‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 34 sur 56 · Cf · texte numérisé non relu

Cf

4. C'est à tort, je crois, que M. Kiirze et M. Simson voient dans le Fragmenium de Pippino Duce, publié par Freher {Corpus hist. franc, 168-170), un morceau de la compilation à laquelle appartiennent peut-être ces fragments. Le fragment de Dusseldorf (759-762) a été publié i)ar Pertz dans les Monum. Germ., t. XX, sous le titre de Annales MerUiinenses (le ms. provenant de Werden); celui de Bâle (769-772), par lUeclithold, dans ÏAnzeiger fur schireizerische Geschichte, 1872 ; celui de Berne, par Meyer de Knonau, dans les Forsckunyen z. d. Geschichte, t. VIII ; enlin ceu\ de Vienne (784, 785), par Wattenbach, dans la 2" éd. de ses DeutDchlands Geschkhlsquellen. Les fragments de Bàle, Berne et Vienne ont été réunis dans le t. Xlll des Monumenta Germaniae.

compilation qui a aussi servi de source au Poeta Saxo, au remanieur àe^ Annales Laurissejises majores, aux auteurs de la Chronique de Moissac, du Chronicon Vedastinum, des Annales Mettenses, Lobienses, Guelferbytani, Laurissenses minores, Maœiminiani, du Breviarium Erchanberti et des Gesta abbatum Fontanellensium. M. Giesebrecht, de son côté, a supposé que ces fragments appartiennent à une compilation faite par Haiton de Reichenau*. Les suppositions de ce genre sont toujours fort hasardées. Ce qui est certain, c'est que, dès la fin du viii'' siècle, non seulement le cadre des Annales s'élargit, mais qu'encore les Annales sont remaniées, interpolées et combinées ensemble pour former des œuvres nouvelles qui conservent la forme annalistique et affectent l'apparence de documents contemporains-.

Les Annales Laurissenses majores, qui s'étendent de 741 à 829, sont à la fois une compilation d'annales antérieures et des annales contemporaines. Elles sont la source la plus importante que nous possédions pour le règne de Charlemagne et elles ont exercé une influence considérable sur toute la littérature historique du ix*^ siècle. Elles méritent donc d'être étudiées avec une attention particulière.

La première édition qui en a été donnée, celle de Canisius, dans ses Lectiones Antiquae (t. III, p. 187 et suiv.), a été faite d'après un ms. du monastère de Lorsch qui ne comprenait que les années 741 à 788. Le manuscrit de Pétau (aujourd'hui au Vatican, R. Christine, 617), dont s'est servi Duchesne (II, 24)^

1. Wattenbach, Deti<sc^^and.s Geschichtsguellen, I, p. 166. — Je répéterai au sujet des hypothèses de MM. Wailz et Pùckert ce que j'ai dit au sujet de celles de MM. Arnold et Bernays. L'existence de sources communes n'est pas douteuse, mais vouloir, par la comparaison des Annales, arriver à connaître exactement ces sources est une entreprise désespérée, car les sources intermédiaires, les combinaisons et remaniements peuvent avoir été très nombreux. Là où M. Piickert suppose une source commune, il peut y en avoir eu plusieurs. Tel ou tel fragment, les Annales Werthinenses, par exemple, pourraient être non un remaniement, mais la source des Annales Laurissenses. Toutefois, il y a plus de vraisemblance qu'elles soient un remaniement. M. Kurze rapporte tous ces fragments (y compris le Fragmentwn di Pippino Duce, qui a un tout autre caractère ; cf. la note précédente) à une compilation qui aurait été composée vers 806 et aurait servi au remanieur des Annales Laurissenses, à celui des Annales Mettenses, à celui de la Chronique de Moissac, etc., etc. {Neues Archiv, XXI, p. 29 et suiv.).

2. C'est vers la même époque qu'on composa la Chronique universelle de 741, publiée par M. Waitz au t. XIII des Monumenta Germaniae.

3. En le complétant avec un autre manuscrit du Vatican (Christ. 813) qui a aussi appartenu à Pétau (cf. Kurze, Neues Archiv, XIX, p. 301).

et celui de Paris (lat. 5941) conduisent les Annales jusque vers la fin de l'année 813'. Le ms. de Paris 10911, qui a appartenu au baron de Crassier et a été utilisé par D. Bouquet, le ms. de Saint-Pétersbourg et un ms. de Saint-Omer (n. 70G) inconnu de Pertz et collationné par Kurze, fournissent le texte complet des Annales Laurissenses jusqu'à 829, mais, comme les précédents, ne contiennent pas la mention des conspirations de Hardrad et de Peppin. Les manuscrits de Vienne n°* 473 et 612, qui ont été utilisés pour la première fois par M. Pertz, s'étendent jusqu'à 829 et contiennent la mention des deux conspirations-. C'est M. Pertz qui les a baptisées du nom à' Annales Laurissenses majores, parce qu'il pensait qu'elles avaient été composées à Lorsch, du moins jusqu'en 788. Duchesne, qui avait reçu de Loisel communication d'un manuscrit des Annales (aujourd'hui Paris 5941), leur avait donné le nom d'Annû^/e^Zoz'^e^mnz^. D'autres manuscrits'' contiennent des annales qui sont à peu près identiques aux précédentes pour les années 801 à 829, mais qui, pour les années 741 à 801, nous offrent un texte complètement remanié au point de vue du style et enrichi de nombreuses additions. Ces Annales, attribuées par le comte de Nuenare, qui les publia pour la première fois en 1521 ^ à un bénédictin inconnu, puis par Freher, en 1613^, à un certain Adelme ou Adémar, ont été appelées par la plupart des éditeurs et des critiques, depuis Duchesne, Annales d'Éginhard, de sorte qu'en général on réserve le titre à! Annales Lau7Hssenses majores au texte primitif de 741 à 801 et on donne celui d'Anna/e^ d' É ginhard aux

1. Réginon, les Annales Tiliani, les Annales Maximiniani ont suivi probablement un manuscrit de cette famille (Id., Ibid.).

2. Les Annales Fuldenses ont suivi de 771 à 817 un manuscrit analogue à celui de Vienne, n° 612, qui commence aussi en 771. M. Kurze, dans son étude sur les mss. des Annales, indique encore certaines transcriptions fragmentaires des Annales que nous ne mentionnons pas ici.

3. Pertz dit dans sa préface et on est habitué à répéter depuis qu'elles ont été aussi a|)pelées Annales plebeii. Je ne crois pas qu'aucun éditeur les ait ainsi appelées ni que cette désignation ait été usitée au ix° siècle. Réginon dit simi)lement, après les avoir em|>loyéos d'après un manuscrit analogue à ceux de Duchesne, qu'elles sont plebeio et rusticano sermone composita.

4. On trouvera une description di'tailiée de ces manuscrits dans Kurze, A'eHes Archiv, t. XIX, 297 et suiv. — 11 ramène tous nos mss. actuels du texte remanié des A. Laurissenses à un archétype commun, aujourd'hui perdu, où les Annales devaient, d'après lui, comme dans pres(]ue tous les mss., faire suite à la Vila Karoli d'Einhard.

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