IV
Nous pouvons regarder comme un fait établi que, jusque vers la fin du ii° siècle, nos quatre Évangiles n’eurent aucun caractère officiel, et que, quelque prix que pussent attacher à ces écrits ceux qui
en possédaient des copies, on ne les prenait que pour des documents destinés simplement à reproduire en partie la tradition chrétienne. Il dut arriver de cet état de choses, on peut du moins le conjecturer avec quelque vraisemblance, que les personnes qui en avaient des exemplaires ne se firent- aucun scrupule, soit de les compléter, soit de les corriger, par la comparaison avec d’autres ouvrages analogues ou par des récits empruntés à la tradition.
Il est quelques faits qui viennent à l’appui de cette conjecture. Je n’en appelle pas aux trèsnombreuses variantes qui se rencontrent dans les divers manuscrits de nos Évangiles. Toutes ne remontent pas à une haute antiquité ; la plupart d’entre elles ne sont que des erreurs de copistes, et celles qui doivent leur origine au désir de corriger telle ou telle expression, peut-être aussi telle ou telle tournure de phrases, sont plus fréquentes, il est vrai, mais ont moins d’importance dans les Évangiles que dans les Épîtres, où elles atteignent parfois le fond, doctrinal du christianisme primitif. Je veux parler ici de faits plus graves et plus propres encore à nous faire supposer que la forme première de nos Évangiles a certainement subi des modifications plus ou moins profondes.
Il est aujourd’hui universellement reconnu que deux additions d’une étendue comparativement con-
sidérable se trouvent dans le quatrième Évangile. L’une est très-ancienne et n’est pas certainement de beaucoup postérieure à la composition de ce livre, dont elle est une sorte de supplément. Elle en forme le chapitre vingt et unième. L’antiquité de ce passage est prouvée par sa présence dans tous les manuscrits et dans toutes les traductions, ainsi que par les citations qu’on en rencontre dans les Pères. Mais , s’il n’est pas aussi certain qu’on le prétend d’ordinaire qu’il soit d’une autre main que le reste du livre , il me paraît . presque impossible de ne pas admettre qu’il n’y ait été ajouté après coup.
L’Évangile de Jean finissait certainement dans le principe avec le dernier verset du chapitre vingtième 1 : « Jésus, y est-il dit, fit encore, en présence de ses disciples, plusieurs autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie par son nom \ » Ces paroles forment une conclusion évidente ; ce qui suit, c’est-à-dire tout le chapitre vingt et unième, ne se rattache qu’indirectement à ce qui précède et semble avoir été ajouté à dessein, non pas tant pour attester, comme le prétend l’école de Tubingue , que cet
1 Reuss, Gesch. der heüig. Schrift. N. T. § 239.
* Jean, xx, 30 et 31 .
Évangile est de l’apôtre Jean, que pour expliquer une méprise née de quelques paroles de Jésus- Christ mal entendues.
Dans une circonstance qui est rapportée au long dans ce chapitre, Jésus avait répondu à Pierre qui, après avoir appris ce qui le concernait personnellement, lui demandait ce qui arriverait à Jean : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe * ? » On avait conclu de ces paroles que Jean ne mourrait pas avant le second avènement du Seigneur, et il paraît que cette opinion s’était répandue parmi les chrétiens. Grand dut être l’étonnement quand l’apôtre mourut. On avait vu tomber Jérusalem, périr la nation juive, de longues années s’écouler encore après ces calamités, sans que le second avènement du Messie arrivât. Tout espoir n’était pas cependant perdu aussi longtemps que vivait cet apôtre, qui devait demeurer, comme on croyait que le Seigneur l’avait annoncé, jusqu’à ce qu’il parût de nouveau lui-même sur la terre. Sa mort porta le dernier coup à cette illusion. Ce fut surtout dans le lieu que Jean avait habité dans sa vieillesse que le désenchantement dut être le plus sensible 2 . Les disciples de l’apôtre, en donnant à
• Jean, xxi, 20 et 22.
