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DE LA FORMATION DU PREMIER ÉVANGILE

La parenté du premier Évangile et du second ne saurait être méconnue. Elle est établie par le grand nombre des fait communs à l’un et à l’autre, par l’ordre identique dans lequel ils y sont classés, du moins àpartir de Matthieu, xii,22, et de Marc, m, 21 *, par l’emploi fréquent des mêmes expressions dans les récits parallèles, par les citations de l’Ancien Testament très-souvent exprimées dans les mêmes termes dans tous les deux et s’écartant ou se rapprochant de la même manière soit de l’original hébreu, soit de la version grecque des Septante. Lequel des deux a fourni à l’autre les éléments qui leur sont communs?

M. Réville fait remarquer que, si l’on retranche

1 Si l’ordre chronologique diffère dans les chapitres précédent»; c’est, d’après M. Réville, parce que l’auteur du premier Évangile a été entraîné à s'écarter, sous ce rapport, du second, par le document qui lui a fourni toute sa partie didactique. Réville, Étude* critiques sur f Évangile selon saint Matthieu, p. 206. Noue. Revue de Théologie, t. Il, p. 31-38.

du premier les discours de Jésus-Christ, ainsi que les récits de la naissance du Seigneur et de sa résurrection, qui sont tout autres dans les deux autres synoptiques, il reste, à bien peu de choses près, l’Évangile de Marc. Matthieu contient, il est vrai, bien des traits qui ne sont pas dans celui-ci. Mais, et c’est là un fait bien digne d’être relevé, ces parties qui lui sont propres, se trouvent toujours intercalées dans un texte dont le second Évangile offre le parallèle exact. Ainsi le récit du miracle de Pierre marchant sur les eaux (Matth., xiv, 28-31), récit qui est étranger à Marc, est suivi et précédé de deux versets qui ne sont autres que Marc, vi, 50 et 51. Ainsi encore les versets 23 et 28 de Matth.. xvn, entre lesquels se trouve placé le récit du miracle du Statère ( Mattth . , xvii , 24-27) reproduisent exactement Marc, ix, 33. Il en est de même pour tous les autres récits propres à Matthieu '. Retranchez ces passages et il restera dans la partie historique du premier Évangile précisément ce qui forme la partie historique du second 1 * * * 5 .

1 Matth., xxvi, 94-26, est inséré entre Marc, xiv, 21 et 22 ;

Matth., xxvi, 49-50, entre Marc, xiv, 45 et 46; Matth., xxvi,

52-54. entre Marc, xiv, 47 et 48 ; Matth., xxvn, 3-10, entre Marc, xv, 1 et 2; .Matth., xxvn, 19, entre Marc, xv, 10 et il ; Matth., xxvn, 24 et 25, entre Marc, xv, 1 4 et 15; Matth., xxvii, 51-53, entre Marc, xv, 38 et 39.

* Réville, Études critiques sur l’Écangile selon saint Matthieu,

p. 119 et 420.

Dira-t-on que celui-ci a été tout simplement extrait de celui-là? Que son auteur ne se proposant que de présenter le tableau des actes de la vie du Sauveur, a laissé de côté les discours de Jésus- Christ que rapporte Matthieu et a transcrit à peu près littéralement la partie historique de cet Évangile ? c’est bien ainsi que l’on explique d’ordinaire l’origine de l’Évangile de Marc; mais cette opinion estjicontredite par l’examen même de cet ouvrage 1 .

C’est un fait facile à constater que Marc ne se borne pas à raconter les événements de la vie de Jésus-Christ; la partie didactique occupe une place comparativement considérable dans son Évangile, et même plusieurs fois l’enseignement du Seigneur y est présenté sous la forme de discours d’une assez grande étendue s . Rien n’est donc plus erroné que de prendre le second Évangile pour un simple extrait de la partie historique du premier.

Mais il y a plus, quand on compare Matthieu et Marc , on s’aperçoit bien vite que celui des deux qui, dans les parties qui leur sont communes, est le plus étendu dans les descriptions, le plus abondant en détails et même le plus riche en faits, n’est pas le premier, mais le second *. Ajoutez que dans une

* Elle ne l’est pas moins par la plus ancienne tradition chrdlicnne. Eusèbe, Hist.ecdes., lib. III, cap. 39 Irénde, ado. hœres., lib. III, cap. 1. Jérôme, De viris illustr.,ca[> ü,abhedibiam, cap. 11.

