Voy. un article de Wailz, Neues Archiv, V
l'étude de ces textes. Elles se présentent h nous en effet sous une foruie assez particulière, comme la continuation d'une Chronique universelle jusqu'à l'année 74 J , conservée dans deux manuscrits (Leyde, mss. Scaliger, 28, et Munich, lat. 246) et composée de la Chronique de Bède, d'extraits de la Chronique de saint Jérôme, d'Isidore, d'Orose, de YHistoria Romana de Paul Diacre, de Frédégaire, des Gesta regum Francorum, du Liber Pontificalis et de notes annalistiques qui se retrouvent dans \e& Annales Mosellani et Laurcshamenses , les Annales Metteuses et la Chronique de Moissac. M. Waitz en place la composition vers l'année SOI, et croit qu'elle fut écrite dans le diocèse d'Autun, à cause de la mention à l'année 725 de la destruction d'Autun par les Sarrasins, fait qu'on ne retrouve mentionné que dans les Annales de Flavigny *. Cette Chronique ne se présente pas à nous sous forme d'annales, mais sous forme d'un récit, mal lié il est vrai et composé de faits juxtaposés. C'est une assez informe compilation à laquelle la Chronique de Bède, avec ses indications chronologiques tirées de l'âge du monde, sert de cadre. Ce n'est qu'à partir de 7d0 qu'on voit apparaître, au milieu du texte, des extraits d'annales qui ont conservé la mention des ans de l'Incarnation^ L'arrêt de la Chronique à 741 s'explique, évidemment, comme M. Waitz l'a pensé, par ce fait que la compilation a voulu reconstituer une histoire universelle jusqu'à la date où commençaient les Annales royales {Annales Laurissenses majores).
Cependant, un peu plus tard, en 812, un autre écrivain, ayant entre les mains cette Chronique universelle, en a extrait, à partir de 710, tout ce qui a trait à l'histoire des Francs, en laissant de côté les passages tirés de Bède et les ans du monde qui s'y rapportent, puis a fait suivre cet extrait de la Chronique universelle d'Annales dont la substance est empruntée surtout aux Annales
1. Gel indice est sans grande valeur; car ce passage fait partie des notes annalistiques dont nous parlons à la note suivante.
2. Ces notes aniialisticpies sont la reproduction textuelle de celles qui ont élti publi»''es par l'ertz [Mon. Germ. SS., t. IV, p. 123) sous le titre, tout à fait erroné, LVAnnales Jiivavenses brèves. Ce sont en réalité des Annales franques, des notes sur les guerres et les actes de Cluirles Martel. Leur emploi ferait supposer que l'auteur de cette chrouiiiue universelle vivait dans le voisinage de la cour frani|ue. (Cf. Siiuson. Kleine Bemerkungen ziir karoUngischen Annalen, dans les Forsckungen zur D. Ceichiclile, .\IV, l;M, et Die Ueberarheilete und bis zmn Jahre 711 fortgeselzle Chronik des Beda; Ibid., .\1.\, p. 07.) Ce remaniement de la Chroni([ue de Bède a servi de base à la Chronique de Moissac,
Laurissenses majores, mais aussi aux Annales Petaviani et aux Annales qui ont servi de source aux Annales Mosellani et Laureshamenses , ainsi qu'aux Laurissenses et aux Mettenses. On y remarque un certain nombre d'indications qui se retrouvent dans les Annales Xantenses (an. 790, 794, 795); d'autres offrent une grande ressemblance avec des passages correspondants des Annales Jiwavenses minores (an. 764, 787), des Annales Juvavenses majores (an. 796, 803, 804), et des Annales de saint Emmeran de Ratisbonne (an. 748, 777, 787, 793, 810), soit que ces Annales aient puisé à une source commune, soit que les Annales Maximiniani leur aient été connues. Ces rapports avec les Annales de Salzbourg (Juvavia) et l'intérêt que l'auteur paraît prendre à la Bavière ont fait supposer à M. Waitz que l'auteur pourrait bien être un Bavarois. Il a aussi utilisé le Z^&erPon^^/?c«^^5 pour l'histoire des papes Zacharie et Étiennell. — La Chronique de Moissac, que nous étudierons plus loin, offre de telles ressemblances avec les Annales Maœhniniani que M. Waitz n'hésite pas à les regarder comme une des principales sources de la chronique. M. Arnold a cru au contraire pouvoir conclure des rapports multiples des Annales Maœhniniani avec tant de sources diverses que ces Annales, ainsi que les sources desquelles on les rapproche, ont toutes puisé dans des annales plus étendues, aujourd'hui perdues, qui auraient été les vraies Annales de la cour'. Il considère les Annales Maœiyniniani comme offrant une des meilleures rédactions de ces annales primitives. Nous verrons plus tard combien l'hypothèse de M. Arnold est arbitraire. Les Annales Maximiniani ont au contraire le caractère d'une compilation sans aucune unité, dont les diverses parties sont fort mal proportionnées et mal agencées et qui n'a pour nous d'autre intérêt que de nous servir à contrôler les autres sources et de mieux comprendre leurs relations.
