et V, 28 et
Adam. Adam.
Seth. Caïn.
Hénosch. Hénoch.
M. Knobel suppose quele jéhoviste a voulu expliquer l’origine des peuples de l’Orient appartenant à une famille différente de celle d’Israël et qu’il l’a rapportée à un fils coupable du premier père des hommes'. Ou ne se rend pas bien compte dans ce cas, pourquoi il aurait fait de Noé le frère de Jabal; Jubal et Tubal-Kaïn, qui, dans cette hypotlièse, seraient les pères des races déshéritées. Quoi qu’il en soit de cette difficulté, M. Knobel croit pouvoir conclure de sa supposition que le jéhoviste avait une connaissance plus étendue que l’élohiste, des divers groupes de l’espèce humaine et, par suite, que, plus jeune que celui-ci, il appartient à une époque où les Hébreux avaient pu apprendre à connaître plus exactement les principaux peuples de la terre ^
Les documents jéhovistes® parlent en termes plus pompeux que les élohistes * de l’alliance de Dieu avec
Keoan.
trad.
Mabalalel.
M.ibousacl.
Jéred.
Methousapi
Hénoch.
Lamce.
Matousaln.
Noé.
Lamec.
Noé.
' On sait que les tables généalogiques de la Genèse sont regardées, à tort ou à rniïon, comme des tableaux ethnographiques.
* Knobel, Die Geneiis erklœrt. p. 47-49.
* Genèse, xii, 2; xiii, 14-17; xv, 5, 18 et suiv.; xxvi, 24; XXVIII, 13-15; XXXII, 12.
‘ Genèse, xxi, 17 ; xxvi, 4; xlvi, 3 et 4; xLvili, 3 ol 4.
SUR LA BIRLE
les patriarches. Celle alliance fut conclue, d’après ce qu’ils en disent, avec une solennité ‘ qui est inconnue à la tradition élohislc. Les promesses qu’ils leur font donner par Dieu sont d’une plus haute portée. Tandis que, d’après les documents élohistes. Dieu annonce à Abraliam qu’il le rendra père de nations nombreuses et qu’il donnera en possession perpéluelleà ses descendants tout le paysde Chanaan où il habile en ce moment comme étranger % il lui est promis, d’après les documents jéliovisles, que sa postérité égalera en nombre les étoiles du cieP et les grains de sable de la mer qu’elle possédera la porte de ses ennemis et que c’est par elle que toutes les nations de la terre seront bénies \
Les fragments élohistes qui se rencontrent dans l’Exode ont le môme caractère de simplicité et d’antiquité que ceux de la Genèse. Les conceptions religieuses qu’ils expriment sont naïves comme celles de tous les peuples primitifs. Ces documents racontent, non sans laisser percer quelque étonnement, qu’à Horeb les Israélites avaient vu Dieu, sans en mourir". D’après le jéhoviste, au contraire, nul
• Genèse, xv, 7 et suiv.
» Genèse, xvil, 4-16.
> Genèse, xv, 6.
* Genèse, xxii, 17; xxxii, 12.
* Genèse, xviil, 18; xxii, 17, 18.
• Exode, XXIV, 10 et 11.
KTUDKS CIUTIQUKS
homme ne peut le voir et vivre'. L’élohiste n’altribue aux hommes qui avaient vécu avant Abraham,
qu’un culte très-simple de la divinité La
religion d’Isaac et de Jacob ne consiste, d’après lui, que dans l’adoration de Dieu désigné sous le nom d’Elohim et d’El-Schadaï Il ne les représente jamais élevant des autels et immolant des victimes^ ; une seule fois il parle d’une libation d’huile faite par Jacob*, et deux fois d’un sacrifice offert par ce patriarche à l’Elohim de son père Isaac*. Le jéhoviste, au contraire, suppose qu’ils connaissaient Jéhovah® ; qu’ils lui dressaient des autels’ et lui immolaient des victimes" ; qu’ils savaient distinguer les animaux purs des impurs"; qu’ils pratiquaient un culte cérémoniel'" et observaient tous les commandements de l’Elernel", c’est-à-dire qu’ils suivaient par anticipation le mosaïsme ; qu’ils payaient la dlme à Salem et à Bethel'" ; qu’ils étaient prophè-
* Exode, XXXIII, 20.
« Genèse, xwiii, 3; xxxv, U; xlvi, 3; xi.viii, 3.
5 Knobcl, Die Genesis erklœrt, p. xiii.
‘ Genèse, xxxv, 14.
’ Genèse, xlvi, 1 ; xxxiil, 20.
‘ Genèse, iv, 4, 6, 26.
’ Genèse, xii, 7,8; xiii, 4, 18;xxi, 33; xxii. 13; xxvi, 2S.
* Genèse, iv, 4; viii, 20, 21.
® Genèse, vin, 20.
«O Genèse, viii, 20; xv, 9.
" Genèse, xv, 6; xvn, 1 ei suiv.; xviii, 19.
“ Genèse, xiv, 20; xxviii, 22.
sua LA IIMILE G9
tes' ; en un mol, qu’ils ne différaient en rien d’ua fîdèle disciple de Moïse ^
La réforme mosaïque ne paraît avoir eu pour la tradition élohiste ni la même étendue, ni la même importance que pour lajéhovisle. Il nous reste, il estvrai, peu de fragments éloliistes relatifsà ce grand événement, soit que les passages des documents de celte classe, dans lesquels il en était parlé, aient été laissés de côté par le rédacteur définitif du Pentateuque, soit, ce qui est plus probable, que ce sujet n’y fût pas traité longuement; mais ce que nous en avons suffit cependant pour nous faire connaître qu’on y insistait plus sur les faits historiques et sur les prescriptions cérémonielles et civiles", que sur l’ensemble des lois morales et dogmatiques qui forment le fond le plus réel du mosaïsme. C’est surtout à des détails sur la partie matérielle du culte que se rapportent ceux de ces fragments qui parlent des ordonnances mosaïques*.
Tels sont les caractères les plus marqués des deux classes de documents qui sont entrés dans la composition du Pentatcuque. Ils nous indiquent d’une manière assez claire que presque jusqu’au moment où ces antiques monuments religieux furent réunis
• Genèse, \v, t ; xxvii, 40.
• Kiiobel, Exod. und Lei'il. erLUrl, |i. xvi cl xvii. s Exode, XVIII, 12 27.
• Exode, XXXV, 27, — xxxviii.
ensemble pour former les qtialre premiers livres mosaïques, il y eut dans la famille d’Israël deuxfor> mes, en certains points distinctes, d’une même religion monothéiste, fait que j’aurai plus loin occasion de mettre dans tout son jour et dont je montrerai les traces évidentes dans toute l’histoire des Hébreux, depuis Moïse jusqu’aux derniers temps de la monarchie. Les documents élohistes représentent un monothéisme plus simple, plus antique que celui qui éclate dans les documents jéhovisles. Ils appartiennent à un ordre d’idées et de conceptions religieuses qui remontent au delà de Moïse et qui continuèrent à se maintenir dans la famille d’Israël, après la réforme de ce grand législateur. Les documents jéhovistes, au contraire, sont toujours empreints en quelque degré de l’esprit du mosaïsme dont ils sont l’expression plus ou moins parfaite.
Je reviendrai plus loin sur cette différence. Il était nécessaire de la mentionner déjà ici ; elle pourra nous être utile, quand il s’agira de déterminer l’époque à laquelle ces divers documents ont été réunis pour former le Pentateuque.