2 Marc, ni, 8-11,23-29; îv, 4 1-32; vu, 6-1 6, 18-23, et ix, 39-51, etc.

3 Comparez Marc, ii, 3-12, et Matth., ix, 2-8; Marc, v, 22-

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foule de passages, le texte de Marc porte bien plus que celui de Matthieu le caractère de la priorité. Celui-ci en effet paraît tantôt abréger celui-là, tantôt l’expliquer, tantôt le préciser *. Enfin, dans l’hypothèse que Marc a connu Matthieu et en a extrait son ouvrage, on ne s’expliquerait pas qu’il eût pu omettre volontairement l’histoire de la naissance de Jésus-Christ, et une foule d’autres faits de la plus grande conséquence pour le tableau de l’œuvre du Sauveur 2 .

Le second Évangile ne dérivant pas du premier, et l’hypothèse d’un Évangile primitif dont ils ne seraient tous les deux que des formes différentes et inégalement développées, ne s’appuyant sur aucune donnée historique , on est forcé d’admettre que • l’Évangile de Matthieu a été tout simplement composé de la combinaison de l’Évangile de Marc qui lui a fourni ses éléments historiques, et d’un autre document auquel il a emprunté sa partie didactique, c’est-à-dire tous les grands discours de Jésus-Christ qu’il renferme.

43, et Matth., ix, 18-26 ; Marc, vi, 17-20, et Matth., xiy, 3-5; Marc , , ix, 14-27, et Matth., xvu, 14-21 ; Marc, x, 46-53, et Matth., xx, 29-34; Marc , xi, 12-18, et Matth., xxi, 18 et 19; Marc, xi, 19-24, et Matth., xxi, 20 et 22, etc.

1 Reuss, Les Évangiles synoptiques dans Nouv. Revue de Théologie, t. II, p. 19-26. Réville, ibid., p 130-138.

2 Reuss, Les Evangiles synoptiques. Revue de Théologie, t. XI, p. 164-170, et Nouv. Revue de Théologie, t. II, p. 17.

Et cependant cette hypothèse soulève une difficulté considérable. Dans sa forme actuelle, l’Évangile de Marc est bien certainement postérieur à celui de Matthieu. On ne saurait en douter, quand on voit que Marc explique et commente maintes fois le texte qui lui est commun avec Matthieu, dans le dessein bien marqué de le rendre plus clair, et que les discours relatifs à la seconde venue du Seigneur, parallèles dans les deux écrits, sont présentés dans le second de telle manière qu’on y découvre une tendance plus prononcée que dans le premier à reculer l’époque de ce grand événement *. 11 faut ajouter que, si l’auteur du premier Évangile eût connu le second tel que nous le possédons, on ne comprendrait pas pourquoi il n’aurait pas profité de certains passages de Marc qui allaient si bien à son but, par exemple Marc , i, 2 ’, et encore pourquoi il n’aurait pas conservé à certains récits l’ordre et la forme qu’ils ont dans le second Évangile, et qui sont de beaucoup préférables à ceux qu’ils ont dans le premier 3 .

Cette difficulté disparaîtrait, si l’on supposait que

* Réville, tbid., p. 139 et suiv. Pour ce dernier point, comparez Marc, ix, 1 , et Matth., xvi, 88 ; — Marc, xiv, 68, et Mattli., xxvi, 64 ; — Marc, xm, 10, et Matth., xxiv, 11 ; — Marc, xm, 84, et Matth., xxiv, 89.

8 Berlholdt, Einleit.f t. III, p. 1189 et 1130.

3 Comparez Marc, iv, 33-43, et Matth., vin, 18-87 ; — Marc, v, 88-43, et Matth., ix, 18-86.

le second Évangile, tel que l’auteur du premier a pu le connaître, n’avait pas encore reçu la forme définitive sous laquelle il nous est parvenu. Les différences plus ou moins considérables qui se remarquent entre notre Évangile de Marc et les passages parallèles de celui de Matthieu, n’auraient pas existé primitivement et devraient être rapportées à un remaniement qui aurait donné à l’œuvre de Marc sa forme actuelle.

