Warc, xv, 40 et 45, comp. Mattli., xxvm
4 Marc, xv, 22, 25, comp. Mutth-, xxvu, 57 et 59; — Marc, xv, 47, comp. Mattli., xxvu, 60.
6 Matth., xxvi, 8,
sentes, qui s’indignent de la perte du parfum précieux répandu sur la tête de Jésus, dans la maison de Simon le lépreux *. Et cette modification du récit du premier Évangile semble trahir quelque dessein d’écarter des disciples les reproches auxquels aurait pu donner lieu la manière dont Matthieu présente ce fait, ou du moins le désir de mettre dans son vrai jour ce qui se passa en cette circonstance. Mais dans un cas comme dans l’autre, on a là un indice presque certain que le récit de Matthieu est antérieur à celui de Marc. Ce n’est pas seulement Marie- Madeleine et une autre Marie qui vont au sépulcre, le matin du premier jour de la semaine, ainsi que le rapporte Matthieu 1 2 3 ; Marc, mieux informé, nous apprend que Salomé était avec elles, et que l’autre Marie était la mère de Jacques. Il rectifie en même temps le récit du premier Évangile, en faisant connaître le dessein qui les amenait en ce lieu. Après avoir acheté des aromates, elles venaient embaumer le corps du Seigneur 8 , tandis que, d’après Matthieu, elles n’étaient conduites que par un sentiment de pieuse affection.
Il y a d’un autre côté, dans Matthieu, des détails qui ne se trouvent pas dans Marc, et ces détails ont
1 Marc, xiv, 4.
s Matth., xxviii, 4.
3 Marc, xvi, 4.
SUR LA BIBLE UH
bien leur importance *. Les paroles de Jésus-Christ sur la croix paraissent bien plus exactement rapportées par le premier que par le second 1 2 . Ce qui y est raconté de Judas est plus explicite, et l’indication des miracles opérés au moment de la mort du Seigneur, est plus complète dans Matthieu que dans Marc. On pourrait croire que la plupart des faits relatifs à Judas ont été omis à dessein par celuici; mais on ne s’explique pas pourquoi il aurait affaibli les miracles, qui furent comme l’expression du deuil de la nature entière à cette grande catastrophe.
Si les détails que le premier Évangile a de plus que le second, dans l’histoire de la Passion, ne permettent pas de supposer que l’auteur définitif de ce dernier ait eu l’autre sous les yeux et en ait reproduit cette partie, en la modifiant, le caractère plus précis et, en un sens, plus complet de son récit nous ferait croire qu’il a eu du moins entre les mains un des documents, peut-être même plusieurs de ceux qui ont été employés pour la rédaction de l’ouvrage de Matthieu. Dans tous les cas, Marc paraît avoir été, dans cette partie, plutôt l’imitateur que le modèle du premier Évangile.
1 Matlh., xxvi, 13; xxVU, 3-10, 24, 51-33, 62-66; xxviu, 2-4.
2 Comparez Matlh., xxvn, 46, et Marc, xv, 34.
Il résulterait de ces diverses considérations que l’écrit primitif de Marc, après avoir été mis à contribution pour la composition du premier Évangile, et servi de guide, probablement dans une édition déjà remaniée ou du moins différente, à l’auteur du troisième, aurait reçu sa forme actuelle par des emprunts faits ou à Matthieu où à Luc, ou à quelques-uns des documents soit écrits, soit oraux, que ceux-ci avaient consultés*. Ainsi, dans un certain sens, chacun de nos trois Évangiles, tels qu’ils existent aujourd’hui, aurait emprunté des documents aux deux autres, Marc à Matthieu et à Luc, et Luc et Matthieu à Marc 1 2 .