Les différentes pièces que j’ai désignées jusqu’ici sous les noms de documents élohistes et de documents jéhovistes, furent également composées sur des documents antérieurs. On n’en saurait douter, puisque de ces écrits, plusieurs sont insérés en entier avec les titres qu’ils portaient, dans les divers
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SUR LA BIBLK
éléments qui ont servi à composer le Pentateuque, et que des passages de quelques autres y sont textuellement rapportés, avec l'indication des noms des ouvrages auxquels ilsfurent empruntés. Cesantiques monumentssontd’abordunassezgrand nombredelistes généalogiques parmi lesquelles il faut principalement citer le livre des descendants d'Adam h'iV'n “fip)', le livre des' descendants de Noé
(PHJ les descendances d'Esaü
(tîÿy les généalogies d'Aaron et de Mo'ise
(rH2tot rnVtri)*. Ce sont ensuite plusieurs recensements, soit du peuple d’Israël, soit d’une partie du peuple, après la sortie d’Egypte, pendant le séjour au désert ®. C’est encore des recueils de chants nationaux et religieux. Il n’en est cité nominativement qu’un seul dans le Pentateuque ; le livre des batailles del’Êternel "I5Ç)*
Mais on peut y joindre sans doute le Livre du Juste isp)*, qui est cité dans Josiié(x,I3) et dans le deuxième livre de Samuel (i, 18) et qui contenait
< Genèse, v, 1-29. Le mot , que l’on traduit |>ar livre, indique un écrit en général, sans égard à son étendue.
» Genèse, vi, 9; x et xi, 10-32
» Genèse, xxxvi, 1-43.
* Nomb., III, 1.
• Exode, VI, 14-23 ; Nomb., i, 5-46 ; iil, 13 ; iv, 49 ; xxvi, 4-64.
« Nomb., XXI, 14; Exode, xvii, 14.
KTUDKS ClUTlUUKS
des chants de l’âge mosaïque, peut-être même des chants plus anciens. 11 ne serait pas impossible que les trois vers prononcés par Lamech (Genèse,\y 23) ne fissent partie de quelque poésie du Livre du Juste. A côté de ces différents écrits, il faut placer le Uvrede V Alliance "IBP), dont Moïse fit la lecture so-
lennelle devant le peuple assemblé au pied du mont Iloreb’, et qui contenait vraisemblablement le décalogue, ainsi que les principales lois promulguées jusqu’à ce moment; un état des campements successifs du peuple d’Israël dans le désert, écrit qui est donné pour être de la main de Moïse * et qui est conservé en partie dans le chapitre xxxm du livre des Nombres; enfin divers recueils de lois, remontant probablement au législateur lui-même, recueils dont l’existence peut se reconnaître à certaines formules qui sont propres à chacun d’eux®.
Ce fut de ces écrits et sans doute aussi d’autres dont l’existence nous échappe, parce qu’il n’en reste aucun indice positif, comme encore probablement de chants et de récits conservés dans la mémoire du peuple et transmis par la tradition, que furent composés, non les livres mosaïques dans leur forme actuelle, mais les documents soit élohistes soit jéhovistes qui servirent plus tard à les former.
I Exode, XXIV, 7.
« Nomb., XXXIII, 1 ei 2.
s Levit, VII, 1, II; XI, 2; xix, 2; i\omb., xix. 2.
SUH LA Hini-E
Il y aurait un grand intérêt à connaître l’histoire de ces documents, à savoir en quelles parties de la Terre-Sainte, en quels temps, par quels auteurs ils furent rédigés. Mais comment résoudre des questions dont les données sont si fugitives, ou pour mieux dire presque entièrement effacées ? Une critique prudente ne doit hasarder ici que quelques inductions et ne peut se permettre que quelques déterminations approximatives.
Il est un premier fait sur lequel il conviendrait, avanttout,de s’éclairer. Ce que j’ai désigné jusqu’à présent du nom passablement vague de documents élohistes, forma-t-il, dès le principe , un ouvrage unique, ou faut-il le décomposer en plusieurs écrits différents? Et de même, les documents jéhovisles étaient-ils réunis en un seul ouvrage, ou en formaient-ils plusieurs, ou n’existaient-ils, comme le croit de Wette, qu’à l’état de tradition orale avant d’être joints aux documents élohistes pour les compléter et composer par cette union le Pentateuque actuel ?
Je ne vois pas de raisons suffisantes pour supposer deux ou plusieurs grands écrits élohistes. On a remarqué depuis longtemps que, prises dans leur ensemble, les parties élohistes du Pentateuque se lient assez bien les unes aux autres et semblent, par cela même, des fragments séparés d’un seul et même ouvrage. Celte opinion me paraît tout à fait
ETUDES CHITIQUES
probable. Mats en admellant l’existence d’un livre élohisle primitif, rédigé d’après ceux des antiques documents antérieurs qui appartenaient à l’élohisme, je serais porté à supposer qu’il y eut aussi quelques écrits de moindre étendue, d’une origine également élohiste, et consacrés au récit de quelques épisodes importants de l’histoire des temps anciens. Telle estia biographie de Joseph, dans les chapitres xxwii et xxxix à L de la Genèse. Ce récit ne ressemble en rien à la chronique anecdotique de l’écrivain élohiste qui a raconté l’histoire des âges primitifs de la famille d’Âbraham. Evidemment ces chapitres formaient dans le principe un écrit spécial.
Il en est autrement des documents jéhovistes que des élohistes. Us sont loin d’avoir entre eux le même enchaînement que ceux-ci, et ils offrent, comme l’a fait remarquer M. Knobcl, d’assez nombreuses contradictions *. Ces deux circonstances suffiraient pour faire croire que ces divers documents formaient dans le principe plusieurs ouvrages distincts. On est confirmé dans cette opinion, quand on considère que plusieurs fragments se distinguent par l’emploi de certaines formules particulières, dont chacune pourrait bien avoir été propre à un
I Kiiobel, Exod. und Levit. erkl., p. xx et xxi. Telle n’est pas cependant l’opinion de M. Kuenen, et les considc'ralions auxquelles il en appelle sont loin d’£tre sans valeur. Histoire critiq. des livres de l'Ane. Test., t. i, p. 166 et suiv.
Sun LA BIÜLE
même écrit. C’est ainsi qu’un certain nombre de lois sont précédées de cette formule : « L’Éternel parla à Moïse et lui dit : Parle aux enfants d’Israël et disleur : Quand... ‘ » D’autres sont accompagnées de cette autre formule : « Je suis l’Éternel *, » formule destinée à marquer, non pas seulement l’origine divine de la loi, mais encore la raison pour laquelle elle doit être observée. Il faut ajouter enfin qu’il est dans l’ordre des choses que les diverses écoles des prophètes eussent fait des recueils différents soit des lois mosaïques, soit des événements qui se rapportaient à l’origine de la législation. On est amené par ces considérations à admettre l’existence de plusieurs ou^Tages jéhovistes qui, rapprochés plus tard les uns des autres et joints au grand écrit élohiste dont j’ai parlé, composèrent les quatre premiers livres de notre Pentateuque.
Ce serait se lancer dans des conjectures hasardées que d’essayer de déterminer l’époque de la composition de chacun de ces différents écrits ; tout au plus peut-on déterminer les limites entre lesquelles il convient d’en placer la rédaction. Ni l’ouvrage élohiste ni les divers recueils jéhovistes ne remontent au delà des premiers temps de la monarchie, puisque certains détails trahissent l’exis-
■ Livit., I, 1 et 2; IV, 1 et 2; vi, I et 2; xil, 1 et 2.
t Exode, VI, 8; Lévil., xviii, 2, 4, .'5,6, 21, 30; six, 2, 4, etc.; XX, 7; xxi, 12, 23 ; xxn, 2, 3, 8, 30, 31, 33, etc.
