HISTOIRE DE LA FORMATION DD CANON DU NOUVEAU TESTAMENT
Il n’est pas un seul passage des écrits des Pères apostoliques qui prouve, on peut même dire qui permette de supposer qu’ils aient eu entre les mains le recueil qui porte le nom de NoUvèaü Testament, ou tout autre recueil qui lui resséin lé de près ou de loin. Ce n’est pas que de bonne heuée quelques-unes des parties qui le composent n’aient éto répandues dans diverses communautés chrétiennes. La seconde Épltre de Pierre parle des Epîtres de Paul, non sans doute, ainsi qu’on a bien voulu le dire, comme si elles étaient réunies ensemble, en un corps d’ouvrage, mais comme d’écrits généralement connus *. Cette Épître, il est vrai, n’est pas de Pierre; elle est cependant d’une
1 2 Pierre, r», 15 et 16.
antiquité reculée, vraisemblablement antérieure à la seconde moitié du second siècle ; elle peut, par conséquent, être invoquée en témoignage sur l’état des choses au commencement de ce siècle parmi les chrétiens. Les Pères apostoliques, de leur côté, parlent de quelques Épîtres de Paul ', et ils citent des passages de la première de Pierre 2 et de la première de Jean 3 , preuve incontestable qu’ils connaissaient aussi ces deux Épîtres. Quant aux Évangiles, il paraît impossible de ne pas admettre qu’ils en avaient entre les mains. Mais était-ce les nôtres, ou quelques-uns de ceux qui plus tard furent rejetés comme apocryphes ? Il est difficile de de se prononcer catégoriquement. Des paroles de Jésus-Christ qu’ils rapportent, quelques-unes se retrouvent dans nos Évangiles, d’autres s’accordent, sinon par les mots qui sont différents, du moins par le sens, avec des passages de quelqu’un de nos quatre évangélistes 4 ; d’autres enfin ne ressemblent en rien, ni par la forme ni par le fond, à ce qu’ont raconté Matthieu, Marc, Luc et Jean & .
'Ignace, Ép. aux Éphis., ch. xn; Polvcarpe, Ép. aux Philippins, ch. m et xi ; Clément, 1 aux Corinthiens, ch. xlvii.
* Clément, I aux Corinthiens, ch. net xxx; Poly carpe, Ép. aux Éphis., ch. i, n, v, vm,elc.
* Polycarpe, Ép. a«*c Philippins, ch. vu et vin.
* Clément, 1 aux Corinth., ch. xm.
6 Barnabas, ch. vu, à la Gn ; Ignace, Ép. aux Éph.. ch. xix ; Ép. aux Smyrniens, ch. vi; Clément, 2 aux Corinth., ch. xn.
Que conclure de là, sinon qu’ils avaient d’autres Évangiles que les nôtres, ou que la tradition leur avait transmis des discours de Jésus-Clirist que nos évangélistes n’ont pas consignés dans leurs écrits ?
Quoi qu’il en soit de cette difficile et obscure question, c’est un fait certain que les Pères apostoliques ne parlent jamais d’un recueil de livres chrétiens, qu’ils n’y font pas la moindre allusion, et que la manière dont ils citent les documents apostoliques qu’ils avaient certainement, j’entends par là les Épltres de Paul, de Pierre et de Jean, ou quelques-unes de ces Épîtres, ne permet en aucun cas de supposer l’existence d’un Nouveau Testament quelconque.
Un fait bien autrement grave, c’est que les écrits chrétiens, quels qu’ils fussent, qu’ils avaient entre les mains, ne constituaient pas pour eux une Écriture sainte. Il n’y pas à leurs yeux d’autre Écriture sainte que l’Ancien Testament. On en a la preuve presque à chaque page des Épîtres d’Ignace, de Poly carpe et de Clément de Rome *. Dans ces Épîtres, en effet, chaque fois qu’il est question de
• Le Pasteur d’Hermas contient quelques allusions à des passages du Nouveau Testament, mais pas une citation positive. Il serait peut-être même diflicile d'y signaler quelque citation rie l’Ancien.
l’Écriture sainte, c’est de l’Ancien Testament qu’il est parlé, jamais d’aucun des écrits qui sont entrés depuis dans la formation du Nouveau.
Quand un passage de l’Ancien Testament est cité par ces Pères, il est constamment amené par une de ces formules : « Il est écrit 1 * ; » ou « le Saint-Esprit dit ' ; » ou « l’Écriture dit 3 ; » ou encore « l’Écriture sainte dit 4 * : » ou bien • Dieu a dit ,s ; » ou bien encore « Dieu parle ainsi dans l’Écriture 6 ; » ou enfin, « il est dit dans les Livres saints 7 8 ». Ni les paroles de Jésus-Christ, ni celles des apôtres ne sont précédées do formules de ce genre. Les citations des discours du Sauveur sont indiquées de cette manière : « Rappelez dans votre esprit ces paroles de Notre-Seigneur », » ou « le Seigneur dit 9 . » Et quand des passages des apôtres sont cités, ils le
1 1 Ép. de Clément, cli. v, xiv, xv, xxix, xxx, xxxiv, xxxix, xlvi, xi, vin, i.; Barnabe w, ch., v et xvi; Ignace, Ép. aux
Magnés., ch. xu.
3 1 Ëp. de Clément, ch. xm, xvi, xxn, Barnabas, ch. vi.
3 1 Ép. de Clément, ch. xui, xvn, xxm, xxvi, xxix, xxxv, xxxvi, xi.i; Barnabas, ch. ivetvi; Ép. d’Ignace aux Éphésiens, ch. xvu ; aux Trnlliens, ch. vm.
1 1 Ép. de Clément, ch. xvi ; Ép. de Polycarpc aux Philippins, ch. xii.
6 1 Ép. de Clément, ch. xvm ; Barnabas, ch. u, m, v, xm, xvi.
8 1 Ép. de Clément, ch. xxxm.
7 Ép. de Polyc.arpe aux Philippins, ch. xu.
8 Clément, 1 aux Corinlh., ch. xm et xlvi.
8 Ignace, Ép. aux Smymiens, ch. ni; Polycarpe, Ép. Philipp., ch. u et vu.
sont le pins souvent sans aucune indication de leur origine, et quelquefois avec les mots : « Ainsi que Paul nous l’apprend 1 , » mais jamais comme une Écriture sainte.
On a mieux que ces inductions pour établir qu’il n’y avait point d’autre sainte Écriture, pour les chrétiens de la fiu du premier siècle et de la première moitié du second, que l’Ancien Testament. On a des déclarations positives d’écrivains, même postérieurs aux Pères apostoliques. Théopliile d’Antioclie renvoie le païen Autolycus, pour la connaissance de la doctrine de vérité, à « la parole divine, c’està-dire aux écrits des prophètes 2 . » Justin Martyr termine son Exhortation aux Grecs par ces mots : « Il est donc évident qu’on ne peut arriver à la connaissance du vrai Dieu et de la vraie religion que par les prophètes, dont les enseignements sont les inspirations même de l’Esprit-Saint 3 . » Les Écritures dont parle Tertullien dans son Apologétique ne sont pas autre chose que l’Ancien Testament; il prouve leur divinité par le fait de l’accomplissement des prophéties qu’elles renferment 4 , et quand il veut indiquer les documents écrits de la religion
1 Polycarpe, ibid.. ch. ix.
1 Theophil. ad Autolycum, lib. II, cap. xxxiv; Comparez ibid., lib. II, cap. ix et suiv.
3 Comp. Justin Martyr, ibid., cap. vin et suiv.
4 Tertull., Apol., cap. xx.
ÉTUDES CRITIQUES nouvelle, c’est encore à l’Ancien Testament qu’il renvoie : « La secte des chrétiens, dit-il, a pour fondement les livres des Juifs, les plus anciens qui existent *. »
On ne saurait s’étonner que l’Ancien Testament continuât d’étre pour les chrétiens l’Écriture sainte. L’Ancienne Alliance est le point de départ de la Nouvelle ; le christianisme est le développement, la continuation et l’accomplissement des révélations de Moïse et des prophètes. Le caractère messianique de Jésus-Christ se prouvait par l’accord de la vie et de l’enseignement du Sauveur avec les promesses contenues dans l’Ancien Testament; c’est dans les livres qui le composent qu’il fallait aller chercher les preuves et la confirmation delà foi nouvelle. Les premiers propagateurs du christianisme en appellent constamment au témoignage des hommes inspirés de l’ Ancienne Alliance. Saint Paul lui-même, quoiqu’il eût rompu avec le judaïsme, ne laissait pas de voir dans l’économie mosaïque une préparation nécessaire à la foi chrétienne 1 2 ; il tenait l’Ancien Testament pour une révélation divine dont la connaissance est indispensable, non-seulement pour fortifier les croyances nouvelles, mais encore pour guider l’homme dans sa vie 3 . Les
1 Tertull., ibid., cap. xxi; compare/. iV\d., cap. xvm.
2 Galat., III, 19 et suiv.
8 2 Timoth., ni, <6.
chrétiens de la fin du premier siècle et du commencement du second suivirent cet exemple. Il est digne de remarque que, pendant longtemps, les Pères de l’Église ne surent pas trouver d’argument plus décisif de la divinité de la foi nouvelle, en outre des miracles do Jésus-Christ et de ceux qui avaient lieu encore de leur temps, que l’accomplissement des prophéties. On comprend que cet argument dut être le moyen le plus propre à convaincre les Juifs, qui admettaient l’autorité divine de l’Ancien Testament et qui croyaient aux prophéties Mais c’est aussi à la conversion des païens qu’on l’emploie. Justin Martyr consacre une grande partie de sa première apologie à prouver qu’en Jésus- Christ les anciennes prophéties ont été accomplies 1 ; il prétend par là démontrer aux païens l’origine divine du christianisme: « Ce genre de démonstration, dit-il, sera pour vous le plus convaincant et le plus décisif 8 . »
Les première chrétiens se regardaient comme de véritables Israélites, comme les Héritiers légitimes des promesses faites par Dieu aux patriarches et à toute la famille de Jacob, par la bouche de Moïse et des prophètes. Ils avaient été substitués aux Juifs incrédules. D’ailleurs ils avaient les mêmes
1 Justini Mari. Apol. prima, § 30-53.
2 Ibid,., g 30.
30Î ÉTÜDBS CRITIQUES
croyances, sauf sur un seul point, la messianité de Jésus-Christ. « Le grand sujet de contestation entre eux et nous, dit Tertullien, c’est qu’ils soutiennent que le Christ n’est pas encore venu *. »
Par suite de ces diverses raisons, l’usage des Juifs de lire les livres de Moïse et des prophètes dans les synagogues se continua chez les premiers chrétiens, et l’Ancien Testament servit de texte à l’enseignement dans leurs réunions, comme il resta le guide de l’édification et de l’instruction religieuse des fidèles. Il était d’ailleurs impossible qu’il en fût autrement. Le christianisme naquit dans le sein de la synagogue ; Jésus-Christ assista au ciüte public qui s’y célébrait, comme tous les pieux Israélites; comme les docteurs de la loi, il y prit la parole pour expliquer les livres de l’ Ancienne Alliance. Après lui, ses disciples annoncèrent la bonne nouvelle dans les synagogues ; ils ne cessèrent pas de s’acquitter au temple des devoirs religieux usités de leur temps parmi les Juifs. Il était tout simple que, dans leurs réunions particulières, les premiers chrétiens, tous d’origine israélite, fissent des livres saints de l’Ancien Testament l’objet de leurs méditations et cherchassent dans les promesses de Moïse et des prophètes des preuves de leur foi et la confirmation de leurs espérances. Quand les païens
•Turtull., Apologeticus, cap. xxi.
furent admis à prendre part au salut par la foi en Jésus-Christ, ils se conformèrent naturellement aux usages établis, et, comme leurs frères d’origine juive, ils trouvèrent dans les révélations hébraïques l’aliment de leur piété ' .
On a prétendu que les diverses Églises qui avaient reçu des Épîtres des apôtres, les tenant pour la règle de leur foi, avaient continué à les lire régulièrement dans leurs assemblées de prières et d’édification 2 . On ne peut citer un seul fait qui rende témoignage de cet usage. Les Pères apostoliques parlent parfois de ces Épltres, en écrivant aux Églises auxquelles l’apôtre Paul en avait adressé 5 ; dans ce qu’ils en disent, il n’y a pas un seul mot qui puisse nous permettre de supposer qu’elles lussent devenues pour ces Églises comme une sorte d’Écriture sainte et qu’on en fît des lectures soit fréquentes, soit rares, dans les réunions de prières et d’instruction. La plupart de ces Épîtres n’avaient été écrites qu’en vue de circonstances particulières ; elles avaient été destinées soit h aplanir certaines difficultés du moment, soit à mettre en garde contre des erreurs ou des divisions qui troublaient alors
' Reuss, Geschichte der heiligen Schriften neuen Testaments, p. 267-269.
s Tbiersch, Versuch der Herslellung des historich. Standpuntes fur die Kritik, p. 346.
3 Polycarpe, Ép. aux Philipp., cb. xi ; Ignace, Ép. aux Éphis., ch. ni; Clément, 1 aux Corinth., ch. xm.
les fidèles. L’Épître aux Colossiens avait été provoquée par les agitations que des théosophes avaient soulevées parmi les chrétiens de cette ville; celle aux Galates par des attaques personnelles dirigées contre saint Paul par des judéo-chrétiens ; celles aux Corinthiens par des questions que cette Église lui avait adressées', ainsi que par les abus qui s’étaient glissés dans la célébration des agapes, et par le scandale qu’avaient produit quelques actes d’une déplorable légèreté de mœurs. Il n’y avait pas, à cette époque, de raison pour que des écrits de ce genre fussent mis sur la même ligne que les livres de l’Ancien Testament. Aussi longtemps que le christianisme se propagea et se consolida par la prédication et par la tradition orale, on ne pouvait sentir le besoin de recourir à des documents écrits. Les Églises auxquelles ces Épîtres avaient été adressées purent les conserver avec soin 2 , comme des souvenirs précieux de leurs rapports avec les premiers prédicateurs de l’Évangile ; mais rien ne nous indique qu’après avoir profité des avertisses ments et des instructions qui y étaient contenus, elles en aient fait un usage constant dans leurs assemblées.
