Giry, Diplomatique, p
On comprend maintenant quelle fut l'importance des tables de Pâques, avec quel respect elles furent conservées et transmises. Il était naturel que l'idée vînt d'inscrire sur ces belles et larges feuilles de parchemin, à une époque où le parchemin était cher, la mention d'événements d'une gravité particulière. On ne peut pas affirmer que la pensée ne soit pas venue spontanément en plusieurs lieux différents ; mais quand on trouve les Annales de Saint-Amand écrites à la suite de la Chronique de Bède; en tête des Annales de Saint-Germain-des-Prés des Annales de Lindisfarne et de Cantorbery; en tête des Annales Mosellani, Laureshamenses et Nazar^iani des notes relatives à la Grande- Bretagne, il est difficile de ne pas croire qu'ici encore les Francs n'ont fait qu'imiter les Anglo-Saxons ^
Ces premières Annales, si modestes, si sèches même, sont donc des œuvres impersonnelles, strictement contemporaines des événements qu'elles rapportent, d'une brièveté qui exclut toute idée de composition littéraire et cependant empreintes dès le début de préoccupations qu'on peut sans trop d'exagération qualifier de politiques.
Ces Annales, propriété de la communauté entière qui y retrouvait son histoire, continuées par diverses mains, précieusement conservées, ne devaient pas tarder d'ailleurs à se développer. Les monastères étaient en relations constantes les uns avec les autres, soit qu'ils fussent rattachés par des liens directs de filiation, soit qu'ils fussent unis par des communautés de prières. Les églises et les couvents de la Belgique, des bords du Rhin et de la Germanie formaient comme une série de stations religieuses entre lesquelles les missionnaires entretenaient des communications fréquentes. On se prêtait des livres, on se demandait des conseils, on s'envoyait des nouvelles. Les tables de Pâques devaient être un des objets les plus habituels d'échange entre les églises et les monastères, entre une maison mère et les colonies religieuses, les maisons filiales qu'elle avait établies au loin. Quand on eut commencé à écrire des Annales sur ces tables, on en envoya la
1. Plusieurs (le ces notes concernent des personnages irlandais, en i>arti(ulier celles qui se trouvent en tête des Ann. viosellani et (jui paraissent provenir du couvent de Saint-Martin de Cologne, fondé par Pepjiin d'Uéristal et Pleclrude et destiné à recevoir les i)élerins irlandais. Mais il ne peut s'agir que d Irlandais rentrés, comme ceux de Ily ou de NVerenioulli, dans le giron de 1 église romaine et anglo-sa.vonne, carie directeur de conscience de Peppin était Saint Willibrord. — H y a également des notes anglo-saxonnes eu tête des Annules Fuldenses antiqui.
transcription avec celle des indications chronologiques. Cette mode nouvelle fut admirée, fut imitée ; à mesure que les esprits s'éveillèrent, que la vie politique et religieuse devint plus active dans les pays austrasiens, on jugea un plus grand nombre de faits dignes d'être notés ; on recopia les Annales en y ajoutant des faits nouveaux, on combina deux ou plusieurs Annales ensemble et enfin, sous l'influence de grands personnages ou de grands événements, on finit par écrire non plus sur des tables de Pâques, mais, tout en conservant toujours la même forme annalistique, de véritables histoires écrites au jour le jour ou du moins année par année. Ces histoires gardent, en apparence au moins, leur caractère impersonnel, et elles sont formées de notes contemporaines ; mais elles deviennent des œuvres importantes, les sources capitales pour l'époque carohngienne.