KTl’IlES CniTlyUKS
Icnce du temple construit par Salomon, et que, dans le livre de Josué, qui tient par des liens étroits aux quatre premiers livres du Pentateuque, il est fait mention du Livre du Juste', qui était postérieur à David’. Et, d’un autre côté, ceux de ces livres qui sont les plus jeunes ne descendent pas en deçà de l’époque de la destruction du royaume de Juda, destruction à laquelle ils ne présentent aucune allusion. Pour atteindre une détermination plus précise, il ne servirait de rien d’en appeler aux indices donnés par la langue, et cela par cette raison qu’il n’est probablement aucun de ces écrits qui ne contienne, en plus ou moins grande quantité, des pièces d’une antiquité plus reculée, et qui ne puisse, par conséquent, tromper celui-là même qui se croirait assez sûr de sa connaissance de la langue hébraïque pour en marquer très-nettement les moindres variations dans la succession des âges. Quelle confiance accorder d’ailleurs à des arguments tirés de la forme du langage, quand on voit qu’un même mot est donné par des hébraïsants pour un archaïsme, et par d’autres aussi compétents pour un araméisme ?
11 est encore difficile de déterminer le lieu de la Terre-Sainte où chacun de ces ouvrages a été
I Jnsiié, X. 13 .
’ 2 Snm„ I, 18
rédigé. Le grand écrit élohiste appartient-il au royaume de Juda, comme l’afllrme M. Ewald? En vérité, on ne saurait le décider. On assure, il est vrai, que cet ouvrage insiste principalement sur tout ce qui se rapporte au culte, aux prescriptions cérémonielles, au sacerdoce, et qu’à ces traits il faut reconnaître un auteur qui vivait dans le voisinage du temple. Mais ce n’est qu’autant que l’on fait entrer dans l’écrit élohiste une foule de pièces qui ne lui appartiennent pas et qui sont d’origine jéhoviste, qu’on peut lui donner ce caractère. J’ai montré l’erreur profonde de cette confusion. La grande histoire élohiste parle du culte mosaïque beaucoup moins que les diverses pièces jéhovistes ; seulement, là où elle en parle, elle s’attache surtout à ce qu’il y a de moins spiritualiste dans les cérémonies de la loi. Mais de ce trait on ne saurait conclure que cet ouvrage ait été rédigé à Jérusalem. Il serait assez étrange, si cet écrit appartenait au royaume de Juda, qu’il ne s’y trouvât pas une seule allusion à sa capitale.
Ce fut, il est vrai, une opinion générale dans la synagogue, dans les temps qui précédèrent immédiatement l’ère chrétienne, que Salem était Jérusalem, et que Melchisedek, son roi, était un type du Messie. Mais cette opinion ne s’appuie sur aucune donnée historique ; elle naquit d’une exégèse arbitraire, cherchant dans chaque ligne de l’Ancien
78 ÉTUDES CHITIQUES
Testament un indice de la venue du Messie Le nom antique du lieu qui fiit choisi par David pour la capitale du royaume était Jebus^ et non pas Salem, et le choix du fils dTsaï fut dicté, non par le respect qu’inspirait cette ville, mais par des raisons politiques.
Si l’on pouvait de la pièce qui contient l’histoire de Joseph 3 tirer une conclusion relative au grand ouvrage élohiste, on n’hésiterait pas à lui donner pour rédacteur un homme du royaume du nord. On découvre, en effet, dans cette pièce, le dessein manifeste de relever la tribu d'Éphraïm et de la mettre au moins sur la même ligne que la tribu de Juda, sinon au-dessus. Si, dans les bénédictions prophétiques de Jacob mourant, il est dit de Juda que les fils de son père se prosterneront devant lui\ Joseph y est appelé le pasteur et la pierre d’Israël, et c’est
• Winer, Bibl. Bealwœrterb., l. ii. p. 95.
> Juges, XIX, 10; 1 Chron., xi, 4. « Salem, dil saint Jdrôinc, non, ut Josephus et noslri omnes arbitrantur, Jérusalem... sed oppidum juxta Scythopolim, quod usque hodic appcllatur Salem, et ostenditur ibi palatium Melchisedecli, ex magnitudine ruinarum veieris operis oslendens mngoitudinem. > Epis!., 73, dans Hieronimi opéra, ddit. Yailars, t. i, p. 446. H existait du temps de Jésus-Christ une vüle nommée Salem. Jean, ni, 23; comp. Judith, iv, 4 ; c'était probablement la même que celle qui est mentionnée dans Genèse, xiv, 18.
* » Cette pièce se compose de Genèse, xxxvii, 2-36, xxxix.— L. Le fond, rcnsemblc en est certainement élohiste ; toutefois quelques passages ont dû en être retouchés par un jéboviste, entre antres les bénédictions prophétiques de Jacob, au chap. XLix.
* Genèse, xlix, 8.
sur sa tête que reposent les voeux les plus chers du patriarche'.
Cette prédilection pour Ëphraïm éclate en traits plus évidents encore dans un passage précédent. Quand Jacob bénit les enfants de Joseph, il étend la main droite sur la tête d’Ëphraïm qui était le plus jeune, et la gauche sur la tête de Manassé, « sachant bien, fait observer le narrateur, que Manassé était ^alné^ » Joseph veut en vain prévenir ce qu’il croit être une méprise de son père. Jacob ne se rend pas à son observation. « Je le sais, mon fils, je le sais, lui dit-il ; celui-ci deviendra aussi un peuple, même un grand peuple ; mais toutefois son frère, qui est le cadet, sera plus grand que lui. &i postérité sera une multitude de nations ^ » Et aussitôt en les bénissant, il mit, dit le texte sacré, Ëphraïin devant Manassé*.
L’examen des différents écrits jéhovistes conduirait peut-être aussi d’un autre côté à leur assigner pour auteurs des hommes du royaume du sud. Mais en réalité la détermination des lieux où ces divers ouvrages ont été rédigés , n’a qu’une importance fort restreinte au point de vue auquel on doit étudier la formation du Pentateuque. Que les critiques ^ui
> Geniu, xux, 24 el 86.
’ Genèse, xlviii, 14.
* Genèse, xlviii, 19.
* Genèse, >lviii, 20.
KTUDKS CUITIQUES
ne tiennent pas un compte suffisant de la différence de l’élohisme et du jéhovisme, et qui ont négligé de constater le double courant religieux qui se montre dans toute l’histoire d’Israël, aient cherché avec soin dans quels lieux avaient été rédigés les documents qui sont entrés dans la composition des quatre premiers livres mosaïques, cela se comprend ; il n’y avait pas pour eux en effet d’autre moyen d’expliquer les traits distinctifs de ces divers écrits, que de les rapporter à des traditions locales. Si l’ouvrage du prophète contemporain d’Amos, d’après le système de M. Ewald, diffère du Livre des Origines, c’est, nous assure le savant auteur de V Histoire du peuple d'Israël, parce que le premier a mis en œuvre les traditions répandues dans le sud de la Palestine, tandis que celui-là recueillit celles qui étaient conservées dans le nord. Dans le système que je propose, la différence des traditions s’explique moins par la différence des lieux où elles avaient cours, que par celle des points de vue religieux auxquels elles appartenaient. L’élohisme avait ses traditions, comme le jéhovisme avait aussi les siennes, ou pour mieux dire, les Israélites élohistes se représentaient sous une forme les souvenirs de l’histoire d’Israël, et les jéhovistcs les possédaient sous une forme un peu différente. C’est là ce qui explique les traits différents qui distinguent les écrits élohistes des écrits jéhovistes.
