23; vi, 1-3; xiv, 1-8; Ps. lxxxix, 20-36.

KTUDKS CHITIQUKS

Premièrernenl, les espérances messianiques ne prirent naissance qu’à l’époque de la décadence de la famille d’Israél. La forme même sous laquelle elles sont présentées prouve, comme le fait remarquer M. Ewald, qu’elles sont postérieures au rè^me de David'. Et, en effet, elles supposent toutes qu’un nouveau David ramènera au milieu du peuple rassemblé des quatre coins de la terre, la splendeur, la gloire, la piété et la prospérité des anciens jours, et étendra, avec la connaissance du Dieu d’Israël, sa domination sur toutes les nations du monde. Le règne du grand roi était resté dans le souvenir des Israélites comme une époque bénie ; il était devenu • pour eux l’idéal de la théocratie. C’est sur cet idéal que se modèlent les espérances messianiques. L’objet des vœux et de l’attente du pieux Israélite, c’est le retour de ces jours de bonheur et de fidélité à la loi de l’Éternel. ün a là une indication irrécusable du moment qui vit naître l’espoir d’un rétablissement glorieux de la postérité d’Abraham. On peut ajoutei- encore que le rêve d’un avenir prospère n’est possible que dans une époque de longues calamités, et ce ne fut qu’après la séparation du royaume de David en deux royaumes rivaux, qu’une adversité soutenue devint le partage des enfants d’Israël.

En second lieu, les espérances messianiques n’ap-

' UwalJ, Geschichte des Volks Israël, I. ni, p. 429, noie 1.

SUR I.A niRI.E

4io

paraissent pas d’abord dans toute leur perfection. Limitées, à leur origine, à l’attente d'un digne successeur de David, elles s’étendent peu à peu, par une sorte d’évolution logique, sur le champ tout entier de la vie religieuse et sociale *. Le développement n’en est pas encore complet dans les prophètes. Ils en léguèrent le tableau inachevé à la synagogue. Les docteurs de la loi y ajoutèrent les derniers traits.

Sous le règne de Jéroboam, les désirs et les espérances des hommes pieux d’Israèl ne vont pas au delà du rétablissement de l’unité de la nation sous le sceptre d’un descendant de David ^ L’attente d’uno ère de prospérité ne se rencontre décidément que dans Joël’, au vin*' siècle environ avant l'ère chrétienne, c’est-à-dire à une époque de désolation et d’abaissement pour la famille d’Israël tout entière. Au fléau de la famine est venu se joindre le fléau de la guerre ; les deux royaumes d’Israël et de Juda se déchirent mutuellement dans des luttes continuelles, quand ils devraient se réunir contre l’ennemi commun, le roi de Syrie, qui les bat l’un après l’autre, les pille, les ruine et leur enlève toutes les places frontières*. Il n’est pas cependant

‘ Nœldekc, Die alttestamentl. Litcralur, p. 20i.

^ 1 Hois, XIII, 2; XI, 39.

■■ Joël, II, )8 et suiv.; iii, 7 cl suiv.; 2 Rois, xiv, 26 cl 27. * 2 Rois, X, 32 cl 33 ; xii, 17, 18; xiii, 3 : xiv, ll-U.

11G KTIJOKS CRITIQUES

encore question de Messie, dans le sens propre du mol.

Ce n’est que plus lard, quand la détresse est à son comble, quand le salut semble tout à fait désespéré, qu’il est parlé d’un libérateur extraordinaire que Dieu fera naître de la race de David. Le premier prophète qui en fait mention est Michée. Dans le tableau qu’il trace tl’une théocratie idéale qui durera à jamais', et qui réunira les différentes fractions de la famille de Jacob en un seul peuple *, sous la direction suprême de Jéhovah’, il attribue la délivrance d’Israël à un dominateur', dont la race remonte à la plus haute antiquité^ et qui doit naître à Bethléhem, là même ou le roi David avait rcçn le jour". C’est ce vainqueur qui assurera aux descendants de Jacob une paix éternelle, une prospérité sans limites’ et l’empire sur les autres nations".