Considéré «en lui-même, le fait qu’on suppose,
' 1 Corinth., vu, 1 ; xvi, 17 et 18.
2 Non pas toutefois avec autant de soin qu’on serait porté à le croire; on en aura bientôt la preuve.
fût-il prouvé, n’aurait pas une importance réelle dans la question de la formation du Nouveau Testament , puisqu’il s’agit de rechercher, non point l’usage que purent faire des Épîtres des apôtres les Eglises qui les avaient reçues, mais comment ces écrits, épars dans le principe, furent réunis et joints à d’autres pour former le recueil des livres sacrés de la Nouvelle Alliance. 11 prend cependant un autre caractère, si on le rapproche d’un fait qui touche de plus près l’histoire du canon, et qui reçoit de ce rapprochement une certaine valeur. On sait que Paul recommande aux Colossiens de faire passer aux Laodicéens, quand ils l’auront lue, l’Épltre qu’il leur envoie, et de se procurer celle qu’il vient d’écrire à ces derniers pour en- prendre eux-mêmes connaissance *. Cette communication des lettres des apôtres entre des Églises voisines aurait pu être fréquente. Nous avons des preuves que plus tard les Églises échangèrent parfois les Épîtres qu’elles recevaient de leurs directeurs spirituels. Si cet usage avait été général, il se serait formé dans plusieurs communautés chrétiennes des recueils d’écrits apostoliques, et si ces écrits avaient été continuellement lus dans leurs réunions de culte, on aurait eu de très-bonne heure des collections de livres chrétiens remplissant toutes les conditions d’une Écriture sainte.
1 Colossiens, îv, <6.
Voilà bien, ce semble, ce qui aurait cjû arriver ; ' en réalité, il n’en fut rien. Les Pères du commencement du second siècle ne connaissent point de collections de ce genre, et il n’en est point resté de’ traces dans l’histoire de l’Église primitive, soit que ces échanges n’aient été que de rares exceptions, • soit que l’hypothèse d’une lecture continue des écrits des apôtres dans les églises ne soit qu’une vaine imagination. Il y a plus encore : les chrétiens de l’Église primitive ne paraissent pas avoir eu pour les Épîtres apostoliques tout le soin qu’elles méritaient. De très-bonne heure plusieurs d’entre elles étaient perdues. Il est permis de supposer qu’uu apôtre qui, comme saint Paul, était si jaloux, c’est son expression, des Églises qu’il avait fondées, ne rompit pas les rapports qui l’attachaient à elles, et qu’il dut en plusieurs circonstances continuer à leur donner des instructions par écrit. 11 ne nous reste, cependant, que les lettres, et encore pas toutes, qu’il adressa à sept Églises. Que sont devenues les autres? Mais il n’est pas nécessaire de raisonner sur des vraisemblances ; nous avons des faits positifs à citer. On sait que cet apôtre adressa trois lettres aux Corinthiens 1 : il n’en reste que deux. Et cette Épître aux Laodicéens, dont il vient d’être question et dont l’existence semblait garantie doublement
1 1 Corinth.,y. 9.
puisqu’elle devait être communiquée aux chrétiens
du Colosse, elle n’a été connue d’aucun Père
de l’Eglise. De très-bonne heure on suppléa à sa perte en composant une Épître aux Laodicéens avec des emprunts faits aux autres écrits de saint Paul ;
le canon de Muratori, qui est de la fin du second
siècle, met déjà en garde contre cette œuvre apocryphe d’un zèle malentendu \
Il est cependant quelques expressions des Pères apostoliques desquelles on a voulu conclure que dé leur temps il existait déjà des recueils des écrits du Nouveau Testament. Il est indispensable d’examiner de près ce détail, qui a son importance.
Si le passage que Polycarpe cite dans son Épître aux Philippiens, chap. xn, avec cette formule:
« Comme il est dit dans l’Écriture », était, ainsi que quelques- uns le supposent, Ephésiens, iv, 26, il faudrait bien admettre, non sans doute qu’il y avait déjà au commencement du deuxième siècle un recueil de quelques-uns des écrits qui sont entrés depuis dans la composition du canon du Nouveau Testament, mais du moins que cet écrivain ecclésiastique mettait les
* Canon de Muratori, §, 8, dans Credner, Zur Geschichte des Kanons, p. 76.
Épitres de saint Paul, et dans tous les cas celle aux Ephésiens, sur la même ligne que les écrits de l’ Ancienne Alliance. Mais on est loin d’être d’accord sur cette citation. Ungrand nombrede critiqueslaregardent comme composée de deux parties empruntées, l’une à Psaume, iv,5, et l’autre à Ephésiens, iv, 26, et rapprochées pour former une seule phrase. Cette opinion peut d’autant mieux se défendre que le premier membre de phrase de la citation de Polyearpe se rapproche bien plus de Psaume, iv, 5, que de la première partie d’Ephésiens, iv, 26. Cependant il serait possible que cette citation eût ôté faite de mémoire , que Polyearpe voulût réellement citer Ephésiens, iv, 26, et que, mal servi par ses souvenirs, il eût remplacé le premier membre de phrase de ce verset par le premier de Psaume, iy, 5. Ce serait possible, sans doute ; mais si une possibilité peut être invoquée comme une présomption en faveur d’une théorie d’ailleurs solidement assise sur d’autres faits plus positifs, que vaut-elle pour prouver une hypothèse qui manque de tout autre fondement, et qui est contredite par une foule d’inductions et même par des faits contraires ? Ajoutez que le fragment de l’Épître de Polyearpe dans lequel se trouve cette citation ne nous est parvenu que dans une traduction latine dont rien ne nous garantit la parfaite exactitude, et qui, fût-elle sous ce rapport audessus de toute espèce de soupçon, ne peut per-
mettre que des conjectures, quand il s’agit, comme c’est ici le cas, de comparer des mots entre eux. Le texte grec manquant, il est fort difficile de se prononcer sur la nature même de cette citation, et dès lors il devient à peu près impossible de déterminer bien nettement à quoi se rapporte la formule : « Gomme il est dit dans l’Ecriture. »
On a cru trouver un indice plus certain de l’existence d’un recueil des écrits des apôtres et des premiers disciples dans la présence des termes to eOayy^iov et 6 ârôaTo^oç dans Ignace ' . Comme on le verra plus loin, on désigna, à la fin du second siècle, le recueil des Évangiles par la dénomination commune de to Gayyeliov, et le recueil des Épîtres auxquelles on reconnaissait une origine apostolique incontestable, par celle de o kitocto^oç. Ces deux dénominations supposent une première ébauche'd’un recueil canonique. Si Ignace parle de ce to t'jayyOtov et de ce ô âiroTToXoç, on ne saurait douter que ce double recueil n’existât de son temps.
Mais est-ce bien la collection des Évangiles et celle des Épttres qu’il entend par ces deux termes ?
Les défenseurs de l’orthodoxie n’en doutent pas. Une critique dégagée de toute préoccupation dogmatique conduit â une autre conclusion. Il ne faut pas ici argumenter sur ces mots isolés ; pour savoir
1 Thiersch, ibid., p. iî5.
tfâns quel sens les entend Ignace, il faut considérer
les passages dans lesquels ils se trouvent.
Il s’agit, dans l’Épîtredece Père aux Snmniens, de combattre l’erreur de ceux qui enseignaient que Jésus-Christ n’avait eu pendant sa vie terrestre
, ■! Il ' 1 ’ -•■*}, *• -, ■ - ■
qu une apparance de corps et non un corps réel. Après avoir dit, à la tin du chapitre iv, que ce n’est que pour le nom de Jésus-Christ et pour l’imiter dans ses souffrances qu’il est prêt lui-même à endurer tous les tourments, n’attendant toute sa
force que de celui-là seul qui a été véritablement homme comme nous, Ignace ajoute : « Cependant
il est rejeté par ceux qui ne le connaissent pas, ou plutôt c’est cet homme -Dieu lui-même qui les rejette comme des ennemis de la vérité et des partisans de l’erreur et du mensonge, que ni les prophètes, ni la loi de Moïse, ni l’Évangile, ni les tourments que nous souffrons n’ont encore pü persuader jusqu’à présent 1 ». Qu’est- ce que cet Évangile? Ün Evangile écrit, ou un recueil des quatre Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc el de Jean? En aucune façon ; c’est l’histoire évangélique, l’histoire de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus- Christ ou, pour mieux dire, la prédication môme
de l’histoire de Jésus-Christ.
• Ignat. Épist. ad Smym., cap. v, dans Patrum apostol. opéra, ed. Hefele, p. 328.
2 « Non scriptum Evangelium, sed evangelica prædicatio de
C’est dans le même sens que ce mot est employé dans le chap. vu de celte même Epître. Voici le passage: « 11 faut avoir égard aux prophètes, surtout à l’Évangile dans lequel la passiôn nous est montrée, et la résurrection nous apparaît dans sa perfection *. » Il s’agit encore ici de la vie de Jésus-Christ et des conséquences religieuses qui en découlent pour les fidèles, et non d’un livre racontant cette vie. Tel est le sens de ce mot dans tous les écrits d’Ignace. C’est ainsi qu’il dit que les prophètes nous ont annoncé l’Évangile *; que les fidèles seront rémunérés dans l’Évangile de la commune espérance * ; qu’il est des hommes qui ne peuvent croire à l’Évangile qu’autant qu’ils en trouvent dans les anciennes Écritures une confirmation à leur convenance * ; que l’Évangile est la perfection de la vie éternelle 5 . Évidemment ce Père emploie ce mot dans le même sens que nous lui donnons fort souvent, encore aujourd’hui, par exemple, dans des locutions semblables à celle-ci : L’Évangile a
vita et factis Christi. • Niemeyer, Oppositionschrift, t. I, p. 8. M. Hefele admet cette explication, qu'il cite en note. Patrum aposlolicorum opéra, p. 228.
* Ignat., ad Smyrn., cap. vu.
2 Ignat., ad Phüadclph., cap. v; Patrum apostol. operu, ed. Hefele, p. 217.
3 Ignat., ad Philadelph., cap. v.
4 Ignat., ad Philadelph., cap. vin; Pair, apost. opéra, p. 220
6 Ignat., ibid., cap. îx ; Pair, apost. opéra, p. 220.
34 î ÉTUDES CRITIQUES
changé la face du monde. Nous entendons par là
la religion chrétienne ; et c’est aussi ce qu’entendait
Ignace dans toutes les phrases que je viens de
citer.
Admettons cependant que par le mot Évangile on entende un livre écrit. Il n’est pasune seule parole dans les Pères apostoliques qui nous autorise à supposer que ce terme fût employé de leur temps, comme il le fut plus tard, pour désigner le recueil des quatre Évangiles qui se trouvent dans le Nouveau Testament. Il y a plus ; il n’est pas un seul de ces quatre Évangiles qui soit nominativement indiqué par un Père apostolique. Plus tard, quand on donnera le nom d’Évangile, to sùayyAtov, au recueil des quatre Évangiles, on aura bien soin de nous dire ce que sont ces quatre Évangiles; on nous expliquera même pourquoi il y en a quatre, ni plus ni moins. On ne rencontre rien de semblable ni dans Ignace, ni dansBarnabas, ni dansPolycarpe, ni dans Clément de Rome ; et si, à la rigueqr, on veut que l’Évangile d’Ignace soit un livre écrit et non le récit général de la vie de Jésus-Christ, ou la religion chrétienne elle-même, il faut qu’on accorde du moins que ce mot désigne ici un Évangile écrit quelconque, et non un recueil d’évangiles écrits.
Il est plus évident encore que par le mot 6 àrôc- Ignace n’entend parler en aucune façon du recueil des Épîtres des apôtres que l’on désigna
plus tard par ce titre sommaire. D’abord ce mot ne se présente dans ses écrits qu’au pluriel, oi (xitogtoXoi, et jamais la forme plurielle n’a été usitée pour désigner ce recueil. Celaseulsuffirait pour renverser toutes les inductions que M. Thiersch a prétendu fonder sur ce terme. Mais il y a plus encore : dans les phrases dans lesquelles se rencontre ce mot, Ignace parle très-clairement des apôtres et non de leurs écrits. 11 suffit, pour le prouver, de citer ces phrases elles-mêmes. « J’ai recours à l’Évangile, dit Ignace, comme à la chair même de Jésus- Christ et aux apôtres comme au gouvernement de l’Église 2 . — Aimez encore les apôtres, parce qu’ils ont eux-mêmes annoncé l’Évangile *. — Il (le grand prêtre, ip yuptû;) est la porte du Père, par laquelle entrent Abraham, et Isaac, et Jacob, et les prophètes, et les apôtres, et l’Église 4 . » Gomme on le voit, il s’agit des apôtres eux-mêmes, de leurs personnes, et non de leurs écrits ou d’un recueil de leurs écrits.
1 C’est-à-dire comme à Jésus Christ présent corporellement ; c’est ainsi que l'entend M. Hefele : « Conftigiens ad Evangelium tanquam ad corporaliter præsentem Christum. » Hefele, Pair, apost. opéra, 3« édit., p. 217.
2 C’est-à-dire à ceux qui constituent le gouvernement do l’Église, « et ad apostolos tanquam ad præsens Ecclesiæ præsbyterium. » Hefele, ibid., p. 217.
3 Ignace, Èp aux Philadelph., ch. v.
4 Ignace, ibid., cap. ix ; comparez encore, pour le mot i-noan- Xoî, Ignace, Ép. aux M agités., ch. vu, et Ép. aux Tralliens, ch. vii.
tu
ÊTDDES CRITIQUES
Il suit des faits qui viennent d’étre signalés qu’il la tin du premier siècle, il n’existait encore aucun recueil ressemblant de près ou de loin à notre Nouveau Testament. Que des chrétiens eussent déjà recueilli des copies de quelques écrits des apôtres ou des disciples, c’est possible ; mais les conducteurs des Eglises n’avaient pas encore senti le besoin de réunir en un corps d’ouvrage parallèle ou analogue au canon de l’Ancienne Alliance, pour en faire une règle autorisée des croyance^, les différents écrits des premiers propagateurs du christianisme. Ce n’est que vers le milieu du second siècle qu’il est fait mention pour la première fois d’un ouvrage qui paraît avoir été une collection d’Évangiles. On n’aperçoit pas encore de traces d’un recueil des diverses Épîtres des apôtres.