Mais est-ce là une hypothèse ? N’est-ce pas plutôt un fait certain ? On a déjà vu que les douze derniers versets de cet Évangile sont d’une autre main que le reste de l’ouvrage, et qu’on avait élevé des doutes sur l’authenticité des vingt premiers. Ces modifications pourraient en faire soupçonner d’autres, et l’on est confirmé dans cette opinion par ce que nous rapporte, de l’écrit de Marc, Papias, le plus ancien auteur qui en fasse mention 1 . « Marc, qui n’avait pas connu personnellement le Seigneur, dit Papias, et qui ne l’avait jamais entendu, suivit plus tard l’apôtre Pierre et lui servit d’interprète. Quand celui-ci,- selon les besoins de son enseignement, faisait mention des miracles du Christ, Marc prenait soin de les noter exactement, mais sans

1 Ce témoignage de Papias a beaucoup exercé la sagacité des critiques et, comme le dit M. Reuss, l’interprétation qu’on en a donnée a le plus souvent abouti à faire contester absolument à Marc ses droits d’auteur sur notre second Évangile.

aucun ordre, et sans qu’il en résultât une rédaction suivie des discours du Seigneur, laquelle n’était pas dansles intentionsde l’apôtre. Ainsi Marc ne laissait rien passer, écrivant un certain nombre de choses au fur et à mesure que Pierre en parlait, et n’ ayant pas d’autre préoccupation que de ne rien omettre de ce qu’il apprenait et de n’y rien changer 1 . »

Ce n’est pas certainement de notre Marc actuel que Papias parle dans ce passage. Tel que nous l’avons, cet Évangile ne manque pas plus d’ordre que les deux autres synoptiques ; il constitue, au même titre que ceux-ci, une rédaction suivie de la vie et de l’enseignement de Jésus. En présence de la déclaration de l’évêque d’Hiérapolis, il faut admettre forcément ou que notre second Évangile n’est pas celui que Papias connaissait sous le nom de Marc, ou que l’œuvre du compagnon de l’apôtre Pierre ne nous est parvenue qu’ après avoir subi des modifications plus ou moins profondes, et qu’après qu’on en eut classé les diverses parties dans un ordre chronologique. De ces deux conséquences, la dernière est la plus probable, on peut même dire la seule probable, car d’un côté il y a une série non interrompne de témoignages en faveur de l’authenticité de notre second Évangile, et d’un autre côté l’addition bien certaine de ses douze

, 1 Eusôbe, Hist. eccles., lib. III, cap. 39.

derniers versets nous permet de croire qu’il a pu éprouver d’autres changements analogues. On est ainsi autorisé à supposer un Marc primitif, un proto-Marc, comme l’appelle M. Réville.

C’est de ce Marc primitif, quelque peu différent de celui que nous avons, que se servit l’auteur du premier Evangile. Il le prit tout entier, en donnant seulement une autre disposition aux diverses parties dont il se composait ; et, le combinant avec un autre document dont il est temps maintenant de s’occuper, il forma notre premier Évangile, celui qui porte le nom de Matthieu ; on verra plus loin pour quelle raison.

Une partie considérable de notre premier Évangile est constituée parles discours de Jésus-Christ. C’est par là qu’il se distingue des deux autres synoptiques. Les éléments de ce genre sont plus rares dans Marc ; mais tous ceux qu’il contient ont passé dans Matthieu 1 . D’où l’auteur du premier Évangile a-t-il pris tous les autres ?

Ce n’est pas de Luc ; car, dans ce cas, on ne saurait expliquer pourquoi il aurait omis tant de sentences, de paraboles, de discours entiers qu’il

* Reuss, Nouvelle Revue de Théologie , t. II, p. 39 et 40, sauf seulement plusieurs paroles du Seigneur que Marc seul rapporte (il, 27; iv, 26 et suiv.; vu, 8-16; vin, 18; ix, 35, 39, 44 et suiv.; xi, 25; xui, 33 et suiv.) et qui forment un total de vingt-deux versets. Reuss, Revue de Théologie, t. XI, p. 173.

aurait pu lui emprunter. Ce n’est pas dans ses propres souvenirs qu’il les a puisés ; car, si l’auteur de notre premier Évangile n’avait eu besoin que de consulter ses souvenirs pour écrire tous les discours qu’il rapporte, comment, pour les faits qu’il était bien plus facile de retenir, aurait-il eu besoin d’avoir recours au livre d’un écrivain qui, comme Marc, n’avait pas même été témoin oculaire des événements ?