Plus tard les espérances messianiques furent considérablement développées, principalement, dans la partie qui en était encore la moins bien déterminée; je veux parler de ce qui concerne la personne et

1 Michée, v, 7 cl suiv.

» Ibid.,i\, 6, 7, 12; il, 12.

3 Ibid., Il, 13; IV, 13.

♦ Ibid., IV, 10 ; v, 4, 5.

= Ibid., V, 2.

“ 1 Samuel, xvi, 1.

’ Michée, iv, 3, 4, 6, 7; v. 4; vu, U.

* Ibid., IV, 3 ; v, 4, H, 9 ; vu, 10, 17.

Digitu ed by Goo-dc

SL'R LA BIBLE

l’œiivre du libérateur d’Fsraël. Comparé aux tableaux animés que les Miellée, les Ésaïe, les Jérémie, tracent de la désobéissance du peuple, des maux qu’elle leur attire, de sa repentance, de son rétablissement, de la prospérité qui en sera la suite, de l’alliance nouvelle qui succédera à rancienne, ce qu’ils disent du libérateur lui-même est encore vague et paraît à peine une ébauche. Ce point appelait, par conséquent, de nouveaux développements. Il les reçut des prophètes postérieurs à l’exil, et après eux, des docteurs de la loi, entre les mains desquels les espérances messianiques devinrent une christologie très-détaillée. On verra dans un moment sons quelle forme nouvelle les premiers conçurent et représentèrent le libérateur du peuple élu. Je n’ai pas à m’occuper ici des changements que cette doctrine subit dans la synagogue. Je puis ajouter toutefois que les docteurs de la loi rendirent de plus en plus idéale et surnaturelle la personne du Me.ssie et entourèrent son avènement et son œuvre de circonstances de plus en plus extraordinaires.

I.e prophétisme se survécut à lui-même. Au retour de la captivité de Babylone, sa tâche était ac-

418 KTUDES CniTIQUES

complie. Du moment que le mosaïsme, du moitis dans ce qu’il avait encore d’applicable, était sauvé, et avec lui la nationalité israélite, il n’avait plus rien à faire sur la scène du monde. Les grandes institutions ne disparaissent pas cependant aussitôt qu’elles cessent d’avoir une utilité réelle ; elles ne finissent que peu à peu, en s’affaissant graduellement sur elles-mêmes. C’est ce qui arriva au prophétisme en Israël. Les prophètes qui vécurent depuis le retour de la captivité jusqu’à Esdras n’onl presque plus rien de ce qui constitue l’esprit et le caractère de ceux des époques précédentes.

La différence est déjà sensible dans la forme du discours. Les prophéties d’IIaggée manquent de verve et d’élan ; elles trahissent une certaine diflicullé à manier la langue. Zacharie, qui entra dans la carrière du prophétisme seulement quelques mois après Haggée, ne fait pas preuve d’une plus grande habileté dans l’art d’écrire. 11 affectionne le langage symbolique, dont le goût semble s’être répandu parmi les Hébreux pendant leur séjour dans la Babylonie, et auquel Ezéchiel avait, pour ainsi dire, donné droit de cité dans la littérature hébraïque ;

• Il paialt que les prophètes furent nombreux longtemps encore après le retour de la captivité de Babylone; cVst du moins ce qu’on peut conclure de quelques passages des écrivains de cette époque. Zacharie, vu, 2 et 3 ; viii, 9 ; Evvald, Gesch. des Vülks Israël, t. iv, p. U 4. Nous n’avons des écrits que de trois d’entre eux, llaggée, Zacharie et Malarhie.

Sun LA ninLE

mais ses allégories, entassées les unes sur les autres, manquent d’ampleur et de développement, et, ce qui est pis, elles sont à la fois obscures et sans originalité. Malachie est, en somme, supérieur à Haggée et à Zacharie, sans atteindre cependant à la hauteur des anciens prophètes. M. Ewald fait observer que la manière dont il présente ses idées a quelque chose de scolastique et ne rappelle guère l’éloquence < populaire et animée des Michée, des Amos et des Esaïe*. Il faut ajouter enfin que les écrits de ces prophètes, surtout ceux de Zacharie, le plus fécond des trois, sont pleins de réminiscences des ouvrages antérieurs^.