Justin Martyr, qui vécut de 103 à 167, ne connaît pas de canon du Nouveau Testament, mais il parle souvent d’un ouvrage qu’il appelle les Mémoires des apôtres, tx ÙTro|AV7!tji.civîU[AaTa twv â-ooToXûv. Qu’est-ce que ces Mémoires des apôtres, que nous ne connaissons que par ce qu’en dit Justin et par
SDR LA BIBLE
” lèS citations qu’il en fait ? Sans le moindre doute un Évangile ou une collection d’ouvrages analogues * à nos Évangiles. Justin nous l’apprend lui-même : « Les Mémoires des apêtres sont, dit-il, appelés des Évangiles 1 ; » et si cet écrit est désigné par ce titre, c’est parce qu’il passait pour l’œuvre des apôtres; Justin du moins ne doute pas qu’il n’ait été composé par eux 2 .
On a prétendu souvent que ces Évangiles étaient ceux que nous possédons dans notre Nouveau Testament. Ce n’èst pas certainement sur le témoignage de Justin Martyr qu’on peut fonder cette supposition. Il n’y a pas un seul mot dans ceux de ses écrits qui sont parvenus jusqu’à nous qui nous montre qu’il connaissait nos quatre évangélistes ; il ne les nomme jamais. Il pourrait se faire cependant que les Mémoires des apôtres fussent bien réellement ou une collection ou une harmonie des Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, sans que les noms des auteurs de ces écrits fussent connus de Justiil. Il né reste donc, pour arriver à une solution de cette question, qu’à comparer avec nds Evangiles ce qui nous reste de cet ouvrage, c’est-à-dire les citations qu’en fait ce Père de l’Église.
1 ’K xaXttTXi EÙxfji'Xia, 4 Apol., § 66.
' 1 ^f’Àpdî.,' § 66.
Co travail a été exécuté avec une minutieuse exactitude. En voici les résultats.
Les citations des Mémoires des apôtres, dans Justin, forment, comparées à nos quatre Évangiles, trois catégories bien distinctes. 11 en est qui sont parfaitement semblables à des passages correspondants de Matthieu, de Marc, de Luc, ou de Jean ; il en est d’autres qui n’ont qu’une ressemblance lointaine, c’est-;Vdire qui expriment une idée à peu près analogue à celle qu’on retrouve dans les récits correspondants de nos Évangiles, mais présentée en d’autres termes et avec des détails plus ou moins différents ; d’autres enfin ne ressemblent en rien à ce qui est rapporté par nos quatre évangélistes.
S’il n’y avait dans Justin que des citations de la première catégorie, on pourrait facilement admettre que les Mémoires des apôtres étaient ou un recueil ou une harmonie de nos quatre Évangiles. Ce n’est pas que cette conséquence fût forcée et qu’il . ne fût pas possible, môme dans ce cas, de contester cette identité; caries nombreux Évangiles qui existaient déjà dans le premier siècle avaient sans doute bien des récits c tm.mins et devaient inévitablement se ressembler dans un grand nombre de détails ; et, à la rigueur, il aurait pu se faire que les citations de Justin fussent précisément empruntées à des parties identiques ou semblables dans tous les Évangiles. Un pareil fait serait cependant trop extraordinaire
SOR LA BIBLE
pour avoir quelque vraisemblance; aussi je n’y insiste pas; mais je le signale, en passant, pour faire voir que, même en se servant d’Évangiles différents des nôtres, Justin aurait pu rapporter des faits et des paroles de Jésus-Christ qui se retrouvent dans Matthieu, Marc, Luc ou Jean.
lJ’un autre côté, la seconde classe de citations ne prouverait pas forcément que les Mémoires des apôtres fussent autre chose que nos Evangiles ; car Justin Martyr aurait pu les citer parfois* souvent même, de mémoire ; et les différences plus ou moins considérables, dans les motset même dans les détails, qui auraient été le résultat de cette manière peu exacte de citer des textes, ne pourraient pas être des preuves concluantes de la différence des Mémoires des apôtres et de nos Évangiles. 11 faut reconnaître toutefois qu’il y a, dans le fait de ces citations peu en harmonie avec le contenu de nos qtfatre Évangiles, une présomption que les Évangiles dont se servait Justin n’étaient pas en tous points semblables aux nôtres.
Mais les citations de la troisième catégorie trancheut décidément la question. Il y avait dans les Mémoires des apôtres des faits et des discours qui ne sont pas rapportés dans les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean. On ne saurait donc prendre les premiers pour uu ouvrage reproduisant, sous un titre différent, les seconds. Cette preuve
3158* ÊTUJD.ES CRITIQVJïS
prend une nouvelle force, quand on découvre que, parmi les faits et lesparolesde Jésus-Christque Justin tire de ses Mémoires des apôtres et qui sont inconnus à nos Évangiles, il en, est plusieurs qui se retrouvent dans des évangiles apocryphes. J’en donnerai deux exemples. Les Mémoires des apôtres font naître Jésus-Christ dans une caverne des environs du bourg de Bethléhem 1 , tandis que d’après Matthieu il vint au monde à Bethléhem même 1 , et d’après Luc, qui est encore plus précis, dans l’écurie de l’hôtellerie dans laquelle Marie et Joseph n’avaient pas pu trouver d’autre place 3 . Ce trait, tout à fait différent de ce que rapportent nos Évangiles, est consigné au contraire dansleProtévangile de Jacques, dans l’Évangile de l’Enfance, et dans l’IIistoire de la nativité de Marie. — Les Mémoires des apôtres racontent qu’au moment que Jésus- Christ descendit dans l’eau pour être baptisé par Jean, un feu s’alluma sur le fleuve 4 . Ce miracle, inconnu de nos Évangiles, est rapporté dans la Prédication de saint Paul, et se retrouve avec quelques modifications dans l’Évangile des ébionites 6 .
Que conclure de là, sinon que les Évangiles
* Justin Mart., Dial, cum Tryph., 78.
1 Matth., ii, I.
3 Luc, n, 3-7.
4 Just. Mart., Dialog. cum Tryph., 88.
5 Michaelis, Introd. au Nouv. Testam., trad. franç., t. III. p. 219.
contenus dans les Mémoires des apôtres de Justin n’étaient pas ceux de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, tels du moins que nous les avons, ou, ce qui cependant est moins vraisemblable, qu’à côté de ceux-ci il s’y en trouvait d’autres rejetés depuis parmi les apocryphes? Cette différence, qui est d’une importance majeure dans la question de l’authenticité de nos Evangiles, ne constitue pas cependant une véritable difficulté dans la question du Canon. Il s’agit en effet ici de savoir, non pas tant de quels livres se composait le Nouveau Testament de Justin, que s’il avait réellement un Nouveau Testament ou, en d’autres termes, une sainte Écriture formée de livres chrétiens, quels que fussent d’ailleurs ces livres. Or pour lui, comme pour les Pères de l’Église qui l’ont précédé, il n’y a encore point d’autre Écriture sainte que l’Ancien Testament.
Quelque précieux que pût lui paraître son ouvrage des Mémoires des apôtres, il n’était pas pour lui un véritable canon, c’est-à-dire un écrit ou un ensemble d’écrits inspirés par l’Esprit-Saint, et ayant une valeur égale à celle des livres de Moïse et des prophètes. 11 ne le considère que comme un recueil de récits transmis jusqu’alors par la tradition orale; il n’invoque son témoignage que pour des faits historiques; hors de là, il ne semble pas lui reconnaître d’autorité. Quand il s’agit de prou»
ver la vérité et la divinité du christianisme, il s’adresse, non aux Mémoires des apôtres, mais toujours et exclusivement aux livres de l’ Ancienne Alliance. Qu’il discute avec le Juif Tryphon ou qu’il veuille convaincre les païens', il ne procède pas autrement. Et cette méthode qui ne nous étonnerait pas, s’il ne la suivait qu’à l’égard des Juifs qui admettaient l’origine divine des livres de Moïse et des prophètes, ne peut s’expliquer, quand on le voit l’adopter également à l’égard des païens, que par ce fait qu’il n’y avait pas à ses yeux d’autre enseignement révélé écrit que l’Ancien Testament. Quiconque recherche la vérité, est tenu, selon lui, de s’adresser aux prophètes 2 ; elle n’est nulle autre part.
Au reste on n’a qu’à remarquer la manière différente dont il cite les Mémoires des apôtres et les livres de l’ Ancienne Alliance, pour rester convaincu qu’il n’entre nullement dans son intention de placer sur la môme ligne ces deux classes d’écrits. Quand il rapporte des passages de l’Ancien Testament, il les fait d’ordinaire précéder de ces formules : « L’Esprit-Saint dit 3 , » « Dieu dit, » ou « c’est ainsi que le Seigneur parle 4 , » ou encore « comme
1 Just. Mari., Cohort. ad Grœcot, § 35 et 36 ; I Apol., § 44.
- Just. Mart., Cohort. adGrœcos, § 38 ; I Jpol., § 23 et 44; Dialog. cum Tryph., § 73-75.
a At-jei tô intùjix à-jitv. Just. Mart., Dialog. cum Trypli., § 114.
* Just. Mart. Dialog. cum Tryph., § 100-101 et 107.
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l’annoncent les Livres saints 1 2 . » Rien de semblable pour les citations des Mémoires des apôtres ; elles ne sont amenées que par des ternies qui conviendraient à des citations d’un historien quelconque et tels que les suivants : * Nous lisons dans les Mémoires des apôtres*, » « Comme nous l’apprenons dans les Mémoires des apôtres 3 . »
Enfin Justin Martyr nous apprend lui-même que la sainte Ecriture des chrétiens est précisément celle des Juifs. « Si quelque personne de celles qui se plaisent à la contradiction nous objectait, dit-il après avoir parlé longuement de l’Ancien Testament et de sa traduction en grec par les Septante, que ces livres sont un monument appartenant en propre aux Juifs, qui les gardent soigneusement dans leurs synagogues, et que nous prétendons en vain y avoir trouvé notre religion, qu’elle les lise avec attention ; elle se convaincra que ce n’est plus aux Juifs, mais à nous qu’appartient la doctrine qui y est contenue. Si ces livres saints, fondement de notre religion, sont encore conservés avec soin par les Juifs, c’est par un miracle de la Providence en notre faveur. Car s’ils ne se trouvaient que dans l’Église, ceux qui ne cherchent qu’un prétexte pour élever des doutes contre notre foi pourraient nous
1 Just. Mari., ibid., § 118.
2 Just. Mart., DinU)y. r.um Tryph., §100-101 et 107.
» Just. Mari., ibùl., § 10M05 et 107.
SI
soupçonner de fraude. Qu’on aille les consulter dans les synagogues des Juifs; alors on ne pourra s'empêcher de reconnaître que ces livres écrits par de saints personnages contiennent évidemment notre doctrine’. *
Cependant s’il n’y a pas encore pour les chrétiens d’autre sainte Écriture que l’Ancien Testament. le moment approche où la Nouvelle Alliance aura aussi ses livres saints qui viendront prendre place à côté de ceux de Moïse et des prophètes. Un grand pas dans ce sens s’est fait dans les premiers temps du second siècle. Les Mémoires des apôtres, qui ne forment pas encore une Écriture sainte, étaient lus cependant, à l’époque où vivait Justin Martyr, dans le culte du dimanche, aussi bien que les écrits des prophètes 1 2 . Cet ouvrage ne servait pas par conséquent seulement à l’instruction et à l’édification privée ; il était entré dans le culte public ; il avait pris un caractère officiel ; encore un pas de plus, et il sera élevé au rang d’Écriture sainte. C’est dans ce sens que marche l’opinion parmi les chrétiens de la seconde moitié du second siècle.
Théophile d’Antioche ne connaît encore comme livres sacrés de l’Église chrétienne (rx Lpà ypau.p.a-ra
1 Just. Mart., Cohorl. ad Grcecos, §13.
* Tà Twv àircoroXwv r, r* tr.j-yfpàu.u.XTa rüi «pcçY.TÜv
àvaftvtiaxtTai Mart., 1 Jpol., § 67.
RÜR LA BIBLE
ri xaô’ ^|a5ç) que les écrits de T Ancienne Alliance. « Nos Livres saints, dit-il, sont bien plus anciens que toutes les histoires des Égyptiens, des Grecs et des autres peuples 1 . » Cette antiquité est, à ses yeux, une garantie de la divinité de la doctrine qu’ils renferment. « Cette doctrine , ajoute-t-il , ainsi que nos institutions, bien loin d’étre nouvelles ou mensongères, comme le pensent quelques-uns, sont les plus anciennes et les plus vraies 2 . » Mais il y a chez ce Père de l’Église une tendance bien autrement prononcée que chez ceux qui l’ont précédé à relever l’autorité des évangélistes et des apôtres; il semble vouloir les placer au niveau de Moïse et des prophètes 3 ; il les cite beaucoup plus fréquemment qu’on n’avait coutume de le faire avant lui ; et les passages des Évangiles et des Épîtres de saint Paul qu’il rapporte, il les attribue au Logos divin 4 .
Enfin , il faut voir un signe de l’importance croissante qu’on accordait aux écrits d’origine chrétienne, dans l’ouvrage de Tatien connu sous le titre de 5ià Teocàpcov, et que l’on tient communément pour une harmonie des quatre Évangiles. On n’est
1 Tliéoph., adAutolyc., lib. III, cap.xxvi.
2 Tliéoph., ibid., lib. III, cap. xxix.
3 Reuss, Geschichte der heüigen Schriften neuen Testaments, § * 97 .
4 K»Xs6ti Tiu.Ï7 0 8«o;Xyp>;, Thcoph. ad Autolyc., lib. III, cap. XI et XIV ; SùSâaxti r,uâ; 6 «-pc; Xjrp;. Ibid., lib. III, Cap. XIII.
pas encore bien au clair sur la nature de ce travail, et les dernières recherches, loin d’avoir écarté les difficultés, en ont au contraire soulevé de nouvelles Mais quels que fussent les écrits dont Tatien se servît et quel que fût le caractère de la combinaison qu’il en fit, il y a dans le fait seul de ce travail une preuve de l’intérêt qui se portait à cette époque surles productions des écrivains chrétiens et peut-être aussi du besoin qui se faisait sentir d’avoir un corps de livres religieux appartenant en propre à la foi nouvelle. • .