Ce qui fait leur infériorité au point de vue littéraire est précisément ce qui leur prête une valeur exceptionnelle comme documents historiques, du moins lorsqu'elles répondent complètement à la définition que nous venons d'en donner. — Elles sont dépourvues de tout artifice de composition ; elles sont l'œuvre de témoins contemporains et souvent de témoins oculaires. Si l'on pouvait ajouter que nous les possédons sous leur forme originelle, qu'elles sont assez nombreuses et assez développées pour nous renseigner sur tous les événements importants, enfin qu'elles émanent de témoins éclairés et impartiaux, elles fourniraient à l'historien la base la plus solide qui se pût imaginer. Malheureusement il est loin d'en être ainsi. Non seulement les auteurs des Annales sont souvent ignorants et négligents, mais encore il arrive fréquemment qu'ils taisent systématiquement ce qui peut déplaire à leurs protecteurs ou à leurs inspirateurs, qu'ils ne parlent que de ce qui peut servir à leur gloire ; dans certains cas, les Annales ont même été composées par des personnages politiques qui les ont mises au service de leurs passions ou de leurs rancunes, partialité d'autant plus dangereuse qu'elle se cache sous un récit d'apparence froide et impersonnelle. ■— Même lorsqu'il n'y a pas partialité et omissions voulues, comme les annalistes ne parlent d'ordinaire que de ce qu'ils ont vu ou de ce qui les touche de près, qu'ils écrivent un mémento et non une histoire raisonnée et complète, leur horizon est restreint, leurs renseignements clairsemés. Cela est surtout le cas pour les plus anciennes Annales. Enfin il est rare que les Annales nous soient parvenues sous leur première forme. Elles ont été recopiées et souvent avec des fautes ; tantôt on s'est contenté d'en faire des
extraits, tantôt on a combiné plusieurs Annales ensemble, et quand ce travail a été fait sur des tables de Pâques, l'impossibilité de faire tenir entre les deux chiffres mis en regard l'un de l'autre tous les renseignements d'une même année, a obligé à empiéter sur l'espace de l'année suivante ou sur les marges, avec tout un système de renvois fort compliqués. Quand des feuilles de parchemin ainsi remplies ont été recopiées, il s'est produit une foule d'erreurs de dates et même de faits. Lorsqu'on a compilé à un certain moment un grand nombre d'Annales antérieures pour composer une histoire plus développée, comme cela a été le cas en 788 pour les Annales Laurissenscs majores, les causes et les chances d'erreurs sont devenues très grandes. Enfin il est même arrivé que des auteurs aient donné à leurs œuvres un faux air d'exactitude en classant sous forme d'annales des renseignements empruntés à la tradition orale ou à des souvenirs incertains. C'est ce que l'on constate par exemple pour une partie considérable de la Chronique de Réginon.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire qu'on ne peut pas se servir sans précaution de ces sources si précieuses. Si l'on agit comme certains historiens qui prennent pour base de leur travail les Annales les plus développées, si par exemple on écrit l'histoire de Charlemagne d'après les Annales de Metz, on risque fort de suivre précisément une source dérivée et corrompue au lieu des sources primitives. S'il importe toujours d'établir la filiation des sources entre elles, ce travail critique est particulièrement nécessaire et difficile pour les Annales. Il faudrait découvrir quelles sont celles qui nous sont parvenues sous leur forme première, qui sont originales et de première main ; quelles sont au contraire celles qui sont remaniées ou simplement copiées. Rien n'est plus délicat, car des liens multiples et inextricables rattachent les Annales les unes aux autres ; elles n'ont pas de divisions marquées; elles sont formées d'une série d'anneaux dont les soudures sont souvent invisibles, et il arrive que certaines Annales copiées dans une première partie sont originales dans la seconde et copiées dans une troisième. Il faut découvrir, si on le peut, le lieu, la date et l'occasion de leur composition, le ou les auteurs qui les ont écrites, les sources dont ils se sont servis. La connaissance de tous ces éléments d'appréciation permettra seule de fixer avec précision l'autorité qui leur est due; il est peu d'Annales pour lesquelles nous puissions les connaître tous et nous sommes encore heureux quand nous sommes sûrs d'en avoir découvert un ou deux.
L'étude critique des Annales carolingiennes date de la publication du premier volume des Scriptores des Monwïienta Germaniae, par M. Pertz. Pour la première fois, ces Annales ont été réunies à la suite les unes des autres, publiées in-extenso après une critique soigneuse du texte, distinguées par des noms précis et classées, non sans doute d'une façon définitive, mais de manière à en faciliter singulièrement l'usage et l'étude. Depuis lors un certain nombre d'annales nouvelles ou de fragments d'annales ont été mis au jour et ont tantôt jeté le trouble dans les classements déjà acceptés, tantôt permis de les rectifier. Les critiques allemands ont dépensé une somme prodigieuse d'efforts, de temps, d'encre et même d'esprit à faire et à refaire ces généalogies d'annales plus compliquées que celles des héros des chansons de geste et où l'on arrive parfois à ne plus distinguer très bien les fils des pères et les aïeux des arrière-neveux. — On a cependant obtenu des résultats certains et importants. Les Annales du ix" et du x" siècle offrent sans doute encore des obscurités, mais elles nous sont suffisamment connues pour que l'historien sache exactement l'emploi qu'il peut en faire. Les Annales du viii" siècle présentent des difficultés beaucoup plus grandes à celui qui entreprend de les classer ; cependant le problème est aujourd'liui circonscrit dans des limites assez étroites pour que d'une part on doive renoncera toute prétention de classification rigoureuse et que de l'autre on puisse dire quelle est l'autorité relative de la plupart de ces Annales.
Les petites Annales ^ .
Les Annales dont la classification offre des difficultés sérieuses au critique sont les suivantes :
Annales S. Amandi, 687, 704-810 (Duchesne, Hist. Franc. Scriptores, IV, 125 ; — Bouquet, Recueil des Hist. de France, II, 643; V, 28; — Pertz, Mon. Germ. Script., I, 6).
A. Tiliani, 708-807 (Duch., II, 11; — Bqt, XI, 642; V, 17; —Pertz, 1,6).
1. Voy. Séraphim, Ueber die geschichtlichen Aufzeichnungen in frxnkischen Klœstern in der zweiten Hœlfte des 8. Jahrhtmderts . I : QuellenkriUk. Untersuchung der kleineren Karolingischen Annalen {Programm des Gymnasiums in Fellin, 1887).