2 D’autres causes produisirent ailleurs les mêmes effets. On a la preuve qu’il fallut en d’autres lieux soutenir le courage chancelant des fidèles, dans 11 Pierre, m, 7 et 10.
l’écrit de leur maître, immédiatement après sa mort, une publicité plus grande que celle qu’il avait eue jusqu’alors, crurent de leur devoir de montrer que le bruit qui avait couru était tout simplement le résultat d’une méprise, et que les paroles de Jésus- Christ ne signifiaient pas que Jean ne mourrait pas avant le retour du Seigneur, mais qu’elles avaient eu seulement pour but de donner une leçon à Pierre et de réprimer une curiosité déplacée 1 .
Telle est l’explication que donne Bleek 2 . Elle s’applique aux principaux détails de la plus grande partie de ce chapitre vingt et unième ; elle rend compte, en même temps, du fait singulier que le quatrième Evangile ne se rencontre dans aucun manuscrit sans ce chapitre qui n’est pas cependant de la môme date que le reste du livre. Ce serait, en effet, en publiant cette œuvre de Jean, qui n’était pas sortie auparavant du cercle de ses disciples, que ceux-ci y auraient joint ce supplément, de sorte qu’elle n’aurait jamais circulé dans le public sans ce chapitre complémentaire.
La seconde addition est la péricope de la femme adultère 3 . Ce passage manque dans un grand nombre de manuscrits dont plusieurs sont très-anciens ;
il manque également dans la plupart des versions
1 Jean, xxi, 23.
2 Bleek, Einleit. in das N. T., p. 220 et 221 .
3 Jean, vu, 53 ; — vm, 11.
orientales ; enfin, on n’en trouve pas de citations dans les Pères grecs. Des manuscrits dans les quels il se lit, les uns le placent entre le verset 36 et le verset 37 du chapitre vu ; dans d’autres, il est rejeté à la fin de l’Évangile ; dans quelques autres, il est marqué d’une astérisque, indice que son authenticité était regardée comme douteuse. Il faut ajouter que le texte présente de trèsnombreuses différences dans les divers manuscrits qui le contiennent.
On a tout lieu de croire, cependant, que le fait qui y est raconté est historique, sinon dans tous ses détails, du moins dans sa donnée générale. On ne comprendrait pas, dans le cas contraire, comment une anecdote, dont le sens peut être si facilement mal saisi, aurait été inventée et se serait constamment conservée daiis l’Église, quand un certain nombre de fidèles semblaient assez disposés à s’en scandaliser ' . Mais il n’en est pas moins certain que ce ne fut que fort tard, après le milieu du iv e siècle 2 , que ce passage fut introduit dans le quatrième Évangile, et, s’il faut s’en rapporter à une tradition dont le fond ne semble pas suspect, il aurait été emprunté â l’Évangile des Hébreux, auquel il appartenait primitivement 3 .
* Reuss, Gesch. der heilig. Schrift. N. T § 239,
- Blerk, Einleit tn das JV. T., p. 309.
3 Eusèbe, Hist. eccl., lib. III cap. xl. — Bleek. Beitrage , p. 23el 3< .
On tient aussi pour une addition la fin du second Évangile, c’est-à-dire Marc , xvi, 9-20. Nonseulement ce passage diffère de toute le reste de cet écrit par des particularités de langage 1 ; mais encore ce qui y est raconté est loin d’être en harmonie avec des déclarations antérieures de Jésus-Christ. Au chapitre xiv, 28, le Seigneur annonce à ses apôtres qu’ après sa résurrection il ira les retrouver dans la Galilée, et au chapitre xvi, 7, l’ange qui apparaît aux saintes femmes, s’en référant à ces paroles, les charge de prévenir les disciples et Pierre en particulier, d’aller en Galilée pour y rejoindre le Seigneur- ressuscité. Or, dans le chapitre xvi, ce n’est pas dans la Galilée que le Maître se montre à ses apôtres; et il faut ajouter que la manière vague et indéterminée, dont il est parlé de ces apparitions de Jésus-Christ à ses disciples, forme un contraste frappant avec la netteté et la précision qui sont le caractère général du second Évangile.