Jusqu’à présent nous n’avons rencontré que des recueils d’évangiles ou du moins de récits évangéliques. Ces recueils n’étaient probablement identiques avec celui qui fut désigné bientôt après par le nom d’Evangile ou d’Évangélique ni par la forme, ni par le contenu ; mais, quels qu’ils pussent être, ils devaient suggérer à des chrétiens moins prévenus ou plus clairvoyants la pensée de réunir en une
' Ciedner, Die Geschvhte des Canons, p. 17-22; Reuss, Geschichte der heilig. Schrift. neuen Testaments, p 187.
seule collection les quatre Evangiles qui, par leur supériorité sur tous les autres écrits de ce genre, étaient destinés à former une des deux parties essentielles du canon du Nouveau Testament.
Quant aux Épîtres des apôtrés, rien n’indique qu’on eût entrepris jusqu’alors de les recueillir. Ni Justin Martyr, ni Tatien son disciple, ni Théophile d’Antioche ne connaissent aucun recueil de ce genre ; ils parlent des Épîtres tout à fait de la même manière que Barnabas, Clément de Rome, Polycarpe et Ignace, c’est-à-dire comme d’écrits détachés. Il était dans la nature des choses qu’on réunît ensemble des écrits historiques qui pouvaient, comme l’avait peut-être pensé Tatien en entreprenant son évangile a Tsaaapuv f se compléter l’un l’autre, avant de faire une collection des Épîtres, qui, pour la plupart, n’avaient entre elles rien de commun. Mais un recueil d’Évangiles, une 1 fois exécuté, devait faire naître la pensée de réunir aussi les Épîtres.
Quoi qu’il en soit, ces deux recueils existent à la fin du second siècle ou, au plus tard, au commencement du troisième. L’un s’appelle to EOaYy&iov ou to E' jayyeXixov, l’autre ô ’Atogto'Xoî ou to ’AtcootoXixov, en latin Apostolicum Instrumentum
1 Dans Tertullien, De pudic., cap. xi et xu; De baptismo, cap. xv. etc.; Reuss, Geschichte der heilig. Schrift. neuen Testaments, § 303. • * • *
L’Évangélicon contient nos quatre Évangiles, et l’Apostolicon les treize Épîtres de Paul et peutêtre aussi les Actes des apôtres, la première Épitre de Pierre et la première de Jean *. Irénée *, Clément d’Alexandrie 3 et Tertullien connaissent ces deux recueils et en parlent ; avant ces Pères, il / n’en est jamais fait mention. On peut conclure de là qu’ils n’ont pris naissance ou du moins qu’ils n’ont acquis une notoriété publique que postérieurement à Justin Martyr, à Tatien et à Théophile d’Antioche. Leur existence ne peut remonter, dans tous les cas, au delà des dernières années du 11 e siècle.
En même temps, on voit que les écrits de la Nouvelle Alliance sont mis décidément sur la même ligne que ceux de l’Ancienne. L’Ecriture sainte n’est plus seulement l’Ancien Testament. Elle se compose, d’après Irénée, des Prophètes et de l Évangile 4 , le premier de ces deux termes désignant l’ensemble des écrits sacrés des Hébreux, écrits dont la prophétie était regardée à cette époque comme le caractère dominant, et le second l’ensemble des écrits d’origine chrétienne, écrits qui avaient tous
• Mun«cher, Hanbd. der christl. Dogmengesch., 3« édit., t. I, p. 280 et 281 ; Reuss, ibid., § 300.
2 Irénée, Ado. hwres., lib. I, ch. ni, § 6.
3 Clément Alex., Stromat., ed. Sylburg, lib. V, p. 664 ; lib. VI, p. 784; lib. VII, p. 836.
4 Irén., Ado. hwres,, lib. II, cap. xxvii.
SUR LA BIBLE pour but essentiel de faire connaître l’Évangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle du salut. C’est dans le même sens que Clément d’Alexandrie appelle la collection complète des livres hébreux et des livres chrétiens la Loi, les Prophètes et l’Évangile *. Dès ce moment, l’Évangélicon et l’Apostolicon sont mis en parallèle avec Moïse et les prophètes, etsontcités, comme ceux-ci l’avaient été jusqu’alors exclusivement, avec les formules : « L’Écriture dit, » « Il est écrit, » « Le Saint-Esprit dit 2 . »
Il ne paraît pas que ces deux recueils soient restés longtemps séparés. Tout en conservant encore ces dénominations, qui sembleraient indiquer deux ouvrages distincts, ils furent bientôt réunis pour former les livres de la Nouvelle Alliance, de la même manière que les écrits de Moïse et des prophètes constituaient les livres de l’ Ancienne. Ce fut même par ces termes qu’ils furent désignés. La religion hébraïque était considérée comme une alliance de Dieu avec le peuple élu ; la religion chrétienne fut aussi appelée
1 Clém. Ale*., Stromata, lib. III, p. 455; lib. IV, p. 475; lib. V, p. 561.
3 Et cependant une certaine prééminence semble encore être accordée à l’Ancien Testament. M. Wolkmar fait remarquer que l’auteur du canon de Muratori parait avoir réservé l'expression « l'Écriture a pour les livres de l’Ancienoe Alliance, en ne donnant aux écrite du Nouveau Testament que le simple titre de Livres, Itbri. Voyez Canon de Muratori, dans Credner, Die Gesrhiehte des Kanons, p. 146-148, lignes 2, 47, 35; Credner, ibid., Ankanij von Wolkmar, p. 353. . ■
une alliance, une alliance nouvelle par rapport à la précédente, dont elle était le développement et l’extension à tous les hommes. Cette dénomination était indiquée par la nature même des choses ; elle avait été employée par les prophètes, qui avaient annoncé souvent l’avénement d’une alliance future; elle était consacrée par l’autorité de saint Paul, qui avait appelé plus d’une fois l’œuvre de Jésus-Christ mie nouvelle alliance *.
En conséquence, les écrits sacrés des Hébreux furent appelés les livres de l’ Ancienne Alliance, t« [iiéXiœ v?iç raXaiâ; ceux d’origine chré-
tienne, les livres de la Nouvelle Alliance, rà ptëXi'a T7iç xatvîiî Siabfruiç. Bientôt, par une locution abrégée, on se contenta de dire ri xaXaia £iafc{xYi, l’ Ancienne Alliance, et V[ xatvn' JtaÔY))»), la Nouvelle Alliance, appliquant aux écrits ce qui ne convenait en réalité qu’à la chose même dont ils traitent. Origène parait avoir été le premier qui se soit servi de cette dénomination sommaire 2 . La Vulgate ayant traduit le mot SiaÔ7j)«) par le mot Testainentum 3 , les Latins appelèrent les livres de l’ Ancienne Alliance Vêtus Testamentum, et ceux de la Nouvelle Nommi Testamentum. Tertullien 4 fut probablement le premier
1 2 Corinth., lu, 6 et 14; Galat., iv, 14; Hebi-., nu, 8 ; ix, 15.
2 Dans son ntp àpXüv; ces mots manquent cependant dans la traduction de RuQin.
* Dans Matth., xxvi, 28.
4 Tertullien se sert du mot Testamentum, non-seulement dans le
à employer ce mot, qui, comme on sait, est resté depuis le terme reçu et usuel dans la langue latine et dans celles qui en sont dérivées.
Ajoutons enfin que les deux Testaments, l’ancien et le nouveau, furent considérés, à partir du commencement du m e siècle, comme un seul corps d’ouvrage, renfermant la révélation divine tout entière. Tertullien le désigne sous le nom de Im~ trumentum prophetarum et apostolorum *, sous celui de totum instrumentum utriusque Testumenti 2 , et encore sous le titre plus bref de utrumque Tesiamentum 3 . « Toute l’Écriture, dit Lactance, se divise en deux Testaments 4 . »
11 existe donc, au commencement du m u siècle, une sainte Écriture chrétienne, qui complète, pour l’Église, l’Écriture sainte du peuple élu. Si les preuves qui viennent d’en être données ne suffisaient pas, il serait facile de les fortifier par de nouveaux témoignages irréfragables. On pourrait en appeler soit à la Peschito, version syriaque de la
sens dérivé, pour désigner les écrits de la Nouvelle Alliance ; mais encore dans te sens propre pour désigner la religion chrétienne elle-même. Contr. Marc., lib. IV, cap. xxii. 11 emploie aussi commo synonyme de Nocum Tesiamentum l'expression Novum instrumentum. Adv. Prax., cap. xx.
1 Terlull., De resurrect.
2 Terlull., Adv. Prax., cap. xv et xx.
* Terlull., De pudicit., cap. i.
4 « Scriptura omnis in duo Testamenla divisa est. » Lactance, hutit. divin., lib. IV, cap. xx.
Bible, qui est de la fin du n c siècle et qui renferme un Nouveau Testament 1 ; soit au canon de Muratori , catalogue des livres de la Nouvelle Alliance, qui parait être de la même époque 2 ; soit à un index placé à la fin du Codex Claromontanus, manuscrit qui n’est, il est vrai, que de la fin du vu'' siècle, mais qui est la copie d’un manuscrit plus ancien, et dont , dans tous les cas, l’index est la reproduction d’un catalogue des livres saints remontant au 111“ siècle *.
Mais s’il est incontestable qu’il y a un Nouveau Testament au commencement du m e siècle, il ne l’est pas moins : 1 ° qu’il n’est pas identique avec celui que nous possédons, et 2 ° qu’il varie d’Église à Église, de docteur à docteur, dans sa composition et dans son étendue.
Tous ces Nouveaux Testaments ont cependant entre eux, et aussi avec le nôtre, une partie commune, et, il faut bien le reconnaître, cette partie est considérable et contient eu somme les ouvrages les plus importants de notre recueil sacré. Il n’en est pas moins vrai que, d’un côté, l’absence dans presque tous les Nouveaux Testaments de cette épo-
* De Wette, Einleit. in die Kanon. Bûcher des N. T., 4« édit., p. <3 ; Reuss, ibid., § 326.
4 Reuss, ibid., § 310 ; Credner, Zur Geschichte des Kanons, p. 73-77 ; Credner, Die Geschichte des Kanoiu,p. -
364. Muratori, Antiquitaies italien mœdii ævi, 1. 111, p. 854 etsuiv.
3 Credner, Die Gesch. des Kanons, p. 475-479.
que de livres qui ne manquent certes pas de valeur, et qui sont entrés plus tard dans le canon des écrits de la Nouvelle Alliance, et de l’autre, la présence, dans la grande majorité d’entre eux, delivres qui en ont été bannis depuis comme indignes d’y figurer, constituent deux faits sur lesquels il n’est pas possible de garder le silence, qu’il convient de mettre en lumière, et qui prouvent d’une manière irréfragable combien les idées sur la valeur et la nature
des livres saints étaient encore flottantes et indé- . !
cises.
La partie commune de tous les Nouveaux Testaments du commencement du troisième siècle comprenait nos quatre Evangiles, le livre des Actes des apôtres, les treize Épîtres de Paul , et la première de Jean.
Si nous prenons notre Nouveau Testament pour terme de comparaison , nous verrons qu’il manque 1° la seconde Épître de Pierre à tous ’ ; 2° l’Épitre de Jacques à tous, sauf à la Peschito qui la renferme*; 3° l’Épltre aux Hébreux à tous, sauf à la
1 Excepté dans l'index du Codex Claromontanus, qui n’indique que dix Épîtres de Paul; il est vrai que, par une sorte de compensation, il indique deux autres Épitres de Paul adressées à saint Pierre, ce qui est évidemment un lapsus calami du copiste.
3 Sauf toutefois à l’index du Codex Claromontanus, si l'on prend l’indication de la seconde Épitre de Paul à Pierre pour une erreur de copiste. Creduer, Die Geschichte des Kanons, p. <78.
Peschito et au Canon de Clément d’Alexandrie 1 ; 4° la première de Pierre à tous, sauf à la Pesehito, au Canon d’Irénée et à celui de Clément d’Alexandrie 2 ; 5° la seconde de Jean à tous, sauf au Ganon de Muratori, à celui d’Irénée et à celui de Clément d’Alexandrie 3 ; G 0 la troisième de Jean à tous, sauf au Canon de Muratori et à l’index du Codex Claromontanus; 7° celle de Jude à tous, sauf au Canon de Clément d’Alexandrie , à celui de Muratori et à l’index du Codex Claromontanus; 8° enfin l’ Apocalypse, seulement à la Peschito.
Après les lacunes, indiquons les superfétations : 1° le Pasteur d’Hermas est admis comme partie intégrante du Nouveau Testament par Irénée, Clément d’Alexandrie et l’index du Codex Claromontanus, et seulement comme livre fere recep tus, presque digne d’être reçu parmi les écrits sacrés, par Tertullien et le Canon de Muratori; 2° l’Apocalypse de Pierre, par Clément d’Alexandrie, l’in-
* L’index du Codex Claromontanus contient une Épitre de Barnabas, qui pourrait bien être l'Épître aux Hébreux, et Tertullien place, non. il c-t vrai, dans les livres canoniques, mais dans les livres dont on peut cependant se servir avec utilité, une É pitre de Barnabas aux Hébreux, qui est, selon toutes les vraisemblances, l'Épître aux Hébreux de notre Nouveau Testament.
* Il faudrait ajouter l’index du Codex Claromontanus, toujours on admettant la correction de ad Petrum par Epist. Pétri.
3 Tertullien indique probablement celte Épitre sous le titre de Epistola presbyteri ; mais il ne la classe pas parmi les écrits canoniques.
tiex du Codex Claromontanus et le Canon de Muratori ; 3° l’Épître de Clément de Rome par Irénée et Clément d’Alexandrie; 4° l’Épltre de Barnabas par Clément d’Alexandrie et par l’index du Codex Glaromontanus 1 ; 5 U l’É pitre de Poly carpe, et 6° les Épîtres d’Ignace par Irénée ; 7° les Actes de Paul par l’index du Codex Glaromontanus *.