Ce n’est pas cependant à ces traits qu’il convient de s’arrêter ; il suffit de les signaler comme signes évidents d’une décadence bien marquée du [irophétisme. Il faut regarder avant tout au caractère général de ces prophètes. Or, ce caractère forme un contraste frappant avec celui des prophètes de l’époque précédente. Tandis que ceux-ci ne donnent qu’une importance tout à fait secondaire à la partie cérémonielle de la loi, Haggée, Zacharie et Malachie insistent fortement sur la nécessité d’en

' Ewald, Die prophet. Bûcher, l. i, p. 542; Eicbhorn, Einleit. ins aile Testam., § 610; de Welle, Einleit. tn da$ allé Test., p. 369, 378.

* On peut voir le lalileau de ces imilations diins Eichliorn, • 6ùl., t.iii, p.329 el330, cl dans >le Welle, p. 372 el 374.

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remplir toutes les prescriptions. Si les cicux se sont fermés, si la terre a retenu ses fruits, si l’Éternel a appelé la séclieresse sur la plaine, sur la montagne, sur le froment, sur le vin, sur l’huile, sur tout ce que le sol produit, ce n’est point, comme l’auraient dit Miellée, lisaïe cl Jérémie, à cause de la dureté du cœur du peuple, en punition de ses vices et de ses crimes ; non : Haggée ne voit dans cette ca'amilé publique qu’un juste châtiment du peu d’enipressemeni des Juifs à relever les murailles du temple, tandis qu’ils ont mis la plus grande hâte à se construire des maisons lambrissées'.

L’fitcrnel commande sans doute encore par la voix du prophète, comme il l’avait fait auparavant par la bouche des prophètes antérieurs'*, de rechercher ce qui est droit, de ne point faire de tort à la veuve, à l’orphelin, à l’étranger, à l’affligé, de ne point nourrir de mauvaises pensées envers son frère*. Mais il ne commande pas avec moins d’insistance de ne présenter à l’autel que des victimes sans taches*, d’éviter avec le soin le plus attentif les souillures légales *, d’apporter au temple les différentes dîmes prescrites par la loi, dîmes qui sont

I Haggée, i. 4-tl.

» Zacharie, vu, 7, t‘2.

- Zacharie, vu, 9 cl 10; viii, 16 el 17 ; Ualacli., iii, 5.

♦ Matuch., I, 0-8, 13, li.

* Haggée, ii, 1 1-19.

SL'H l.A UIItLK 151

une dette contractée envers Dieu lui-inéme', de ne point s’allier [>ar des mariages, au mépris des ordonnances lnosall|ues^ avec les Moabites, les Ammonites et les autres peuples élrangers\

Il n’y a plus inimitié entre le sacrilicateur et le [)roiihète. (leliii-ci est devenu l’aide et le soutien de celui-là. Zacharie prend avec chaleur la défense du grand prêtre Jehoschua ; il exalte la sainteté de ses fonctions. l.’Éternel, dit-il, lui a confié le gouvernement de sa maison et la garde de ses parvis ^ Il faut lui mettre sur la tête des couronnes d’or et d’argent Si Malachie reproche aux prêtres leurs transgressions'*, c’est dans l’intention de les rappeler au sentiment de la sainteté de leur caractère ; c’est surtout pour engager ceux d'entre eux qui avaient contracté des mariages avec des filles des peuples étrangers, à rompre ces alliances prohibées parla loi’. Car d’ailleurs « les lèvres du sacrilica- » leur gardent la science, et c’est de sa bouche » qu’il faut apprendre les prescri[)tions de Dieu". » Ce n’est plus le prophète qui maintenant est l’en-

■ Ualach., iii, 8-10.

* üeulcr., XXIII, 3 el 4.

Malach., ii, 11 et 12.

• Zacharie, iii, 1-9.

•' Zacharie, vu, 11.

“ Malach., Il, 1-3, 8, 9.

’ Ibiil., Il, 11-10.

" Ibid., Il, 0 ei 1.

452 ÉTUDES CniTIQUES

voyé de Dieu, c’est le prêtre. Dieu a’traité avec la maison de Lêvi une alliance particulière, une alliance de vie et de paix'. C'est la première fois cpi’il est (lucsliou dans les livres saints de celte alliance de Dieu avec la race sacerdotale, et ce fait nouve.iu est un indice manifeste de la prédominance (pie le sacerdoce avait acquise à celle épo(iue dans la famille d’I.sraël.