A. Laiibacenses, 687-5)26 (Pertz, I, 7).
A. Moscllaiii, 704-796 (Portz, XVI, 491).
A. Laureshamenses, 703-803 (Duch., II, 21; — Bqt., II, 645; V, 26, 63; — - Pertz, I, 22; — E. Katz, dans le Jahreshericht du Gymnase de Saint-Paul en Carinthie, 1889)'.
A. Nazariani, 708-790 (Duch., II, 3; — Bqt, II, 639, V, 10; — Pertz, I, 23 et 40).
A. Petariani, 708-799 (Duch., II, 6; — Bqt, II, 641; — Pertz, I, 7; III, 170; — Mai, Spicilegium Romanum, VI, 181).
A. Quel fer bytani, 741-805 (Pertz, I, 23).
A. Alamannici, 708-926 (Duch., III, 466; — Bqt, V, 359 ; VII, 207 ; VIII, 100 ; — Henking, dans les Mittheilungen zur vaterlœndischen Geschichte de Saint-Gall, 1884).
A. Sangallenses Baluzii, 691-814 (Baluze, Miscellanea, I, 494; — Bqt, V, 30; — Pertz, I, 63; — Henking, Ibid., 197).
A. Maximiniani\ 710-741-811 (Pertz, XIII, 19).
Il faut ajouter à ces Annales, qui ont principalement exercé la sagacité et provoqué les dissentiments des critiques, d'autres moins importantes :
Annales S. Amandi brèves, 742-855 (Pertz, II, 184).
A. S. Amandi brevissimi, 760-796 (Pertz, XIII, 38).
A. S. Gerynani Minores, 642-919 (Pertz, IV, 3).
A. S. Dionysii, 1-887, 919-997, continuées jusqu'en 1292 (Pertz, XIII, 718)3.
1. Cette édition reproduit un manuscrit conservé à Saint-Paul et provenant de Saint-Blasicn. Le manuscrit autographe de Vienne, hist. prof., 646, reproduit par Lambccius, Bouquet, II, 645, et V, 63, et Pertz, ne contient maliieureusement ([ue les années 794 à 803. Le fragment donné par Duchesno et par Bou([uot, V, 26, est fourni par un manuscrit du Vatican, Clirist. reg. 213, et va de 768 à 806.
2. Publiées pour la première fois par le baron de Reiflenberg dans les Comptes-rendus de la Commission royale d'histoire. Bruxelles, 1844. — Les Annales Juvavenses brèves, 721-741 (Pertz, III, 123), sont identiques à la i»arlie correspondante des A. Maximiniani.
3. E. Berger avait donné en 1879 une édition de ces Annales sous le titre de Chronicon S. Dionysii ad Cyclos Paschales dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1879, où il avait corrigé les erreurs des éditeurs antérieurs, d'Achery, Félibien, Bouquet et Durand. Les Annales Remenses, publiées aussi en dernier lieu dans les Monumenta Germaniae, t. .Mil, p. 81-84, sont, comme les Annales S. Dyonisii, une con\pilalion de composition assez incertaine dont deux formes. Annales Remenses, 830-995, et Annales S. Dionysii Remenses, 845-1190, peuvent être rattachées auv Annales carolingiennes.
A. Juvavenses majores (Salzbourg), 550-835 (Pertz, I, 87; m, 121).
A. Juvavenses minores, 742-814 (Pertz, I, 88; III, 122).
A. Salisburgenses (Salzbourg), 499-1049 (Pei^tz, I, 72; — Duch., m, 471 ; — Bqt, III, 316).
A. S. Emmerani majores (Ratisbonne), 748-823 (Pertz, I, 92).
A. S. Emmerani minores, 732-1062 (Pertz, 1, 93).
A. Baioarici brèves, 687-811 (Pertz, XX, 8).
A. Sangallenses brèves, 708-815 (Pertz, I, 64).
A. Sangallenses brevissimi, 814-961 (Pertz, I, 70).
A. Augienses (Reichenau), 709-858, extraites des A. Alamannici; 860-984, extr. des A. Sangallenses et Weingartenses (Pertz, I, 67; II, 238; — Jafifé, Bibl. rer. Germ., III, 702).
A. Auscienses (Auch), 687-844 (Pertz, III, 171 ; — D. Vaissète, Hist. du Languedoc, nouv. éd., II, preuves, p. 21).
A. Barcinonenses , 751-1149 (Pertz, XIX, 501).
A. Fuldenses antiqui, 651-814, et A. Fuldenses antiquissimi, 742-822-828 (Pertz, I, 95; II, 237; III, 116, 117; en app, à Kurze, A. Fuldenses, p. 136).