Ajoutez que dans certaines Églises on lisait dans le culte public des écrits qui leur étaient pour ainsi dire particuliers ; ainsi, à Corinthe une Épître de Soter qui avait été adressée à cette Église 3 ; que Tertullien tenait le Livre d’Hénoc pour un écrit digne défigurer dans l’Écriture sainte 4 ; que Clément d’Alexandrie prenait les poésies de la sibylle et les prédictions d’Hystaspes pour des révélations divines s , comme l’avaient fait avant lui Clément de Rome, Barnabas, Justin Martyr et Théophile d’Antioche, et comme le fit plus tard encore Lactance. Ajoutez encore que même parmi les livres dont les titres à faire partie de l’Écriture sainte paraissaient solidement établis, il y en avait qui, comme l’Apocalypse, rencontraient de très-nombreux contradicteurs c ,
1 Dans le cas que l’Épitre de Barnabas de cet index ne serait pas l’Épitre aux Hébreux.
2 Voyez le tableau à la page précédente.
3 Eusèbe, Hisl. ecdes., lib, IV, cap. xui.
4 Tertull., De culta fœmin., lib. I, cap. ni.
5 Cléra. Alex., Stromata, lib. II, cap. v; lib. III, cap. xm; lib. VI, cap. v.
8 Irénée, Adc. ffarm,,lib. III, cap. xiv, § 1 ; lib. IV, cap. xx,
et tous aurez une idée de l’anarchie qui régnait à cette époque dans la question du canon du Nouveau Testament. Évidemment il -n’y avait encore rien d’arrêté dans la détermination de l’Écriture sainte de la Nouvelle Alliance. A part les grands ouvrages déjà sanctionnés par la tradition, tout le reste était 0 livré à l’arbitraire du jugement individuel. Au fond commun qué nous avons signalé, chaque Eglise et chaque docteur ajoutait les livres qui flattaient leurs opinions de prédilection. L’église de Syrie est celle qui montra le plus de retenue, et après elle, c’est Tertullien qui se distingua le plus par sa sagacité.
Dès le commencement du m e siècle, on s’était aperçu que tous les écrits auxquels la tradition donnait une origine apostolique n’avaient pas des titrés égaux à faire partie du recueil des livres saints, destinés à servir de règle dans l’Église chrétienne. Le canon de Muratori distingue très-nettement ceux qui sont reçus dans l’Église catholique, recepti inEccle-
§ <7; lib. V, cap. xxxv, § 4 ; Clém. Alex., Strom., lib. I, § 4-8 et 44; lib. II, § 2; lib. III, § 6; lib. IV, § 43; Terlull., De baptirnoj cap. x, elc.
siam cathoUcam 1 * 3 , de ceux qui y sont simplement tolérés, qui habentur in Ecclesia; dans cette seconde catégorie, il place l’Épître de J ude et la seconde et la troisième de Jean *. Il y a pour lui une classe encore inférieure de livres : ce sont ceux qui, comme le Pasteur d’Hermas, peuvent être lus avec utilité par les fidèles, mais qui ne sauraient être employés dans le culte public*. Il en est d’autres enfin qu’il convient de bannir de l’Église, car, dit-il, il ne convient pas de mêler le fiel avec le miel 4 . Dans ce nombre, il met l’Epître aux Laodicéens, celle aux Alexandrins (probablement l’Épître aux Hébreux), qu’il regarde comme un écrit faussement attribué à Paul par les marcionites 5 , et plusieurs autres encore qu’il- ne désigne pas par leurs titres 6 .
On voit aussi que Tertullien n’est pas disposé à mettre sur la même ligne tous les écrits qui avaient cours de son temps parmi les chrétiens. L’Épître de Barnabas et le Pasteur d’Hermas lui semblent à
1 Canon de Muratori, § 5 et 8.
3 Ibid,, § 5.
3 « Epistola sancti Judae et superscripti Johannis duæ in catholica habentur, ut Sapienlia ab nmicis Salomonis in honorem ipsius scripta. » Ibid., §5. Faut-il entendre par là que l’auteur de ce Canon croyait que ces Épitres avaient été écrites par des amis ou des disciples de Judo ou de Jean? Credner, Die Gescli. des Kanons, p. 361 .
4 « Fel enim cum melle misceri non congruit. » Ibid., § 3.
8 Credner, Die Geschichle des Kanons, p. 161 et 361-363.
8 Canon de Muratori, § 5; Credner, ibid,, p. 162 et 362.
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peine dignes d’être reçus dans l’Église 1 ; le second encore moins que le premier 2 . L’Épître de Jude et la première de Pierre lui sont bien connues; mais il ne les place pas dans son Instrumentum apostolicum, c’est-à-dire au nombre des écrits apostoliques propres à faire loi dans l’Église chrétienne 3 . Telle est encore son opinion suruneÉpître qu’il désigne par le titre à' Epistola Presbyteri, et qui est probablement la seconde Épître de Jean 4 .
Cette distinction va maintenant être nettement déterminée. Origène le premier essaya de classer les différents ouvrages qui avaient jusqu’alors, d’une manière assez confuse, formé le recueil du Nouveau Testament. Son but était d’en élaguer ceux qui ne méritaient pas d’y avoir place. Dans ce dessein, il divisa tous ces écrits en trois classes : la première comprend, sous la dénomination de yvï]<na (jîi &k\%), légitimes, et, par suite, authentiques, ceux dont la canoniciténe soulevait aucune difficulté; la seconde renferme, sous le nom de vo(t«, bâtards, supposés,
' « Pene recepli, » dit-il en parlant de ces deux ouvrages. De pudicit., cap. x; Credner, Die Geschtchte des Kanons , p. 117.
2 Credner, ibid., p. 173 et 376. « Et utique receptior apud Ecclesias Epistola Barnabæ illo apocrypho pastore mœchorum. » De pudicit., cap. x.
s Credner, ibid., p. 117-171 et 367; Tertullien appelle aussi Y Instrumentum apostolicum, Instrumentum divinum.
4 Credner, ibid., p. 374. Cette Epistola Presbyteri pourrait être aussi bien la troisième Épître de Jean que la seconde, iJean; 3 Jean, 1 .
apocryphes, ceux qui, au contraire, n’avaient aucun droit à ce titre ; enfin, la troisième comprend, sous le terme de p.ura, mêlés, ceux qui flottaient entre les deux précédentes classes, et ne présentaient que des caractères douteux d’une origine inspirée 1 .
Dans la première catégorie, Origène place les mêmes livres auxquels Irénée, Clément d’Alexandrie et la Peschito reconnaissent une valeur canonique, c’est-à-dire les quatre Évangiles, les Actes des apôtres, treize Épîtres de Paul, la première de Jean et la première de Pierre; il y joint l’Apocalypse, qu’il regarde comme l’œuvre de l’évangéliste Jean *. Dans la troisième, il met l’Épître de Jude, celle de Barnabas, la deuxième et la troisième de Jean, le Pasteur d’Hermas, la deuxième de Pierre et peut-être encore l’Épltre de Jacques. Il paraît d’ailleurs fort disposé à faire des concessions pour quelques-uns de ces livres, et à leur ouvrir l’accès dans le canon, probablement par cette considération que les écrits dont il est ici question étaient fort courts et peut-être aussi assez insignifiants à ses yeux. Ainsi, après avoir dit que Pierre n’a laissé qu’une Épître, il ajoute : « Reccmnais- » sons, si vous voulez, qu’il en a écrit une seconde;
1 Origenis, Comment, in Johan ,, dans Opem , t. IV, p. 226. 1 Ensèbe, H ht. certes., lib. VI, cnp, xv.
» néanmoins, tout le monde n’en demeure pas d'ac- » cord 1 2 . » Et de même, après avoir dit que Jean, en outre de son Évangile et de l’Apocalypse, a écrit une Épitre fort courte, il ajoute : « Admettons, si » vous le voulez, qu’il en a écrit deux autres, mais » tout le monde ne reconnaît pas qu’elles soient de » lui; à peine les deux ensemble ont-elles cent » lignes®. »
L’Épître aux Hébreux le jette dans une grande perplexité. Le fond même des idées qui y sont exposées exerce sur son esprit un Véritable prestige. Le système allégorique qu’elle développe le séduit ; il est disposé à lui accorder une valeur considérable; il l’a prouvé en la prenant pour thème de plusieurs homélies; sa doctrine ne lui semble inférieure en rien à celle de saint Paul ; il pense môme qu’elle s’en rapproche sous beaucoup de rapports; mais sa conscience de critique lui fait un devoir de reconnaître qu’elle est d’un autre style que les écrits de l’apôtre, d’un style meilleur, et, sur ce dernier point, il est évidemment influencé par son goût pour l’interprétation allégorique et pour les rapprochements, plus ingénieux que fondés, entre l’ Ancienne et la Nouvelle Alliance. Enfin, après une assez longue discussion, il formule son jugement en
1 Eusèbe, Hist. ecrles., lib. VI, cap. XXV.
2 Eusèbe, ibid.
ces termes : « Pour moi, je crois que le sens et les » idées sont de l’Apôtre, mais que le choix et la dis- » position des mots sont d’un autre écrivain, qui a » voulu étendre et expliquer ce qu’il avait appris de » son maître. C’est pourquoi les Églises qui tiennent » que cette Épître est de Paul ne doivent pas être » blâmées, parce que les anciens n’ont pas avancé » sans fondement qu’elle est de lui. Mais qui l’a vé- » ritablement écrite? Dieu seul le sait. Quelques- » uns des écrivains dont les ouvrages sont parve- » nus jusqu’à nous S’attribuent à Clément, évêque » de Rome, et les autres à Luc, qui a écrit l’Êvan- » gile et les Actes des apôtres 1 * . » Ajoutons encore qu’il qualifie le Pasteur d’Hermas de livre divinement inspiré, scriptura divinitus inspirata *; mais il reconnaît que, quoiqu’il soit reçu dans l’Église, il n’est pas regardé par tout le monde comme un écrit divin 3 .
Les écrits de la seconde classe, c’est-à-dire ceux qui sont décidément indignes de faire partie du canon, sont la Prédication de Pierre (Kr,puy|xa TliTfO’j ) 4 et plusieurs Évangiles qui avaient cours à cette époque.
1 Eusèbe, H ht. eciïes., lib. VI, cap. xxv.
1 Orig., in EpitM. ad Roman., lib. IX, cap. xxxi, dans Opéra, t. IV, p. 683.
1 Orig., in Matth., lib. XIV, cap. xxi, dans Opéra , l. III, p. 644. Deprincip., lib. II, cap. i, dans Opéra, 1. 1, p. 79.
* Orig., Deprincip. proem., dans Opéra, I. I, p. 49.
Laissons (le côté les écrits de cette dernière catégorie, qui sont universellement condamnés au in® siècle, et ceux de la première, qui, sauf l’Apocalypse, sur laquelle les doutes planeront longtemps encore, sont unanimement reçus comme des livres inspirés, et arrêtons un moment notre attention sur ceux de la classe intermédiaire, celle des mélangés, va [iutx fiiêxta. Le désaccord règne encore sur eux. Reçus comme faisant partie do l’Écriture sainte dans certaines Églises, ils sont rejetés du canon dans d’autres, qui s’accordent cependant en général à les regarder comme des ouvrages pleins de piété et propres à édifier et à instruire. De ces livres encore débattus, les uns, l’Épître aux Hébreux, celle de Jacques, la deuxième et la troisième de Jean, la deuxième de Pierre et celle de Jude, passeront plus tard dans la première catégorie, et seront admis à faire partie de l’Écriture sainte ; et les autres, le Pasteur d’Hermas et l’Épltre de Barnabas, en seront décidément exclus; mais l’opinion n’est pas fixée et le canon reste ouvert. Origène, il est vrai, s’élève au-dessus de ces distinctions et de ces scrupules ; il néglige en général ces différences, et sait tirer de chaque livre ce qu’il peut contenir de bon et d’utile à la foi et à la science chrétienne 4 . Mais la foule ne pouvait le suivre dans cette voie.
1 Itcus?, Ges chiehte der heilig. Sehrift. neticn Testaments, p. 292-
Je ue puis entrer ici dans l’énumération détaillée des divers sentiments des écrivains ecclésiastiques du ni® siècle sur les livres encore contestés l . Qu’il me suffise de faire remarquer que le débat porta principalement sur l’Épltre aux Hébreux et sur l’Apocalypse. Ce dernier livre, quoique admis dans le canon à la fin du n° siècle et au commencement du m°, excepté par la Peschito, rencontra pendant longtemps une forte opposition, surtout dans les Églises de l’Orient. En général, tous les écrivains ecclésiastiques du m® siècle, qui repoussent la doctrine du règne de mille ans, comme aussi tous ceux qui sont opposés à toute tendance gnostique, lui refusent un caractère divin, ou du moins ne veulent pas l’attribuer à l’auteur du quatrième Évangile. Parmi ceux qui, à cette époque, attaquèrent son authenticité, il faut placer en première ligne Denys, évêque d’Alexandrie. Des divers arguments qu’il présente, il en est que ne désavouerait pas certainement la critique moderne 3 . D’un autre côté, tous ceux qui inclinent vers les croyances chiliastes
' Reuss, ibid., p. 293-293, et les différentes histoires des dogmes.
2 Eusèbe (Hist. eccles., lib. VII, cap. xxiv et xxv) nous a conservé quelques fragments de l’ouvrage dans lequel Denys d’Alexandrio avait soumis ce livre à un examen approfondi. C’est la première fois, comme le fait remarquer M. Reuss, qu’un écrivain ecclésiastique cherche à so fairo un jugement sur un écrit apostolique d’après des raisons internes. M. Reuss, Geseb.-der heili'j. Schrifl. ne tien Testaments, p. 293 et 294.
SI' K LA BIBLE
tiennent l’Apocalypse eu grande estime, et la regardent comme l’œuvre de l’apôtre Jean : tels sont, entre autres, dans l’Orient, Nepos, évêque d’Arsinoé en Égypte *, et dans l’ Occident, où elle eut de nombreux admirateurs 2 , Cypriop 3 et Lactance 4 , Gaïus, prêtre de Rome, en rejeta cependant l’authenticité, et accusa Cérinthe de l’avoir composée pour répandre ses erreurs et tromper le monde par le nom d’un grand apôtre 5 .