Quand on examine de près les grands discours du Seigneur, tels que les donne le premier Évangile, on ne tarde pas à se convaincre que chacun d’eux se compose d’allocutions prononcées en différentes circonstances. Ainsi le chapitre xxm contient tout ce que la tradition avait conservé des reproches que Jésus-Christ avait eu occasion, en diverses circonstances, d’adresser aux Pharisiens. Les sept paraboles qui se succèdent sans interruption dans le chapitre xm, bien que, dès la première qui est la plus transparente, les disciples avouent leur manque d’intelligence, ne furent certainement pas proposées le même jour, les unes à la suite des autres. Jésus n’aurait pas compromis l’impression que pouvaient, que devaient produire de pareils enseignements, en les multipliant, en les accumulant avec une précipitation que rien ne justifierait, en effaçant lui-même l’une par l’autre, dans l’esprit de ses faibles auditeurs, toutes ces paraboles à sens

divers, dont chacune demandait à être longuement

méditée.

Il n’est même pas difficile di découvrir le système, d’après lequel on a reproché soit diverses allocutions, soit un certain nombre de sentences distinctes de Jésus-Christ, pour en former les grands discours que nous lisons dans le premier Évangile. Ce travail n’a pas été fait d’après les rapports logiques que différentes parties pouvaient avoir entre elles ; on a tout simplement mis à la suite les unes des autres celles qui avaient trait à un même sujet, par exemple, les reproches adressés aux Pharisiens du chapitre xxm, ou encore ce qui concerne les petits enfants au commencement du chapitre xvm, ou encore celles qui se présentaient revêtues d’une même forme, comme on le voit dans la série de paraboles du chapitre xm *.

Il n’est nullement probable que l’auteur du premier Évangile ait exécuté lui-même ce travail ; il le trouva tout fait dans quelque recueil de discours du Seigneur, recueil dans lequel on avait disposé ses paroles et ses instructions d’après l’ordre tout à fait extérieur que je viens d’indiquer. Ce qui nous le fait supposer, c’est que, ainsi que le fait remarquer M. Reuss, on rencontre dans cet Évangile un certain nombre de paroles de Jésus-Christ reproduites

i Reuss, Nouv. Revue de Théologie, t. II, p. 40 et suiv.

deux fois. Cette répétition ne s’explique que par cette circonstance que l’auteur de l’écrit qui porte le nom de Matthieu, a transcrit ces paroles une première fois comme faisant partie des textes empruntés à Marc, et une seconde fois comme appartenant à ces agglomérations de sentences qui composaient le recueil dont je viens de parler. Et en effet ces passages, deux fois rapportés, se retrouvent tous dans notre Évangile de Marc *.

Cette supposition d’un recueil de sentences de Jésus-Christ, recueil dans lequel l’auteur du premier Evangile aurait puisé les discours qu’il rapporte, n’est ni un simple expédient inventé par la critique, ni même une découverte due à sa sagacité: c’est un fait constaté par le témoignage du même écrivain, qui nous a fait connaître l’existence du livre de Marc et qui nous a appris qu’il était la première relation historique écrite de la vie du Seigneur. Papias nous signale un recueil de discours de Jésus-Christ, rédigé, à ce qu’il nous dit, en hébreu par l’apôtre Matthieu et que chacun, ajoutet-il, interprétait comme il le pouvait J .

1 Comparez Matth., x, 38 et 39, et xvi, 24-25, avec Marc, vin, 34 et 35; — Matth., v, 29 et 30, et xvm, 8 et 9, avec Marc, ix, 43-47 ; — Matth., v, 31, et xix, 9, avec Marc, x, 11; — Matth., xxm, 11, et xx, 16, avec Marc, x, 43; — Matth.. x, 22, et xxiv, 9, 13, avec Marc, xm, 13.1leuss, ibid., t. II, p. 44.

2 Maffias; tojiïît SixaIxtu tx âo-jux ouviTà|aT0‘ iviuas S’aÙToi

«< fi «twa-ro; Jjwujtoî. Eusèbe, Ifist. eccles., lib. III, cap. 39.