Comment s’était opéré ce rapprochement entre le prêtre et le prophète? 11 faut en chercher les causes dans le mouvement de dévotion étroite et livrée au cérénionialisme, qui datait de Josias, et surtout dans les changements qui s’accomplirent, [>endant la captivité de Bahylone, dans les sentiments religieux du peuple hébreux.

Le rétablissement du culte mosa'ique par Josias s’opéra sous l’influence des prêtres, et non sous celle des proidiètcs'* ; il eut un caractère essentiellement sacerdotal ; le formalisme en fut la conséquence. Les prophètes Michée, Esa'ie, Jérémie, l’avaient combattu ; à partir du règne de Josias, il prit un tel développement qu'il gagna les prophètes eux-

' ilalach., n, 4 cl 5

» Dans le récil qne fail le second livre des Uois txxiii, t-3) de la cérémonie dans laquelle Josias fail lire la loi dcvanl le peuple assemldé, les prophéles ne viennenl qu’aprés les sacrificalcurs, cl dans le récil que le second livre des Chroniques (xxxiv, 29-31) conlicnl du même fail, ils ne sont pas même mentionnés.

mêmes. On ne saurait en douter, quand on voit Ezéchit'l consacrer le code des lois qu’il dresse, pendant l’exil, en prévision d’une restauration prochaine de Jérusalem, presque uniquement à régler ce qui concerne le sacerdoce et le culte

C’est surtout pendant la captivité de Babylone que le sacerdoce étendit son influence et se subordonna le prophétisme. Les maux sans nombre qui furent la suite de la ruine du royaume de Juda, éveillèrent dans le cœur des Israélites l’amour de leurs traditions nationales. On sait quels regrets excita la patrie absente. « Assis aux bords des fleuves de Babylone, nous y avons pleuré au souvenir de Sion. Jérusalem, si je t’oublie, que ma droite s’oublie elle-niéme’. » Tels sont les chants de trist( sse que leur inspire l’exil. Ces sentiments patriotiques réveillent les sentiments religieux. Au souvenir de Jérusalem s’associe le souvenir du temple, du culte de l’Éternel, de la loi, de celte loi pour laquelle on n’avait eu que de l’indifférence dans les temps de prospérité. Ce fut une opinion générale parmi les Juifs déportés delà Babylonie, que la grande catastrophe qui les avait frappés était en punition méritée île leur infidélité aux commandements de l’ÉternelL Celle conviction

1 Kzéchicl, XL-xLviii.

I Ps. cxxxvii, 1 et 5.

’ Cœlin, Bibtische Théologie, t. i, p. 343 et 344.

KTLDKS ('.lUTRIUKS

pa'-sa alors des prophètes, qui en avaient l'ail presque coiislammcnl.le llièrne de leurs exliorlalioiis, à la nation tout entière.

Comme il arrive toujours dans les grands mouvements populaires, la réaction qui se produisit sous ces impressions diverses fut poussée jusiiu’à l’excès. A l’indifférence séculaire pour la législation nationale, succéda un attachement qui mantjua à la fois de mesure et d’intelligence. Au lieu d’arrêter leur attention sur ce qui faisait le fond et l’essence même de la loi, sur ce monothéisme spiritualiste que Mo'ise le premier avait annoncé, et ipii avait inspiré l’éloquence des prophètes, les Israélites, à rimilalion de Josias, ne sachant pas dégager l’esprit de leurs traditions religieuses des formes antiques sous lesquelles il s’était produit, s’attachèrent aux détails, aux descriptions cérémonielles , aux pratiques de tous genres qu’elles recommandaient. Il arriva de là que le culte lévilique et par conséfpienl aussi le sacerdoce qui en était chargé, prirent à leurs yeux une importance exagérée. Le prêtre se trouva ainsi porté, par la marche même des choses, à la tête de la nation.

On peut supposer avec quelque vraisemhlance que la caste sacerdotale donna la première l’exemple de celle révolution dévote. Llle avait perdu plus que toutes les autres classes de la famille d’Israël, à la déportation dans des contrées lointaines.