L’Épître aux Hébreux fut, au contraire, peu goûtée des écrivains ecclésiastiques de l’Occident. A Rome, s’il faut en croire Jérôme 6 , on ne la tenait pas pour l’œuvre de Paul 7 , et cette opinion y était encore générale de son temps 8 . Ni Cyprien, ni Lactance ne la citent 9 . Dans l’Église d’Orient, elle trouve, au contraire, de nombreux partisans, et elle finit par être regardée comme l’œuvre de l’apôtre Paul ,0 . Quant aux Épîtres de Jacques et
1 Eusèbe, Hist. eccles., lib. VU, cap. xxiv.
2 Reuss, ibid., p. 293 el 294.
3 Cypriani epislol. 63.
4 Lactantius, Institut, divin., lib. VII, cap. x.
5 Eusèbe, Hist. eccles., lib. III, cap. xxvm ; lib. VII, cap. xxv,
6 Hieronym., De viris illust., 59.
7 Eusèbe dit seulement qu'elle était rejetée à Rome par quelques personnes. Hist. eccles ., lib. III, cap. m; lib. VI, cap. xx.
8 Jérôme mourut en 420 ; par conséquent, l’Épltre aux Hébreux était encore contestée au \ c siècle.
11 Reuss, Geschichte derlieilig. Schrift. neuen Testaments, p. 294 et J05.
" ltcuss. ibid.
3il ÉTDDES CRITIQUES
de Jude, les deuxième et troisième de Jean, et la deuxième de Pierre, elles paraissent s’être répandues peu à peu dans le courant du ni® dècle. Cependant il est peu d’écrivains éminents de cette époque, soit en Orient, soit en Occident, qui les citent fréquemment.
Un fait que M. Reuss relève avec raison comme d’une haute importance dans l’histoire des idées reçues successivement dans l’Église sur la valeur des écrits du Nouveau Testament, c’est que dans la persécution de Dioclétien, les magistrats païens portèrent leur attention sur les livres saints des chrétiens, et ordonnèrent aux ecclésiastiques, qui naturellement en étaient les principaux possesseurs, de les leur livrer '. On peut induire de là avec une complète certitude que ces livres avaient alors acquis une autorité suprême chez les chrétiens, et étaient devenus la règle de la foi et de l’organisation de l’Église. Dans les persécutions précédentes, on n’avait jamais eu recours à une mesure de ce genre, et, à vrai dire, elle aurait été entièrement sans résultat à une époque où l’enseignement chrétien reposait essentiellement sur la tradition. Si, sous Dioclétien, on veut priver les chrétiens de leurs Livres saints, c’est parce qu’on s’est aperçu du rôle important qu’ils remplissent dans l’Église, de la
' Reuss, iiid., p. Î93.
SLR LA BIBLE
place considérable qu’ils tiennent dans l’instruction des fidèles, et qu’on a quelque raison de croire que les en priver, c’est saper leur religion à sa base.
Les soins que l’on se donna à la fin u e siècle, sous la pression d’événements que j’aurai à déterminer plus loin, pour ramener à une certaine unité les différents recueils des livres de la Nouvelle Alliance, n’eurent que des effets de courte durée. Le travail d’Origène sur le canon, qui fut comme le dernier mot et le résumé de ce mouvement, n’eut pas tout le succès qu’on pouvait en attendre. On retrouve, du moins à la fin du m c siècle et au commencement du iv°, une aussi grande diversité que cent ans auparavant, dans les Nouveaux Testaments des diverses Églises. On s’entend même encore moins que dans le siècle précédent sur les écrits qui doivent être regardés comme canoniques. Des apocryphes plus nombreux aspirent à une place dans le recueil sacré, et parmi les livres dont l’autorité paraissait décidément incontestée , il en est qui , comme l’Apocalypse de Jean, soulèvent une opposition plus vive que jamais, et sont m;nacés d’être exclus du canon
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346 ÉÏIJU 1ÎS CRITIQUES
là même où ils avaient été admis naguère sans trop
de résistance.
Si l’on s’en rapporte à Eusèbe, voici quel était l’état des choses par rapport au canon du Nouveau Testament au milieu de la première moitié du iv° siècle. Je cite ses propres paroles. « Je crois, dit-il, » devoir faire ici le catalogue de tous les livres du » Nouveau Testament. Il faut mettre au premier » rang les quatre Évangiles, à la suite desquels sont » les Actes des apôtres ; les Épîtres de Paul 1 vien- » lient après ; puis la première de Jean et la pre- » mière de Pierre. On peut leur joindre, si on le » juge bon, l’Apocalypse de Jean, sur laquelle je » rapporterai en son lieu les diverses opinions. » Voilà les livres reçus d’un consentement una- » nime *, Kai -Vi-V. pév £v ofAo^oyoupivoi;.
» L'Épltre de Jacques, celle de Jude, la seconde » de Pierre 3 , la seconde et la troisième de Jean,
1 11 faut y comprendre t’Êpilre aux Hébreux. Il la compte du moins ailleurs (Hist. eccles., lib. III, cap. m) au nombre des Épitres de Paul ; mais il ajoute que quelques personnes, et entre autres l’Église de Home, ne la croient pas de cet apôtre, et ailleurs encore (Ibid., lib. VI. cap. xm) il la place parmi les livres douteux ou antilégomènes, entre la Sapience et l'Ecclésiastique d’un côté et les Épitres de Burnabas, Clément de Romeet Jude de l'autre.
2 II est assez singulier qu'Eusèbe place parmi les livres reçus d’un consentement unanimo l’Apocalypse, quand il reconnaît lui-même qu’elle est rejetée par un grand nombre d'Églises parmi les écrits sup|>osés.
Eusèbe s’explique plus i.cllemcul sur celle Épllre dans sou
* qu’elle ait été écrite par l’Évangéliste ou par une » autre personne du môme nom, doivent être pla- » oées parmi les livres douteux, quoique reconnues » par un grand nombre de personnes, Tôv âv-rt- » Xïyopsvwv, yvc»;tp,wv üï o’jv ojjuü; toïî -oXlot;. Parmi » les écrits supposés, èv toïî vdô&tç, il faut placer en-
* coreles Actes de Paul, le livre du Pasteur 1 et l l A- » pocalypse de Pierre; il faut y ajouter l’Épltre de » Barnabas et les Institutions des Apôtres. On peut » mettre dans cette classe, si l’on veut, l’Apoca- » lypse de Jean, que quelques personnes, comme je » l’ai déjà dit, etfacent du nombre des livres saints, » tandis que d’autres croient devoir l’y laisser.
llist. ecdes . , lib. III, cap. m : « L’Épitre de Pierre, surnommée la première, est, dit-il, reçue de tout le monde sans contestation ; les anciens la citent dans leurs ouvrages sans élever le moindre doute. Quant à celle qu’on appelle la seconde, nous n’avons pas appris qu’elle fut du nombre des livres du Nouveau Testament. On la lit néanmoins, parce que l’on juge quelle contient plusieurs
choses fort utiles Enfin, de tous les ouvrages attribués à
Pierre, il n’v a que l’Épitre qu’on appelle la première qui soit reconnue pour véritable par les anciens.
’ Sur le Pasteur, Eusèbe dit ailleurs (Hist. eccles., lib. III, cap. m) que l’on croit que ce livre est d'Hermas, dont Paul fait mention dans les salutations de la fin do l’Épître aux Romains, et il ajoute : « Il faut savoir que ce livre est rejeté par quelques personnes, bien que d’autres le tiennent utile à ceux qui reçoivent les premières instructions de la religion. On sait d’ailleurs qu’il est lu publiquement dans l’Église et que les anciens en ont souvent cité des passages. # Par les autres personnes qui licniicnl le Pasteur d'Hermas pour utile aux caléi humènes, Eusèbe entend certainement Allianasc et s:s parti-an-.
* Quelques-uns placent dans cette catégorie l’Évan- » gile selon les Hébreux, qui plaît extrêmement » aux Juifs qui ont reçu la foi Tous ces livres » soulèvent des doutes, Taina St iravra twv àvrtXïYO- » fxevojv av eivj. J’ai cru nécessaire d’en dresser le ca- » talogue afin que, tout en distinguant les écrits » véritables , authentiques et reçus d’un consente- » ment unanime, de ceux qui sont douteux et ne » peuvent pas être considérés comme livres de » l’alliance, où* ëvSiaâïfoot, bien que connus de la » plupart des écrivains ecclésiastiques, on sépare » les uns et les autres de ceux qui ont été publiés » par des hérétiques sous les noms des divers » apôtres, tels que les Évangiles de Pierre, de » Thomas et de Matthias, et les Actes d’André , do » Jean et des autres Apôtres, livres dont aucun » successeur légitime de l’autorité apostolique n’a » fait mention dans ses ouvrages. La manière dont » ils sont écrits est si éloignée de la manière d’é- » crire des Apôtres, et les sentiments qu’on y » trouve sont si ouvertement contraires à la droite » doctrine de l’Église, qu’on ne peut douter qu’ils » n’aient été composés par des hérétiques. On ne » doit pas même les ranger parmi les livres dont » l’autorité est incertaine, ëv vo'Ôoi; ; il faut les re-
1 il n’oit pas sans intérêt (le remarquer qu'il y avait encore des judéo-clirélicns au i\ e siècle.
» jeter comme des écrits dont l’impiété est mani •
» feste *. »
Voilà donc pour Eusèbe, comme pour Origène, trois classes d’écrits prétendant, mais avec des droits fort différents, à faire partie du recueil du Nouveau Testament. La première classe est la même chez les deux écrivains, si ce n’est toutefois que, dans le canon d’Eusèbe, l’Apocalypse n’a plus une place aussi fermement établie que dans le canon d’Origène, et que l’Épître aux Hébreux est admise avec moins do réserve dans le premier que dans le second.
La seconde classe d’Eusèbe correspond à la troisième d’Origène, avec cette différence cependant que le premier la divise d’une manière assez claire, il me le semble du moins, en deux groupes distincts. Dans le premier il place l’Épître de Jacques, celle de Jude, la seconde de Pierre et la seconde et la troisième de Jean, et dans le second les Actes de Paul, le Pasteur d’Hermas, l’Apocalypse de Pierre, l’Épîtrede Barnabas et les Institutions Apostoliques. Tous ces livres avaient alors des partisans et des contradicteurs, et c’est en ce sens qu’ils sont misdans une même classe. Ils se distinguent tous également de ceux de la première classe en ce qu’ils ne sont pas unanimement reçus dans les églises comme
1 Eusèbe, Hi*t. eecles., lib III, cap xxv.
livres inspirés, et de ceux de la troisième en ce qu’ils sont, contrairement à ceux-ci, dans le ton général de la doctrine ecclésiastique. Mais en les séparant en deux catégories, Eusèbe n’aurait-il pas voulu dire que ceux de la première avaient moins d’opposants que ceux de la seconde ? Je suis d’autant plus disposé à le croire que je ne saurais m’expliquer sans cela pourquoi l’Évêque de Césarée ne les a pas mis tout simplement les uns à la suite des autres et a jugé nécessaire de les distribuer en deux phrases distinctes. Cette interprétation me semble confirmée par cette circonstance que tous les livres du premier groupe ont passé plus tard dans le canon du Nouveau Testament, et qu’aucun de ceux du second n’y a été admis, à l’exception toutefois de l’Apocalypse de Jean qui doit être évidemment mise à part et sur laquelle Eusèbe ne sait pas ou ne veut pas se prononcer.
Entre les écrits de la première classe du système d’Eusèbe et ceux de la première catégorie de la secondé, il n’y a évidemment qu’une différence de degrés ; les premiers ont dans l’Église l’unanimité des suffrages *, les seconds n’ont que la majorité *. C’est des livres de ces deux classes que s’est formé plus tard notre Nouveau Testament. Les seconds
1 Moins toutefois l’Apocalypse, qui doit encore être mis à part.
8 II en est de même entre les frima, et les [tut-rtf d’Origène.
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gagneront dans l’estime publique, et finiront par être mis sur la même ligne que les premiers.
Les livres de la seconde catégorie de la seconde classe baisseront de plus en plus dans l’estime des chrétiens. Du temps d’Eusêbe, ils n’avaient pour eux qu’une faible minorité dans les Églises ; ceux de la troisième classe une minorité encore plus faible ; c’est par là qu’ils se distinguent les uns des autres ; mais aucun d’eux ne passera dans le canon définitif du Nouveau Testament *.
Il est encore deux faits sur lesquels il convient d’appeler l’attention. Le premier, c’est que, sauf l’Épître de Barnabas et le Pasteur d’Hermas, qui comptent encore quelques partisans, tous les écrits des Pères apostoliques, c’est-à-dire les Épîtres de Polycarpe, de Clément de Rome et d’Ignace, qui figurent dans les canons d’Irénée et de Clément d’Alexandrie,
’ Credner groupe en deux catégories les trois classes d’Eusèbe. Dans la première de ces deux catégories, il ne place que la première classe, et il réunit les deux autres dans ta seconde catégorie. Il fonde cette division sur cette raison, que la première classe d’Eusèbe renferme les livres universellement reconnus, les homologoumènes, tandis que les livres des deux autres sont également rejetés. ( Gesch . des Kmons, p. 20Î.) Cela est vrai ; il y a cependant moins loin de la seconde à la première que de la troisième à la seconde. La première est le véritable canon, d’aprè3 Eusèbe, c'est incontestable ; mais la seconde appartient aussi au canon d’un grand nombre d'Églises : c’est là une circonstance dont Eusèbe lui-même tient compte. La dernière, au contraire, ne contient que dos livres décidément repoussés par la grande majorité.
lie sont plus même placés parmi les livres auxquels quelques rares Églises seraient encore tentées de donner une place dans le recueil du Nouveau Testament. Ils sont rentrés pour toujours dans le nombre des ouvrages ordinaires des écrivains ecclésiastiques qui n’ont pas été favorisés d’une inspiration spéciale de l’Esprit-Saint. Le second fait, c’est que des livres qui avaient eu précédemment une place parmi les écrits sacrés, par exemple l’Apocalypse de Pierre, qui est indiquée dans les canons de Clément d’Alexandrie, de Muratori et du Codex Claromontanus, sont tenus maintenant pour faux et supposés ; et que d’autres, qui, sans jouir de la même estime que les précédents, n’avaient pas laissé que d’être considérés comme des ouvrages utiles et édifiants, tels que l’Évangile de Pierre ’ , sont décidément repoussés comme des compositions dont, pour me servir des expressions d’Eusèbe, l’impiété est manifeste.