A. S. Bonifacii, 716-830; 910-1024 (Pertz, III, 117; cf. Duemmler, dans Forsch. z. d. Gesch., XVI).
Enfin nous pouvons encore citer, pour compléter la liste des petites Annales, une série d'Annales qui sont à peu près indépendantes des précédentes et qui sont surtout intéressantes pour le ix« et le x*" siècle :
Heirici Monachi S . Germani A. Antissiodorenses brèves, 826-875 (Pertz, XIII, in-8°).
A. S. Quintini Veromandenses, 793-994 (Pertz, XVI, 50; — Le Proux, Notes d'histoire locale. Saint-Quentin, 1870).
A. Floriacenses, 626-1060 (Duch., III, 335; — Bqt, III, 315; VIII, 253; — Pertz, II, 254).
A. Masciacenses (Massai en Berry), 732-824 et 832-1013 (Labbe, Bibl. nov. Mss., II, 732; — Pertz, 111,169).
A. Engolismenses, 815-870; 886-930; 940-991 (Pertz, XVI, 485; — Bqt, VII, 222; VIII, 222; — Castaigne, SS. rerum Englismensium) .
A. Engolismenses, 814-993 (Pertz, IV, 5).
Chronicon Aquitanicum, 830-886. 930 (Martens, Thés. Anecdot., III, 1448; — Bqt., VII, 223; — Pertz, II, 252).
A. Lausonenses, 850-985 (Pertz, III, 152).
A. Lugdanenses, 769-841 (Pertz, I, 110).
A. Flaviniacenses, 382-853 (Pertz, III, 150). A. S. Maximini Trevirensis, 808-987 (Pertz, IV, 5). A. S. Pétri Coloniensis, 798-818 (Pertz, XVI, 730). A. Colonienses brevissimi, 814-870 (Pertz, I, 97)'. A. Weissemburgenses, 763-846 (Pertz, I, 11)^
M. Pertz, en éditant pour la première fois les Annales d'une manière critique dans le premier volume des Monumenta Germaiîiae, ne connaissait pas encore les Afinales Mosellani ni les Annales Maœiminiani, dont la découverte a modifié quelque peu les idées qu'on s'était faites sur les relations des diverses Annales. Il avait distingué parmi les premières Annales que nous avons citées deux groupes principaux formés chacun de quatre écrits annalistiques et il les avait publiés en tableaux synoptiques : d'une parties ^. S. Amandi, A. Tilia7ii, A. Laubacenses et A. Petaviani; d'autre part les A. Laureshamenses, A. Nazariani, A. Guelferbytani et Alamannici.
Ce premier classement laissait à désirer à deux points de vue, d'abord parce que les A. Petaviani sont visiblement jusqu'eu 770 en relation aussi bien avec les A. Laures/iamenses qu'avec les A. S. Amandi, et puis parce que les A. Guelferbytani n'ont pas de relation directe et marquée avec les .1. Laureshamenses. La découverte des A. Mosellani, faite à Saint-Pétersbourg en 1856 par Lappenberg, et leur publication dans le t. XVI des Mo7iumenta Germaniae , introduisit un élément nouveau dans la question, Giesebrecht publia dans le Muenchener historisches Jahrbueh de 1865 un mémoire intitulé Die frœnkischen Reichsamialen u. ihre U7'sprung dans lequel, tout en s'occupant surtout des A. Laurissenses majores, il signala le premier l'importance de ces Annales pour la question des origines des écrits annalistiques et émit un certain nombre d'hypotlièses sur l'origine des premières Annales. M. Wattenbach, dans la 2" édition de ses Deutschla^ids Geschichtsquellen de 1866, donna un classement des Annales qui, malgré tous les travaux postérieurs, reste juste dans ses lignes générales et suffirait à la rigueur à guider l'historien dans l'emploi qu'il doit faire de cet
1. Les Annales Colonienses brèves, 898-904 (Pertz, XVI, 700), ne se rapportent guère qu'à l'épociue oltonienne, ainsi que les Annales Colonienses majores, 776-1028, publiées dans Pertz, 1, 97-99, of complétées, XVl, 781.
2. Les Annales Weissemburgenses alii, dont la |>reniiére partie va de 708 à 984 et la seconde de 985-1075, |)ul)liées dans Pertz, 111, 33-05 et 70-92, n'ont de inéuie d'iniporlauce que pour l'histoire des Ottons.
ensemble de documents. Nous prendrons ce classement pour base de notre exposé, en y introduisant seulement certaines corrections, nécessitées par les recherches ultérieures et admises par M. Wattenbach à partir de sa 4" édition.