Après avoir vu quels sont les éléments qui sont entrés dans la compusition des quatre premiers livres du Pentateuque, il nous reste à rechercher de quelle manière et à quelle époque ils ont été réunis ensemble.
Kt d’abord par quel procédé les livres de la Genèse, de l’Exode, du Léviiique et des Nombres furent-ils formés des différents ouvrages dont il vient d’étre question ?
Il faut écarter toute hpyothèse qui voudrait en expliquer la formation par une rédaction suivie, par une rédaction dans laquelle l’auteur n’aurait employé les différents écrits élohistes et jéhovistes que de la manière dont un historien se sert de documents antérieurs. Les ouvrages élohistes et jéhovistes dont il a été parlé, ne sont ni les sources ni les matériaux des quatre premiers livres mosaïques; ils en sont les parties constitutives. Sauf quelques interpolations, d’ailleurs rares et faciles à déterminer, il n’y a dans ces quatre livres que ce qu’il y avait dans les ouvrages antérieurement existants.
82 KTUDES CRITIQUES
Les premiers ne sont en réalité qu’un recueil des seconds.
Comment ce recueil a-t-il été fait ?M. Ewald l’attribue, comme on l’a vu, à un prophète du royaume de Juda qui vivait au vu® siècle avant l’ère chrétienne, Je discuterai plus loin l’époque à laquelle ce travail a été exécuté ; il s’agit d’abord de rechercher de quelle manière il fut fait. D’après M. Ewald, le prophète qui en fut l’auteur aurait fondu ensemble les divers documents qu’il avait à sa disposition. Sans abdiquer complètement son individualité, c’est-à- Cire sans vouloir s’astreindre à un travail de manœuvre, il aurait cependant conservé scrupuleusement les textes anciens, et en somme tout cequi lui reviendrait danscelte composition, consisleraità avoir retranché, sans doute, ce qui lui semblait faire double emploi , et retouché fà et là quelques mots pour raccorder les divers fragments qu’il empruntait tantôt à un des écrits antérieurs et tantôt à un autre.
La part que M. Ewald fait à ce rédacteur, auquel le nom de collecteur conviendrait bien mieux, est bien petite, et cependant elle me paraît encore trop grande. Ce ne fut guère en réalité qu’un travail de manœuvre que celui du collecteur, quel qu’il soit, qui a donné aux documents antérieurs la forme qu’ils ont dans les quatre premiers livres du Pentaleuque. Il n'eut certainement pas d’autre dessein que de réunir, dans un ordre à peu près chronolo-
Sun I.A ni BLE
gique, les récits contenus dans les documents qui étaient à sa disposition. Il ne retrancha rien ; car autrement pourquoi aurait-il laissé de doubles narrations du même fait, souvent contradictoires? Il n’ajouta rien ; pourquoi n’aurait-il pas autrement comblé des lacunes et ménagé, en les adoucissant ou en les expliquant, les oppositions assez nombreuses qui se rencontrent dans les quatre premiers livres mosaïques? Tout son travail consista à rapprocher les divers passages des écrits élohistes et jéhovistes qui lui semblaient propres à se compléter les uns les autres ou qui lui paraissaient se rapporter au même sujet ou àdes sujets analogues et voisins. En dehors de cet ordre vague et général, ordre qui trahit un collecteur et qui ne peut convenir à un écrivain, point de plan quelconque, bien ou mal conçu, bien ou mal exécuté. L’œil le plus exercé ne saurait en découvrir la moindre trace dans les quatre premiers livres mosaïques, principalement dans l’Exode, le Lévitique et les Nombres.
Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à jeter les yeux sur la disposition des matières qui y sont contenues. Déjà Spinoza avait fait remarquer, on s’en souvient sans doute, qu’il y a au commencement de la Genèse deux récits différents de la création. Après lui, d’autres critiques, Vater entre autres, ont relevé un grand nombre de différences de ce genre, parmi lesquelles on peut citer en première ligne les deux ta-
blés généalogiques de la postérité d’Adam, sur lesquelles j’ai attiré précédemment l’attention du lecteur. On a ajouté que les développements donnés aux récits ne sont pas en rapport avec l’importance des événements qu’ils racontent ; que les narrations des faits et les expositions des lois se succèdent arbitrairement, souvent môme en opposition avec l’ordre chronologique ; qu’on n’a pris aucun soin de déterminer d’une manière suivie la marche des Hébreux dans le désert, et qu’il n’y a en somme aucune liaison entre les diverses pièces qui composent ces livres.
Ce défaut d’unité, ce désordre éclate avec bien plus d’évidence, quand on s’arrête aux détails. Il n’est pas rare de voir le môme fait reproduit deux fois, avec des circonstances diflérentes. Les hésitations de Moïse devant l’ordre qu’il reçoit de l’Éternel, sont racontées une piremière fois au chapitre iv, 10 et suiv. de l’Exode, et une seconde fois aux chapitres VI, 28 — vu, 5 du môme livre. Le fond du récit est le môme, mais les expressions sont tout autres '. Chacune de ces deux narrations appartenait à un document différent ; le collecteur, qui ne voulut pas sacrilier l’une à l’autre, les a insérées également dans son recueil. Ce qui est dit de la nuée reposant sur le tabernacle revient en deux passages
' Compari’Z cotre autres Exode, iv, 10, el vi, 30; iv, Ii-16, et vu, 1 a 2.
SUH I.A Bini.E
différents (Exode, xi, 34-38, et Nombres, ix, 15- 28), presque dans les mêmes termes, quoique avec des développements différents. Il eli estde même de l’histoire des cailles (Exode, xvi, 12 et suiv., et Nombres, xi, 31-34), ainsi que des eaux saumâtres de Mériba et de la source jaillissant du rocher sous la verge, de Moïse (Exode, xvii, 1-7, et Nombres, XX, 3-13). Les tables du Décalogue sont écrites par Dieu lui-même, d’après Exode, .xxiv, 12, xxxii, 16, et xxxiv, 1 ; au contraire, d’après Exode xxxiv, 27 et 28, Moïse les écrit sous la dictée dcl’Eternel. S’il faut s’en rapporter à Exode, xxxiii, 7, le tabernacle d’assignation était placé hors du camp, tandis que l’on voit dans Nombres, ii, 2 et 17, qu’il était dans l’intérieur et qu’il en formait le centre.
Certaines lois sont également rapportées plusieurs « fois, et chaque fois avec des dispositions diflérentes. D’après Exode, xxi, 2, les esclaves d’origine israélite doivent être rendus à la liberté la sep.lièmc année, mais d’après Léviiique, xxv, 40', seulement la cinquantième. S’il faut s’en rapporter à Exode, XX, 9-11, le repos du sabbat est un hommage rendu à Dieu et une commémoration de l’achèvement de
< Cette dernière disposition fut la plus ancienne. Elle fut amendée plus tard par des raisons d litimanilé qu’il est aisé de deviner; ce qui le prouve d'ailleurs, c'est qu'elle ne fut connue dans les derniers temps de la inonarcliie que sous la forme qu'elle a dans Exode, xxi, 2, comme on le voit dans Oeutér., xv, 12, ér Jérémie, xxiv, 14.
la création du inonde en sixjours, tandisque d’après le même livre, xxiii, 12, il est ordonné dans un sentiment d'humanité et en même temps dans une intention d’économie agricole, afin que les bêtes de somme et de labour ne s’épuisent point et que les esclaves et les mercenaires reprennent leurs forces. On remarque une différence tout aussi grande dans la loi concernant les lépreux, présentée d’abord dans des conditions qui convenaient à la vie dans le désert {Lévit., xiii, i etxiv, 32), et reproduite ensuite avec des dispositions applicables à la vie dans la terre de Cbanaan {Lévit., xiv, 33-33).
