‹ Études critiques sur la BibleChapitre 8 sur 34 · PRINCIPES GÉNÉRAUX DU MOSAISME · texte numérisé non relu

PRINCIPES GÉNÉRAUX DU MOSAISME

Il n’est pas de législation qui présente une aussi parfaite unité de vues que le mosaïsme. Tous les détails se rattachent à quelques idées générales avec autant de cohésion que des conséquences aux principes d’où elles dérivent logiquement. Ces idées générales ont été si nettement conçues dès l’origine, que leur auteur a pu leur subordonner bien des institutions empruntées à une organisation sociale différente, sans que l’originalité de son œuvre en éprouvât la moindre atteinte; et elles ont laissé une si profonde empreinte sur l’ensemble de sa législation, que les remaniements successifs qu’elle a pu subir, à diverses époques, en certaines de ses parties, ne se sont jamais écartés de l'esprit primitif et

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n’en ont4)as altéré l’unité première. On chercherait en vain à nier que le législateur ne se soit pas approprié un grand nombre de pratiques et d’institutions civiles et religieuses de l’Égypte.

L’arche sainte est incontestablement une imitation des petites chapelles en bois peint ou doré dont on voit de si fréquentes représentations dans les peintures égyptiennes'. Le pectoral du grand prêtre rappelle l’image que les prêtres de l’Égypte portaient sur la poitrine’. Parmi les Hébreux, comme parmi les Égyptiens, les femmes n’exerçaient pas le sacerdoce’; les prêtres étaient également vêtus d’une robe de lin d’une blancheur éclatante'; ils avaient seuls le privilège d’entrer dans le temple proprement dit ; l’accès en était interdit aux profanes’, qui auraient été frappés d’une mort soudaine, s’ils avaient transgressé cette défense*. « C’est de l’examen des pierres précieuses qui décoraient la statue d’Ammon, dit M. Maury, que l’on lirait l’oracle. Ce mode de divination rappelle l’usage des

I Champollion-Figeac, Egypte ancienne, p. U3 a, 249 a, 250 a, i>l. 26 ; Maury, Religions de la Grèce antique, t. ni, p. 267, note & ; H<!rodote, ii, § 63; ii, § 156; Âpuidc, Aur, Asin., lib. si.

* Champollion-Figcac, ibid., p. 113; 6 Exode, xxviii. 15-29.

» tk'rod. II, 5 35.

< Champollion-Figcac, ibid., p. 113 a; Hérod., ii, 37 ;. Exode, XXVIII, 42; xxxix, 28; Ezcch., xliv, 17.

* Maury, t6t'd., l. iii, p. 276; Nomb., xviii, 22.

s Maury, ibid., t. lil, p. 277.

SUR I.A BIBLE

Urim et des Thummim chez les Hébreux, lequel pourrait bien avoir été emprunté à l’Égypte’ .» Chez les Hébreux comme chez les Égyptiens, les sacrifices et les oblations fournissaient également aux prêtres la nourriture’; les victimes devaient être sans tache ; les membres du sacerdoce étaient chargés de s’en assurer enfin les animaux offerts en sacrifice étaient traités à peu près de la même manière; certaines parties devaient être consumées par le feu, tandis que d’autres revenaient à celui qui avait fait le sacrifice et servaient à un repas de famille*.

Des prescriptions légales analogues, souvent identiques, étaient imposées aux Hébreux comme aux Égyptiens. Pour les uns et pour les autres un certain nombre d’animaux ne pouvaient servir à la nourriture. Il est vrai que la prohibition ne portait pas sur les mêmes animaux dans les deux pays et n’était pas fondée sur les mêmes raisons. Mais c’était un péché pour les Égyptiens, dit Plutarque, de boire ou de manger ce qui était défendu et l’on sait qu’il en était de môme chez les Hébreux'. Les

I Maury, ibid., t. ni, p. 268 ; Ælian., Hitt. variœ, xiv,$34; Pliil., Vita Slosis, lib. ni, dans Opéra, t. ii, p. 83.

« Hérod., Il, § 37 ; Léoil., vi, 16-18, 26 ; vu, 6 cl s. ; 32-36. s Hérod., Il, § 38; Lévit., xxii. 19 et suiv.

* Hérod., Il, § 40; Lévit., vi} 24 et suiv.; Vii, 11 el suiv.

’ Plularch., De usu corn., édit. Willenbach, p. 64.

• Le'vit., XI, 2 et suiv.

KTUDES CRITIOtrES

(leux peuples s’accordaient à regarder le porc comme immonde. Chez l’un comme chez l’autre, les lépreux, considérés comme des êtres impurs, étaient soumis à des règlements analogues Des lustrations étaient ordonnées pour certaines circonstances identiques ^ ; il y en avait de particulières pour les mendu-es de la classe sacerdotale ^ Le deuil avait des usages semblables chez les deux nations ; les femmes se frappaient la poitrine, en poussant de grands cris, et se couvraient la tête de houe ou de cendre, et les hommes laissaient croître leurs cheveux et leur barbe ‘, tandis que partout ailleurs, fait remarquer Hérodote, l’usage est de se couper les cheveux en signe de deuil La distribution des jours [lar semaines" se trouve chez les deux nations, et l’une et l’autre les désignent par des noms analogues'. On a supposé de là que la période hebdomadaire, inventée par tes Égyptiens, leur fut empruntée par les Hébreux*. L’antipathie pour les étrangers était aussi

• Héiod., Il, $ 47; Lrt’if., xiii, 1, — xiv, 56; Nnmb , v, 1-4.