D'après le système développé en 1860 par M. Wattenbach, les plus anciennes Annales ont été rédigées à peu près simultanément sur deux points, en Belgique et sur les bords de la Moselle, à Metz ou aux environs. Un peu plus tard, nous trouvons un troisième groupe de notes annalistiques provenant du monastère de Murbach fondé par le comte Eberhard en 727. — Les Annales belges sont principalement représentées par les Annales de S aine- Arnaud, monastère situé à 13 kilomètres de Valenciennes, sur la Scarpe, affluent de l'Escaut. Elles ont été écrites à la suite d'un De temporum ratione de Bède le Vénérable, ce qui les rattache à l'influence anglo-saxonne. La mention de la victoire de Tertry a été inscrite après coup en tête des Annales, ce qui montre que leur auteur est préoccupé des destinées politiques de la famille carolingienne, et d'ailleurs jusqu'en 770 on n'y trouve guère notés que des événements politiques et militaires. Elles paraissent avoir été écrites par trois mains différentes. Une première partie s'étend jusqu'en 770 ^ la seconde jusqu'en 791, la troisième jusqu'en 810. — Les Annales Tiliani, ainsi nommées du nom du savant Du Tillet qui possédait le ms. publié pour la première fois par Duchesne, n'ont que peu d'importance. Elles sont pour M. Wattenbach un extrait des Annales de Saint- Amand de 708 à 737 ; de 740 à 807, elles sont composées d'extraits des Annales Laurissenses majores dont nous parlerons plus tard-. Les Annales Laubacenses , qui ont été écrites au
1. M. Kurze [Neues Archiv, XX, 21) étend jusqu'à 772 la première partie des Annales et la croit empruntée à des Annales austrasiennes perdues écrites à Saint-Martin de Cologne ; la seconde et la troisième partie seraient entièrement extraites d'Annales perdues qui s'arrêtaient à 805 (voy., plus loin, la note additionnelle au ch. i). Ces Annales S. Amandi, de 773 à 810, n'auraient pas pu être commencées avant 806 et se seraient aussi servies Aes, Annales Laurissenses de 806 à 810.
2. M. Kurze {Neues Archiv, XIX, 305) a montré que le manuscrit des Annales Laurissenses majores utilisé par les Annales Tiliani était un manuscrit du groupe B, s'étendant jusqu'à 813 et ne contenant pas la mention des conjurations de 785 et de 792 (cf., plus loin, la note additionnelle au chap. i et notre chap. II). Peut-être l'auteur des Tiliani a-t-il copié les Annales lorsqu'elles n'étaient pas encore [)Oussées jusqu'à 813 et s'étendaient seulement jusqu'à 808. D'après M. Kurze, les Annales Tiliani auraient été extraites justpi'en 737 des Annales austrasiennes mentionnées dans la note précédente.
eiST. CAROLIIVGIENNE. 6
monastère de Lobbes (sur la Sambre, à 14 kilomètres de Charleroi), sont aussi, de 687 h 791, la reproduction des Annales de Saint-Amand; de 796 h 885, elles ont été continuées à Lobbes d'une manière indépendante. La fin, de 887 à 912, est empruntée aux .1. AlamamiiciK Les légères divergences qui existent entre le texte des ^. S . Amandi eldes A. Tilia7ii ei Laiibacenses , le fait que celles-ci ont une date juste pour la bataille de Tertry, tandis que les Annales de Saint-Amand la placent par erreur à 690, peut faire admettre, comme le suppose M. Arnold-, que le texte de la première rédaction des trois Annales est également emprunté à une source commune qu'elles reproduisent toutes trois avec quelques divergences. En tous cas, elles forment un groupe bien déterminé et elles représentent les premières Annales carolingiennes sous leur forme la plus simple, la plus pure, la plus primitive. Elles paraissent venir des monastères de Belgique. Elles y furent en tous cas très répandues, et nous les retrouvons plus tard utUisées par Sigebert de Gembloux.
Dans la plus récente édition de son ouvrage, M. Wattenbach, frappé du fait que les Annales de Saint-Amand jusqu'à l'année 771 ne mentionnent que des événements d'un intérêt général, en a conclu qu'elles n'ont pas été tout d'abord composées dans l'intérieur d'un couvent, mais qu'elles ont dû être écrites par des clercs vivant auprès des maires du palais d' Austrasie ou attachés à la personne des évêques qui suivaient le roi dans ses campagnes et qu'elles ont été ensuite transcrites dans des monastères, tandis que M. Giesebrecht avait supposé qu'elles avaient été commencées dans l'abbaye de Saint-Martin de Cologne. Il est très difficile de rien affirmer en présence des trois textes si fragmentaires que nous possédons et dont aucun n'a le caractère incontesté d'un ms. original. Nous ferons seulement remarquer que toutes les Annales primitives portent à quelque degré la trace d'une origine monastique; qu'un clerc écrivant auprès des ducs des Francs n'eût pas, semble-t-il, été si laconique et si incomplet, qu'au contraire, dans un couvent situé non loin du centre de la vie politique sans y être pourtant directement mêlé, la sécheresse et l'intermittence de ces notes annalistiques n'a
1. Pour M. Kurze [Neues Archiv, XX, 29, note), les Annales Laiibacenses ont utilisé les Annales S. Amandi dans une rédaction allant au moins jusqu'à 791, et une source allant de G87 à 81i qui se retrouve dans \oi Annales Stabulenses et Auscienses.