Enfin on trouve dans le Pentateuque des explications différentes de la même cérémonie. Il en est ainsi de la fête des pains sans levain, qui est expliquée de deux manières dans le même chapitre {Exode, xii), à quelques versets dedistance. D’après les versets 17-20, elle aurait été établie de propos délibéré, en commémoration de la sortie en armes du pays d’Égypte ; d’après le verset 39, les pains sans levain auraient été simplement une nécessité de la fuite précipitée des Hébreux. 11 est probable que ces deux explications sont aussi peu fondées l’une que l’autre; elles furent imaginées après coup, longtemps après la sortie d’Égypte, pour rendre raison d’une cérémonie antique dont le sens s’était perdu. La fêle des pains sans levain était certainement dans le principe une fête agricole, instituée pour célébrer la moisson
nouvelle. On faisait des pains sans levain, pour manger du blé nouveau, sans aucun mélange du blé des précédentes récoltes. Comme la sortie d’Egypte eut lieu au mois des épis', la fête des pains sans levain, coïncidant avec cet événement, en fut regardée plus tard comme la commémoration.
Je sais bien qu’on a prétendu que ce désordre n’est qu’apparent, et j’accorde que, l’imagination aidant, et en supposant à tout propos ici des sousentendus qu’on rétablit, là des interpolations qu’on élague, ailleurs de prétendues transpositions qu’on déplace, on peut parvenir à montrer un enchaînement un peu régulier entre toutes les pièces qui composent le Pentateuque. Mais les moyens arbilraires auxquels on est forcé de recourir prouvent encore mieux que les faits que j’ai cités, que cette unité n’existe pas en réalité. C’est ce qu’ont reconnu d’ailleurs ingénument des critiques qui regardaient cependant le Pentateuque comme l’œuvre de Moïse, entre autres Eichhorn , qui a essayé d’expliquer le désordre de l’Exode, du Lévitique et des Nombres, en présentant ces trois livres comme le journal tenu par le législateur hébreu, de la marche du peuplé d’Israël dans le déscrt^ et Astruc, dont j’ai rapporté
• Knobel, Exod. vnd Levit., p. \x cl xxi.
• Eicliliorn, Einleit. ins al te Teslain., i. ii, p. 348 et suiv. Ce savant critique appuyait cette opinion, comme je l'ai déjà fait remarquer, sur Nomb , xxxiii, t et 2.
précédemment la singulière hy|X)thèse sur la cause du défaut d’unité de la Genèse, livre qui offre cependant bien plus de suite que l’Exode, le Lévitique et les Nombres. Tel est aussi le sentiment de Richard Simon qui n’a pas oublié de faire remarquer « le peu d’ordre qu’on trouve en quelques endroits du Pentateiiques, comme il s’exprime lui-même. Je puis en appeler encore à l’aveu de critiques qui. tout en admettant le système d’un remaniement de tous les anciens documents par un rédacteur définitif, reconnaissent qu’il n’a pas donné à son iravail toute l’unité désirable. « Il n’y a pas d’unité réelle, dit M. Knobel, dans la Genèse et dans l’Exode, et dans ce dernier livre, plus encore que dans le premier, on voit que les pièces dont s’est servi le rédacteur ont été simplement juxtaposées. » Il est vrai que ce théologien explique cette absence d’unité parles nombreuses différences que présentaient entre eux les anciens ouvrages qui avaient été combinés ensemble'. Mais cette explication est complètement insuffisante dans le système qui attribue à un travail de rédaction la forme actuelle du Pentateuque. 11 n’est pas un seul historien qui ne se trouve en présence de documents très-divergents ; il ne laisse pas pour cela de donner à son œuvre un ordre positif et une unité réelle.
Il n’est pas jusqu’à M. Ewald qui ne rende témoi-
‘ Knobel, Exod und Lévit. erkl., p. xxi.
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gnageà ce défaut d'ordre et d’unité qui est le caractère le plus marqué de la forme littéraire des quatre premiers livres du Penlateuque. Il avoue que le cinquième historien du peuple hébreu, c’est-à-dire le prophète du septième siècle avant l’ère chrétienne, auquel il rapporte la dernière rédaction de ces quatre livres, n’apas reculé devant de petites répétitions et de légères contradictions’. Les répétitions ne sont pas aussi petites ni les contradictions aussi légères que veut bien le dire M. Ewald ; le lecteur doit avoir été édifié sur ce point par ce qui précède ; mais tel qu’il est, cet aveu ne doit pas être passé sous silence, et peut-être pourrait-on lui donner une portée plus large qu’il ne semble avoir quand on se rappelle que le savant historien du peuple d’Israël déplore que le célèbre Livre de» Origines ne nous soit parvenu que mutilé et en désordre”. Or qui l’a ainsi mutilé, qui en a altéré cette belle ordonnance qui le rendait digne, au jugement de M. Ewald, d’être mis sur la même ligne que les histoires d’Hérodote et les meilleures parties deTite-Live, si ce n’est ce cinquième historfen, comme il l’appelle? Il n’y a donc pas, à ses yeux, tout l’ordre désirable dans la classification des différentes parties qui composent les quatre premiers livres du Pentateuque.
< Ewald, Geteh. des Voiles Israël, t. i, p. iSi. * Ewald. ibid., t. i, p. 110 el 111.
Que conclure maintenant des observations qui viennent d’être présentées sur la forme de ces livres, sinon qu’un ouvrage qui offre si peu de régularité dans sa marche et si peu d’ordre dans ses détails, ne peut pas être l’œuvre d’une rédaction comme le suppose M. Ëwald, ni encore moins le résultat définitif d’une série de rédactions successives et se superposant, si l’on peut ainsi dire, l’une à l’autre, comme le prétend Bleek? Un écrivain qui aurait composé un ouvrage nouveau avec des matériaux dont il aurait disposé librement, les aurait du moins coordonnés d’une manière méthodique, et ce n’est pas là ce qu’a fait le personnage, quel qu’il soit, qui a donné aux antiques documents élohistes et jéhovistes la forme sous laquelle ils nous sont parvenus dans les quatre premiers livres du Pentateuque. Un rédacteur aurait développé, resserré, modifié les documents dont il se serait servi: il aurait mis dans son travail son esprit, sa touche personnelle, ses opinions propres ; il lui aurait donné une couleur uniforme ; c’est ainsique firent sans doute les auteurs des écrits élohistes, ainsi que ceux des écrits jéhovistdk. Iji collection définitive ne fut pas exécutée de cette manière. C’est ce que prouve la diversitéqui se remarque aussi bien dans le fond que dans la forme. Une seule hypothèse peut expliquer les quatre premiers livres du Pentateuque ; et cette hypothèse, c’est que ces livres ne sont que les différents écrits dont j’ai
SUR I.A niRI.E 91
donné précédemment la description, rapprochés les uns des autres et combinés ensemble.