• Hérod., Il, j 64; Porpliyri’, De abstin., iv, g 7; Exode, XIX, 14, 15.

* Porphyre, /Je a6s(in., IV, § 7; Shering, In Jom., p 14.

» Hiîrod., Il, $ 85; Léril., x, 6; xxi, 5, 10; Iluxtorf, Eÿmi-

goga judaica, cap. .75.

* Ilérod., Il, g 36; llias, xxiii, 141 ; Odyss., iv, 197 ; Ou.l., Epist., 11.

« ilérod.. Il, g 82. •

< Bailiy, ilstron. anc., p. 366, 408 et 409.

« Hérod., Irad. franç. Paris, 1858, 1. i, p. 298.

Sun UA nini.K

prononcée chez les uns que chez les autres’, antipathie qui n’a pas manqué de frapper les premiers écrivains grecs qui ont parlé des Israélites’. Enfin, il n’est pas jusqu’à ces franges qui pendent au bas des vêtements des enfants d’Israël’, et qui ontdonné lien à tant d’hypothèses bizarres , qui ne se retrou- i

vent au bas des tuniques de lin des Égyptiens’.

Enfin, pour terminer cette énumération des coutumes et des cérémonies communes aux Hébreux et aux Égyptiens, énumération qu’il serait facile de prolonger’, je dirai quelques mots des sacrifices de substitution, inconnus des Hébreux avant Moïse, mais formant une partie essentielle de sa législation.

Ces sacrifices étaient usités en Égypte. Hérodote nous a conservé la formule d’imprécation employée par les Égyptiens dans cette cérémonie. « Si quelque malheur, disait le prêtre en portant la main sur la tête de la victime, menace ceux qui offrent ce sacrifice, ou l’Égypte entière, qu’il retombe sur cette tête®. » La formule employée par les Hébreux dans les sacrifices de substitution n’est mentionnée dans aucun passage de l’Ancien Testament ; mais on peut

< Hérod., Il, g 41, Irad. fraoç., l. i, p. 286 cl 287.

* Diodor., xxxix, 1 frag.

s Xoinb., XV, 37.

* Hérod., Il, § 81.

* Voij. J. Spencci'us, De leg. hœbr., Canlabr., 1685, in-fui,, principalcmeot la troisième partie.

O Héroil., Il, § .39.

supposer qu'elle ne devait pas différer essentiellement de celle des Égyptiens ; on sait du moins que celui qui offrait un sacrifice de ce genre posait la main sur la tête de la victime, pour indiquer qu’elle devait porter la peine de la transgression qu’il avait commise lui-même’.

De ces analogies, un grand nombre d’érudits ont conclu que la législation mosaïque était une copie plus ou moins fidèle des institutions égyptiennes ^ Je ne me dissimule pas que cette hypothèse semble trouver sa confirmation dans la tradition juive, qui représente Moïse comme élevé à la cour de Pharaon et initié à tous les mystères de la science de l’Égypte. Mais sans vouloir refuser tout fondement historique à cette tradition, qui touche cependant en tant de points à la légende, on peut du moins la regarder comme entachée d’exagération, et, dans tous les cas, c’est un fait incontestable, un fait qui éclate à chaque ligne de la législation mosaïque, que son auteur a voulu réagir contre la civilisation égyptienne et en effacer le souvenir au milieu des Israélites, qui eurent longtemps pour elle une prédilection marquée, n se peut, comme l’assure M. Renan, que les Hébreux,' en leur qualité de nomades fermés à toute idée du dehors, soient restés à côté de la civilisation

• Lévit., VI, 24, 29; xvi, 21.

• Uist. d'Hérod., trad. franç., t. I, p. 286, 287 et 303.

égyptienne sans la comprendre'. Mais s’ils n’en comprirent ni le sens, ni la valeur, ils s’étaient certainement habitués à en goûter les douceurs et les avantages. Il suffit, pour en rester persuadé, de se rappeler les regrets qu’ils expriment si souvent, quand ils comparent leur triste position dans le désert avec la vie qu’ils menaient en Égv'pte, vie qui leur paraissait sans doute odieuse, quand ils étaient sous le bâton des inspecteurs des Pharaons, mais que la misère actuelle leur fait envisager sous un autre aspect ^ Si plus tard ils ne parlent de ce pays qu’avec horreur, ce changement de sentiment fut l’effet du mosaïsme lui-même, qui ne fait jamais mention de l'Égypte que pour rappeler que les descendants d’Israël y furent réduits à l’état d’esclaves.

Ce n’est pas cependant que le dessein manifeste du législateur hébreu de détacher les enfants d’Israël de tout penchant pour l’Égypte puisse être invoqué comme une preuve qu’il n’emprunta pas ses lois aux institutions des Pharaons, car ce dessein aurait pu lui être inspiré seulement par le désir d’assurer l'indépendance de ses frères. Retourner en Égypte, c’était reprendre les chaînes de la servitude. Il fallait prévenir ce malheur en rendant la terre de l’esclavage odieuse à des hommes qui étaient déjà fatigués

' Ern. nenan, Nouvelles Considérations sur le caraetèr* ge'ne'ral des peuples sémitiques, p. 9.

» Exode, XVI, 3; xvii, 3; Nombr. xi, 4-6; xiv, 1-4. ; xx, 5

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