2. Beitrœge zu krilik KaroUngischen Annalen. Kcenigsberg, 1878.
rieu qui nous étonne. Quant à expliquer pourquoi les événements qui n'intéressent que le couvent ne sont notés que d'une manière irrégulière, il faudrait être un peu mieux renseignés que nous ne le sommes sur la nature exacte des manuscrits que nous avons sous les jeux pour pouvoir nous prononcer*.
Le pays de la Moselle a été le lieu d'origine d'un second groupe de notes annalistiques que nous retrouvons dans les A^inales Mosellani et le^s, Annales Laureshamenses . Aucun critique n'a jamais révoqué en doute le lien étroit qui unit ces Annales ; seulement, tandis que M. Wattenbach a toujours considéré les A . Mosellani comme la source ou comme reproduisant la source des A. Laureshamenses , la plupart des critiques^ y voient deux écrits parallèles sortis l'un et l'autre d'Annales perdues, ayant une autorité égale et devant être consultées simultanément et contrôlées l'une par l'autre. — On y trouve pour les premières années la mention de personnages d'origine irlandaise et jusqu'à 729 des notes se rapportant à l'Angleterre. Les Mosellani se trouvent d'ailleurs transcrites, dans le manuscrit unique de Saint-Pétersbourg, à la suite du De temporum ratione de Bède, comme les Annales de Saint-Amand. C'est encore là un indice que le modèle des Annales a été importé de l'étranger, et l'on pourrait, si l'on voulait, attribuer la première rédaction de ces Annales, plus encore que la rédaction des Annales de Saint- Amand, à l'abbaye de Saint-Martin, fondée à Cologne par Peppin d'Héristal pour recevoir des religieux irlandais. Ce sont ensuite les faits les plus importants de l'histoire des Carolingiens qui y sont notés, et la mort de Drogon, le fils de Peppin d'Héristal, y est inscrite à l'année 708 comme dans les Annales de Saint-Amand. Cet événement, qui semble avoir causé une grande impression, est le vrai point de départ des Annales. A partir de 761, on trouve de nombreuses indications se rapportant à Metz et au monastère de Gorze; c'est à ces indications que les Annales Mosellani doivent leur nom. Quelques notes relatives à Lorsch ont motivé le nom à' Annales Laureshamenses donné
1. A ces Annales belges se rattachent les Annales S. Amandi brèves, 742-855, qui n'ont que peu d'intérêt. Les Annales S. Gallenses Baluzii, 691-814, se rattachent aux Annales S. Amandi clans leur première partie jusqu'en 764. Dans la seconde, 708-814, elles présentent des analogies avec les Annales Petaviani et les An7iales Laureshamenses.
1. Cf. Giesebrecht, Die Frsenkischen Kœnigsannalen, dans le Miinchener historisches Jahrbuch, 1865, p. 224-226. Œisner, Pippin, p. 520. Waitz a complètement adopté cette manière de voir. Cf. Forschungen z. d. G., t. V, p. 493.
aux Annales sœurs. M. Wattenbach a supposé que la composition de ces Annales mosellanes a été due à Chrodegang, qui fut élevé à la cour de Charles Martel, qui reçut l'évêché de Metz en 742 par la faveur de Peppin le Bref et qui construisit le monastère de Gorze. Ces.lnnrt/<?^ Mosellani ont été conduites d'abord jusqu'en 777, et on trouve dans cette première partie des notes qui ont une origine alamanne; puis jusqu'à 785 ^ et cette seconde partie pourrait bien avoir été composée à Lorsch ; enfin jusqu'à 796. Les années 780 et 787 manquent, et, de 788 à 796, il y a une erreur d'une année dans les dates, qui sont d'un chiffre trop basses. Cette erreur doit être la faute d'un copiste. La dernière partie des Annales Mosellani aurait été, d'après M. Giesebrecht, composée dans le pays du Mein, peut-être à Wurzbourg; M. Arnold croit au contraire qu'elle est due à un Allemand du nord. Nous nous garderons de nous prononcer entre des avis aussi opposés.
Les Annales Laureshamenses'^- suivent de 703 à 785 les Annales Mosellani ou plutôt se rattachent à la même source commune. Leur nom vient de la mention delà translation des reliques de Saint Nazaire « in monasterio nostro Laureshaim » en 765. Il serait cependant difficile d'affirmer sur un seul mot que les Annales qui portent le nom de Lauy^eshamenses ont réellement été composées dans ce monastère, mais il ne serait point étonnant qu'on eût transcrit des Annales de Gorze dans l'abbaye de Lorsch, dont le premier abbé fut Gundeland, frère de Chrodegang, abbaye qui resta toujours en relation étroite avec le siè^^e épiscopal de Metz, et qui, voisine des résidences de Worms, Ingelheim et Tribur, fut mieux placée qu'aucun autre pour entendre l'écho des événements politiques. Aussi les Annales Laureshamenses ne sont-elles
1. Pour M. Kurze {Nems Archiv, XX, 29, et XXI, 25), les Annales Mosellani sont jusqu'à 785 une copie des Annales primitives perdues de Lorscli, <iui eliesmt^nes reproduisaient jusqu'à 777 les Annales perdues de Gorze, composées de 760 à 777 et dont la partie antérieure à 760 était empruntée à des Annales neustriennes i)erdues de 708 à 764 et à des Annales alamannes i>erdues de 703 à 756. — L<'s Annales Mosellani seraient originaires de Worms. Elles se seraient servies l)our les années 788 à 796 (écrites vers 797 ou 798) de la seconde rédaction des Annales perdues de Lorsch jusqu'à 796, des Annales Pelaviani jusqu'à *796 et des Annales Laurissenses.