De l’exposition que faitEusèbe, de la question du
1 On ne sait trop ce qu’était cet Évangile de Pierre. Il paraît qu’il contenait une histoire de la vie et des enseignements de Jésus-Christ, écrite au point de vue des judéo-chrétiens. C’est un des ouvrages que Sérapion d’Antioche entreprit de bannir des Églises. (Eusèbe, Hist. eecles., lib, IH,'cap. xii.) Très-répandu du temps de Sérapion, il était rare du temps d'Eusèbe, qui n’en parle certainement que d’après ce qu’il en avait entendu dire, et qui ne parait pas l’avoir connu autrement. Il ne se trouvait probablement à cette époque qu’entre les mains d’une secte peu nombreuse.
Nouveau Testament vers l’an 325, il ressort les trois faits suivants :
Le premier, que le Nouveau Testament n’avait pas encore reçu la forme sous laquelle nous le possédons;
Le second , qu’il s’était fait, depuis les premiers temps du m e siècle jusqu’à ce moment , un travail d’élimination considérable , tous les livres qui seront désormais regardés comme apocryphes étant à cette époque décidément reconnus pour faux et supposés;
Enfin le troisième, que les livres qui n’étaient pas encore entrés dans le canon, mais qui y entrèrent plus tard, formaient à eux seuls un groupe particulier qui se trouvait, si l’on peut ainsi dire, sur les confins de la classe des livres unanimement reconnus pour canoniques, et réunissaient déjà en leur faveur un grand nombre de suffrages dans la chrétienté.
Mais que penser de ce passage d’Eusèbe, et quelle confiance lui accorder, quand on voit qu’au moment même où le savant évêque de Césarée nous assure que les Évangiles, les Actes, les Épîtres de saint Paul, la première de Pierre , la première de Jean, et en un certain sens l’Apocalypse, sont les seuls livres universellement reçus des chrétiens, et que l’Épitre de Jacques, celle de Jude, la seconde
de Pierre et la seconde et la troisième de Jean sont
encore des livres contestés, quand on voit, dis-je, qu’à ce moment un des hommes les plus influents de cette époque, Athanase, a un Nouveau Testament t absolument analogue au nôtre, et que ce Nouveau Testament , qui allait bientôt être adopté dans la Eglises, semble déjà compter un grand nombre de plupart des partisans?
On a voulu faire disparaître cette difficulté, en supposant qu’Eusèbe avait écrit son histoire avant le Concile de Nicée ; que ce qu’il rapporte de l’état de la question des Livres saints de la Nouvelle Alliance est l’image de ce qui existait alors, et que le canon d’ Athanase fut le résultat d’un accord que les Pères de cette assemblée auraient arrêté entre eux, en dehors des séances officielles du concile *. Je suis fort disposé à reconnaître la vraisemblance de cette dernière supposition, et j’y reviendrai plus loin, mais la première me paraît au contraire insoutenable. Il estquestion, en effet, dans Y Histoire ecclé si astique d’Eusèbe, non-seulement de la défaite de Licinius, qui eut lieu en 323, l’année même du concile de Nicée, mais encore d’événements de beaucoup postérieurs. 11 y est parlé, entre autres, des témoignages éclatants de piété que Constantin et ses enfants continuèrent de donner pendant le restant
1 Cellerier, Essai d'une introduit, critiq. au lion veau Testament, p. 54 et 56.
Je leur vie *. Il est vrai que ces détails fie se trouvent que dans le dernier chapitre du dernier livre, et peut-être prétendra-t-on que ce chapitre ne fut ajouté que plus tard à son histoire. Mais s’il remania son ouvrage longtemps après l’avoir composé, pourquoi ne retoucha-t-il pas les passages qui n’étaient plus en accord avec l’état des esprits? Et celui dans lequel il fait connaître ce qu’on pensait de son temps des Livres saints de la Nouvelle Alliance dans les Églises chrétiennes ne répondait plus à la réalité des choses, si en effet le canon d’Athanase, concerté à Nicée entre les Pères de ce concile, avait obtenu aussitôt une approbation générale.
D’autres critiques ont prétendu que, dans le passage que j’ai cité, l’évêque de Césarée avait exposé, hon l’opinion des Églises sur le canon, mais ses vues personnelles. 11 est bien possible que sur cer- • tains points, par exemple sur l’Apocalypse, il n’ait pas imposé silence à ses préventions aussi complètement qu’il l’aurait dû. Mais on ne saurait admettre qu’en somme il ne se soit pas positivement proposé de tracer le tableau des sentiments des Églises de son temps sur la question de la composition du Nouveau Testament. Il annonce -lui-même, comme Mtlnscher n’a pas manqué de le faire re-
’ Eusèbe, ÏÏist. ecckt., lib. X, cap. îx.
marquer, qu’il veut faire connaître l’opinion générale des chrétiens sur les livres répandus parmi eux * .
Il me paraît donc impossible, d’un côté, de contester la valeur historique du témoignage d’Eusèbe, et, de l’autre, de le rapporter aux temps qui précédèrent le concile de Nicée. Je suis loin de prétendre que ce concile n’ait pas eu une influence considérable sur la détermination définitive du canon du Nouveau Testament. S’il ne se prononça pas officiellement sur cette question, il offrit aux évêques et aux prêtres, qu’il avait réunis d’un grand nombre de points de l’empire romain, l’occasion de s’en entretenir et de chercher à s’éclairer mutuellement, et à s’entendre sur ce sujet. Mais le recueil des saintes Écritures qu’ils purent arrêter ne se répandit pas sans doute, et ne fut pas unanimement reçu dans toutes les Églises le lendemain même de l’assemblée de Nicée. Ce recueil, dont Athanase fut le principal champion, resta longtemps uiie nouveauté. Il finit, il est vrai, par être adopté, du moins dans l’Occident ; mais au milieu de la première moitié du IV e siècle, il surgissait à peine à l’horizon ; il n’était pas encore un événement parm les chrétiens. Eusèbe ne crut pas même devoir s’en occuper 3 .
’ Munscher, ïïcmbd. der christl. Dogmengesch, 1. 1, p. 1 96.
a Le canon fut si peu futé au concile de Nicée que vers l’an 332, l’empereur Constantin, voulant organiser le culte cjiré-
Dans les Églises d’Orient, la question du canon n’a jamais reçu de solution précise. Pendant des siècles, on y disputa sur la valeur des livres contestés, sans parvenir à s’entendre, et de guerre lasse, le silence se fit sur un sujet qui d’ailleurs, une fois l’Église définitivement constituée, n’offrait plus aucun intérêt.
C’est en général sur l’Apocalypse que le débat fut le plus long et le plus animé. Les semi-ariens
lien dans sa capitale, chargea Eusèbe de lui faire copier cinquante exemplaires des saintes Écritures « dont tu reconnais, lui dit-il dans la lettre qu’il lui écrivit à cette occasion et qui nous a été conservée, la confection et l’usage le plus nécessaires, eu égard à l’Église » 'c'est-à-dire probablement: pour les besoins do l’Église) , wv u.â/.'.TTCf. rr, v T’imrai’JW r.%\ rtn yj/r/m tm tt; sxxXr.maî Xéfw ivifxaiav tt/ai (Eusèbe, vita Constantini , lib. IV,
cap. xxxvi et xxxvn). Eusèbe se trouva donc libre do mettre dans les cinquante exemplaires les livres qu’il jugea nécessaires. Celte liberté lui aurait-elle été laissée par l’empereur qui venait de se convaincre à Nicée combien il est difficile de maintenir l’ac cord parmi les théologiens, si elle n’avait encore en ce moment appartenu à tout le monde, ou en d’autres termes s’il y avait eu alors quelque détermination générale sur le canon? Voyez, au reste, sur ce fait aussi curieux qu’important, Reuss, Hist, du Canon, p. 1 34-1 36.
la repoussaient comme la source des rêveries millénaires ; Athanase et ses partisans la mettaient au contraire au nombre des Livres saints. L’autorité de l’évêque d’Alexandrie ne put vaincre cependant l’antipathie que les docteurs grecs ont constamment éprouvée pour ce livre. Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Cyrille de Jérusalem et bien d’autres encore se refusèrent à lui reconnaître un caractère divin. Théodore de Mopsueste, ou pour mieux dire, toute l’école d’Antioche, se prononça contre sa canonicité. Amphiloque nous apprend que ce sentiment était partagé par le plus grand nombre des Églises d’Orient
Des doutes s’élevèrent aussi pendant longtemps dans les Églises grecques sur l’Épître aux Hébreux ; mais elle avait des défenseurs : de ce nombre était Amphiloque \ L’Épltre de Jacques ne paraît pas avoir rencontré de vives oppositions. Elle se répandit peu à peu, sans soulever des luttes ; licet paula tim, tcmpore procedcnte, obtinuerit auctoritatem, dit Jérôme \ On fut moins facile pour la seconde de Pierre, la seconde et la troisième de Jean et celle de Jude. On ne s’entendit pas de longtemps
l Oi irXiûu; Si 74 voôr.v Jifcum. Credncr rapporte tout le passage d’Amphiloquo sur les livres du Nouveau Testament. Die Getchichte des Aanons, p. 223 et 227.
3 Tivi; Si <pxoi tw irpô; Êëpxîcv; voflr,v,
Où* là XtqovTi; yvrmx ykf r, y.xptf.
3 Hieronym., Script, eccles., cap. it.
sur leur valeur canonique. On n’était pas d’accord encore à la fin du quatrième siècle. « Quelques per sonnes, dit Amphiloque ' dans son catalogue versifié des Livres saints, admettent sept Épitres catholiques ; d’autres n’en reçoivent que trois : une de Jacques, une de Pierre et une de Jean 2 . » Telle était aussi l’opinion de Chrysoslome , qui rejette également l’Apocalypse 3 .
On trouverait assez étrange qu’au milieu de cette anarchie des sentiments sur les livres qui doivent composer le Nouveau Testament, le concile de Nicée ne crut pas devoir trancher la question, si l’on ne savait que cette question n’avait pas pour les chrétiens des premiers siècles l’importance que nous sommes dans l’habitude de lui donner. Jusqu’à la fin du septième siècle, aucune assemblée dans l’Orient ne s’occupa de ces matières. On a répété pendant longtemps que le synode tenu à Laodicée en 300 par les semi-ariens avait arrêté la liste des Livres saints de la nouvelle Alliance. Et, en effet, les Actes de ce synode ont un soixantième et dernier canon, qui contient un catalogue des écrits du Nou-
i Amphiloque, évéque d’Icone, dans la Lycaonie, mourut en 39ü.
3 Kiev ntoRn, x»OO.ot*{ ii iistoXoÎ; ;
Tivs; |«v ÉîtTsÉ oaatv ■ cl Si Tpeï; j/.v/*î Xpüvxt St'x loOxt, ttci isuuiêsu p.tscv,
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3 Chrisostomi opéra, Paris, 1836, 1. IV, p. 363 ejt suiv.
veau Testament, absolument identique avec le nôtre, moins toutefois l’Apocalypse, qui n’y est pas mentionnée. Mais il est prouvé aujourd’hui que ce soixantième canon n’est qu’une addition postérieure. Le cinquante-neuvième, qui est véritablement le dernier des Actes de ce synode, portait qu’il ne fallait lire dans le culte public que les livres canoniques ; un copiste, voulant plus tard le faire suivre de la liste de ces livres, l’emprunta aux Constitutions apostoliques, dont le canon quatre-vingtième, transcrit à la suite des Actes de l’assemblée de Laodicée, a été regardé depuis ce moment comme en faisant partie 1 .
Ce fut seulement au concile réuni à Constantinople en 691 et 692 que la question du canon fut pour la première fois traitée officiellement dans l’Église d’Orient; et si l’on s’en occupa, ce fut moins par un sentiment bien compris de son importance, que par le désir de ne pas rester en arrière des Églises de l’Occident, qui l’avaient résolue depuis environ un siècle. Le plus simple aurait été d’adopter le canon établi par le synode d’IIippone de 393, et par le concile de Carthage de 397 2 ; ou, si l’on ne voulait pas suivre servilement ces deux
( Credner, Die Geschichte des Knnons, p. 219 et 320; Reuss, G est: h . der heiligen Schriflen netivn Testament, p. 303 et 304 et Histoire du Canon, p. 151.
2 Reuss, Histoire du Canon, p. 171 et 172.
assemblées, de dresser le catalogue des livres qu’on jugeait dignes de faire partie de rÉcriture sainte de la nouvelle Alliance. Le concile de Constantinople ne fit ni l’un ni l’autre; il se contenta d’en appeler à l’autorité des décisions antérieures et des anciens docteurs de l’Église. Mais comme ces décisions antérieures se contredisaient les unes les autres, et que les anciens écrivains ecclésiastiques étaient loin d’être d’accord, les Pères de l’assemblée de Constantinople ne firent en réalité que sanctionner, comme s’exprime Credner, une concordia dis cors
La diversité continua donc de régner dans les recueils sacrés des différentes Églises grecques. Le concile tenu à Constantinople en janvier 1672 et celui qui se réunit à Jérusalem en mars de la même année, loin de trancher la question, s’en rapportèrent à la décision du concile de Constantinople de 691 et 692, qui ne décidait rien. Les choses restèrent dans le même état qu’auparavant. Depuis cette époque, les théologiens de l’Église orthodoxe n’ont émis sur le canon que des opinions tellement vagues, qu’il est à peu près impossible de savoir au juste ce qu’elle en pense. On peut dire avec Credner que cette Église n’a pas encore aujourd’hui de doctrine arrêtée sur ce point capital.