St; R I, A Ht Ht. K

irîn

Son seul prestige, elle le devait à ses fonctions, el elle ne pouvait les exercer que dans le temple de Jérusalem. Le grand désastre qui venait de frapper toute la nation dut inspirer an prêtre, plus encore qu’aux autres exilés, de sérieuses réflexions, et faire naître en lui des sentiments nouveaux sur la mission religieuse qu’il avait à remplir au milieu des familles dé[)ortées.

Il est plus probable encore que le sacerdoce devint en ce moment le centre de tous les débris d’israél. Lue tra lition conservée par le Talmud, attribue aux exilés qui avaient accompagné le roi Jojakin, la fondation d’une synagogue, bâtie avec des pierres apportées de Terre Sainte'. Le fond de celte légende, si on la prend du moins dans un sens métaphorique, n’a rien d’invraisemblable. Des réunions de prières durent s’organiser de bonne heure dans les nouveaux établis.sements ; les prêtres furent naturellement appelés à les présider; et comme c’est dans ces assemblées que pouvait seulement se manifester ce qui restait de vie nationale au milieu des malheureux déportés, le sacerdoce en devint l’âme.

Il faut admettre encore qu’à mesuie qu’on se rattacha plus étroitement aux traditions antiques, on dut éprouver le besoin de les connaître mieux.

' Miirck, l.n l'alesline, p. 458, noie 2.

ETUOES CniTIQEES

Les prêtres étaient les gardiens de la loi ; elle était déposée entre leurs mains; ils en étaient dans certains cas les interprètes*. C’est à eux qu’on s’adressa pour savoir ce qu’elle permettait et ce qu’elle défendait*. Les circonstances autant pour le moins que leurs propres sentiments religieux, les obligèrent en conséquence à faire de leur législation nationale l’objet d’une étude suivie. Esdras ne fut pas certainement le seul membre du sacerdoce qui méritât le titre de docteur de la loi. Cette étude fut dans tous les cas une chose nouvelle en Israël. Provoquée par les modifications qui venaient de s’accomplir dans les idées et dans la position des Juifs, elle révèle un état des esprits tout différent de celui qui avait donné naissance au prophétisme, en même temps qu’elle nous fait prévoir que la direction morale de la nation, qui lui avait été confiée jusqu’à ce moment, va passer en d’autres mains.

La diffusion des croyances monothéistes dans la maison d’Israël, la fidélité aux prescriptions mosaïques qui prenait chaque jour des proportions plus considérables, et la piété, telle du moins qu’on l'entendait alors , (jui devenait générale , rendaient le ministère prophétique de moins en moins néces-

‘ Deutér., xvii, 8-14; xxi, ü; 2 Chron., xvii, 9.

• Ezéchicl, XLiv, 23; Malach., ii, 5-7.

SUH I,.\ IUBI,K

saire et lui enlevaient son antique importance. Après les changements qui s’étaient opérés dans les esprits, le but qu'il poursuivait était atteint , autant du moins que les circonstances le permettaient ; sa prédication n’avait plus de raison d’être ; il ne restait au prophète qu’à seconder les efforts du prêtre et du docteur de la loi, jusqu’à ce qu’il fût entièrement absorbé par eux.

C’est ainsi que , par l’effet des événements , le prophétisme se trouva rattaché ou, pour mieux dire, subordonné au sacerdoce , et que , par la marche même des choses, il dut céder la place aux docteurs de la loi. Avait-il lui-même la conscience de la position nouvelle qui lui était faite? On serait tenté de le croire, quand on entend Ezéchiel, vingt-cinq ans après la ruine de Jérusalem, déclarer que désormais les sacrificateurs enseigneront au peuple à distinguer la chose sainle de la chose profane , ce (pii est souillé de ce qui est pur'.

Le caractère sacerdotal que revêt en ce moment le prophétisme, ne se montre pas uniquement dans son attachement aux cérémonies et aux prescriptions légales, et dans son dévouement à la caste des prêtres. Il se manifeste encore dans la forme nouvelle sons laquelle il repré-sente le .Messie. Jusqu’alors le futur libérateur d’Israël avait été dépeint

' Ezcchiel, xliv, 23 .

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