2. Le manuscrit de Saint-Hlasien, aujourd'hui an monastère de Saint-Paul eu Carinthie, qui seul nous a conservé les Annales complètes de 703 à 800 (cf. Neues Archiv, XV, 425), a servi à Ussermann pour son édition des Annales dans ses Prodromus Germaniac sacrae. Longtemps considéré comme perdu, il a été retrouvé à Saint-Paul et publié par M. E. Katz.
pas les seules qui furent conservées ou écrites dans cette riche abbaye.
Après 785, les Amiales Laureshamenses furent continuées par deux mains différentes. Le fragment d'Annales publié par Duchesne (II, 21), dit Fragmentum Chesnii, et D. Bouquet (V, 26), s'étend de 768 à 806. Il contient des variantes importantes de 786 à 790 et a quelque rapport avec les A . Guelferbytani^. De 790 à 806, ce fragment n'est qu'une transcription des Annales Laurissenses majores. L'autre continuation, de 794 à 803, a été publiée pour la première fois par Lambek d'après un ms. de Vienne-, puis avec les Annales entières par Ussermann dans son Prodromiis Germaniae sacrae. Elle s'étend jusqu'à 803 et est l'œuvre d'un homme intelligent qui écrit sous l'influence directe de la cour et y vit même peut-être. Son récit a une importance qui n'est égalée que par celle des A. Laurissenses"^.
Le troisième groupe de notes annalistiques provient de Murbach dans les Vosges. On les retrouve dans les Annales qui portent le nom d'Annales Guelferbytani, parce que l'unique manuscrit qui les contient est conservé dans la bibliothèque de Wolfembuttel. Elles commencent à l'année 741, à l'avènement de Peppin, ce qui prouve bien que, comme les précédentes, elles sont inspirées par une préoccupation, sinon par une pensée politique. Jusqu'en 790, elles paraissent avoir été écrites à Murbach et elles nous donnent la liste des abbés du monastère. A partir de 790 jusqu'à 806, elles nous offrent une série de notes en style assez barbare sur les campagnes et les quartiers d'hiver de Charlemagne. Ce ne sont que des extraits assez incorrects d'autres Annales plus développées dont nous retrouvons le texte dans les A nnales Mettenses '* .
1. Cf. Heigel, Forschungen zur D. Geschichte, 1865, p. 397, note. Ueber die ans den seltesten Munbacher Annalen abgeleitetcn Quellen. Nous reviendrons sur cette question en parlant des Annales de Metz.
"2. Pour M. Kurze (Neues Archiv, XX, 29), ces Annales jusqu'à 790 sont tirées de la seconde rédaction des Annales perdues de Lorsch continuées de 788 à 790 (cf. p. 84, n. 1).
3. Lambecius, Commentarius de Bibliotheca Vindobunensi. Vienne, 1669. Il a peut-être existé une continuation de 803 à 816 que la chronique de Moissac aurait utilisée. Cf. Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen, I, 146.
4. Toutefois, cet annaliste ne garde pas la même froideur objective qui caractérise les Annales royales {Laurissenses majores), écrites sous l'influence des archichapelains. A partir de 791, on remarque des prétentions au beau style, une certaine emphase, et on y trouve racontés en détail des faits sur lesquels les
Les Annales Nazariani, ainsi nommées parce qu'on a aussi prétendu qu'elles avaient été écrites à Lorsch où Saint-Nazaire avait, comme nous l'avons dit plus haut, un sanctuaire, ne sont dans leur première partie jusqu'en 741 qu'une forme des Annales Mosellanes. De 7-11 à 785, elles mêlent des notes prises aux Annales de Murbach h d'autres prises aux Annales Mosellanes; enfin, de 786 à 790, elles ajoutent aux notes brèves dont elles se composaient jusque-là un récit plus développé qui peut avoir été écrit à Fulda ^ .
Les Annales Alamannici sont assez étroitement rattachées aux Nazariani et aux Guelferbytani. M. Wattenbach les regardait autrefois comme issues des Nazariani; mais, tout ce qu'on peut dire, c'est qu'elles sont un mélange des Annales Mosellanes et des Annales de Murbach jusqu'en 790; qu'à partir de cette date elles ont été continuées à Murbach jusqu'en 800^ puis à Reichenau de 801 à 859 ; enfin à Saint-Gall, où elles ont eu trois continuations, de 860 à 876, de 877 à 881 et de 882 à 920. Leur influence fut grande en Souabe. Elles ont servi à plusieurs des auteurs de Chroniques universelles impériales, à Lambert de Hersfeld, à Hermann de Reichenau.