Il n’y a pas autre chose dans la Genèse, l’Exode, le Lévitique et les Nombres, que ce qu’il y avait dans les ouvrages élohistes et jéhovisles, grands et petits, qui existaient antérieurement. Celui qui leur donna la forme sous laiiuelle ils nous sont parvenus, n’y ajouta rien; il n’en retrancha rien non plus. Ces antiques documents avaient à ses yeux, comme aux yeux de tous scs contemporains, un caractère sacré. Ils étaient, ou ils passaient pour être l’œuvre de Moïse et des prophètes'. Comment aurait-il porté sur eux une main téméraire, pour les modifier à son gré et en altérer peut-être les enseignements divins ?
Le collecteur ne se permit qu’une chose, ce fut de rapprocher ces divers documents les uns des autres, ou, pour mieux dire, d’en rapprocher les diverses parties qui lui semblaient propres à se compléter mutuellement. Le contenu n’en était modifié en rien par cette disposition nouvelle; et loin d’y perdre, il gagnait en force et en clarté, les parties analogues se soutenant et se prêtant un appui réciproque par leur rapprochement.
On peut croire d’ailleurs que ce travail ne fut pas l’effet d’une volonté individuelle. Les circonstances
E$dra$, tx, 11*
le rendirent nécessaire. A une époque où la loi mosaïque était devenue la règle générale des descendants de Jacob, il était indispensable d’avoir cette loi tout entière réunie dans un seul cadre, au lieu d'être obligé d’en aller chercher les éléments divers dans plusieurs recueils séparés.
Peut-être aussi que par suite des orages qu’avait traversés le peuple d’Israël, un grand nombre d’écrits nationaux avaient péri. Peut-être ne s’était-il sauvé que des débris épars de l’antique littérature hébraïque. S’il en était ainsi, il convenait, il y avait hâte de mettre à l’abri de nouveaux naufrages ce.s restes vénérés d’un passé glorieux, et de les confier, après les avoir réunis en un seul faisceau, à la sollicitude de tous les pieux Israélites.
Celte hypothèse n’a pas seulement l’avantage de rendre compte de l’étal fragmentaire et peu suivi des quatre premiers livres du Penlateuque ; elle trouve encore une sorte de confirmation dans l’histoire littéraire du peuple juif. C’est par un procédé analogue ou pour mieux dire tout à fait identique à celui par lequel j’explique l’état définitif des écrits mosaïques, qu’ont été formées toutes les grandes collections religieuses de la famille d’Israël. C’est de la réunion des traditions de divers âges, des leçons de divers maîtres, que sont nés, comme le fait remarquer M. A. Franck, et la Mischna, et le Talmud de Jérusalem, et le Talmüd de Baby-
SUR l-A BIBLE 98
lone*. 11 eu est de même du Zohar; il s’est formé surcessivement pendant la durée de plusieurs siècles et par le travail successif de plusieurs générations de Kabbalisles^
Je n’ai rien dit jusqu’à présent du Deutéronome. C’est que je n’aurais eu qu’à répéter ce qu’en ont dit tous les critiques qui s’accordent à le rattacher au mouvement religieux, dans le sens jéhovisle, qui marqua le règne de Josias. J’ajouterai seulement que le pieux Israélite qui flonna aux antiques documents hébraïques la forme sous laquelle ils nous sont parvenus dans les quatre premiers livres mosaïques, les fit suivre du Deutéronome qui passait probablement déjà pour l’œuvre de Moïse et qui était dans tous les cas celle d’un prophète du royaume de Juda.
Il ne me reste maintenant qu’à essayer de déterminer l’époque à laquelle le Pentaleuque reçut sa forme définitive. Avant d’entreprendre cette recherche, il importe de faire remarquer que la question de l’âge de la loi mosaïque et de ses monuments essentiels est tout à fait indépendante de celle de l’époque de la formation du Pentaleuque dans son état actuel. Le Pentaleuque, comme je crois l'avoir prouvé, est la colleciion de documents antérieurs qui n’éprouvèrent d’autre changement, quand ils
• La Kabbale, par A. Franck, p. 122 et 123.
* La Kabbale, par ,\. Franck, p. 130.
ÉTUOKS CniTIQVES
furent ainsi réunis, que dans la distribution de leurs diverses parties. Ces documents remontent par conséquent bien au delà du moment où ils reçurent cette forme nouvelle. Déterminer l’âge précis de chacun d’eux est, à mon sens, un problème insoluble. Tout ce qu’on peut affirmer, c’est qu’ils existaient quand le Deutéronome fut composé. Mais à quelque époque qu’on place la composition de chacun des écrits élohistes et des jéhovistes, on peut regarder comme un fait certain qu’ils renferment tous des pièces d’un âge reculé, des pièces dont quelques-unes doivent être rapportées à Moïse luimême ou aux hommes qui l’aidèrent dans son œuvre.
Bleek a indiqué à quelles marques on peut reconnaître ces pièces réellement mosaïques. Je ne pense pas que tous les critères qu’il donne soient également valables. Mais il en est un qui me paraît d’une valeur incontestable. Toutes les prescriptions, faitil remarquer, qui supposent nécessairement un ordre de choses qui n’a pu exister que parmi les Hébreux vivant sous la tente et dans des campements au désert, n’ont pu être proposées que pendant le temps qui s’écoula depuis la sortie d’Égypte jusqu’à l’établissement dans la terre de Chanaan'. Il est défendu, par exemple, à tout Israélite, comme
• BI''ck, Einleit in dat aile Teitam., p. 182 et suiv
suit i.A miii.E 95
aussi à tout étranger vivant au milieu de la famille d’Israël, de faire égorger autre part que devant le Tabernacle les animaux destinés à la nourriture'. Cette loi est certainement d’une époque pendant laquelle le peuple était resserré dans des limites étroites ; l’exécution en était impossible au milieu d’une nation répandue sur une gra/ide étendue de pays’ ; ceux-là seuls qui habitaient le lieu où se trouvait le Tabernacle, auraient pu s’y conformer. Ses dispositions supposent un campement. Rédigée après que le peuple d’^raël se fut établi dans la terre sainte, elle aurait reçu certainement une autre forme. Il en est de môme de la loi sur les lépreux contenue dans Lévitique, xiii-xiv, 32. Il est ici d’autant plus manifeste que cette loi a été faite pour le désert, qu’immédiatement après {Lew7., xiv, 35-57) elle revient avec des dispositions appropriées aux conditions de l’existence des Hébreux dans la terre de Chanaan
A ce critère donné par Bleek, j’en ajouterai un autre qui me parait avoir aussi sa valeur. Il faut faire
• Léoit., XVII, 3-9. Dans les lemps primilifs, l'acle de tuer un animal pour la noiirrilurc dlait toujours un sacrifice. Cette idée antique s’est maintenue, du moins pour la forme, chez les Juifs; leurs bouchers sont toujours censés des sacrificateurs.
« M. Cahen fait observer que la défense de LévUique, xvil, 3-9, n'existe plus au Deutéronome, xii 15.
> On peut voir d'autres exemples dans Bleek, Binl. in dos ait. Teilam,, p. 184 et suiv.
ETUUKS CHITIQUES
remonter à Moïse tout ce qui dans sa législation est essentiel et fondamental, tout ce qui a servi de principe aux développements postérieurs et sans quoi les croyances et les institutions mosaïques n’auraient pas de raison d’étre. Tel est par exemple le Décalogue, qui peut être considéré comme la charte du mosaïsme. Ce critère n’est pas sans doute d’une certitude aussi complète que le précédent, parce que plusieurs des passages auxquels il s’applique, pourraient avoir été retouchés plus lard par les prophètes. Mais s’il ne peut pas^seul et dans tous les cas, servir à déterminer l’âge certain du texte d’une loi ou d’un enseignement, il est infaillible du moins, quand il s’agit de l’idée, et il y a toujours une grande présomption qu’une conception mosaïque fondamentale s’est transmise avec sa forme primitive.