1 Cieduer, Die Geschuhte des Kunons, p. H7.
ÉTUDgS CRITKJUES
Il en fut tout autrement dans les Églises d’0<M cident. L’esprit pratique et gouvernemental de l’ancienne Rouie était passé tout, naturellement dans l’Église chrétienne. 11 écarta de toutes les questions théologiques les distinctions métaphysiques qui avaient un si puissant attrait pour l’esprit grec. On agit plus qu’on ne disserta, et l’on fut porté à faire de l’Église un corps bien discipliné plutôt qu’une école ouverte à toutes les discussions. Il est bien vrai que la vérité ne consiste d’ordinaire que dans des distinctions déliées. Mais l’esprit latin aimait les solutions tout d’une pièce. Méprisant, ou, pour mieux dire, ne comprenant pas les embarras du penseur qui cherche avec anxiété, à travers mille oppositions, la nuance précise d’une idée, il allait droit son chemin, marchant dans la recherche de la vérité à peu près comme il l’aurait fait en une bataille rangée. . .
Une circonstance particulière laissait aux Églises (l’Occident une plus grande liberté dans la détermination du canon. La plupart des apocryphes étaient originaires de l’Orient ; ils étaient nés sous l’influence d'opinions qui n’avaient pas de racines dans les Églises latines. Apportés dans l’Occident par des hommes regardés en général comme hérétiques, ils y étaient en grande suspicion. Quant aux écrits d’Ignace, de Polycarpe, de Barnabas, ils ne pouvaient pas y exercer le même prestige que dans
Süll LA BIBLE 363
les Églises d’Orient, où le souvenir encore vivant des services que ces premiers Pères de l’Église avaient rendus à la cause chrétienne mettait presque leurs écrits sur la môme ligne que ceux des apôtres, Le travail d’épuration du recueil du Nouveau Testament se trouvait, par suite de ces circonstances, moins compliqué et moins difficile en Afrique, à Home, dans les Gaules, en Espagne, qu’à Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Le problème de la formation du canon se composait en Orient de deux termes. 11 fallait, d’un côté, en faire sortir les livres qui y avaient usurpé une place, mais que des intérêts de secte, des traditions propres à certaines Églises, la mémoire de personnages vénérés, y avaient fait introduire, et y maintenaient avec obstination; et de l’autre côté, y faire recevoir ceux que leur origine apostolique réelle ou présumée semblait y appeler de droit, mais qui, tombés dans l’oubli pour une cause ou pour une autre, ne s’étaient pas acquis la faveur populaire. La première difficulté n’existait qu’à un très-faible degré pour les Églises d’Occident; la seconde était la seule contre laquelle il leur fallut lutter sérieusement. Elle dut cependant céder sans trop de résistance devant le génie organisateur des Latins, une fois que les communautés chrétiennes eurent pris une certaine consistance.
Rufin et Jérôme exercèrent bien certainement
quelque influence sur la formation du canon dans les Églises de l’Italie et des autres contrées de l’Occident. Leurs écrits, que la langue dans laquelle ils étaient composés rendait accessibles aux Latins, passèrent à leurs yeux pour des images fidèles de la science et des croyances de l’Orient ; et comme on était avant tout préoccupé à Rome, en Afrique, en Espagne, dans les Gaules, du désir de voir l’unité ou l’uniformité régner dans tout le monde ecclésiastique, on dut prendre en grande considération leurs opinions sur le canon du Nouveau Testament, opinions qu’on ne regardait pas, on ne saurait trop le répéter, comme leur étant personnelles, mais qu’on tenait pour celles qui dominaient à Jérusalem , à Alexandrie , dans toute l’Asie Mineure. Or, Rufin et Jérôme admettaient le canon d’Athanase, c’est-à-dire un canon conforme à celui que nous avons. Seulement, à l’exemple d’Athanase, auquel des préoccupations dogmatiques recommandaient le Pasteur d’Hermas, qui lui paraissait empreint d’une couleur trinitaire prononcée, ces deux écrivains ecclésiastiques étaient disposés à admettre dans le culte public la lecture des livres non canoniques '.
i « Qui non canonici, sed ecclesiastici a majoribus appellati sunt, » dit RuGn dans Expositio fymboli apostolici, p. 37, à la fin de Cypriani opéra, dd. de Brème, 4690. Ces livres non canoniques, mais ecclésiastiques, étaient pour Rulin le Pasteur d’Her-
Le Père de l’Église qui contribua le plus efficacement à la détermination définitive du Nouveau Testament dans l’Occident fut saint Augustin. Cet éminent écrivain, qui, après avoir été amené au christianisme par le libre développement de la pensée, devint un homme d’autorité *, travailla pendant quarante ans avec une ardeur infatigable à poursuivre ce résultat ; il entraîna à son opinion le concile d’Hippone tenu en 393, et celui de Carthage tenu en 397. Dans ces deux assemblées, dont il fut l’âme, on fixa décidément le canon du Nouveau Testament, en môme temps que celui de l’Ancien. Ce canon est celui qui est resté depuis ce moment dans toutes les Églises de l’Occident, celui aussi qu’Athanase, Rufin et Jérôme avaient défendu. Mais saint Augustin n’admit pas avec eux qu’on pût lire dans le culte public d’autres livres que ceux qui composaient l’Écriture sainte. Les conciles d’Hippone et de Carthage sanctionnèrent ce sentiment *, qui avait d’ailleurs triomphé déjà
mas, et un ouvrage qu’il appelle Duw vice tel Judicium Pétri. Pour Jérôme, on pouvait lire ces livres « ad ædificationem plebis, non ad auctoritalem dogmatum confirmandam. » Prœfat. ad Salom., dans Opéra, t. IX, p 13.
* L’autorité de l’Église fut sa raison suprême. « Evangelio non crederem nisi me auctoritas Ecclesiæ commoverit, » dit-il; Ccmtr. Faust., 33, 6, 11 , 5.
a « Ut præter scripturas canonicas nihil in Ecclesia legatur sub nomine divinarum Ecclesiarum, » est-il dit dans les actes de ces conciles. Mansi, Collect. max. concüior., t. III, p. 9î4.
3f>6 ÉTUbES CRITIQUES
au synode de Laodicée *. On fit cependant Une exception pour les Actes des souffrances des martyrs, qu’on permit de lire dans les églises aux jours anniversaires de la fin de ces saints personnages *. L’Église de Rome, plus conséquente que saint Augustin aux principes qu’il avait posés lui-même, repoussa cette exception. Les raisons qu’en donna le pape Gelase, environ un siècle après, sont loin Cependant d’être concluantes, et ne partent pas de la véritable idée du canon 8 .
L’Espagne suivit bientôt l’exemple de l’Afrique.
Il était pressant de fixer dans les Églises de ce pays le canon du Nouveau Testament. Les priscillianistes , nourris de traditions gnostiques et mani- . chéennes, les avaient inondées de livres apocryphes*. Le concile de Tolède lança l’anathème contre quiconque accepterait d’autres écrits que ceux qui étaient admis par l’Église universelle 5 . En 405,
1 « On ne doit lire dans l’Église ni des psaumes particuliers ni des livres non canoniques de l’ancienne et de la nouvelle Alliance. » 59 e canon du synode de Laodicée.
* « Liceat etiam legi passiones martyrum, cum anniversarii dies eorum celebrentur. »
a « Gesla sanctorum martyrum in sancta romana Ecclesla non leguntur, quia et eorum qui conscripsere nomina penitus ignorantur, et ab infideiibus et idiotis superflua aut minus apta quam rei ordo fuerit, esse putantur. # Gelasius, Decretnm de librit recipiendis et non recipiendis, V, <6.
* Credner, Gesch. des Kanons , p. 280 et 28t.
8 Mansi, Amptiss. collect. concit., t. III, p. 1004.
SUR LA BIBLE Innocent I er fit connaître quels étaient ces livres*. Pour le Nouveau Testament, c’étaient les mêmes que ceux qui avaient été sanctionnés par les conciles d’Hippone et de Carthage, et par conséquent aussi, comme je l’ai fait remarquer, que ceux qui composent notre canon ; seulement ils étaient alors rangés dans un ordre un peu ditférent de celui qui est adopté depuis longtemps parmi nous.
Le canon du Nouveau Testament se trouva dès ce moment fixé d’une manière définitive dans l’Occident. Toutes les divergences ne disparurent pas cependant aussitôt : la lecture de livres qui ne faisaient pas partie de l’Écriture sainte se continua encore dans le culte public en de nombreuses Églises. Même dans l’Afrique, dans un diocèse voisin de celui d’Augustin, on lisait au commencement dü v c siècle, au mépris des prescriptions du concile de Carthage, des écrits apocryphes 2 . Un certain nombre d’ouvrages bannis du canon restèrent pendant longtemps les objets de la vénération publique et la source de plusieurs superstitions. On peut déjà le conclure de la nécessité dans laquelle se trouva l’évêque d’Hippone de lancer à plusieurs reprises l’anathème sur ceux qui attribuaient quelque valeur
' Dans son Epistola 6 (alias 3) ad Exuperium episcopum tolosanum, dans Mansi, ibid., t. III, p. 1040.
1 August., Ad Quint, epist., 54, § 3. Cette lettre est de l’annie 401,
religieuse à des écrits que l’Église ne comptait pas au nombre des Livres saints *. Mais on a des faits positifs qui prouvent que même après le concile de Carthage, le canon subit en certains lieux des modifications. Une ancienne liturgie , trouvée par Mabillon au monastère de Bobbio a , porte que les livres du Nouveau Testament sont au nombre de vingt-huit 3 : De Novo sunt libri vinginti octo; le vingt-huitième est appelé Sacramenta \ Qu’est-ce que ce livre? On l’ignore. Peut-être est-ce le même que celui que Cel. Aur. Agricola appelle Missœ canon 5 .
Mais tandis qu’en certains lieux on grossissait le canon, end’autreson voulaitle diminuer. C’est surtout l’Apocalypse qui rencontrait encore des adversaires. En 632, le quatrième concilede Tolède lança l’excommunication contre ceux qui se refusaient à l’admettre au nombre des Livres saints. Il est vraisemblable que cette opposition venait des Goths
* « Si quis aliquas scripturas prêter cas quas catholica ecclesia recipit, vel in auctoritate habendas esse crediderit, vel fuerit veneratus, anathema sit. » Augustini opéra, édit, de Paris, 1 838, t. Y, p. *951 ; t. X, p. *345 et *368.
a Muséum Italicum, 1. 1, p. 306 et suiv.
3 On sait que notre Nouveau Testament se compose de vingtsept livres.
* Hodius, De libror. bibl. natura et ordine, p. 654.
6 « His (les 27 livres du N. T.) addimus missæ canonem, quem inter sacros libros merito recensemus. » De chrûtianœ Ecclesiœ politia, édit, de Cologne, 1821, 1. 1, p. 156.
SÜft LA BIBLE qui, quoique ralliés à l’Église catholique, n’avaient pas probablement renoncé tout à fait à leurs traditions ariennes *.
Ces solennelles approbations ne mirent pas fin cependant aux objections. A la fin du siècle suivant, la canonicité de l’Apocalypse était encore contestée dans quelques Églises de l’Occident. On peut croire du moins que ce livre ôtait rejeté par les évêques franks qui, dans un synode qu’ils tinrent à Aix-la-Chapelle, en 789, adoptèrent le canon tel qu’il est établi dans le soixantième article du synode de Laodicée, canon dans lequel l’Apocalypse ne se trouve pas comprise * .
A la fin du vi e siècle, on commença à parler de l’Épître de saint Paul aux Laodicéens 3 , Épître trèsnettement indiquée dans l’Épître aux Colossiens ( îv, 16 ) , et dont la perte paraissait ne pouvoir s’accorder avec l’opinion qu’on se faisait de l’Écriture sainte. Comment aurait pu disparaître un écrit
' Credner, Die Gesch. des Kanons, p. 294.
2 Baluze, Copilul. regum francorum, t. I, p. 221 . Il n’est pas hors de propos d’ajouter que, même au moyen âge, quelques doutes timides s’élevèrent contre la canonicité de l’Épitre de Jacques. Hugues de Saint-Victor, Hugues de Saint-Cher, Nicolas de Lyra et le cardinal Cujetan ne paraissent pas trèsconvaincus des droits de cet écrit à une place dans le recueil des livres saints.
3 II avait déjà couru sous ce titre, dans l’Église du n« siècle, un écrit qui est rangé parmi les livres supposés, dans le canon de Muratori. Credner, Die Gesch. des Knnons, p. 96.
dicté littéralement par le Saint-Esprit? Une âme pieuse alla au-devant des difficultés que cette perte aurait pu soulever, en recomposant cette Épltre de différents passages empruntés aux autres Épitres de l’Apôtre. Cette Épltre aux Laodicéens ne pénétra pas, il est vrai, dans le canon que l’Église tenait pour décidément arrêté ; mais il parait qu’elle fut géné- ' râlement regardée comme authentique *. Il est fait souvent mention de quinze Épitres de Paul dans des écrits appartenant à l’ancienne Église anglaise et à l’Église franke 1 2 . En Écosse et en Irlande, où régnait au vi® siècle une remarquable liberté de penser dans les choses ecclésiastiques 3 4 , on l’inséra dans des Nouveaux Testaments. On la trouve encore dans deux manuscrits, le Bwrnerianm * et Y Augwnsts \ On reconnaît â des signes certains que ces manuscrits sont du ix e ou du x c siècle, et qu’ils ont été écrits l’un et l’autre par des Irlandais on des Écossais. M. Yolkmar conjecture, non sans
1 Grégoire I« dit : « Quamvis epislolas quindccim scripscrit (PhuIus), sancta lanien Ecclesia non amplius quant quatuordeciin lenel. «Exposit. in Jobtim seu moraliumlibri XXXV, lib. XXXV, cap. xxv.
2 Credner, Gesch. des h'anons , p. 299-303 et 307.
•* Barth. Haureau, Singularités historiques , p. 9 et suiv.
4 Ce manuscrit est actuellement à la Bibliothèque royale de Dresde.
1 1> Augiensis appartenait au couvent de Reicheneau, dans une île du lac de Constance II est maintenant au collège de Cambridge.
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quelque vraisemblance, qu’ils furent apportés sur le continent par Colomban ou par ses disciples