Les Annales dites Petaviani, du nom d'Alexandre Petau, qui possédait le ms. édité par Duchesne dans son t. II, ont une place
Annales royales se taisent ou glissent intentionnellement, comme la conspiralion du jeune Peppin, lils de Himiltrude, en 792. M. Kurze les croit écrites sous l'inlluence soit de l'évéque de Woruis (Adelhelia ? Dietlach ?), soit d'Angilramn de Metz, soit de Riculf de Melz. Angilramn doit tUre écarté, si, comme je le pense, il a dirigé la rédaction des Annales royales. Kurze {.Yeues Archiv, XXI, 26) dit <|ue les Annales Laureshamenses de 791 à 803 ont puisé dans les Petaviani et dans la source des Maximiniani jusqu'à 796, dans les Mosellani jusqu'à 797 ou 798, puis sont originales de 798 à 803. C'est à Metz peut-être cpie cette dernière partie, de 791 à 803, aurait été écrite. M. Kurze croit retrouver dans la chronique de Moissac une continuation des Annales Laureshamenses de 804 à 818 compilée en 818 d'après les Annales Laurissenses minores, les Annales Laurissensés majores et des Annales perdues de 805.
1. M. lleigel considère les Annales Guelferbytani ']\isi\ui\ 790 comme la plus ancienne forme des Annales de Murbach; les Annales .\azariani comme une comiiilation faite en Thuringe ou en liesse, formée des Guelferbytani et d'Annales alanianes, qui se retrouvent dans les Annales Mosellani: et les Annales Alamannici jus(iu'en 790 cou)me un remaniement des Annales de Murbach mêlées aux Annales Laureshamenses.
2. M. Kurze {Neues Archiv, X.XI, 24) pense ((ue celle partie des Annales Alamannici de 790 à 795, écrite à Murbach, a éle puisée en partie dans les Annales Petaviani juscju'à 796 el dans les Annales Laureshamenses jusqu'à 797. Elle aurait aussi utilisé les Mosellani.
tout à fait à part au milieu des annales que nous venons d'énumérer. Elles offrent en effet ceci de particulier qu'elles s'intéressent exclusivement aux guerres de Charlemagne. Elles forment comme un journal de ses campagnes. Jusqu'à 771, elles sont composées d'un mélange des Annales belges et des Annales Mosellanes. De 771 à 799, année où elles s'arrêtent, elles offrent encore des ressemblances assez marquées avec les A. Mosellani et Laureshamenses sans qu'on puisse cependant établir de relation directe entre elles'. Elles ont de l'importance pour l'histoire militaire du règne de Charlemagne, car elles doivent avoir été écrites à la cour même. Une des copies de ces Annales, provenant de l'abbaye de Massai dans le Berry, ne s'étend que jusqu'à 796 et contient des additions faites au monastère de Saint-Martin de Tours.
Les Annales Maœiminiani tirent leur nom du monastère de Saint-Maximin de Trêves, où elles auraient été écrites, d'après l'opinion de leur premier éditeur, le baron de Reiffenberg^. Mais M. Waitz, qui les a rééditées au t. XIII des Monumenia Germaniae [S S.), a montré que si le manuscrit unique de ces annales, aujourd'hui à Bruxelles (n" 17351), a été copié sur un manuscrit de Saint-Maximin du ix*" siècle, il ne s'en suit pas que l'original y ait été composé^.
Les Annales Maœiminiani, qui s'étendent de 750 à 811, occupent une place à part parmi les petites annales carolingiennes. Elles ne nous fournissent que peu d'informations originales et elles paraissent avoir été composées vers 812, d'après d'autres annales que nous retrouvons dans quelques-uns des textes annalistiques dont nous venons de parler. Elles nous sont surtout utiles par les éléments de critique qu'elles nous fournissent pour
1. M. Kurze (Nettes Archiv, XXI, 25) reconnaît l'extrême difficulté de déterminer exactement la relation des Petaviani avec les autres annales. Toutefois, il croit qu'elles se sont servies pour leur première partie, qui irait jusqu'à 778 et aurait été écrite à Gorze, d'anciennes Annales austrasiennes perdues, source des Annales S. Amandi et écrites à Saint-Martin de Cologne jusqu'à 772, et des Annales perdues de Gorze; i)our la deuxième partie, de 779 à 796, de la seconde rédaction des Annales perdues de Lorsch (790), de la seconde rédaction des Annales perdues de Murbach (790) et des Annales Laurissenses, jusqu'à 791. Le dernier morceau, 797-799, serait original et ne se trouve pas dans le manuscrit de Massai ou de Tours. Les Annales Pétaviennes auraient été écrites à Corbie, d'où provient le manuscrit du Vatican.
2. Dans les Comptes-rendus de la Commission royale d'histoire de Belgique,