BU CANON DU NOUVEAU TESTAMENT
Le Nouveau Testament, tel qu’il est admis dans toutes les communions chrétiennes, est un recueil de vingt-sept ouvrages différents. Ce recueil remonte A un âge reculé ; mais il ne date pas de l’Église primitive. La plupart des livres qui en font partie appartiennent aux premiers temps du christianisme et sont dus soit à des apôtres, soit à des hommes qui avaient été leurs disciples ou qui avaient eu des rapports avec eux; leur réunion en un corps d’ouvrage destiné à être la règle des croyances, de la morale et de l’organisation des communautés chrétiennes, n’est l’œuvre ni des uns ni des autres. Il s’écoula un temps comparativement considérable avant que ces livres, qui existèrent pendant plus d’un siècle séparés les uns des autres, eussent acquis la
valeur normative qu’ils ont eue depuis dans l’Église tout entière. Ceux qui avaient quelque analogie par la forme ou par le contenu, mêlés à des écrits du même genre, mais d’une provenance non apostolique, formèrent d’abord des collections partielles, désignées par des noms particulière. On eut ainsi des recueils d’Évangiles et des recueils d’Épîtres. Plus tard les deux espèces de collections furent réunies en une seule. On eut alors un Nouveau Testament, mais un Nouveau Testament encore fort différent de celui que nous possédons, et variant dans son étendue et dans sa composition selon les différentes Églises. Partout il y manquait plusieurs des livres qui en font partie depuis qu’il a pris sa forme définitive ; et, par une sorte de compensation, il en renfermait d’autres qui depuis en ont été bannis. Et comme ces deux différents éléments n’étaient partout ni les mêmes, ni semblablement combinés, il y avait en réalité à peu près autant de Nouveaux Testaments que d’Églises. Cet état de choses dura deux ou trois siècles. Cependant, peu à peu, par une sorte d’épuration lente, mais continue, les productions qui ne méritaient pas d’être considérées comme la parole de Dieu furent éliminées, tandis que d’autres écrits qui avaient été d’abord ou oubliés ou méconnus, vinrent prendre leur place et compléter ainsi la nouvelle Écriture sainte.
C’est ce travail de formation du Nouveau Testament dont je vais essayer de raconter l’histoire 1 .
Il n’est pas sans doute nécessaire de faire observer qu’il ne s’agit pas ici de considérer en euxmémes les différents ouvrages dont la ' réunion ' forme le Nouveau Testament , c’est-à-dire de rechercher par quels auteurs, à quelle époque et dans quel but ils ont été écrits. Les prenant pour ce qu’ils sont ou pour ce qu’ils se donnent, j’ai tout simplement à montrer par quel concours de circonstances, en vertu de quels besoins et par suite de quelles idées ces livres, séparés dans l’origine, ces Évangiles, composés l’un dans la Palestine, l’autre dans l’Asie Mineure, celui-ci peut-être à Rome, celui-là dans quelque ville de la Grèce; ces Épîtres, envoyées l’une à Rome, l’autre à Éphèse, une autre aux chrétiens d’Alexandrie, d’autres encore à ceux de Corinthe, dispersées en un mot sur presque toute la surface de l’empire romain, furent enfin réunis en un seul recueil destiné à servir de règle à tous les membres de l’Église.
1 Parmi les ouvrages les plus utiles à consulter sur ce sujet, je dois signaler Die Geschichte der heiligen Schrifttn neuen Testaments, von Ed. Reuss, 3* édit.; Braunschweig, 1860, in-8; Histoire du canon des Écritures saintes dans l’Église chrétienne , par M. Ed. Reuss, Strasbourg, 1863, in-8° (et d'abord dans la Nouvelle Revue de théologie, t. vi, p. 193-384; t. ix, p 249- 296 et t. x, p. 197-261); et deux ouvrages de Credner : Zur Geschichte des Kanons, Halle, 1847, in-8, et Die Geschichte des Kanotis, Berlin, 1861, in-8.
2t»4 ÉTUDES CRITIQUES SUR LA BIRLE
Pour apporter la plus grande clarté possible dans un sujet dont les données sont probablement peu familières à la plupart de mes lecteurs, je diviserai ce travail en deux parties. Dans la première, je réunirai, dans leur ordre chronologique, les faits principaux et les témoignages historiques qui nous montrent la formation successive du canon ' du Nouveau Testament, et dans la seconde je rechercherai les causes qui firent réunir en un seul corps d’ouvrage des écrits indépendants les uns de» autres, et les principes d’après lesquels se fit la composition de ce recueil.
4 Le mot grec Canon (Kav»v), passé dans notre langue par l’in termédiaire de l'Église latine, signifie proprement règle. C’est dans ce sens qu’il est appliqué aux décisions des conciles, appelées canon*, parce qu’elles sont la lègle de la foi de l’Église catholique. Appliqué à l'Écriture sainte, il signifie le catalogue des livres qui la composent, Catalogus librorum in cœtibus sacris prœleyendorum, comme dit Sentier, ou mieux, d'après H. Ptanck, Index librorum divinitus inspiralorum . Le ranon de l’Ancien Testament est le catalogue des livres qui forment: l’Ancien Testament, le canon du Nouveau Testament, le catalogue des livres qui forment le Nouveau Testa ment. L'emploi de ce mot dans celte acception s’explique de lui-r»ême, les livres compris dans le canon ou canoniques étant la règ e de la foi chrétienne, inde habcndi norma fidei vitœque, comme 'exprime H. Plaock. Voyez Reuss, Hift. du Canon, p. <30-183.