Ce ne sont là toutefois que desprésomptions contre l’authenticité de ce passage. Mais elles sont confirmées par une foule de témoignages historiques 2 .
Et d’abord ce passage manque dans plusieurs des manuscrits que nous possédons 3 . Plusieurs autres
* Credner, Einleit. in dos N. T., 1. 1, p. 106.
2 Revue de Théologie, t. XI, p. 186 et 188.
3 Bleck, Einleit. indasN. T., p., 292.— Credner, Ibid., 1. 1, p. 107.
ont, après le verset 8, le mot « fin » t&oî, suivi de cette remarque ou de quelque autre analogue : « Dans quelques copies, l’Évangile se termine ainsi ; mais dans beaucoup d’autres il contient encore ceci, » et immédiatement suit le passage xvi, 9-20 1 . Le Codex Tolosanus porte , après le verset 8, ces mots : « Il manque quelque petite chose jusqu’à la fin *, » remarque qui se trouvait vraisemblablement dans toute la série de manuscrits à laquelle celui-ci appartient.
On peut croire qu’il n’était pas dans la plupart des manuscrits du iv c siècle, et voici sur quelle raison on se fonde. Les chiffres de la division du Nouveau Testament faite par Eusèbe 3 , manquent à ces douze derniers versets de notre Évangile dans les manuscrits que nous avons. Cette absence indique que l’évêque de Césarée n’avait pas compris ce passage dans sa division , et par conséquent qu’il ne se lisait pas dans les copies qui circulaient de son temps 4 .
D’après Wetstein, Marc xvi, 9-20 est séparé de ce qui précède dans la version arménienne ; Bengel a constaté ce fait dans plusieurs manuscrits de cette
1 *E» -rtatv àvTtfpoctpsi; lu; uSe irXr,f;ÛTai c t’jsfjiXioTÔ;, h itôXXct; St
nsi toiüt* tpàfsTat et la suite comme dans noire texte reçu.
2 Atircti iXifa. ■zi'ik lu; Tt'Xcu;.
3 Voyez, sur cette division d’Eusèbe, Richard Simon, Histoire critiqtie du texte du N. T. p. 240.
* Reuss, Gesch. der heilig. Schrift., N. T., § 240.
version 1 . Enfin, Jérôme qui avait eu occasion d’examiner un grand nombre d’exemplaires des livres saints, assure qu’il y en avait peu dans lesquels on lût ces douze versets 2 .
Mais voici un fait bien plus étrange. Un manuscrit que Richard Simon appelle « le plus ancien de ceux qui sont dans la Bibliothèque du roi 3 » et que Griesbach désigne par la lettre L i , contient, écrit de la même main que ce qui précède, après le verset 8 et à la place de Marc, xvi, 9-20, le fragment suivant : « On lit en quelque endroit ce qui suit : « Elles annoncèrent en peu de mots à Pierre ce qui » leur avait été commandé, et après cela Jésus lui— » même publia, de l’orient au couchant, par leur * ministère, cette sainte et incorruptible prédication » du salut éternel 5 . » Et ce qu’il y a de plus extraordinaire, c’est qu’immédiatement après, l’auteur impartial et désintéressé de ce manuscrit ajoute : « On trouve aussi après ces mots (c’est-à-dire
1 Nov. Testam. grœc. recens. Griesbach, note sur Marc, xvi, 9.
3 « Omnibus Græciæ libris pene hoc capitulum non habentibus. » Jérôme, Epist. ad Hedibiam, quœst. 3, Richard Simon, Ibid., p. 114 et suiv.
3 Richard Simon, Ilist. critique du texte du N. T., p. 118. Ce manuscrit parait être du vin» ou du ix e siècle.
4 Nov. Testam. grœc. recens. Griesbach,, Prolegom., sect. vu, p. 103.
5 On peut voir le texte grec de ce passage dans Richard Simon.
après le verset 8) : Elles furent remplies de crainte, et s’étant levées, » et la suite de notre passage, versets 9 à 20 du texte reçu . Voilà donc une nouvelle fin que d’autres donnaient à notre second Evangile, à la place des versets 9 à 20. Il faut ajouter que ce passage du manuscrit de la Bibliothèque du roi est également rapporté à la marge des manuscrits de la version syriaque philoxénienne.