Cet écrit ne serait-il pas simplement, comme on t

le suppose d'ordinaire, l'Évangile qui porte le nom de Matthieu? Cette opinion est combattue par M. Réville 1 et par M. Reuss, qui tiennent pour impossible d’entendre dans ce sens les paroles de Papias J . « Le terme grec Xoyta dit M. Reuss, est employé principalement pour des paroles prononcées avec une certaine autorité, comme le latin effatum. On s’en servait surtout pour parler des oracles, et il nous paraît très-bien choisi pour désigner, tant pour la forme que pour le fond, les paroles du Seigneur qui avaient dès l’abord captivé l’attention des masses et s’étaient de plus en plus gravées dans les esprits , non-seulement par leur haute sagesse et leur admirable vérité, mais encore par la brièveté populaire et la précision incisive de leur forme. D’ailleurs on ne peut guère douter de la justesse de cette interprétation du mot >.oyta , puisque Papias, en parlant de l’autre livre qu’il connaissait, celui de Marc, déclare explicitement

* Réville, ibid., p. 61 .

2 Schleiermacher est le premier, si je ne me trompe, qui ait cherché à établir que le livre désigné par Papias sous le nom de Xd-pa était non point notre Évangile de Matthieu, mais un recueil de sentences du Seigneur.

3 Ce terme pourrait bien avoir été consacré dans l’Eglise primitive à désigner les discours du Sauveur; on le trouve du moins employé dans ce sens par Justin Martyr : ixtw.u (ow ■zxp.ç)

Xd-pa, Dial, cum Tryph., dans Justini Mari, opéra, p.235.

que celui-ci contenait aussi des narrations de faits, et son propre ouvrage, lequel, d’après le titre 1 , devait être une explication de pareils Vjyioc, ne pouvait guère se rapporter qu’à des paroles dont il s’agissait de déterminer le sens et la portée 2 . Il est très-vrai que beaucoup de paroles de Jésus ne sont bien comprises que par leurs liaisons avec certains faits qui les avaient provoquées 3 ; mais cela n’a pas dû empêcher que dans les premiers temps on n’en recueillît un grand nombre sans éprouver le besoin d’y ajouter un cadre historique , besoin qui , en vérité, n’existe pas même pour notre siècle à l’égard d’un très-grand nombre de ces paroles 4 * * * 8 . »

On est ainsi conduit à regarder notre premier Évangile comme composé, sauf un très-petit nombre d’éléments nouveaux, dont la source immédiate nous reste inconnue 0 , de deux ouvrages primitifs ;

1 Ce titre était Ei;r,-pr,ai; Xoywv xupiaxav.

* Il n’est pas inutile de faire remarquer ici que cet ouvrage de Papias n’est point parvenu jusqu’à nous, et que nous ne le connaissons que par la très-courte mention qu’en fait Eusèbe, Hist. eccles., lib. III, cap. 39.

3 Aussi M. Réville, en vue certainement de cette circonstance,

modifie-t-il en partie l’hypothèse de M. Reuss, en admettant que

chacune des divisions ou des chapitres du xi-pa pouvait être pré-

cédée d’une courte indication historique.

* Reuss, ibid., t. Il, p. 46. — Réville, ibid., p. 53 60.

8 Ces éléments historiques que renferme Matthieu et qui ne sont pas dans Marc, proviennent, d’après M. Réville, de la tradition orale. Études critiques sur l'Évangile selon saint Matthieu, p. 177 et suiv.

les faits ont été pour la plupart puisés dans l’Évangile écrit par Marc d'après ses souvenirs de la prédication de l’apôtre Pierre, et les grandes agglomérations de sentences ou les discours dans un recueil, dont l’apôtre Matthieu était l’auteur et qui, selon toutes les vraisemblances, a passé intégralement dans cet Évangile L’importance des discours de Jésus-Christ explique comment le nom de l’auteur du recueil d’où ils avaient été tirés resta à ce nouvel ouvrage, qui fut appelé en conséquence l’Évangile selon saint Matthieu. Peut-être aussi le chrétien inconnu qui fondit ensemble le recueil de Matthieu et l’écrit historique de Marc , ne prit-il lui-même ce dernier document que comme un supplément explicatif du premier, et ne se proposa-t-il, en indiquant les événements auxquels se rattachaient les discours du Seigneur, que de compléter l’ouvrage de l’apôtre, dont le nom continua ainsi naturellement d’être attaché à cette édition augmentée de son œuvre.

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