On peut résumer sous forme de tableau généalogique le sjs-
1. M. Kurze [Neues Archiv, XIX, 306) a fait remarquer que de 797 à 811 les Annales Maximiniani sont un extrait des Annales Laurissenses majores avec ((uelques rares additions que l'auteur a dû puiser, soit dans ses souvenirs personnels, soit dans ceux de l'archevêque Arn. de Salzbourg ou de ses familiers. Il pense que l'auteur a connu le texte des Annales Laurissenses majores alors qu'il ne s'étendait encore que jusqu'à 811. Les rapports des Annales Maximiniani avec les Annales Xantenses et Juvavenses s'expliquent, pour M. Kurze, par le fait qu'elles se sont servies, jusqu'à 796, d'une source bavaroise qui a été aussi utilisée par les Annales Xantenses et Juvavenses (Kurze, Neues Archiv, XXI, 12). Cette hypothèse est assez vraisemblable.
tème de classement qui a été proposé en 186G par M. Wattenbach :
s. Amandi Moscllani Annales perdues
I I de Murbach
I I r I II'
Tiliuiu Laubacenses Petaviani Laiiieshainenses / Nazariani Guelferbytani
j et
(Alama
Alamannici
M. Wattenbaclî a admis plus tard {& édition) que les Laureshamenses et les Mosellani pourraient se rattacher k une source commune qui aurait servi aussi aux Petaviani et aux Nazariani, mais que les Mosellani représentent plus exactement que toutes les autres Annales.
M. Waitz, dans une dissertation publiée dans les Nachrichten der Gœttingischen Gesellschaft der Wissenschaften du 20 janvier 1875, a proposé certaines modifications à ce tableau. D'après lui il n'y a pas filiation directe entre les Mosellani et les Laureshamenses, mais elles dérivent d'une source perdue, formée d'Annales alamanes, d'Annales de Gorze et d'Annales de Lorsch, d'autre part, les Nazariani et les Alamannici dérivent également des Annales de Murbach et des Annales alamanes perdues, qui ont aussi servi de source aux Annales de la Moselle ; enfin les Petaviani dérivent des Annales de Saint- Araand et des Annales perdues de Gorze et de Lorsch, qui ont été une des sources des Annales de la Moselle. Ce système peut se représenter par le tableau suivant :
s. Araand An. Alatn. perdues Guelferbytani
A. p. de Gorze |
" A. p. de Murbach
Tl '. , ' .