Je n’insisterai pas plus longtemps sur ces considérations ; je n’ai pas ici à m’occuper de l’histoire des idées mosaïques, ni par conséquent à distinguer ce qui , dans le Penlateuque , appartient au mosaïsme primitif, des développements et des amendements qu’il a pu recevoir plus tard. Il ne s’agit en ce moment que d’une question de critique; j’ai cru seulement devoir faire remarquer que la détermination de l’époque à laquelle le Pentateuque a reçu sa forme actuelle ne touche en rien à la question de l’âge des institutions mosaïques. Les observations que je viens de présenter le prouvent suffisamment, et je me hâte
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d’en venir à la recherche de l’époque à laquelle les antiques documents hébreux relatifs à la loi ont pris la forme sous laquelle ils nous ont été transmis.
11 me parait impossible que le Pentateuque, dans sa forme actuelle, remonte au delà du retour de la captivité de Babylonc . Voici les raisons sur lesquelles je m’appuie.
On a vu que dans le Pentateuque actuel les documents élohistes et les documents jéhovisles sont rapprochés les uns des autres et fondus ensemble, comme s'ils dérivaient, non sans doute d’un même auteur, mais d’une origine commune. On sait cependant qu’il n’en est rien. J’ai déjà indiqué, et je reviendrai ailleurs plus au long sur ce fait capital, qu’ils représentent deux courants religieux différents. Ce n’est par conséquent qu’à une époque où l’antique opposition du jéhovisme et de l’élohisme avait entièrement disparu, où tes deux courants parallèles s’étaient réunis, où enfin les divisions qui remplissent toute l’histoire d’Israël depuis Moïse jusqu’aux derniers temps de la monarchie, s’étaient effacées et étaient même tombées dans un oubli profond, qu’on put concevoir le dessein de réunir dans une même collection des écrits de provenances aussi différentes que les documents élohistes et les jéhovistes. Ce moment n’arriva pas avant le retour de la captivité de Babylone. Dans les derniers temps de la monarchie, les deux partis sont encore en présence. On
98 ÉTUDES cm Tl OU ES
voit à celle époque les jéhovistes du nord appelés à Jérusalem par Ezéchias pour célébrer la Pâques, signaler leur zèle par la dévastation des lieux de culte des élohistes ' , et ceux-ci à leur tour, quand ils sont remontés au pouvoir avec Manassé, frapper sans pitié les prophètes et ceux qui avec eux étaient de fidèles serviteurs de Jéhovah * . Les choses changèrent avec Josias qui 'se prononça pour le jéhovisme mais l’élohisme reprit le dessus sous ses faibles et aveugles successeurs \ et le sang des prophètes commença de nouveau à couler à Jérusalem’. Cependant depuis Ezéchias, le mo.saïsme ne cessa de gagner en influence au milieu de la nation ; l’élohisme baissa dans les mêmes proportions ; et par suite même de circonstances qu’il serait hors de propos d’examiner ici, il disparut entièrement pendant la ca()tivité de Babylone. Les Juifs qui relevèrent les murailles de Jérusalem et du temple sous la direction d’Esdras et de Néhémie ne connaissaient plus d’autre monothéisme que celui de 3Ioise. Ce fut seulement alors qu’on put entreprendre de réunir en un seul corps d'ouvrage tous les antiques docu-
• 2 Chroniij., xxxit. I.
» 2 /lois, XXI, 16 ; 2 Chrouiq., xxxiii, 2 cl suiv.
s 2 /fois, XXII, 8-13 ; xxiii, 3 cl suiv. ; 2 Chroniq., xxxiv, 3 el suiv ; 33.
*2 Rois, xxiii, 37; xxiv, 9, 19; 2 Chroniq., xxxvi, 3, 9. 12.
» Rnis, XXIV. 4.
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SUR LA RinLF.
menls de l’hisloire primitive de la famille de Jacob. Jamais auparavant les jéhovisles n’auraient pu admettre parmi leurs livres saints des écrits qui avaient pris naissance dans le camp opposé.
Un autre fait conduit encore à placer la formation du Penlateuque actuel après le retour de la eaplmté de Babylone. C’est que le Deutéronome, dont la composition ne remonte pas au delà du règne de Josias on appartient tout au plus au règne d’Ezécliias, aurait été difficilement, vers les derniers temps de la monarcliie, associé à des livres comparativement très-antiques et accepté universellement comme on document sacré du mosaïsmé*. Il fallait que le temps eût, pour ainsi dire, donné sa sanction à ce livre, avant qu’il pût être jugé digne de prendre place à côté des écrits de Moïse et des prophètes. Mais après le retour de la captivité de Babylone, tout ce qui appartient aux temps antérieurs à la grande infortune nationale, appcTriif recouvert d’une teinte uniforme d’antiquité et de sainteté. Ce sentiment était dans la nature même des choses ; il n’est pas nécessaire de le prouver. Ce fut alors, mais seulement alors, que le Deutéronome put former le cinquième livre du code mosaïque.
Enfin l’hypothèse que je propose sur la date delà formation du Pentateuque actuel, est confirmée par la tradition juive. Ce fut pendant des siècles une opinion générale parmi les descendants de Jacob, qu’Es-
dras avait été le restaurateur du Pentateuque*. Cette tradition ne peut pas avoir seulement en vue la restauration du mosaïsme par le célèbre docteur de la loi, elle se rapporte ci rlainement aux livres mêmes de Moïse. On ne saurait en douter, quand on considère la forme bien autrement accentuée qu’elle a prise dans le 4® Esdras (xiv, 41-48) et qu’elle avait conservée encore à l’époque de l’hégire, parmi les juifs de Médine ^ Si elle repose sur un fond historique, et il est difficile d’en douter, elle doit signifier, non sans doute, comme on l’a parfois soutenu, qu’Esdras composa lui -même le Pentateuque, mais seulement qu’il le mit en ordre, ou en d’autres termes qu’il donna aux écrits antérieurs, qui étaient ou qui passaient pour être l’œuvre de Moïse , la forme sous laquelle ils nous sont parvenus.
Si maintenant on rapproche cette tradition ainsi entendue des considérations que j’ai présentées sur l’impossibilité d’assigner une autre date à la forme
I Instaaralor Penlaleuchi, selon l'expression de saint Jérôme, qui rapporte le sentiment général des rabbins de son temps. J/ieronimi opéra, t. iv, 2* pan., p. 134. Conir. Helvid.
’ D’Hcrbclot, Biblioth. orient,, au mol Osair Ben Schcrahia, édit, de Paris, 1782, t. iv, p. 541 cl 543. J’ai déjà fait remarquer que les anciens écrivains chrétiens tenaient également Esdras pour le restaurateur du Penlateuqne cl des écrits des prophètes antérieurs à la captivité de Babylone. Voy. ci-dessus, p. 82, uotc 2.
suit LA ÜIBLE
actuelle des cinq livres mosaïques, ou ne pourra, ce me semble, s’empêcher de reconnaître que l’hypothèse que j’ai proposée a un degré de vraisemblance qui manque certainement à toutes les autres par lesquelles on a voulu résoudre le problème de la formation du Pentateuque.