Ce n’est pas tout encore. Jerôme nous apprend que quelques manuscrits grecs portaient, après les mots qui terminent le verset huit, cette troisième rédaction de la conclusion du second Évangile : « Après que les onze se furent mis à table, Jésus leur apparut, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas ajouté foi à ceux qui l’avaient vu ressuscité. Et ils s’excusèrent en disant : Ce siècle d’iniquité et d’incrédulité est la cause pour laquelle, au milieu des esprits impurs , on ne peut saisir la vertu du vrai Dieu. C’est pourquoi manifeste dès ce moment ta justice *. » Que ce passage ait été
* « In quibusdam c-xemplaribus, et maxime in græcis codicibus, juxla Marcum in fine ejus Evangelii sic scribitur : Postea, cum acubuissent undecim, apparuit eis Jésus, et exprobravil încrcdulitaiem et duriliam cordis eorum, quia iis qui viderant eum resurgentem non crediderunt. Et illi satisfaciebant dicentes : Scculum istud iniquitalis et incredulitatis substantia est,
pris ou non dans quelque Évangile apocryphe *, peu importe ; on n’en a pas moins ici une troisième fin du deuxième Evangile.
Que conclure de tout cela, sinon que primitivement cet Évangile se terminait au verset 8 du chapitre xvi, et que, comme ce verset ne forme pas en réalité une conclusion naturelle, on essaya de différents côtés d’ajouter quelques mots pour le compléter ? Nous connaissons trois de ces essais, et peut-être y en eut-il bien d’autres ; tous les trois ne sont que des rédactions différentes de faits rapportés par les autres Évangiles. L’un d’eux, celui qui est aujourd’hui dans le texte reçu, soit qu’il fût le plus ancien, soit qu’il parût, et avec juste raison, le plus convenable, l’emporta de bonne heure sur les deux autres; il était connu, en effet, dès la fin du 11 e siècle, de plusieurs Pères qui en citent des versets 3 ; mais les deux autres se sont maintenus pendant longtemps comme une sorte de protestation contre Marc, xvi, 9-20.
Il ne paraît pas que ce soit là les seules modifications qu’a subies notre deuxième Évangile. On en amis en question l’authenticité des premiers ver-
qiiæ non sinit por immundos spirites veri Dei apprehendi virtutem. Idcircojam nunc révéla justitiam tuam. » Jérôme, adc. Pelag., lib. II.
1 Richard Simon, Hist. critique du texte du N. T., p. H9.
3 Irënée, entre autres, cite le 19 1 » 6 verset, adv. heures., lib III. cap. xi.
sets 1 ; on a soutenu que toute la partie qui se rapporte à l’histoire de la Passion (chap. xiv, i-xvi, 8) est d’une autre main que le reste du livre 2 ; on a été jusqu’à prétendre qu’il est loin d’être dans sa forme actuelle, tel que Marc l’écrivit 3 , et il est certain que ce que dit Papias de l’œuvre originale de cet évangéliste, ne convient pas, tant s’en faut, à notre Évangile actuel 4 .
Si l’on compare les Évangiles entre eux, on verra qu’on a cherché à les compléter les uns par les autres. Le fait est bien plus manifeste dans les manuscrits 5 que dans notre texte imprimé, qui a été en partie débarrassé de ces passages transportés d’un Évangile dans l’autre ; on y en trouve cependant encore d’assez nombreux exemples 6 . Le lecteur qui voudrait s’en convaincre, n’a qu’à consulter une édition critique quelconque du Nouveau Testament.
Jérôme reconnaît ce fait et le déplore. « il s’est
1 Reuss, Geseh. dcrheilig. Schrift. N. T., § 240. Nouv. Revue de Théologie, t. II, p. 48 el 53. Contre celte opinion., Nouv. Revue de Théologie, t III. p. 306 et 309.