Laubacenses Tiliani Petaviani A. p. de Lorsch Naziarani Alamannici
Mosellani Lauresbamenses Maximiniani
M. Œlsner, dans l'appendice XVI de ses Annales du règne de Peppin, considère les Mosellani comme un mélange des Petaviani et des Annales de Gorze, qui ont servi de source aux Laureshamenses . Il ne leur accorde en conséquence qu'une valeur
— outrés secondaire; et son système, d'ailleurs peu acceptable, est le suivant :
s. Amand A. p. de Gorze Guelferbytani
Lauresnain. Nazariani et Âlaraannici
Laubacenses Petaviani
Moseliani
Enfin, M. Arnold, dans ses Beitrœge zur Kritik Karolingischer Annalen (Kœnigsberg, 1878), est venu, sous prétexte de résoudre définitivement les difiicultés que soulève la classification des Annales, les rendre à peu près inextricables et nous obliger à renoncer à toute solution précise du problème. Il a en effet, avec beaucoup d'ingéniosité, montré qu'il est à peu près impossible d'isoler les annales les unes des autres, et très difficile d'établir entre celles que nous possédons une filiation directe, qu'elles paraissent plutôt puisées à des sources communes. Jusqu'à 771, il propose la classification suivante :
An. p. source des S. Amandi An. Alam. perdues
Red. perd, des S. Am. S. Amandi Tiliani | i
A. p. de Gorze
A. bawar. brèves
S. Amandi brèves, Laub. ,,.'.. ,,.'... , I ,
, . u • . Petaviani Maximiniani An. perdues
Augienses breviss. , Ausc. ',
A. S. Germani min.
Moseliani Laureshamenses
Pour les Nazariani, Alamannici et Guelferbytani }u.sqi\k 770, M. Arnold semble s'accorder avec le système de Waitz. Mais, à partir de 771, pour sortir de la confusion inextricable que lui présentent les Annales, il tranche le nœud gordien en imaginant que toutes les Annales ont puisé, de 771 à 801 ou 803, dans des Annales beaucoup plus développées qui auraient été écrites à la cour et qui ont été oubliées et perdues lorsque les A7inales Laurissenses ont été acceptées comme Annales officielles.
Une si belle théorie ne pouvait manquer d'exciter l'émulation des critiques en quête de nouveautés. C'est ce qui est arrivé en effet. M. Isaac Bernays, dans sa brochure Zur Kritik Karolin-
gischer Annalen\ a enchéri sur M. Arnold. Celui-ci faisait remonter les Annales de la cour h 771 seulement; M. Bernays les fait remonter au commencement du viii" siècle, c'est-à-dire à l'origine même des Annales. M. Arnold arrêtait les premières Annales de la cour à 802 ou 803, et supposait qu'ensuite les Annales Laurissenses en avaient tenu lieu ; M. Hernays suppose qu'elles s'étendaient jusqu'en 834. Enfin, aux écrits que M. Arnold signalait comme extraits des Annales de la cour, M. liernays ajoute les Annales Laurissenses niajoy^es et minores, la compilation inconnue qu'on suppose avoir servi de source et aux Annales Metienses et à la Chronique de Moissac jusqu'en 805, la Chronique de Moissac de 805 à 818, les Annales Einhardi, Thégan, les Annales Bertiniani, les Annales Xantenses , les Annales Sithienses, les Annales Fiildenses, enfin les Continuateurs de Frédégaire eux-mêmes. Ici, il est vrai, M. Bernays est pris d'un scrupule, et il admet que ce seraient les Annales de la cour qui auraient pu être faites en 768 d'après les Continuateurs de Frédégaire. Toutefois, il est visible qu'il incline à voir dans les Annales la source des Continuateurs.
Nous éprouvons, nous l'avouons, un sentiment d'admiration en présence de l'énorme travail de copies et de comparaisons de textes auquel se sont livrés MM. Arnold et Bernays pour arriver à établir sur des ressemblances, souvent bien légères, leur ingénieuse théorie; et nous n'admirons pas moins la candeur avec laquelle tous deux, mais surtout M. Bernays, parlent de ces annales imaginaires comme s'ils les avaient vues et poussent leur démonstration à l'extrême sans se douter qu'ils la détruisent par son excès même. Mais, en même temps, nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment de tristesse en voyant tant d'efforts, d'intelligence et de temps emplojés à faire et à défaire une même toile de Pénélope. Rien n'est plus propre à développer le scepticisme historique que cette hypercritique qui, sur les plus frêles indices, échafaude tout un sj^stème et surtout que cette prétention d'atteindre à la certitude absolue sur des points où les conditions mêmes de la certitude font défaut. Cette manie de tout remettre perpétuellement en question, ce mélange de minutie consciencieuse dans les démonstrations et de fantaisie dans les hypothèses sont faits pour jeter le discrédit sur les méthodes critiques ellesmêmes.
Pourtant il ne faut pas être injuste envers MM. Arnold et