Il ne serait pas impossible cependant qu’il n’y eût un certain fond historique dans la tradition relative à la restauration des livres mosaïques, telle qu’elle est présentée dans le 4® Esdras (xiv, 41-48) et qu’elle est mentionnée par les commentateurs arabes du Coran, cités par d’Herbelot. Peut-être en effet une partie des antiques documents hébreux périt à la ruine de Jérusalem par les Chaldéens. Esdras en appela-t-il, pour réparer cette perte, à la mémoire des anciens du peuple et des Israélites pieux? C’est peu probable. Il faudrait plutôt supposer que, dans ce cas, il rattacha les uns aux autres les débris échappés à l’incendie. Je n’insisterai pas cependant sur cette légende ; elle n’est vraisemblablement qu’une exagération de la tradition juive qu’Esdras fut le restaurateur du Pentateuque. L’imagination populaire broda sur ce thème primitif, et pour relever le mérite déjà assez considérable du célèbre docteur de la loi, elle le représenta recevant, par une inspiration divine, une nouvelle révélation des enseignements mosaïques.
On ne confondra pas sans doute l’hypothèse que
ETUDES CIUTIQUES
j’ai proposée sur la formalion du Penlaleuque avec celle de Richard Simon, et je crois inutile de faire remarquer la différence radicale qui les distingue. Le savant oratorien attribue la rédaction des cinq livres mosaïques à Esdras qui les aurait composés sur d’antiques pièces ofliciclles. Dans mon système, le célèbre docteur de la loi ne fit que donner un ordre nouveau à d’anciens documents, au contenu desquels il n’apporta aucune modification. Les objections dirigées contre l’hypotlièse de l’auteur de Vllistoire critique du Vieux Testament ne sauraient atteindre l’explication par laiiuelle j’ai essayé de rendre compte de l’état du Pentateuque actuel. Qu’on oppose à Richar.l Simon qu’un livre aussi nouveau que l’aurait été le Pentateuque, si, comme il le sup|)Ose, il avait été l’œuvre d’Esdras, n’aurait pas eu parmi les Israélites cette autorité incontestée qu’il exerce évidemment dans les faits les plus considérables de la restauration de la nation juive', je le veux bien et je reconnais la force de cet argument; mais il est sans valeur contre mon hypothèse. Les livres auxquels Esdras donna une nouvelle forme, ne perdirent rien de la vénération que le peuple avait pour eux, pour être disposés autrement qu’ils ne l’étaieiit auparavant. I^éunis dans une grande collection, ils ii’en
*£srfrns, V1I,6,I0, 26; ix,l,2,4, 14; x, 1-4; .Vc/ir'm., vm, 1-7, 14-18 ; IX, 3.
si; H I.A III lit, K
restèrent pas moins, aux yeux des Israélites, ce qu’ils étaient quand ils étaient séparés, l’œuvre de Moïse et des prophètes.
D y a cependant une objection sérieuse contre la détermination que je viens de donner de l’âge du Pentateuque actuel ; c’est celle qu’on a tirée de l’existence du Pentateuque samaritain. Avant de regarder ma thèse comme démontrée, il convient de montrer que cette objection repose sur un malentendu. On sait que les Samaritains possèdent un Pentateuque qui, à l’exception d’un certain nombre de passages ou corrompus ou falsifiés à dessein', est semblable â celui des Juifs. A quelle époque ont-ils reçu cet ouvrage? Ce n’est pas, assure-t-on, depuis que les dix tribus se furent séparées des deux qui restèrent fidèles à la dynastie de David. Car, à partir de cette époque, une déplorable rivalité d’abord et plus tard une haine profonde, élevèrent une infranchissable barrière entre les habitants du nord de la Palestine et ceux du sud. Puisque les Samaritains ont le même Pentateuque que les Juifs, et qu'ils n’ont pu le recevoir d'eux, il faut nécessairement admettre que cet ouvrage existait avant le règne de Salomon et que, répandu parmi tous les Israélites, il resta, après la séparation des dix tribus, dans les pays du nord de la Palestine*.
' Par excmplf, Exude, xn, iO cl IJeuler., xxvit, i.
’ Jalin, Einleit. ins aile Trsiatn , l. ii, jî tl.
Celte conclusion est certes logique ; mais les prémisses dont on la fait dériver n’ont pas la moindre solidité. Cette muraille de séparation qu’on veut voir entre les Juifs et les Samaritains, ne fut pas aussi infranchissable. qu’on le suppose. De tout temps, il y eut des rapports entre les habitants du nord et ceux du sud de la Palestine. Des prophètes exercèrent leur ministère dans les deux royaumes. Du temps d’Ëlie, il ne manquait pas dans le royaume d’Israël de fidèles adorateurs de Jéhovah’; plus lard, à l’appel d’Ézéchias, une foule d’hommes pieux accoururent des tribus d’Éphraïm, de Zabulon, de Manassé, pour prendre part à la célébration de la Pâques à Jérusalem ^ Les colonies diverses que les Assyriens envoyèrent dans la Samarie après la ruine du royaume d’Israël , pour remplir les vides immenses que la déportation des anciens habitants avait laissés dans le pays, ne se composaient, il est vrai, que de païens qui ne pouvaient avoir aucun intérêt ni à accepter ni à conserver le Pentaleuque. Mais chez les anciens la religion tenait pour le moins autant à la terre qu’à ses habitants, et les livres sacrés nous apprennent positivement que les colonies d’origines diverses qui furent amenées dans la Samarie, adoptèrent les coutumes religieuses des
• 1 Rois, XIX, 18.
■ i Chroniq., xxx, 1, 5, 6, il, 18, 21 ; xxxi, 1.
SUH LA BIBLE 105
anciens habitants de la Samarie. Le second Livre des Rois (xvii, 32, 34, 41) nous représente tous les étrangers pratiquant exactement le même culte que les anciens habitants d’origine israélite ; ce qui se trouve confirmé dans le livre d’Esdras (iv, 2). a Nous avons sacrifié à votre Dieu, disent les Samaritains à Zorobabel, en lui demandant de leur permettre d’associer leurs efforts à ceux des Juifs pour l’édification du temple, nous avons sacrifié à votre Dieu, depuis le temps d’Assaradon, roi d’Assyrie, qui nous a fait monter dans ce pays. » Ajoutez enfin que des sacrificateurs israélites furent donnés aux nouveaux habitants de la Samarie, presque aussitôt leur établissement dans ces lieux Voilà un assez grand nombre de faits d’une incontestable vérité qui nous prouvent que, depuis la séparation des dix tribus jusqu’aux derniers temps de la monarchie de Juda,41 n’y eut pas un seul moment où le Pentateuque, s’il avait existé à cette époque, n’eût pu être admis par les habitants du nord de la Palestine aussi facilement que par ceux du midi. Cet état de choses dura après le retour de la captivité de Babylone. La haine invétérée qui, à ce qu’on répète sans cesse, séparait profondément les Samaritains et les Juifs, était plutôt dans les cœurs de ceux-ci que dans les cœurs de ceux-là. Dans tous
‘ 2 Rois, XVII, 27 - 32 .
106 ÉTUDES CIIITHJUKS SUD I.A UIHl.E
les cas. quand les enfants d’Israël commencèrent à relever les murailles du temple, les habitants de la Samarie leur demandèrent comme une faveur de prendre part à cette construction et de s’unir avec eux dans un culte commun Comment avec de tels sentiments auraient-ils pu repousser le Pentateuque? Et c’est alors, en effet, qu’ils le reçurent de la main de ce fils du grand sacrificateur qui aima mieux quitter sa patrie que de se séparer de sa femme, fille de Samballat, gouverneur de la Samarie ^
' Esdras, iv, 1 cl 2.
» Nehém., xm, 28.
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