2 Nouv. Revue de Théologie , t. II, p. 60, et suiv.
3 Theol. Studien and Kritik., 1832, p. 758 et suiv.; Crednen Einleit. in das N. T., t. I, p. 123.
4 Etisèbe, Hist. certes., lib. III, cap. xxxix.
* Ainsi le codex D porte Luc, v, 14 après Marc, i, 45; le codex M Matth., vu, 7 et 8 après Marc, xi, 26; quelques autres, Marc, m, 33 après Luc, xi, 15, etc.
6 Matth., xviii, 11, est un emprunt de Luc, xix, 10; Matth., xxi, 44, de Luc, xx, 18, etc. — Rouss, Gesch. der heilig. Schrift., N. T., § 241 et 358.
glissé, dit-il, cette erreur considérable dans nos manuscrits, qu’on a ajouté les développements que contient un Évangile sur un sujet, à celui qui en donne moins. Quand différents Évangiles expriment la même chose en d’autres termes, celui qui a lu un des. quatre avant les autres, s’imagine qu’il faut les corriger d’après son exemplaire. Il arrive de là que tout est mêlé. On trouve dans Marc bien des traits qui appartiennent à Luc et à Matthieu, et, dans Matthieu , plusieurs passages de Jean et de Marc '. »
Deux siècles environ avant Jérôme, Origène reconnaissait que les Évangiles pouvaient bien rapporter des paroles que Jésus-Christ n’avait pas prononcées, et que les manuscrits présentaient entre eux de grandes différences, qu’il fallait attribuer, soit à l’incurie des copistes, soit à l’audace de quelques correcteurs du texte, soit encore aux procédés arbitraires de ceux qui avaient fait, selon qu’il leur avait semblé bon, des additions ou des suppressions aux récits des évangélistes 2 .
Cette altération des Évangiles est signalée déjà dans la seconde moitié du 11 e siècle. Denys évêque de Corinthe 3 , se plaignant que ses lettres
1 Prœfat. in Etang, ad Damas.
2 Origène, Comm. in Malth., xix, 19.
3 Ce Denys, confondu mal à propos avec le Denys dont il est fait mention dans le livre des Actes, fut massacré à Rome vers le commencement du règne de Commode.
eussent été falsifiées par des interpolations ou par des retranchements, ajoute qu’on ne saurait s’en étonner, puisqu’on avait osé porter la main de la même manière jusque sur les écrits évangéliques ' .
On peut conclure de ces faits que les documents chrétiens primitifs ont subi non pas seulement des modifications introduites dans les textes, dans l’intention de les rendre plus clairs ou plus complets, mais encore des falsifications faites à dessein , dans un esprit de parti, dans quelque but sectaire, telles que celles dont l’apôtre Paul avait déjà à se plaindre 2 et contre lesquelles s’élèvent plusieurs Pères de l’Église 3 . Des anciens Évangiles qui ne sont pas parvenus jusqu’à nous, la plupart semblent avoir été remaniés et même probablement à plusieurs reprises. De ceux qui sont entrés dans le recueil du Nouveau Testament, l’un, celui de Marc, a subi, selon toutes les vraisemblances, plusieurs remaniements; un autre, celui de Jean, a reçu diverses additions considérables ; celui de Luc n’est lui-même que le résultat de la combinaison de plusieurs écrits évangéliques antérieurs, et il est probable qu’il en est de même de celui qui porte le nom de l’apôtre Matthieu.
* Eusèbe, Hist. eccles., lib. IV, cap. xxm.
* Thessalon ., ii, 2; ni, 17.
3 Rufin, Pref. in origenis r. t?i a?*»*; Eusèbe, Hist. eccles., lib. IV, cap. xxin, lib. V, cap. xx ; Jérôme, Opéra, ed. Francf. T. 111, p. 58.
Il est inutile de faire remarquer que ces révisions de divers genres n’auraient pu avoir lieu, si nos Évangiles avaient été considérés, dès leur origine, du point de vue théopneustique qui a régné plus tard et qui domine encore.